No, no nostalgia

Oh que non, il n’y a pas de nostalgie dans mes billets qui parlent du passé, des choses qui ne semblent plus m’appartenir, de celles que je vais « perdre ». On ne perd que ce qu’on veut perdre. Le reste, on s’en souvient. Ou c’est lui qui se souvient de nous, parfois, et revient à la surface d’un bouillon d’émotions en criant j’étais là depuis toujours, mais tu ne m’entendais plus. Eveille-toi tout à fait et écoute les odeurs que je te rends, regarde les soupirs, dessine les mots.

Tant de fois j’ai fait mes bagages. Tant de fois j’ai choisi ce que j’allais garder, donner et jeter. Partie vers un demain jamais aussi certain que le présent que je quittais, avec la simple curiosité de me dire… ce sera comment ? Mais je n’ai rien laissé derrière moi que je ne voulais laisser. Il faut voyager et vivre léger. Les souvenirs ne doivent pas peser mais nous propulser. Compléter de mille couleurs cette personne en devenir que nous sommes en permanence.

J’emporte les odeurs et le frémissement du bois derrière la maison, et la terre caillouteuse de laquelle j’ai su faire jaillir les fleurs qui me plaisaient. J’emporte le doux galop des biches timides, le regard liquide de l’écureuil, le cri perçant du geai bleu. Le vent chaud s’engouffrant dans ma voiture et mes cheveux sur la route du travail. Les chansons country du super marché et les belles rides de Willie Nelson. Le pendentif argent et turquoise cadeau d’Ed, mon ami Ponca mort, je l’ai découvert sur internet il y a peu. Les petits chiens de prairie dans la fourrure desquels le soleil jouait. Le chant des oiseaux et le claquement d’une nappe blanche toute propre à la terrasse d’un restaurant de la Old Plaza d’Albuquerque. Le regard droit dans le mien d’un raton-laveur qui nageait vers moi avec le calme de l’innocence. Le baiser d’une vieille indienne pueblo dans sa maison qui sentait le cèdre et les galettes de maïs, ainsi qu’un petit pot de terre crue qu’elle m’a vendu pour $5.00. La grâce de Manhattan. Des secrets que l’on m’a dits. Des amours dont on m’a parlé.

Je peux ajouter ça aux chansons chantées chez Gigi avec ses copains en Italie, aux bronzettes remplies de fou-rires dans une prairie de Bardonecchia avec Loredana, d’une promenade en barque sur le Po, de la beauté du Monte Viso au loin en rentrant le soir de Castelnuovo Don Bosco, du marché aux milles senteurs de la via Cernaia, des patate con erbette dont je n’ai jamais su ce qu’étaient les erbette sauf qu’elles étaient bonnes …D’une poursuite chat perché un soir en ville avec Mario et Gigi – je courais si vite que j’ai déchiré ma jupe ! Et de secrets, d’amours dont on m’a parlé.

Et il y a encore les promenades sur le plateau de Bibémus à Aix en Provence, pieds nus et sales sur la terre couverte d’aiguilles de pins. Les baignades toute habillée dans le bayon les journées trop chaudes… Les côtes d’agneau cuites sur le feu de bois, avec le thym citron de la colline, et du mauvais vin au soleil. De mon ami Michael. Du chant des cigales qui pouvait s’arrêter si brusquement. De la salade de tomates au coriandre frais… de mon petit studio minuscule qui ne contenait que du bonheur et des plantes séchées pour la cuisine. Et des secrets, et des amours dont on m’a parlé.

Et aussi ce dont je ne parlerai pas, mais qui vient de si loin, de ma jeunesse et qui, je ne le savais pas, me chuchotait avec tendresse tu n’as pas oublié

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