La « culture » ne remplace pas la vie

Confidences - Sir Lawrence Alma-Tadema

Confidences – Sir Lawrence Alma-Tadema

Les bêtes conversations. Les cancans. Les commérages. Les potins, plutôt, comme me le fait remarquer une amie, parce que commérages a une connotation malfaisante que je n’aime pas plus que les autres!

Toujours discrédités et il est vrai qu’au fond tout dépend de combien de fois on tourne sa langue dans la bouche avant de parler et avec combien de lampées de vitriol on l’humecte. Car le monde se comprend aussi bien par les commérages que par de fines analyses et ceux qui estiment toujours parler pour dire quelque chose contrairement aux gens « incultes »… manquent fréquemment de psychologie et finesse. Qui au contraire se dissimulent joyeusement dans les cancans.

En effet, dans les conversations – bêtes – réduites à l’entourage et ses épreuves, la vie a sa réalité. Celle des montagnes russes. Les hauteurs surprenantes et les bassesses abyssales de l’âme humaine s’y rencontrent. Les faits de vie y sont décortiqués et jugés. Il ne faut pas juger, on le sait bien, et si le tabou est aussi culpabilisant c’est bien qu’on le fait naturellement. Dans un couple qui va mal et panse son malaise comme il le peut, que ce soit l’alcool, l’adultère, les cris et coups, les faux départs et retours, les observateurs décrivent, expliquent, critiquent, comparent avec des cas similaires déjà rencontrés. Avec une sagesse qui ne juge qu’en surface avec l’indignation envers les uns et l’acquittement pour les autres… à revoir après meilleur examen. C’est la psychologie du vécu, du remarqué. Rien d’intellectuel ni analyses subtiles, mais le bon sens. Toutes les histoires de couples en souffrances de la famille, des amis, du village ou du quartier sont exhumées pour mieux comprendre et aider celle en cours. Pareil pour les enfants difficiles, les bébés pas ou trop voulus, les pauvres filles qui ne sortent qu’avec des ratés, les fils dont on ne sait où ils disparaissent la nuit, les adultes que l’on croyait rangés et qui soudainement dynamitent leur famille en devenant hare Krishna, explorateur ou transsexuel, les grands-mères qui tombent follement amoureuses au home où on les a mises, les intuitions, les rêves prémonitoires, les fatalités…

Alors que bien souvent ceux qui affirment ne jamais céder au péché de  commérages et ne parler que de choses intéressantes ne font que vivre derrière le mur de protection que le bon argent, la bonne éducation, la bonne naissance, les bonnes manières – ou le tout – leur assurent. Le monde se partage entre les gens comme eux et les pauvres fous qui sortent des balises. Et quand on sort de leurs balises familières  ils sont perdus : comment une telle monstruosité peut-elle nous arriver ? Vite ! Un psy ! Rien de cela n’est normal ! Notre fille qui n’aime plus son mari, notre petit-fils qui s’est rasé la tête, Bonne-maman qui déclare à tout un chacun que si on lui avait demandé son avis elle n’aurait eu qu’un enfant et pas 8, notre meilleur ami qui prend la mer en solitaire en laissant à terre sa femme qui ne comprend pas… Où donc va le monde ? Qu’on nous rende vite notre quiète innocence.

Faire des cancans pour passer le temps et ridiculiser les autres est une chose. Faire des cancans parce qu’on s’enflamme et veut comprendre, parfois aider… pourquoi pas ? La vie est mieux qu’un syllabus universitaire et elle a le mérite de n’avoir que des histoires vraies à raconter.  Parfois il n’est pas mauvais d’arrêter de se délecter dans l’horreur et l’indignation en pensant à l’avenir du monde, de la science et de la culture et de chercher à comment résoudre ce qui se passe sur le seuil.

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34 réflexions sur “La « culture » ne remplace pas la vie

  1. Coucou Edmée,
    Comme toujours, j’adore la façon avec laquelle tu décris la réalité : « …Pareil pour les enfants difficiles, les bébés pas ou trop voulus, les pauvres filles qui ne sortent qu’avec des ratés, les fils dont on ne sait où ils disparaissent la nuit, les adultes que l’on croyait rangés et qui soudainement dynamitent leur famille en devenant hare Krishna, explorateur ou transsexuel, les grands-mères qui tombent follement amoureuses au home où on les a mises…. »
    Les commérages tels que tu les conçois sont souvent ce qui fait le PIMENT de la vie, ce qui nourrit les soirées « entre amis » et qui liés bout à bout constituent notre Histoire. C’est grâce à eux que notre société évolue et « s’ouvre » et que les gens deviennent plus tolérants…par comparaison.

    • Edmée dit :

      Bien vu! C’est ça que j’ai voulu démonter. On parle de ce qui nous arrive, on fait évoluer nos relations et, certainement le monde, atome par atome, grâce à ces petits commérages qui nous lient bien plus qu’ils ne divisent à la fin!

    • Si ton article engendre tant de réactions négatives, Edmée, c’est à cause, je pense, du mot « commérage ».
      Le mot « potin » (moins péjoratif) aurait peut-être mieux fait passer le sens profond de ton message…très positif !
      Qui te connaît un peu sait que tu n’es pas de celles qui font l’apologie de la médisance mais au contraire de la joie, de l’humour, de la gaieté et de la vie.
      Pas facile …d’être comprise…:-(
      Merci et bonne fête ! 🙂

      • Edmée dit :

        Tu as – et vous avez – raison! Il s’agit plutôt de potins…

        Merci de voler à mon secours chère amie! 🙂

  2. fred dit :

    Concernant « le cancan » en général j’ai une préférence pour le French! Passe sde bonnes fêtes de Pâques et attention à la crise de foi (e)

    • Edmée dit :

      Le French est plus rythmé! 🙂

      Ni crise de foie – mange peu de chocolat! – ni de foi. Je crois sans tambours ni trompettes ni cloches! Bonnes fêtes à toi aussi!

  3. Celestine dit :

    J’aime bien l’univers déjanté de Philippe katerine…
    Cela dit, je n’ai pas vraiment tout compris à ton billet, chère Edmée. Il me semble que tu fais une sorte d’apologie des commerages. Peut-être parce que je n’ai pas la même image des commérages que toi, mais moi, j’associe les ragots a ces bavasseries de grenouilles de bénitiers qui regardent en coin les femmes libérées et sans complexe…
    Des gens étroits et obtus qui restent figés dans une morale guindee et traversent la vie sans jamais se remettre en question.
    Sans doute ai-je en ligne de mire la chanson de Brassens « les amoureux des bancs publics » où les passants  » honnêtes  » regardent les amoureux de travers… C’est l’idée que les gens qui vivent libres et qui ne s’embarrassent pas des commentaires des langues de p…, quelque part ça dérange.

    • Edmée dit :

      Je parle de ce que certains appellent commérages. Qui ne sont souvent que l »intérêt – et parfois curiosité – porté à ce qui se passe autour de nous, qui est bien ou mal analysé et toujours critiqué par ceux qui disent ne jamais y tomber. Bien entendu, je ne vois pas ces commérages comme provenant de gens obtus, mais plutôt de gens plutôt banals, ayant à affronter des choses banales mais dont ils parlent.

      Tu as raison, les commérages qui jugent sans indulgence sont aussi à prendre en compte, et je ne l’ai pas fait parce que je ne pense pas à ceux-là. Je pense à ceux qui courent sur les faits de la vie de tous les jours et qui sont banals, et qui, si on en parle, les empêche de devenir des cas de figure abominables et impardonnables!

      Disons que je parle des commérages gentils, un peu agités, passionnés, qui cherchent à comprendre…

  4. Je ne suis pas trop d’accord avec le commentaire de Nicole et je ne vois pas cela comme quelque chose de positif. Bon week-end de Pâques Edmée.

    • Edmée dit :

      Il s’agit de « commérages » dans les yeux des autres – ceux qui disent ne pas en faire mais en font. Parler de ce qu’on a appris sur les faits et gestes d’autres. Pas en critiques, mais en analyse qui va dans tous les sens : « mais comment peut-elle? » « J’ai connu quelqu’un qui a presque vécu la même chose » « Ca ne te rappelle pas l’historie de X…? » etc…

      Ces petits « commérages » font comprendre un tas de choses, aident à comparer des situations plus ou moins similaires, et conduisent l’esprit à se faire à bien des cas de figure. Je ne les trouve pas négatifs du tout, sauf s’il s’agit d’une délectation perverse à discréditer quelqu’un ou simplement à critiquer qui que ce soit…

      Bon week-end de Pâques!

  5. jeanne dit :

    certains commérages sont positifs
    font avancés les mots et donc les choses
    quand ils ne sont pas couverts de fiel
    bon ceci dit parfois les « fieleux  » font du bien !!!
    belle journée

    • Edmée dit :

      Je trouve aussi. Je ne parlais pas des commérages bigots qui condamnent ceux qui ne « font pas comme nous » mais de ceux qui se posent des questions sur tel ou tel comportement, cherchent à le comparer à d’autres peut-être similaires, font la part des choses. On apprend de chacun et effectivement ça débloque esprits et choses.

      Et oui, parfois une pointe de fiel n’est pas pour déplaire, nous ne sommes pas des saints, et c’est ce qui fait partie des confidences que l’on fait: sais-tu ce que cette peau-de-vache de chef de service a encore combiné? 😉

      Belle journée à toi aussi!

  6. gazou dit :

    J’ai beaucoup souffert dans mon enfance des commérages que j’entendais…Je me sentais visée chaque fois que l’on disait du mal de quelqu’un même si l’on ne parlait pas de moi…
    Mais si tu parles des paroles que l’on échange parce que l’on cherche à comprendre..alors oui, je suis d’accord…cela crée des liens, cela aide à vivre…mais, dans ce cas-là, je n’appelle pas cela « commérage »

    Bon week-end Edmée!

    • Non, ce ne sont pas de vrais commérages mais ils sont souvent accusés de l’être par ceux qui proclament ne jamais s’y livrer! Ce sont des « cancans » souvent innocents, de petits procès avec une accusation et une défense qui chacune apporte ses exemples et raisonnements. C’est rarement vraiment négatif.

      Je n’appelle pas ça « dire du mal » même si on peut ne pas être d’accord avec un comportement par exemple.

      Dire du mal dans le but de ridiculiser gratuitement ou de discréditer… ça, ça n’est pas du tout constructif 🙂

      Joyeuses Pâques!

  7. Florence dit :

    Coucou Edmée !
    Peut être finalement que le Belge et le Français sont deux langues différentes, car j’ai du mal à te suivre dans tes commérages que tu sembles trouver positifs ! Dieux sait que j’en ai entendus autour d’un repas ou d’un pot, et même si parfois cela m’a distraite et amusée, je ne les ai jamais trouvé positifs. Mais tu m’étonneras toujours tu sais ! (°v°) !
    Ma dernière visite avant ma pause pour te souhaiter de Joyeuses Pâques, bien que tu ne sois pas très Fêtes, mais c’est la tradition et je suis finalement assez conformiste bien que souvent révoltée !
    Gros bisous et à bientôt Edmée !
    Florence

    • Edmée dit :

      Joyeuses Pâques à toi aussi, chère Florence.

      Nicole a raison de dire que j’aurais dû employer le mot « potins » plutôt que commérages mais en même temps il me semblait que les exemples cités étaient assez clairs 🙂

  8. ARMELLE B. dit :

    Les commérages existent depuis que l’homme s’exprime et heureusement ! Relisons les « Caractères  » de la Bruyère pour avoir une petite idée d’une forme de commérage intelligent et malicieux qui sait prendre la plume avec esprit. Quant aux vôtres, ils le sont toujours, chère Edmée. Ne « commérons-nous » pas avec finesse et humour sur facebook ?

    • Edmée dit :

      Merci chère Armelle! Je les trouve aussi bien utiles et constructifs, et oui, malicieux et souvent subtils!

      Et oui… Facebook est le grand mur des potins et nous y allons tous!

      Joyeuses Pâques!

  9. Philippe D dit :

    commérages … commères : ce sont les femmes qui se livrent aux commérages, non?
    Bon dimanche pascal. Ce n’est pas encore demain qu’arrivera le printemps!

    • Edmée dit :

      Absolument! Et la coumbara en grec est une sorte de marraine qui finance le mariage des époux! Tu as bien de la chance les hommes ne cancannent ja-mais, c’est bien connu 🙂

      Joyeuses Pâques aux tisons!

  10. JMB dit :

    Quand il m’arrive (c’est assez rare) de m’ennuyer, j’aime bien m’assoir en terrasse, regarder les gens qui passent en cherchant un peu tout ce qui me parait critiquable dans leur attitude. Si je suis seul ça reste un plaisir intérieur si l’on est plusieurs je partage volontiers cet instant cancanier, qui n’a aucun fondement dans la réalité de la vie puisque toutes les critiques sont uniquement issues de mon imagination. Ça ne me dure pas longtemps mais j’ignore pourquoi je trouve le jeu assez récréatif. A part ça je n’aime pas les vrais ragots, je m’ intéresse à la vie des autres que lorsqu’ils ont eux même envie de la raconter, et n’aime pas du tout ceux qui critiquent les personnes qu’ils fréquentent au quotidien. Quand quelqu’un a une attitude qui me déplait il le sait immédiatement et ce n’est jamais un tiers qui le lui signifie ;-).
    Je ne me rend plus sur Facebook, finalement je n’aime pas la manière dont cet outil est utilisé….Tu as raison c’est le mur des potins.
    Bizzzzz
    Grisaille aussi vers chez toi ?
    JMB

    • Edmée dit :

      Oui, il y a un certain plaisir innocent à cancaner sans but. Et quant à « critiquer », tout dépend aussi de ce qu’on appelle critiquer. Ce n’est pas toujours « dire du mal ». On peut parler entre amis ou amies d’un tel ou d’une telle qui persiste à se choisir de mauvais partenaires de vie, sans que ce soit dans le but de décrire la personne, mais au contraire d’user un peu le sujet au cas où un conseil jaillirait de la conversation. Ce n’est pas parce que nous aimons les gens que nous ne voyons aucun de leur défaut et n’avons pas parfois le besoin de parler de leurs lacunes pour trouver le chemin qui va les aider…

      Je ne cancane pas sur Facebook qui me sert à d’autres choses, mais je m’amuse beaucoup à plaisanter!

      Oui, grisaille et froid… mais Joyeuses Pâques!!!

  11. La plupart n’écoute que soi-même, non ? Alors que cancaner, c’est encore partager, non ?:)

  12. colo dit :

    Parfois une ami majorquine du village vient manger chez nous et nous « met au courant de ce qui se passe », des commérages si on veut, mais jamais négatifs, celle-là doit être opérée, celui-là a fait faillite, le fils d’une telle a encore raté, bref, des infos qui permettront parfois, lors d’une rencontre, de s’informer gentiment de la santé ou autres. Ces potins-là je les aime beaucoup. Et puis il y a ceux qui font rire, qu’on ne répète pas à tout vent, comme l’histoire de ce pauvre hommes à qui une chèvre a croqué une c….. Oui.
    Mais oui , je suis d’accord avec toi, « potiner » est parfois utile et très amusant.

    • Edmée dit :

      Mais oui! C’est bien de ça que je parle. Et ça me désole que l’on méprise ce genre de rapports qui tissent les gens ensemble et créent une idée plus large de ce que peut-être la vie grâce à ce regard sur celle des autres!

      Joyeuses Pâques Colo!

  13. Je viens par curiosité voir comment a évolué ton débat depuis vendredi. On constate combien le choix des mots est important en écriture. Je ne suis toujours pas d’accord avec ton article, mais peut-être parle-t-il plus aux femmes qu’aux hommes? lol. Et de toute façon, chacun a le droit d’avoir son avis. Bon dimanche de Pâques Edmée.

    • Edmée dit :

      Les femmes avouent se livrer aux potins et les hommes jurent ne pas savoir par quoi commencer en la matière. Pourtant j’ai travaillé autrefois avec 10 hommes, nous étions deux femmes, et je peux te dire que ça cancanait ferme 🙂 Mais ils appelaient ça « discuter »… 😀

  14. Il y a mille façons de s’exprimer et j’avoue que lorsque je pratique le commérage ( négatif blabla style tu sais elle m’emmerde celle-là), j’essaie de faire tourner la sauce en une grosse rigolade et ça ne rate jamais, on finit par éclater de rire; donc pratiquer le commérage avec une copine ou un copain car oui oui les mecs aiment ça, on finit par s’éclater rigoler et ma foi, ce truc négatif se positive…

    • Edmée dit :

      Voilà! Je trouve que les médisances sont une horreur, mais laisser sortir la vapeur sans en faire une vraie méchanceté est humain. Et les potins ont aussi le mérite de relativiser les choses: les gens ne sont pas parfaits, nous énervent parfois, et pourtant nous les aimons. Tout va donc bien!

      Et rire prolonge la vie dans la bonne humeur. Et si on est de bonne humeur on n’empoisonne pas les autres 🙂

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