Un amour absolu

Il y a des rencontres qui ne sont pas seulement celle  d’une personne encore jamais vue, mais surtout la découverte d’un écho qui se met à tinter au fond de nous. Nous avons des points communs avec bien du monde. Mais il y a le jour, le moment, l’état d’esprit, la situation bien particulière dans la vie qui font que les mots et sourires et regards que l’on va soudainement échanger avec quelqu’un ont, on le ressent nettement, l’essence de l’exceptionnel. Qu’il y ait  un lendemain ou pas.

J’ai rencontré Charlotte Polis il y a peu. Nous présentions nos livres au même salon. Elle habite ma ville d’origine, dont elle-même n’est pas originaire. Elle a un âge de sagesse, une sagesse qu’elle a mais qu’elle n’a pas empaquetée dans une ennuyeuse austérité de demi-teintes, demi-rires, demi-joies bref, la sagesse d’un gourou de bon ton. Elle souriait, plaisantait, se déplaçait sans cesse avec une vivacité joyeuse. C’est une femme primesautière, aimée et aimante, et l’aura autour d’elle envoie des signaux bien identifiables. Signaux que j’ai bien perçus, tout comme elle a su capter le même message chez moi – tout au moins, je traduis ainsi le naturel avec lequel nous avons admis être curieuse l’une de l’autre, et l’impatience pleine de gaieté qui nous a fait nous échanger nos livres. Je suis donc rentrée chez moi avec Un amour absolu, et une superbe image d’une Fagne envoûtante.

Et, ayant entraperçu l’auteure, j’ai retrouvé l’élan, perdu depuis des années, de me précipiter au lit pour lire « un chapitre » tous les soirs. J’ai même utilisé le prétexte d’un mauvais rhume pour faire deux siestes de lecture.  Une sorte de résurrection pour moi !

Et que dire du livre ? Ah, le livre !

Un régal. J’ai pensé au profond et délicieux dépaysement que j’avais autrefois en lisant Daphné du Maurier,  Rebecca par exemple. Remplaçons les moors ou la campagne anglaise par les Fagnes, et nous voici dans la même bruyère entre gens bien élevés qui apprécient les marches rustiques sous la pluie, dans le brouillard ou dans le cristal d’un soleil pur comme une poudre d’or. Ils savent être élégants mais aussi enfiler leurs bottes, acceptent la pluie sur leurs visages et les joues rougies par la taquinerie du vent et du froid combinés. Ils sont simples dans l’âme. La demeure, ce précieux théâtre qui accueille l’intrigue est solide, vieille, de mille beautés discrètes, parcourue de fumets exquis de pâtés, de repas délicats – lapereau à la crème d’estragon, ça vous dit ? – ou simples mais qui ont le goût du vrai. On boit du Nuits Saint-Georges, du thé, du café fort. Il y  a un huis-clos de personnages qui semblent avoir leur place spécifique tout en étant parfois imprévisibles. Il y a, parmi les acteurs attendus de ce drame à multiples facettes,  les deux dames pensionnaires, inattendues, pittoresques et observatrices. On papote ou on débat. On maîtrise ses impatiences tant qu’on le peut. On cancane sans trop s’y complaire… Car il y a un mystère et des humeurs  inexplicables, des émotions violentes que l’on teinte de bonnes manières.

La Fagne est le décor omniprésent, l’écrin de ces guérisons, doutes, explosions, révélations, confessions. Et Charlotte Polis la connaît bien, la Fagne. Elle la regarde pour nous avec des arrêts sur image qu’elle nous dépeint avec une minutie amoureuse:

« A mes pieds la brume rampait, estompant la terre molle. Des molinies géantes et de frêles graminées émergeaient du voile laiteux, des troncs maigres aux branches noueuses semblaient implorer le ciel bas qui pesait de toute sa grisaille  sur ce monde lunaire et muet. »

« (…) Et subitement tout s’assombrit. Une à une les lumières de la lande se sont éteintes et la Fagne retomba dans sa grisaille. Les safrans se sont ternis, l’ambre des narthécies s’est obscurci, les campanules se sont alanguies et la frêle violette des marais s’est refermée sur sa pâleur mortelle. Succédant au parfum de myrte et de résine, une odeur méphitique montait de la terre, une odeur sulfureuse…(…) »

Et puis, autant que la Fagne, le grand voile qui ondule sur ce récit, c’est l’Amour. Quelles formes revêt-il ? De quels égarements ne protège-t-il pas toujours ? Quel pardon peut-il libérer ?

Un amour absolu … un plaisir de lecture et puis de réflexion absolu !

Pour conclure avec les richesses artistiques de ce coin de terre dont je proviens, voici l’interview que je me suis amusée à faire pour ActuTV à mon cousin Pirly Zurstrassen…

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31 réflexions sur “Un amour absolu

  1. pierrot dit :

    Ma parole, c’est très beau et pour ton intro sur « un amour exceptionnel », je confirme pour l’avoir vécu!!!!!!!!!!
    Bises Edmée:-)

  2. JMB dit :

    Je ferais l’impasse sur la dissertation concernant l’amour absolu 😉 , par contre j’ai adoré le trio en fin de vidéo et me suis régalé de l’interview.
    Bizzz
    JMB

  3. Merci de nous faire découvrir cet auteur dont je n’avais jamais entendu parler. Bon week-end Edmée et à bientôt.

    • Edmée dit :

      Finalement, en voyant comment les salons du livre grouillent d’auteurs… on comprend qu’il n’est pas possible d’entendre parler de tous!

      Bon week-end à toi aussi!

  4. Paolo dit :

    Tu as très bien su faire partager la belle alchimie qui se produit lors d’une rencontre « coup de coeur » et donné envie de lire ce roman au goût un peu nostalgique. Mais un doute subsiste : est la beauté de ton texte qui rend tout cela beau ou le contraire?

    • Edmée dit :

      🙂 Charlotte a une belle écriture, fluide et bien nourrie d’un vocabulaire étendu sans être pédant. Donc ça, ça ne change pas, que l’on aime son roman ou pas. On pourrait ne pas être réceptif « à ce genre d’histoire » pas exemple, tout en aimant le style.

      J’ai vraiment apprécié, en tout cas!

  5. Florence dit :

    coucou Edmée !
    Tu m’as donné l’envie de lire ce livre, mais comme je ne pourrais me l’offrir, mon envie restera inassouvie ! Mais ce n’est pas grave, j’en ai l’habitude !!! (°v°) Toujours un plaisir de voir une vidéo de toi !
    Bisous hivernal ce matin !
    Florence

    • Edmée dit :

      Désolée Florence, ce commentaire s’était glissé dans les indésirables… et je ne l’en libre qu’aujourd’hui.

      Oh tant d’envies restent inassouvies, n’est-ce pas… et celles que l’on peut assouvir n’en sont que meilleures!

      Bisous gris et un peu ternes de Liège qui, ce matin, me fait un peu frissonner 🙂

  6. mimidusud dit :

    L’amour absolu,c’est la vie,l’infini quand
    l’amour s’introduit dans notre vie,je crois
    bien, que je connaissais ça …
    Superbe vidéo et trés beau reportage avec
    ton cousin Pirly Zurstrassen, pianiste et accordéoniste
    ,je suis allé voir sur myspace,et j’ai pus écouter des
    morceaux de musique,et j’ai bien aimé Valse germanique,
    et c’est superbe qu’il ait fait la musique de Quick et Flupke 🙂
    je te souhaite une belle et agréable soirée,bisous à toi,ma belle.

    • Edmée dit :

      Je suis contente que tu aies apprécié Pirly et sa musique. En plus… il est simple et gentil, ce qui ne gâte rien.

      Quant à l’amour… ah! L’amour! 🙂

  7. Pâques dit :

    Une jolie rencontre que tu nous fait partager avec Charlotte Polis, je ne connais pas son livre, mais c’est très prometteur !
    Tu as un cousin très charmant et talentueux, j’avais déjà vu cette interview sur Actu tv, et en plus tu prépare le café, quelle hôtesse 🙂

  8. gazou dit :

    Merci de nous faire connaître et Charlotte Polis et Pirli…j’ai bien apprécié les deux….Que de monde à découvrir et à aimer!

  9. pierrot dit :

    Belle journée et des bises!;-)

  10. Un amour absolu ! Je suis rassasiée, merci mon Dieu ! Belle découverte dans ce salon. A MArchienne aussi, il y avaient des auteurs dont je n’avais jamais entendu parler. Belles rencontres !

  11. colo dit :

    Les fagnes…ma grand-mère avait une maison à Sart-Lez-Spa et les promenades y étaient très fréquentes. Rien que pour cela (laissons l’amour de côté pour un moment) la tentation est grande! merci pour le café aussi Edmée, belle journée.

  12. pierrot dit :

    Bon aprem férié;-)
    (ai pensé à toi avec ce qui s’est passé aux States)

  13. Coumarine dit :

    Quelle belle critique de livre…!

  14. Lauriza dit :

    Délicieux billet qui donne envie de lire et très agréable interview toute en simplicité que j’ai beaucoup appréciée ayant fait 11 ans de piano dans mon enfance pour le plaisir. Malheureusement quand on ne pratique plus, on perd la vélocité et la lecture des notes, alors je me considère maintenant comme une autodidacte qui cherche à reproduire la musique préférée.

    • Edmée dit :

      11 ans de piano! Je n’en ai pas fait sauf massacrer le piano à demi-queue de ma grand-mère qui était dans notre salon… mais franchement… je n’étais pas douée je pense. Mais je suis certaine qu’avec un bagage de 11 ans, tu dois pouvoir te faire rêver!

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