Cinq petits mondes et puis s’en vont…

Cinq petits mondesLa plupart d’entre vous connaissent un peu ou beaucoup Damien Personnaz. De blog en blog nous nous rencontrons, il est passé par ici il repassera par là, comme il le fait sur ces îles lointaines qu’il a la passion de visiter et puis décrire sur son blog et dans ses livres.

 
Je n’ai pas lu le premier, Sept Oasis des mers paru en 2008 (Editions du Quai Rouge). Mais grisée par l’amertume et l’amour découverts au travers de son blog, je n’ai pas résisté à l’appel de Cinq petits mondes

 
Cinq petits mondes, cinq versions de l’isolement des insulaires, d’une existence que l’on aime ou subit, d’un rêve qui a toujours aussi un relent de mort lente. Par la pollution, l’éloignement de tout, la reddition du fatalisme, une aura de lassitude. Et puis ces extraordinaires trésors – en danger – comme les albatros, les tortues, une nature qui s’use et triomphe à sa manière, les personnages qui en sont à leur insu : grotesques, courageux, mesquins, sans espoir, animés d’une vigoureuse confiance, attendant le signe qui va changer leur vie, amoureux des animaux, furieux contre le plastique.

 
Damien ne visite pas les îles mises en scène pour ceux qui aiment l’aventure organisée. Il pose les pieds et les yeux sur celles dont le tourisme n’affecte ni le visage ni les finances. Il arrive seul, et on s’y demande ce qu’il vient faire. On ne comprend pas. Il n’a d’ailleurs pas vraiment envie d’expliquer parce qu’on  ne comprendra pas d’avantage.

 
Il nous emmène à Funafuti (archipel de Tuvalu), visitée par deux avions par semaine. Un avant-goût ? Voici sa chambre d’hôtel, la six puisque la cinq n’était pas prête : « L’endroit est spartiate : deux pièces, des murs fins comme du papier à cigarette, une salle de bain branlante, des rideaux transparents qui donnent sur une arrière-cour où des poules et des chiens furètent, un néon qui tremblote comme de la gélatine, un appareil d’air conditionné poussif et bruyant (…) »

 
Les mutinés du Bounty, vous connaissez ? Leurs descendants ont échoué et procréé à Norfolk, et aucun ne ressemble à Marlon Brando… Ils ont mis au point leur propre langage et orthographe dont on découvrira les origines – et les charmes. On attaque fort avec Welkam  to Norfock Island s’agitant sur une bannière à la douane.

 
Chatham… où Damien donne libre court à ses talents de grand maître des surnoms. J’apprécie car je suis assez douée là-dedans également, sans me vanter. On fera connaissance de Yéti, Dents jaunes et Foulard mauve. Moi aussi j’ai eu mon Dents jaunes, un marchand de journaux du New Jersey, mais ce n’est pas de lui qu’il s’agit ici. Bien entendu… Chatham a bien d’autres choses à remarquer : « Détour par la supérette, le temps d’acheter des fruits et des yaourts, et la nouvelle édition de l’unique livre disponible sur les îles Chatham. Il pleut, le vent rugit, les vitres de la voiture dégoulinent (…) »

 

Car le soleil en boîte n’est pas toujours de mise, dans les îles qui attirent Damien…

 
Midway, l’île que le plastique assassine en silence. Pour ceux et celles qui sont sur Facebook, ce documentaire est une histoire d’horreur – et de beauté pourtant. Il y a aussi cet article qu’il avait mis sur son blog en 2009. On espère toujours conjurer le sort, se dire que puisque tant de choses ont changé, d’autres pourraient changer avec l’implacable mise au net d’un déluge universel. Une grande onde de justice qui rendrait le monde à ceux qui l’aiment et en effaceraient ceux qui lui font mal. Car on ne sait que faire pour « bien faire » sans réparer un mal en en créant un autre comme quand on tue tant le loups que trop de caribous arrivent à l’âge adulte et meurent alors de faim faute de nourriture en suffisance l’hiver… Ou le cauchemar des lapins importés en Australie. Qui nous délivrera du plastique qui simplifia la vie de tant de familles ?

 
Archipel des Gambier, Mangareva…  « A l’écart des grandes voies de navigation l’archipel, sans doute peuplé depuis le Xème siècle, fut aperçu par le Capitaine du Duff, le 24 mai 1797. Mais l’équipage de ce navire, conduisant en Polynésie les premiers missionnaires de la London Missionary Society, n’arrive pas à toucher terre, découragé par l’attitude belliqueuse des indigènes ».

 
Et puis… l’île qui donna son destin au Père Damien et son prénom à « notre » Damien, Kalaupapa. Je suis heureuse qu’il s’y soit rendu pour nous car jamais je n’aurais fait ce trajet à dos de mule : « Ca picote au bout de mes doigts, la sueur me coule dans le dos et je m’agrippe à la selle. Koa, la mule, poursuit imperturbable sa descente vertigineuse vers la péninsule. Le sentier, à flanc de falaise et creusé de marches rudimentaires, glisse comme de la glace sous ses sabots. 600 mètres plus bas, l’océan Pacifique gronde. L’humidité suinte de la végétation qui s’introduit partout, dans les moindres interstices de la roche. Un faux-pas et c’est le plongeon dans le précipice. De là-haut, ma mère doit être à la fois fière et terrifiée d’observer son fils, hanté par le vertige, crapahuter à dos de mule le long de cet effroyable » sentier ».

 
L’écriture de Damien est loin d’être pompeuse ou du style « le professeur Damien a visité pour vous ». Les observations sont généreuses et s’il donne toujours une base « sérieuse » aux faits qui aideront à comprendre la nature de l’île et ses habitants ou sa politique, le tout est narré de manière vivante et amusante. Une certaine auto-dérision aussi, l’humour n’est pas sans un zeste de tristesse ou désenchantement parfois, que l’on partage. Après tout, ce que Damien nous explique, ce sont des petits mondes qui n’ont plus que le jour le jour comme avenir.

Cinq petits mondes…

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30 réflexions sur “Cinq petits mondes et puis s’en vont…

  1. lascavia22 dit :

    On ne saurait mieux décrire et faire partager avec justesse et finesse les Cinq petits mondes de Damien P. Une chroniqueuse chevronnée pour un livre séduisant à plus d’un titre, à découvrir à présent par soi-même et sans tarder.

    • Edmée dit :

      Nous sommes toute deux des admiratrices du travail de Damien. Mais ses articles de blog et ce livre ont tant de choses à dire, des choses pas toujours belles hélàs si ce n’est, au fond, la base: la terre, sa faune et sa flore, et la résilience obstinée de ses habitants!

  2. amandine dit :

    Je viens te souhaiter bon week-end

  3. Damien dit :

    Merci pour cette sympathique note de lecture! Heureusement que tu ne me trouves pas « pompeux », brrr, et que tu as apprécié et peut-être découvert des petits coins des confins qui méritent d’être contés. Et puis, comme il est difficile d’écrire, n’est-ce-pas?

    • Edmée dit :

      🙂 Tu écris bien, facilement (ou alors tu caches bien ton « difficile’!) et justement… c’est instructif, donne envie d’en savoir plus, ça intrigue, ça interpelle, et on prend conscience!

      Merci Damien

  4. Une façon de voyager et qui ns découvrons des cultures insolites. Je crois que j’aimerais ce livre. Et quel commentaire mes amis!

  5. colo dit :

    Je n’aurais évidemment pas fait mieux que toi Edmée! J’ai « dévoré » ces petits mondes, tout à tour intéressée, admirative, touchée, au bord des larmes ou des fou-rires. Bravo à vous deux!

    • Edmée dit :

      Je suis heureuse que tu l’aies apprécié toi aussi, car ça fait partie des livres de « non fiction » qui se lisent avec la même voracité… et oui, toutes les émotions ont leur place!

  6. Tu as raison de mettre en valeur le travail de Damien ; il le mérite amplement. Bon week-end Edmée.

  7. Florence dit :

    Coucou chère Edmée par cette soirée glaciale !
    Je ne connaissais pas ce sympathique et séduisant monsieur, et c’est chose faite !
    Par contre, certaines de ces îles ne me sont pas inconnues. Je n’y suis pas allée bien-sûr, mais j’en ai entendu parlées et j’ai lu des articles et livres sur elles. Ce livre doit être intéressant ! Merci Edmée !
    Gros bisous et bonne fin de semaine !
    Florence frigorifiée

    • Edmée dit :

      Eh oui il ne manque pas de charme non plus… il doit laisser quelques insulaires bien nostalgiques 🙂
      Un bien beau livre qui fait réfléchir, qui change notre idée de « paradis »… et bien d’autres!

  8. amandine dit :

    Convaincueeeeeeeeeee
    Bon samedi 🙂

  9. Celestine dit :

    Quand Edmee parle d’un livre, on a déjà furieusement envie de courir l’acheter…mais si en plus tu nous mets la vidéo en gros plan de l’auteur…j’avoue avoir perdu un peu Damien de vue depuis qu’il est si occupé que lui non plus ne va plus sur les blogs, (en tous cas le mien;-)) mais tu m’as donné envie de retrouver son écriture.

    • Edmée dit :

      C’est vrai que les blogueurs changent, apparaissent et disparaissent…. mais de loin en loin je suis restée « fidèle » à celui de Damien via Facebook! Jamais déçue de ce qu’il nous raconte…

  10. amandine dit :

    Bon dimanche neigeux ici pfff 🙂

  11. gazou dit :

    des petits mondes qui font bien envie

  12. amandine dit :

    Bon début de semaine sous la neige si tu en as lol encore

  13. jeanne dit :

    j’aime les îles
    passionnément
    je suis allée m’échouer sur quelques unes
    ivahoa reste une perle à mon cou
    je vais aller lire son blog mais je ne suis pas sur face book possible alors ?
    merci

  14. Philippe D dit :

    Je ne connais pas ce monsieur. Je ne connais pas ce livre mais si tu le présentes c’est qu’il en vaut la peine.
    Bonne fin de semaine.

    • Edmée dit :

      C’est un bon livre pour qui aime ce genre d’aventure. Moi j’aime, et puis j’ai sympathisé avec Damien il y a quelques années déjà, et donc j’ai encore eu plus envie de lire ce dernier livre!

      UN peu de soleil ne nous nuirait pas, ce week-end 😉

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