Veuf à douze ans…

Charles le Téméraire s’est marié trois fois. Il a perdu ses deux premières épouses. Mais il faut dire qu’il était déjà veuf à douze ans. Il doit exister des études plus ou moins sérieuses sur ces pratiques du mariage des enfants qui avaient un sens politique et, peut-être même, si les enfants grandissaient ensemble, des chances d’affinité suffisantes. « Boh ! » comme disent les Italiens quand l’effort de réflexion ne mérite pas ce qu’on va conclure…

Mais oui ! Il avait six ans et n’était alors que Charles, Comte de Charolais quand il s’est marié avec Catherine de France – aussi dite Catherine de Valois -, et elle en a douze. Elle est fille de Charles VII et de Marie d’Anjou. Et soeur du futur Louis XI. Elle n’est donc pas « la » Catherine de Valois qui deviendra reine d’Angleterre. Bon, normalement il ne mouillait plus ses braies ni poulaines je suppose, et de son mariage les plus grandes joies auront vraisemblablement été les bonnes choses à manger, les cadeaux et quelque bouffon qui aura cherché à le distraire avec des pitreries. Il se sera sans doute endormi le ventre un peu lourd et en sachant qu’un grand jour venait de ciseler sa vie, un peu comme nous à notre communion dont nous ne comprenons pas trop le sens mais savons que nous franchissons un cap invisible.

Est-ce qu’il doit aller saluer madame sa petite épouse tous les matins ? Dorment-ils ensemble ? Lui raconte-t-elle des histoires pour l’endormir, fait-il des cauchemars ? Veut-elle ses chiens favoris sur le lit et doit-il se pousser parce qu’il est le plus petit ou est-il déjà un peu colérique, difficile et violent comme on le décrira  – « chaud, actif et despit, et désirant en sa condition enfantine à faire ses voulontez à petites corrections » – et exige-t-il qu’elle obéisse parce qu’il est le mari ? Elle a beau être l’aînée… il est le mari!

En réalité, ces mariages bien précoces n’étaient qu’une formalité et les petits mariés continuaient de  vivre chez leurs parents jusqu’à ce que l’âge soit plus adapté aux joies et tourments de leur union.

Six ans après elle meurt à Bruxelles. Le poète de la cour des ducs de Bourgogne, le Bourguignon Michault Taillevent, compose en cet honneur le Lai sur la mort de Catherine de France… On est donc tristes. Est-ce que le gamin de douze ans est triste ? Les morts sont fréquentes alors. On peut vivre assez vieux mais il faut passer par les épreuves des épidémies, des infections qu’on ne savait trop bien soigner encore, des guerres, des suites de chutes ou bagarres, d’une dent gâtée qui contaminait la mâchoire… On disait bien souvent « A Dieu ! ».

Quel contact pouvait-il y avoir entre une jeune fille de 18 ans et un enfant ? Et puis, ils étaient destinés, malgré tout, à assurer une descendance un jour. A douze ans… il avait encore un peu de répit et il est probable que ses rêves le portaient plutôt vers son cheval et les exercices turbulents du maniement de la lance que vers les charmes de sa « femme ». Comment donc les choses étaient-elles mises dans la bonne voie quand le temps était venu? Comptait-on sur la nature, ou sur l’épouse plus âgée dans ce cas-ci ? Ou du confesseur qui n’avait en tête que l’avenir de son coin de terre pour que le Dieu qu’il vénérait s’y sente en sécurité ?

En tout cas, ce premier mariage ne l’aura pas bien encombré, marié à 6 ans et veuf à 12, il n’a même pas eu l’occasion de réaliser qu’il était marié…

 

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