La jalousie est un mortel défaut

Il ne faut pas appeler jalousie ce qui ne l’est pas. Car il y a aussi l’envie, très différente, et puis l’inquiétude.

Quand on aime on est inquiet, oui, si celui/celle qu’on aime semble intéresser qui nous ressentons comme un prédateur. Qu’il ou elle paraît être inconscient/e d’attentions un peu envahissantes. S’il suit un décolleté du regard et oublie de répondre. Si elle rit aux éclats alors qu’un type trop en vue pour être honnête lui parle depuis un peu trop longtemps. Mais ça, ce n’est pas de la jalousie… C’est une méfiance naturelle. C’est l’inconfort devant un élément inconnu qui pourrait menacer notre univers.

L’homme qui suit sa femme du regard alors qu’elle danse avec un autre pour la seconde fois et la femme qui se rassure en constatant que celle qui est en train d’agiter sa poitrine sous les yeux de son époux a une denture safran et un postiche qui se détache ne sont pas jaloux. Ca n’a rien à voir.

Mais si on aime vraiment on sait être aimé aussi, on le sent, et on ne perd pas le sommeil parce que celui ou celle qu’on aime plaît alentour et cette inquiétude s’estompe rapidement. Après tout, on n’a pas été attiré par quelqu’un de gris et insipide et nous ne sommes pas les seuls à avoir des yeux. Et je parle d’un amour qui est complet,  pas seulement désir, possessivité ou tout simplement  l’amour du mariage peu importe ou presque le compagnon de mariage. Je parle de l’amour tout court et tout beau. Celui qui est si beau qu’aucune fissure, aucune craquelure ne ternit son temple. Si bien que nul intrus ne peut se glisser dans ses murs.

Fernand Cormon: La jalousie dans le sérail

La jalousie se nourrit d’espionnage, de soupçons, de harcèlement. C’est l’opposé de l’amour. C’est la possession. Je t’aime trop dit-on. On jure d’ailleurs alors un amour dont on doute soi-même pour excuser tous ses travers, adaptant le bel adage de tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute

Mais on devrait dire j’aime trop t’avoir à moi. La jalousie fait mal, autant au jaloux qu’à sa victime et en tout cas elle désunit. Elle a des relents de mort. On tue par jalousie et on tente de purifier l’acte en affirmant avoir tué par amour. On rend la vie de l’autre impossible sous prétexte qu’on l’aime à un point qui rend fou, qu’on ne peut pas faire autrement… L’imagination populaire raffole de l’idée d’un amour tragique mais il n’y a là que la tragédie d’égos malades. Le jaloux le sera même de la nouvelle vie que pourrait avoir un conjoint qu’il a quitté lui-même parce qu’il en convoitait un autre. Là où il a posé sa main comme Attila le pied de son cheval, l’amour et le bonheur ne devraient plus fleurir qu’autour de lui ou son souvenir.

La jalousie « innée », celle qui fait partie d’un tempérament, n’a besoin d’aucun déclencheur réel pour exister, et est une insulte constante à l’autre auquel on ne donne pas sa confiance alors qu’on la lui impose. C’est décider que libre, il trahira et qu’il faut donc l’entraver par mesure de précaution.

Quant à la jalousie bien normale qui naît de la douleur d’une infidélité, elle est à respecter mais aussi à affronter. L’entretenir,  c’est ne pas vouloir avancer vers ce « et maintenant… quoi ? », et c’est aussi être alors l’artisan de sa propre souffrance, bien plus dangereuse que la souffrance initiale. Ce n’est plus l’autre qui fait souffrir, c’est soi-même, mais c’est l’autre qu’on accuse.

Et là où il y a eu amour vrai et qu’une partie s’est effritée sur les aspérités de la vie, au-delà de la colère et de la souffrance il  reste assez de respect  pour se souvenir que l’autre est libre et n’appartient qu’à lui et qu’aucun bonheur ne peut exister si l’être aimé est possédé.  Il reste le souhait, en dépit des je ne veux plus jamais te voir, de conserver les souvenirs des temps meilleurs et de ne pas tout piétiner.

La jalousie envoie une vibration haineuse dans le temple du faux amour, en fait se léproser les murs, et des brèches le sillonnent avec des dessins d’éclairs. Les portes s’effondrent et un envahisseur n’est même plus nécessaire pour achever le sentiment expirant : le mal était sur l’autel, ricanant. Sur son socle, les lettres Tu m’appartiens scintillent.

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35 réflexions sur “La jalousie est un mortel défaut

  1. mimidusud dit :

    Bonjour Edmée,

    Bien beau texte sur la jalousie.
    Je ne suis pas jalouse et ni mon mari,
    on s’aime,on vit,on a nos enfants,la jalousie est
    une maladie qui ronge la vie de tous les jours et
    qui est malsain … 🙂 je te souhaite ma jolie,une bonne
    et agréable fin de semaine,le soleil est arrivé,on va pas
    se plaindre 🙂 gros bisous …

    • Edmée dit :

      Je sais que ton Pierrot et toi formez un bien beau couple avec vos triplés! Et ça ne serait pas le cas si la jalousie avait ses entrées chez vous! Bisous chère Mimi!

  2. mimidusud dit :

    il faut lire : Nous avons nos enfants 🙂

  3. Edmée dit :

    🙂 J’avais compris…

  4. SL dit :

    Très bon texte, tout en justesse et en nuances, qui définit clairement la palette des sentiments ambigus en action dans un relation amoureuse. Texte qui fait écho en moi et me permet de reconsidérer un comportement dont j’ai été le témoin et qui m’a laissée pantoise: celui d’une femme inconnue – que j’ai connue malgré moi, jalouse et haineuse jusqu’à sa propre destruction et celle des autres, qui n’a eu de cesse d’assouvir une vengeance passionnelle après avoir été plaquée par l’homme qu’elle disait aimer (qu’elle voulait posséder). Il y avait, dans ses intentions et ses actes, une fureur aveugle, ténébreuse et incontrôlée qui donnait à réfléchir sur l’être humain en général et sa capacité à piétiner, torturer, détruire son semblable. Assouvir sa douleur en provoquant la douleur. Ces sentiments-là sont comme des possessions diaboliques, difficilement extirpables, et conduisent souvent à de graves extrémités. Merci pour ce beau texte qui remet les choses en perspective.

    • Edmée dit :

      « Assouvir sa douleur en provoquant la douleur. » C’est tout à fait ça, hélàs… et ça finit par faire bien plus mal que la douleur initiale que l’on ne veut PAS apaiser, contrairement à ce qu’on proclame: on veut faire de l’autre l’assassin du bonheur…

  5. Anne Renault dit :

    Quelles bassesses, harcèlement et autres déplorables « attentions » ne cache-t-on pas parfois sous le mot « amour »…

  6. Edmée dit :

    Oui Anne, c’est bien ce que j’ai voulu dénoncer. Sans liberté il n’y a que possession. Et possession est à double tranchant car l’un est prisonnier de l’autre qui est lui-même prisonnier de son rôle de geôlier et n’ose s’endormir de peur qu’on lui vole la clé!

    Et le syndrome de Stockholm ne fait pas long feu dans ce cas-ci 🙂

  7. Qu’on soit jaloux ou non, si le conjoint a envie d’aller voir ailleurs, il le fera. Donc, çà ne sert à rien de se prendre la tête avec cela… Bon week-end Edmée.

  8. JMB dit :

    Ayant passé une grande partie de ma vie en déplacement, heureusement que nous ne sommes pas jaloux ! L’éloignement et les séparations répétées posent parfois assez de problèmes concrets que chacun se trouve être obligé de résoudre sans l’aide de l’autre.S’il fallait en plus se prendre la tête avec des doutes…
    La vraie fidélité c’est que chacun fasse le maximum pour soutenir l’autre lorsqu’il a un réel souci et qu’un VRAI problème se présente. S’il arrive parfois qu’un entracte se présente de cinq à sept chez l’un ou chez l’autre n’est pas bien grave…Certains assurent même que c’est hygiénique. 😳 🙄 Enfin aujourd’hui il y a prescription.
    Comme d’habitude ton texte est très beau et et l’étude de ce sentiment très juste.
    Bizzz
    JMB

    • Edmée dit :

      Les coups de canif dans le contrat ne sont pas bien dangereux, je suis d’accord, et il vaut mieux ne pas enquêter… Et comme tu dis, la véritable fidélité ne se se trouve pas dans une impulsion – le désir – qui est plutôt imprévisible. Quant à « passer à l’acte », eh bien la dynamique est différente pour tout le monde, ça peut être grave ou pas, et ça ne nous appartient pas de juger ce que nous ne connaissons pas en profondeur.

      Bizzzzzz!

  9. colo dit :

    Belle et fine analyse Edmée. J’aurais écrit les mêmes mots que JMB en ajoutant une question qui me turlupine depuis longtemps en voyant les désastres provoqués par la jalousie: les malheureux qui en sont atteints peuvent-ils l’éviter, la contourner? Même s’il leur semble qu’elle n’a rien de rationnel, cela semble « plus fort qu’eux ».
    Belle journée à toi.

    • Edmée dit :

      Je vois ce que tu veux dire.

      C’est certainement plus difficile pour certains que d’autres en vertu de différents facteurs (pas toujours les mêmes puisque des frères et soeurs ayant eu la même enfance n’auront pas forcément la même force psychologique et les plus faibles accuseront TOUJOURS les « autres » de leurs lacunes) mais tout le monde apprend en classe et à la maison les qualités de base auxquelles aspirer.

      On apprend donc à résister aux impulsions néfastes en général et, encore une fois, les plus faibles vont utiliser la force des faibles, c à d les colères immondes, les crises, les bouderies, ou les « dépressions » plus tard dans la vie, les « je ne dors pas et c’est à cause de tout ce que vous me faites supporter » pour plier les autres et ne pas plier eux-mêmes. C’est une technique qu’ils essayent enfants et qui, si elle marche (et souvent elle marche pour avoir la paix ou bonne conscience), sera perfectionnée avec les années.

      A part des cas réellement pathologiques, je crois que c’est ainsi que ça se passe. Et puis bien entendu… ça devient si inné comme méthode que … la pathologie s’installe!)

  10. En te lisant , j’ai pensé à « Requiem pour un fou » chanté par Jonnhy Hallyday lol, comme c’est étrange:-) bonne soirée! Chère!!!!!!

  11. Et bien c’est l’histoire d’un « mec » qui tue sa « nana » car il la veut pout lui tout seul et les policiers sont en train de l’encercler dans sa maison;-) ….oui, déjà enrhumée, j’ai fait fort, vois chez moi le reste:-) bises!

    • Edmée dit :

      Vilain Johnny! Il y a aussi une chanson grecque où un certain Menoussis va boire avec ses copains et un lui dit que sa femme est bien jolie, qu’il l’a vue au puits la veille et lui a demandé de l’eau qu’elle a puisé pour lui et puis – il plaisante – un baiser. Menoussis rentre ivre de vin et de rage et tue sa femme. Le lendemain dégrisé il pleure sur le corps sans vie de sa pauvre femme… « Lève-toi ma colombe »… mais la colombe ne fait pas de roucoucoucous!

  12. erratum « pour lui »…………..snif, snif;-)

  13. adèle dit :

    Un jour une personne m’a dit avec l’air pensif de quelqu’un qui avait éprouvé ce sentiment, »La jalousie rend aveugle et injuste! »

  14. jeanne dit :

    j’ai connu cette jalousie
    celle qui noue la gorge au point de ne plus avoir fain de rien
    on plonge
    maisj’ai toujours eu le coup de talon
    qui me fait remonter
    alors je fuis, je pars jeme tire ailleurs
    c’était , ily a presque longtemps !!!
    merci pour tes mots

    • Edmée dit :

      C’est le coup de talon qui sauve… Et oui, tout le monde rencontre ce « mortel défaut » mais l’important est de reprendre ses esprits avant de sombrer et faire sombrer!
      Merci pour ce témoignage courageux! Et le courage de rebondir…

  15. claude danze dit :

    J’aime bien ton côté philosophe, Edmée. Il y a aussi des jaloux/ouses du passé de leur conjoint/e, à une époque où ils ne se connaissaient pas encore: un raffinement dans le genre. Heureusement, ce sentiment perverti n’est pas de mise entre ma femme et moi! Point d’énergie ne se perd en vaines suspicions et c’est tant mieux. Merci pour ce moment de réflexion et de bonne lecture.

  16. gazou dit :

    très beau texte…Tes réflexions sont très justes…Tu fais bien la différence entre la jalousie qui est désir de possession et, somme toute, manque d’amour et l’amour réel et être inquiet quand on sent que ce qui est le plus précieux dans notre vie risque d’être abîmé…ce n’est pas de la jalousie, c’est une juste inquiètude.

    • Edmée dit :

      Merci d’apprécier la différence! Trop souvent on se fait accuser de jalousie mal à propos. On en vient à cacher son inquiétude comme si c’était une tare. Et l’horrible jalousie qui ronge, on l’excuse au nom de l’amour. Quel déséquilibre!!!

  17. Comme les relations humaines sont complexes et passionnantes!
    L’inquiétude et la jalousie sont à la fois bien différentes et tellement proches en effet…parfois l’inquiétude se transforme en souffrance jalouse

    • Edmée dit :

      On n’est jamais tout à fait à l’abri des « idées folles » qui finissent par sembler absolument bien fondées. On échafaude sur des soupçons, et perd pied. Mais il faut vraiment arriver à « se reprendre » … sans quoi la souffrance fausse tout!

  18. Lauriza dit :

    L’amour c’est aussi la confiance qui permet de donner à l’autre la liberté de s’épanouir. Aimer ce n’est pas posséder, la jalousie ne peut donc pas avoir sa place. Même si je souffre de leur absence, j’ai toujours laissé les êtres que j’aime libres de choisir leur vie si leur bonheur est ailleurs. Il est bien évident que s’ils sont malheureux sans moi, alors je me dit, « ils ont choisis ». Quand on a compris qu’on n’est pas indispensable ni le nombril des autres, alors la paix peut entrer en soi.

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