Les humeurs de Sibylla

Sibylla, elle a existé. Et sa vie a été par moments semblable à celle qui se déploie dans les pages de ce roman. Je ne dirai pas lesquelles, enfin pas toutes…

Sibylla, la vraie

Elle a bel et bien été notre gouvernante, à mon frère et moi. Pas d’abominable tante Marie, ni de Mimmo aux chaussures cirées et visage hargneux. Elle venait de Maastricht, et je me souviens qu’avec mes parents nous avons été la rencontrer car elle allait devoir s’occuper de mon petit frère alors en Suisse depuis un an. C’était dans une maison campagnarde dont j’ai tout oublié sauf le chemin boueux qui y menait et le petit chat qui jouait avec les franges du tapis. Et d’elle, agitée et aux bonnes manières, qui riait un peu trop vite – elle a toujours ri bien volontiers, et se mettait en fureur avec le même entrain.

Elle était déjà d’âge moyen – on appelait ça « moyen », alors …  maintenant on n’oserait plus – et son visage était sérieux la plupart du temps. De sa mère Javanaise elle tenait une peau lisse et extrêmement douce, presque sans pilosité ce qui la rendait très fière, et des cheveux noirs qui s’avançaient sur son front en une pointe hardie. Une des sept beautés de la Vierge, affirmait-elle. Je n’ai jamais su ce qu’étaient  les 6 autres…

Un de ses fous-rires les plus incongrus fut celui qu’elle eut un jour alors qu’elle avait enlevé son dentier et que je l’ai surprise. Je voulais absolument lui parler mais elle fronçait la bouche – que je trouvais soudainement plate et dérangeante – avec obstination tandis que le rire la gagnait. Moi, je me demandais pourquoi elle se moquait de moi, et revenais à la charge avec insistance mais allez, Zézelle, qu’est-ce qui vous fait rire ? Et tout d’un coup elle n’a plus su tenir, et un ha ha ha gigantesque a forcé son passage et écarté ses lèvres, révélant une bouche rose et déserte devant mon visage stupéfait, si stupéfait que la malheureuse Sibylla a eu bien du mal à reprendre le contrôle de son humeur. Moi, qui ne savais pas que les dentiers existaient – quoi qu’il y avait celui que Robert, à Viroinval, gardait sur le manteau de sa cheminée parce que dans la bouche, il le gênait – j’ai dû demander à ma mère l’explication de ce miracle extraordinaire…

Elle mettait de la poudre de riz, était coquette et élégante, bien faite et menue. Sa tempe gardait la trace d’un coup de tisonnier asséné par la seconde épouse de son père, et la mienne garde- vaguement – celui qu’elle m’a fait en me jetant contre le radiateur. Je suppose que je l’avais « asticotée » et Mademoiselle n’aimait pas ça. Ce soir-là, ma mère revenait de vacances, et Mademoiselle s’est donné bien du mal à inonder mon front de compresses d’eau dans l’espoir de résorber la jolie bosse dont sa vivacité m’avait couronnée, mais ce fut peine perdue. Oh, à l’époque, on n’avait pas encore décidé qu’une torgnole un peu forte était un acte de torture, et ma mère avait surtout envie de se mettre au lit et de défaire sa valise. Et je n’en ai jamais voulu à Mademoiselle… En fait, je me souviens d’elle comme d’une personne aimante, qui étreignait fort et avec émotion, et a fait fièrement des photos de moi lorsque j’avais 16 ans et qu’elle est revenue avec son époux – oui, elle s’était mariée sur le tard – lors d’un départ en vacances de ma mère à l’occasion duquel elle avait offert de reprendre la direction de la maison – parce qu’elle me trouvait si jolie que ça la flattait… j’étais un tout petit peu sa fille, au fond !

Au revoir, Sibylla !

 

 

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4 réflexions sur “Les humeurs de Sibylla

  1. D’après ton livre : « De l’autre côté de la rivière… », j’étais loin de m’imaginer que la « vraie » Sybilla puisse être violente envers les enfants…et surtout avec toi… 😦
    Bisous

    • Edmée dit :

      Elle était impulsive. Je suppose que je l’avais embêtée, et je le faisais souvent. Notamment je montais mon frère contre elle, et ça… elle ne supportait absolument pas! Elle nous courrait après et on grimpait dans le pommier, riant d’elle qui nous maudissait jusqu’à la 6ème génération… 🙂

      Elle était bonne comme le pain mais un vrai petit pétard!

  2. Armelle B. dit :

    Oui, oui, Edmée, je connais bien Sibylla pour l’avoir rencontrée dans le premier roman que j’ai lu de vous. Elle était une femme très attachante, un ange gardien vigilant auprès des enfants dont elle avait la charge, pleine de tendresse mais aussi d’autorité éclairée car elle avait une bonne connaissance et des enfants et des adultes. On ne la manoeuvrait pas comme bon vous plaisait, Sybilla…Les enfants étaient invités à bien se conduire. Elle avait le sens de l’éducation courtoise, Sibylla.

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