Toujours contente

Eh bien, je suis toujours contente. Pourtant, l’appartement où j’ai emménagé est un chantier. Rien de fonctionne vraiment, tout a été sali avec un soin jaloux, dévissé ou arraché avec patience. Les clenches restent dans la main, le linoléum fait des crocs-en-jambes.  De plus, comme on rénove la cuisine, une patine de poussière – de la poussière de derrière les fagots car provenant des recoins secrets des lieux – me plâtre le nez et éteint mes cheveux. Les murs résonnent de la vacuité des lieux.

 

Par la fenêtre cependant, oh par la fenêtre, je vois avancer la Meuse. Elle porte des péniches, des bateaux touristiques, des bateaux de transport. Sans bruit. En-dessous, juste en-dessous, les beaux pavés belges dont je me languissais, placés en arc de cercle, robustes et porteurs de souvenirs.

Je me sens heureuse. Un désir lointain trouve son accomplissement, une pierre déplacée  jadis vient de retrouver sa place. Je retrouve les coquelicots en bord de prairies, les marches en ville, les bus, les gens qui portent autre chose que des tenues de jogging, des sandwiches que l’on savoure au lieu de les faire descendre au plus tôt pour en avoir fini.

Je ne me sens pas encore chez moi, pas tout à fait. Trop de choses que je ne sais pas, ne comprends pas, n’ai pas encore faites. Pas de routine, pas de cuisine à faire – et est-ce important, cuisiner et vêtir son logis de fumets nourrissiers … Pas de gens que je reconnais dans la rue, pas de magasin favori. Mais c’est une sensation connue et je ne m’en inquiète pas. Je suis encore dans la phase touriste.

Ma vie d’avant devient un souvenir flou, pâle et sans intérêt. Pas de nostalgie, et même un peu de mal à rester loyale envers  mes anciens voisins qui auraient voulu des cartes postales de ma nouvelle vie. Je le fais mais avec un petit trainement de pied peu enthousiaste. C’est que mon cœur n’est plus là… Même ma chère Clara-la-dinde s’est fondue dans le sous-bois, rendue à sa vie de dinde sauvage, oubliant peu à peu ma voix qui la hélait… ma Clara ! C’est en avant qu’on se déplace dans la vie, et c’est avec la distance qu’on découvre ce qu’on a emporté du passé.

J’arrive dans un pays sans gouvernement où les choses vont aussi bien ou mal que dans les pays qui en ont un. J’ai eu droit à deux grèves déjà, que demander de plus ? Mes déménageurs étaient flamands, et bilingues, et si gentils qu’on aurait dit des acteurs jouant le rôle de flamands bilingues. Ils ont même remonté mon lit. Non, ils ne l’ont pas fait, et n’ont pas mis une rose sur la table de nuit. Les jeunes gens des magasins mobistar me prennent par la main pour m’expliquer les merveilles de mon GSM – c’est le premier que j’ai, qui aurais-je appelé aux USA ? De vraies leçons particulières. Et je suis d’une humeur si paradisiaque que ça m’ouvre toutes les portes et les sourires…

Oui, je suis de retour, vive la Belgique et ses campagnes où jaillissent les coquelicots, ses promenades en bord de rivière, ses fleurs de chemins et la Kriek (ma vitamine quotidienne à midi…)

Vive le petit pays de cocagne…

 

 

 

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