Hey Mambo!

Mon voisin est Italo-Américain. Comme une grande partie des habitants du New Jersey. Et moi qui aime tant l’Italie je n’arrive pas à me faire à ce qu’on a fait du Bel paese dans la Merica. En particulier au New Jersey. Car comme ça arrive souvent avec les gens qui quittent leur pays pour aller survivre ou mieux vivre dans un autre, ces « Italiens » – souvent ici depuis plusieurs générations déjà – s’accrochent furieusement à une identité qui est un patchwork de stéréotypes au point que c’en est drôle. On se croirait en permanence dans un film sur la mafia. Comme dans une boule de verre que l’on retourne pour la remplir de flocons de neige qui se déposeront ensuite sur une image méconnaissable. Le temps s’est arrêté aux années ’50 – ’60, quand l’Italie de l’après-guerre est devenue à la mode grâce à Dean Martin, Tony Bennet, Frank Sinatra etc….

Les restaurants italiens – encore et toujours : du New Jersey, car à New York par exemple la canzone est toute autre – regorgent de voilages compliqués à volants et ruchés, et de murs recouverts de rose et or décorés de tableaux représentant la baie de Naples ou des paysannes aux seins durs et lèvres écarlates. Des statues aux proportions ratées hantent les lieux qu’elles parcourent d’un regard vide. On y mange des plats italiens revus par l’abbundanza à gogo trouvée sur cette terre de promesses. Trop de tout : fromage, pâtes, coquillages, viandes, tout abonde et fait peur à un appétit normal. Et insulte les Italiens venus d’Italie. J’ai entendu des beurks épouvantés devant des publicités de pizza, des Ma Lei è matto ? indignés au serveur qui demandait, comme c’est la coutume ici, si monsieur veut du fromage sur son poisson.

Quant à la musique d’ambiance, c’est Dean Martin et des tarentelles à gogo, Hearts will play tippy-tay, tippy-tay, that’s amooooore, Naaaaboli bella, Hey Mambo, mambo italiano go-go-go …

Les femmes d’origine italienne ont rendu le New Jersey honteusement célèbre grâce à leur goût pour les cheveux crêpés, savamment échevelés à la sauvageonne-à-dompter-par-des-caresses, et surtout à la quantité nécessaire de laque pour assurer la durabilité de ce meurtre de la chevelure. En août 1996 un magazine titrait « Pour vous protéger des dommages dans l’ozone, soit portez nos lunettes de soleil, ou demandez à ces dames du New Jersey de cesser d’employer autant de laque ». Ça a fait un tollé. Mais les Italo-Américaines sont restés fidèles à cette hutte broussailleuse dont quelques mèches ont le droit de folâtrer sous leur gaine de colle invisible. Les grands anneaux d’or et les décolletés garages à zeppelin sont aussi de mise, tout comme les mini-jupes, quel que soit le rebondi des cuisses ou mollets.

Les  hommes pensent que le singlet sur lequel danse une chaîne en or de la taille d’un boa constrictor est un atout absolument irrésistible. Mon voisin en tout cas en semble persuadé et après tout, je dois dire que sa femme a l’air du même avis.

Attachés à leurs racines mais incapables de se trouver à l’aise dans l’Italie d’aujourd’hui, ils s’ancrent à la version d’une Italie pauvre mais sensuelle qui fit rêver l’Amérique quand Sofia Loren, Gina Lollobrigida et Rosanno Brazzi furent importés à Hollywood comme ambassadeurs de l’amour et du charme.

Mais où donc est passée l’Italie que je connais, celle de l’élégance, de la cuisine qui est un hymne à la vie et ses grâces ? Celle où les hommes ont cette voix un peu feutrée et des sourires qui mettent à genoux ? (J’ai un petit faible, je l’avoue …).

Je sais … elle est restée au bel paese.

 

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