Courage! Aimons….

C’est une des formes de courage que nous voyons souvent chez les femmes, et qu’on minimise d’un « elle est folle »… Folle d’aller jusqu’au bout, de braver l’ostracisme, les critiques, l’avenir, la famille.

Chapeau à X, morte maintenant. Enfermée dans un mariage piège (on sort ensemble, on se revoit, on se téléphone, on commence à parler de vous comme des amoureux, et on vous pousse en riant vers des promesses et des plans d’avenir… un avenir qui n’en finit pas), elle y étouffait. Elle rencontre un étudiant étranger dans sa ville, un peu plus jeune. C’est l’amour. La passion, un feu de paille l’avertit-on. Il ne t’épousera jamais, voyons! Les parents seraient horrifiés que leur fils, cette prunelle de leurs yeux pour laquelle ils ont dépensé la folie d’études à l’étranger, épouse une divorcée avec des enfants. Une étrangère. Belge. Il vient d’un pays de soleil où on se méfie des femmes étrangères, encore plus à une époque où les touristes étaient vues comme des actrices de cinéma, aux habitudes étranges, aux décolletés audacieux, aux bikinis abominables. Et on ne s’approche certainement pas avec le coeur des femmes qui ont porté les enfants d’un autre.

Elle persévéra pourtant, demanda au mari sa liberté, dont le nom était divorce. Scandale. Et consternation. Il ne t’épousera jamais, sa religion le lui interdira! Il ne t’épousera jamais, il voulait juste s’amuser. Il ne voudra jamais tes enfants!

Une amie l’a aidée pour l’argent du train et du bateau. Elle partait le retrouver dans son pays, où de son côté il avait bravé les foudres parentales. Elle est partie sans le sou, sans rien, sans enfants, sans nom, sans certitude. Sauf celle que son coeur lui criait: il t’aime!

Ils sont restés ensemble toute leur vie, il l’a épousée et est resté aux petits soins pour elle tout au long de leur chemin.

Ou bien encore, Y. Une de ces femmes qu’on n’oublie pas. Pas pour sa beauté, mais pour l’exception de son être. Gentille jusqu’à la pointe des cheveux, souriante, bonne, transparente, gaie. Pendant la guerre, elle a eu un enfant d’un Américain. Je l’ai connue avec son jeune fils – avec lequel je jouais -, et toujours des chats, des chats partout, et ce rire chaleureux qu’elle avait. Et son fils qui grandissait, allait à l’école, avait des amis, des flirts… Et elle qui restait cette femme joyeuse et simple, un peu désordonnée et sans façons. Et un ami de son fils a perdu la tête pour elle, si bien qu’elle l’a ramassée, et la lui a remise avec amour. Scandale, scandale, n’était-elle pas, de nouveau, partie pour un amour impossible, cette femme impossible elle-même?

Scandale, scandale, ils se sont mariés. Il habitait chez sa femme, jeune étudiant qui n’avait rien. Juste cet immense amour d’une femme gaie, et un enfant en préparation.

Ils sont restés ensemble jusqu’à ce qu’elle s’en aille, trop tôt malheureusement. Mais quelle femme! Quelle châtelaine quand elle nous invitait, ma mère et moi, à manger des petites crasses marocaines dont elle avait appris la recette…. On restait dans son jardin au soleil, elle triomphait de son âge dans une djellaba aux reflets cuivrés, et on riait, on riait. Le bonheur habitait sa maison et son coeur.

Ou encore G*** Chère G***! Elle nous semblait une vieille – encore jeune – fille un peu trop maquillée, à nous ses élèves. Elle nous donnait cours de religion et de littérature française. La peau pâle, le cheveu roux, les formes pleines et féminines. Un goût pour la couleur orange et le mohair. Une fougue de diva pour faire entrer dans nos caboches la beauté d’une parabole ou d’un texte de Flaubert. Elle vit seule avec son papa, disait la rumeur. Une vieille fille…

Mais je l’avais aimée, appréciée, et vingt ans après ma sortie d’école, j’ai retrouvé sa trace, lui ai écrit, et nous sommes devenues amies. Oui, amies. Et j’ai su son courage à elle. Elle avait donné son coeur, sa passion et sa vie à… un prêtre. Elle avait donné ça avec une si glorieuse générosité qu’il avait tout accepté, plongeant lui aussi dans … le péché, c’est le nom que les bien pensants donnent à la liberté.

Ensemble, ils ont quitté la Belgique, et ailleurs ont refait leur vie. Ailleurs où on les a acceptés pour ce qu’ils étaient, un couple. Où ils enseignaient encore la religion, la pratiquaient, l’aimaient, la léguaient.

Il est mort, et vingt ans après sa mort, elle ne cesse de se réjouir d’aller le retrouver, se désolant de ce que Dieu ne la libère pas encore…

Muramaris, c’est le nom d’une villa merveilleuse de style italien, construite en 1917 sur l’île de Götland en Suède. Et elle a abrité une des plus jolies histoires d’amour impossible et scandaleux, celle d’Ellen von Hallwyl et Johnny Roosval. Jolie jeune femme née en 1867,

Ellen Roosval von Hallwyl

elle était l’épouse d’Henrik de Maré, un diplomate suédois. Pleine de fantaisie – elle deviendra célèbre pour ses sculptures – et d’une douce détermination à vivre, elle est tombée amoureuse du précepteur de son fils, Johnny Roosval. Vingt ans de moins qu’elle! Et il était tout aussi épris! Elle divorce en 1906, dans un tonnerre qui secoue son milieu et bouleverse sa vie. On lui coupe les vivres, on la prive de ses droits sur son enfant, on la renie. Pauvres, ils errent d’un pays à l’autre pendant quelques années, protégés par un entourage artistique qui célèbre leur courage et leur amour.

Johnny Roosval

Et ils conçoivent Muramaris, qui devient un des endroits culturels de l’île, avec des artistes en visite, des fêtes, des amis qui mettent leur talent à contribution pour bénir ce lieu de l’amour: qui joue du piano, qui prépare les plants de glycines, qui peint les plafonds, qui peint les murs, qui dessine les jardins, qui fait retentir son rire dans l’escalier, qui fume en regardant la mer, les cheveux soulevés par la brise. Johnny deviendra professeur d’histoire de l’Art, et ne la quittera jamais. Elle s’en est allée sculpter les nuages en 1952.

Un jardin dessiné avec l’enthousiasme de ceux qui aiment. Un jardin où l’amour s’assied et regarde trembler la mer.


J’ai très bien connu un mec d’origine juive qui n’était plus très jeune et dont la femme s’était barrée en Afrique avec un pilote d’avion.Le gars resté seul avec trois enfants les éleva comme il put (c’est à dire pas très bien) et ce jusqu’à leur majorité. Puis ils partirent à leur tour, quoi de plus normal, et il se retrouva seul. Et là, miracle.Il rencontre une jeunette de vingt à peine dont le père était kabyle et la mère flamande. Les parents de la gamine se mirent à hurler bien sur. Mais rien n’y fit. Le couple décida de vivre ensemble et de créer une petite affaire. Voila plus de vingt que ça dure, même qu’ils ont un enfant et que les familles ont fini par accepter cette étrangeté. Je ne connais pas la fin de l’histoire, mais je sais que chaque matin, quand le gars se lève, il se demande ce que sa dulcinée lui trouve ? P’têt qu’elle est aveugle, ou sourde, ou muette ou débile ? Allez savoir.
Commentaire n°1 posté par Bob le 09/08/2008 à 17h09
Non non non, elle en est folle, parce qu’elle a eu le courage de faire front pour le garder, son mercenaire. Et que lui, il est si heureux d’avoir eu sa seconde chance, une chance propre, une vraie chance, qu’il a fait son acte de contrition, son acte de rédemption, et qu’il lui a offert un homme tout neuf, avec le compteur à zéro et tout un avenir! Et elle sait bien, va, qu’elle est son eau bénite, sa source pure, sa nouvelle vie. Elle l’aime sans inquiétude parce qu’elle a les pieds sur terre à la flamande, et la force d’une lionne à la Kabbyle!
Réponse de Edmée De Xhavée le 09/08/2008 à 22h04
Les analyses de Trish sont toujours tellement bonnes… aussi pointues queles canines d’un Dracula siroteur de la nature humaine! J’adore ‘les pieds sur terre à la flamande et la lionne kabyle’… Et oui, même si on dit que l’amour est aveugle, et malgré les saloperies qu’on peut nous faire tout au long d’une vie et de son parcours amoureux, il me semble beau et courageux de la part des femmes de préférer dire ‘courage aimons’ plutôt que d’opter pour la solution ‘réaliste’, ce que bien des hommes ont trop tendance à faire quand ils s’exclament ‘courage, fuyons’, pour se rendre compte après coup (même si parfois l’après-coup prend des lustres) qu’ils ont peut-être, justement, raté leur coup! Aahhh, sigh… Bref…
Commentaire n°2 posté par Nath le 16/08/2008 à 14h19
Merci Nath! Oui, tu as raison, dans ce domaine, les femmes sont incontestablement les plus courageuses et les plus « vraies »!
Réponse de Edmée De Xhavée le 16/08/2008 à 21h41

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4 réflexions sur “Courage! Aimons….

  1. celestine dit :

    Un billet magnifique, chère Edmée. Je reconnais là ta fougue et ton refus des convenances, ta soif d’absolu teintée de déraison. Beaux portraits que ces grandes amoureuses dont l’histoire, grande ou petite, est émaillée.

    • Edmée dit :

      Que veux-tu, j’aime les gens qui osent. On dira qu’ils infligent de terribles blessures, et c’est vrai. C’est ce que la vie inflige: de terribles blessures. Mais je pense qu’une terrible blessure peut guérir, alors qu’un amour lépreux… ça contamine!

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