Paolo Conte et l’Astigiano

C’est par mon ami Mario S*** (car j’avais deux amis qui portaient le même prénom, Mario S*** et Mario P***) que j’ai découvert Paolo Conte et la région qu’on appelle l’astigiano, le pays vallonné de l’Asti Spumante.

Avec Mario S*** … et un cigarillo

Mario (qui prononçait son nom à la piémontaise, Mério) était un bel homme calme et cultivé, fin bec, amoureux de la campagne. Surtout de celle du Monferrato d’où venait sa mère. Sans modestie inutile il insistait sur le fait que les femmes du Monferrato étaient parmi les plus belles. Et bien souvent il m’y emmenait depuis Turin où nous habitions tous les deux.

Dans la voiture, c’était la voix râpeuse et pleine de charme de Paolo Conte qui nous faisait chantonner, sourire et caresser nos esprits dans une rêverie à la fois paresseuse et rythmée. « Tra i Francesi che s’incazzano e i giornali che svolazzano. C’è un pò di vento, abbaia la campagna, e c’è una luna in fondo al blu… » (Entre les Français qui râlent et les journaux qui s’envolent. Il y a un  peu de vent, la campagne aboie, et au fond du bleu il y a la lune…) L’évocation des Français râleurs nous amusait, et la musique, d’une gaieté teintée de mélancolie, est entrée en moi comme les volutes de fumée d’un bon café noir, aromatisant mes pensées.

Sans hâte, fenêtres ouvertes sur l’air velouté par les ardents rayons du soleil, nous jouissions de la vision de ces villages aux toits rouges amoureusement enroulés autour de mammelons plantés de vignobles aux ceps antiques. Nous faisions une halte dans une minuscule auberge locale dont Mario connaissait le propriétaire. Il lui achetait quelques bonnes bouteilles de Barolo ou Moscato, et nous en buvions une tous ensemble dans de gros verres de cuisine en dégustant de la saucisse faite maison, assis dehors sur un banc contre le mur de pierre. Quelques remarques sur la qualité des prochaines cuvées, sur la saison touristique qui commençait, sur quelqu’un qui avait trouvé une manne de truffes – les truffes blanches du Piémont, bien plus recherchées que les noires -, et on reprenait la route pour nous rendre dans la maison que Mario et sa soeur avaient reçue en héritage. Nous y passions une après-midi de paresse et de bien-être exquis, papotant dans le jardin de choses inutiles et amusantes. Une jeune fille du village était très intéressée par Mario, et montait et redescendait sans cesse la rue devant la maison. Flatté malgré tout, il échangeait quelques mots avec elle, et une petite vanité bien naturelle changeait l’inclinaison de sa nuque et la qualité de son sourire quand il revenait vers moi.

Le soir venu, nous reprenions la route sous les rayons bas du soleil couchant qui étirait les ombres au sol et nous dirigions au nord-est d’Asti à La Braja, l’ancienne et splendide villa du vieux docteur de Montemagno transformée en restaurant. Nous nous installions au « dehors », l’équivalent piémontais d’un jardin, un jardin ravissant avec des abris de toile écrue et des lampions dans les arbustes. La brise du soir reposait nos peaux gorgées de soleil et nous devisions joyeusement devant nos feuilletés au fromage et truffes ou cuisse de lapin au four, accompagnés bien sûr d’un bon vin du terroir, sans doute un Barolo. Mario se plaignait avec bonhommie du fait que cet endroit faisait de son crâne – dont la ligne des cheveux reculait – un parfait terrain d’atterrissage pour les moustiques.

Plus tard, c’était de nouveau Paolo Conte qui donnait une voix à la belle lueur des phares sur la route de campagne. Donna che stai entrando nella mia vità, con una valigia di perplessità, Ah! non avere paura che sia già finita, ancora tante cose quest’uomo ti darà… (femme qui entre dans ma vie avec une valise de perplexité. Ah, ne crains pas que ça ne soit déjà fini, car cet homme te donnera encore tant de choses)


Paolo Conte… il joue avec les mots, leur rythme, leur sonorité, et avec les images. Le tout s’entrelaçant avec ces serpentins de musique chaude, ludique, aux accents d’une nostalgie recherchée.

Ah! Les routes de l’astigiano et la voix de Paolo Conte… Merci, Mario S***!

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