La somptueuse tristesse de l’automne

Qu’on se le dise : je n’aime pas l’automne. Ou c’est l’automne qui peut-être ne m’aime pas.

C’est si c’est beau pourtant, un automne.

Je le sais, je le vois, et même je le sens car c’est la saison la plus odorante qui soit : la terre qui se remue, les feuilles qui expirent et tombent au sol en libérant leur haleine un peu acide, les baies qui se racornissent sur les rameaux… les animaux des bois qui laissent flotter leur peur à notre passage – et pourtant, seul l’odorat nous dira qu’il y avait une biche ici, parce qu’elle aura fui, invisible et silencieuse. C’est somptueux. Ce début d’automne a toujours les dernières richesses de l’été : les tournesols et les géraniums supportent encore la température et le soleil des belles heures les caresse chaudement ; un va et vient de geais, tamias, écureuils gris, étourneaux fouille la pelouse, inspecte le compost, se préparant au long sommeil ou à l’exode vers le sud avec une urgente détermination.

 

 

Charlotte la marmotte ne sort presque plus. Les voisins ont décoré leurs seuils de grosses citrouilles – qui seront rapidement évidées par les écureuils, offrant le spectacle plutôt écoeurant d’une coulée de graines sortant d’un trou irrégulier et de plus en plus grand. De petits colons ou épouvantails de jute et tissus colorés, appuyés à des plants de maïs secs – qui seront le paradis des souris, eux ! – décorent les entrées, ainsi que de menus chrysanthèmes qui n’ont pas, hélas, la délicate forme orientale de ceux de chez nous. On les appelle Hardy mums, mum étant le résultat de la fâcheuse habitude des Américains de mutiler tous les noms : ici on dit chrisanthemums, donc… mums. C’est comme ce pauvre Tout-An-Kamon qui est devenu King Tut. On dirait le nom d’un rapper…

Mais pour en revenir à l’automne, oui … une saison qui se déploie sur air d’opéra, aux couleurs flamboyantes, aux arômes profonds. Ces jours-ci, en son ouverture, la sève ralentit son cours, effritant le sommet des arbres et saupoudrant de leur mort spectaculaire le sol encore si verdoyant. Les eaux se refroidissent, la fraîcheur rougit les pommes. C’est le moment des gratins, des potées, du vin chaud, des tartes aux pommes, noix de pacanes, potiron,  … et pourtant, non, je n’aime pas l’automne. C’est une sensation incertaine, comme si on aimait follement quelqu’un avec qui on ne s’entend pas. J’attends déjà le printemps et le réveil, même si rien ne dort vraiment encore… Ingrate …

 

 

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