Histoires d’amour

C’est une façon dont je pourrais présenter Les romanichels. Pas seulement des amours « romantiques », mais aussi des amours parfois discrètes ou fugaces, qui transforment.

L’amour est un sentiment qui sait se déguiser, se cacher. Il m’a fallu parfois des années pour réaliser qu’une « copine » s’était mutée en amie sans que je ne le remarque. Invincibles et immortels, nous rencontrons, au cours de notre jeunesse, d’autres créatures de notre âge. Beaucoup ne font que passer dans notre vie, laissant un souvenir lié à un moment ou évènement bien précis. Ou pas de souvenir du tout! D’autres nous accompagnent plus loin. Deviennent plus proches. Il y a aussi ceux qui vont et reviennent, au gré à la fois du hasard mais aussi d’une certaine curiosité: qu’a donc bien pu devenir untel, unetelle? Et quand des années plus tard on se sent moins invincibles et tout à fait mortels, on réalise que c’est, aussi, une forme d’amour qui a entretenu cet attachement, cette attirance, épisodiques ou constants.

Quant à l’amour tant célébré, celui qui se cherche, se perd, se retrouve… il n’est pas toujours celui qu’on pense. On peut avoir donné « le meilleur de soi » à quelqu’un qui n’est pas resté bien longtemps avec nous dans cet intense mystère, sans regrets. Savoir que, même hors d’atteinte, hors de vue, hors de tout, le lien ne mourra jamais. Ces amours-là, bien des années après que le vent semble les avoir balayés, leur cendre luit encore et s’enflamme d’un simple rappel du passé. Qui a vécu un tel amour en porte le flambeau dont le rougeoiement atteint et contagie tous ceux qui s’en approchent.

On peut aimer plusieurs fois, sincèrement, autrement. Ou décider qu’on n’a  plus envie d’ajouter quoi que ce soit à ce qu’on a eu. Il y a aussi les amours qui n’étaient que du désir. De sexe, de possession, d’argent, de prestige. Et qui, comme le passage d’Attila, laissent la mort comme paysage.

Que dire encore des amours qui font de la vie à deux un enfer et ne trouvent leur survie que dans une séparation entrecoupée de nouvelles tentatives? Ou qui doivent se réfugier dans l’amitié complice des « ex » amants, époux, fiancés, dont les nouveaux partenaires craignent tant la possible levée de masque? Marie-Paule Belle le chantait aussi: « Quand tout ira bien, quand nous serons amis, qu’on se dira tout, que tout sera permis… »

Et ces amours souvent guindées père-fils, mère-fille, amours pratiquement impossibles de par leur nature inégale, presque toujours difficiles, niés ou clamés trop fort? Les parents, en nous quittant, nous font un ultime cadeau: le temps de peut-être comprendre qu’ils nous ont aimés. Selon la façon dont nous acceptons alors de relire notre passé, le remords va nous harceler, ou les souvenirs de preuves d’amour vont remonter en pétillant comme à la surface d’un verre de champagne, nous éclaboussant le sourire. Parents médiocres nous-mêmes ou adultes à multiples facettes, nous acceptons enfin leur imperfection et accueillons ces milliers de petits sacrifices qu’ils ont, bon gré, mal gré, accomplis pour nous.

Que dire encore des amitiés, qui deviennent des soleils indispensables? Ces soeurs et frères que nous nous choisissons, famille d’élection? Ces amitiés instantanées, comme celle qui m’a unie à ma cousine Françoise dès la première minute. Nous avions environ 12 ans, et ne nous connaissions pas. Nous étions très timides et méfiantes, d’autant qu’on nous avait bien dit d’être gentille avec notre cousine qui allait nous accompagner en vacances en Bretagne. Ciel! Et si elle est pimbêche? Brutale? Menteuse? Racusette? Affreuse? Gâtée-pourrie? Mais dès le premier instant nous sommes devenues complices. Et rien ne nous a jamais séparées – sauf une dispute assez spectaculaire et sans paroles quelques années plus tard pour une soirée tralala que de toute façon nous détestions autant l’une que l’autre!

L’amour, c’est ce miracle immatériel qui fait que nous touchons ou sommes touchés par les autres. D’invisibles rais, brûlant d’affection, de reconnaissance, d’amitié, de fidélité nous unissent alors, formant une merveilleuse toile d’Arachné.

Et ça mérite sa place dans les romans, non?

 

 

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