Et sur ces pierres je bâtirai une histoire

Aux Etats-Unis, les pierres racontent bien peu, et parlent d’il était une fois qui ne vont pas très loin. Bien entendu, celles du Grand Canyon, des Rocky Mountains ou des rives de Manhattan auraient bien des choses à dire mais nous n’en possédons pas le code. Je veux dire les pierres dont la forme est sortie de la main de l’homme.

C’était déroutant de vivre sur un continent qui n’a pas connu les compagnons bâtisseurs, les artisans au savoir ancestral ou même de pauvres esclaves usant leur vie à la grande œuvre d’un ennemi. Ca m’a manqué là-bas. Depuis toujours j’ai aimé les images de ces autres existences de bien longtemps avant la mienne, qui avaient imprimé la terre de leur empreinte : les lignes du doigt d’un potier sur un tuyau de terre de l’époque romaine, les marches d’une tour de château en ruine usées par ces pieds et chausses d’une époque de fables, les linteaux ouvragés, les gisants dans leur beauté tranquille…  Même une anse de cruche ou tasse remontée à la surface d’un coup de pelle ou suite à de grosses pluies fouilleuses m’émouvait : quelqu’un avait, tous les jours, mis ses doigts sur cet objet quotidien sans importance qui, peut-être, se souvenait de lui.

J’aime remarquer les signes des êtres qui ont vécu  là où je suis, où je vis ou voyage. C’est rassurant : ils sont là, non pas comme des fantômes mais comme des amoureux des jours, dont les yeux ont vu certaines choses telles que je peux encore les contempler aujourd’hui. Parfois je parcours des rues dont la ligne n’a pas changé… autrefois elles connaissaient le flux heureux de charrettes, chevaux, poules, bourgeois, mendiants, voleurs, prélats. Des processions, des galops d’envahisseurs, des marchés hebdomadaires, des attelages suspects, des putains rieuses, des artistes querelleurs…

Et que dire alors de ceux dont le présent s’est installé directement sur le passé, comme ce monsieur (voir la vidéo, passionnante) qui a dans sa cave une vieille crypte où reposa pendant longtemps le corps du premier évêque de la ville ? Comment vit-on aussi étroitement entrelacé avec des siècles de présence sous les pieds ?

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s