Quant à la petite dame d’Ostende… Waow!

Anne Renault, tout comme Kate Milie que je vous présentais l’autre jour, a publié son premier livre chez Chloé des lys. Suicide dans l’après-midi.  Et puis la voici semant ses mots chez l’Harmattan. Et comme j’aimais beaucoup son écriture – dont vous pouvez tâter le goût dans cette courte nouvelle/poème  -, c’est avec bonheur que je continue de suivre ses pensées mises en mots avec une grâce percutante dans ce second recueil.

Je retrouve ici une certaine … douceur dans la souffrance, avec des explosions passionnées. Il y a toujours charme et sensualité dans les nostalgies évoquées par Anne, et aussi des éclats de volupté ou colère.

Et puis, pour moi qui suis Belge et aime tant Ostende, découvrir cette superbe plage souvent mitraillée par la pluie décrite par une Française fut un double régal. Car elle aime le charme un peu triste et mouillé, toujours venteux, de cette reine des plages à nulle autre pareille.

Dix nouvelles, dix rencontres, dix empreintes qui resteront là. Des rencontres qui auraient pu être banales, perdues parmi d’autres. Remisées dans un distrait « tu ne devineras jamais ce qui m’est arrivé aujourd’hui » dont on s’effare ou s’esclaffe, ou se surprend juste un peu. Et pourtant Anne Renault sait, elle, en quoi elles sont uniques, précieuses ou révélatrices. Révélatrices elles le sont toutes, dans des registres différents.

Une écriture minutieuse qui pointe vers les méandres de l’âme, du cœur… Qui dénoue les tourments, démêle les solitudes, lisse les angoisses, perturbe les sens. Il y a ces enfants qui exultent dans la taquinerie ou encore un moment béni de communion de sourires… Ces femmes et hommes solitaires pour un instant, une vie ou juste dans leur tête. Ces gens à l’âme en désordre, qui crient de leur voix ou de leur regard.

Tous ces isolements, mauvais partages, instants de doute, désirs cuisants sont, oui, colorés de la tristesse ou rage qui en font parfois partie, mais la rencontre est la révélation, le moment précieux qui ouvre ou referme une porte avec un fracas que seul le protagoniste entend.

Eh non, rien n’est anodin, finalement !

Aucune histoire ne ressemble à la précédente. La musique varie, tant par la partition que par les instruments. Le décor est bien campé, si bien imagé qu’on entre dans un grand tableau.

« La pluie violente avait cessé. Subsistait une bruine froide, qui faisait luire les capots des voitures et entourait d’un halo les enseignes lumineuses maintenant allumées. »

« La Digue était à vingt mètres. Quand je l’ai atteinte, la bourrasque m’a saisie de plein fouet, au point de me faire chanceler. Je me suis calée à un mur pour m’orienter. En face de moi, l’étendue absolument noire, grondante, sauvage, de la mer. »

Il y a du vécu dans la prose d’Anne, du vraiment vécu. Qu’elle raconte un fait réel ou pas n’a pas d’importance, il devient réel parce que tellement vraisemblable, décomposé dans toutes ses articulations jusqu’à ce que l’émotion se libère enfin.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s