Victoire, ou le chemin de croix d’une flamme…

Les années victoireJe viens de lire – pas trop vite pour ne pas user le plaisir et pas trop lentement parce que mes doigts et mes yeux se trainaient, réticents, au long des pages –  Les années Victoire  d’Anne-Michèle Hamesse.

 
Onirique, le décompte de ces années. Belge dans tout ce que l’esprit belge peut avoir d’indomptable, rêveur, démesuré et surtout… flamboyant. C’est une sorte de malle gigantesque qui contient des Jules, des maris, des chiens et chats, des copines, des enfants – qu’on ne déballe jamais vraiment, nous ne voyons que le bel emballage cadeau ! – des ennemies à jamais ou le temps que ça prend de se calmer, des époques contrastées, des constatations lapidaires sur soi et les autres.

 
Elle donne la voix à Victoire mais aussi à des personnages de papier, des maisons, des défunts (tellement vivants et tellement absents), des amies…

 
Tout commence – sa vie et non pas le livre – par un déchirement, et une fois le ton donné, ça déchire tout le temps. Mais Victoire vit ses drames en technicolor, avec tambours et trompettes, fureur, et toujours ce regard posé d’un peu loin, indulgent avec une pointe d’ironie aussi. Et Victoire se remet de tout, enfin, elle se retourne et ne peut s’empêcher de rire de bien des choses avec le recul, sauf de ce qui ne peut vraiment pas faire rire. Elle nous raconte tout avec un humour féroce, une franchise furieuse et théâtrale. C’est vivant comme un feu d’artifice, et si le son des pétards est parfois proche de celui des grands chagrins que l’on ne peut porter qu’en habits de scène, il y a toujours derrière, déjà, les gais accents d’une fanfare, des ballons et quelques amies en majorettes qui s’esclaffent.

 
Alors, Anne-Michèle et moi mentionnons toute les deux Bicot Bicotin dans notre roman, nous nous sommes toute les deux mariées avec un bandana blanc dans les cheveux, nos romans respectifs (Les années Victoire et Les romanichels) se terminent par des phrases similaires, et nous avons souvent le même regard sur le passé :

 
« Nous sommes une génération perdue, de quoi avons-nous l’air avec nos colliers de fleurs, nos folksongs et nos Katmandou de pacotille ? Nos Woodstock. Nos on fait l’amour et pas la guerre. Ca nous a menés où, toutes ces bêtises ?

 
Nous sommes tous multi-divorcés, nous ne croyons plus en rien ou alors en trop de choses à la fois, nous ressemblons tous aux névrosés des films de Woody Allen même si Manhattan est à Uccle et que Central Park a des allures de Bois de la Cambre…(p.40) »

 
Constat sans indulgence mais qui n’est pas un cul-de-sac, car Victoire, si prise dans un cul-de-sac, escaladerait le mur quitte à se trancher les paumes au sommet et devoir chanter une berceuse au chien de garde de l’autre-côté.

 
Victoire a la soixantaine, et proclame haut et fort : « Les vieux sont des jeunes comme les autres ». Voilà, c’est au fond bien simple. Et si vrai. Et Victoire savoure l’arrivée au bon port de l’amour après les soixante premières années de sa vie. Elle vient de trouver la partie manquante de son être d’amour. Elle prouve que jamais la recherche ne prend trop de temps, que tout ce qui précède ce qui mène à la rencontre (délicieusement fortuite… hum, le destin est le roi du déguisement et adore celui de hasard mais ici il a frappé fort !) n’est que la tempête accompagnant le retour à Ithaque.

Les années Victoire. Editions Novelas, 265 pages. ISBN: 978-2-930599-17-5

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32 réflexions sur “Victoire, ou le chemin de croix d’une flamme…

  1. colo dit :

    Quelle énergie et quel billet!
    Cul de sac nos vies? Dans un sens. oui, bien sûr…entretemps rions le plus possible.
    Belle journée Edmée!

    • Edmée dit :

      J’ai vraiment aimé ce livre et on peut le sentir je crois 🙂
      Et j’ai le même âge que l’auteur et moi non plus je ne me suis pas laissée piéger par les culs-de-sac! On peut toujours voir par où continuer…
      Oui, rions le plus possible, tu as raison!
      Bonne journée à toi aussi chère Colo!

  2. Ton résumé donne envie de lire ce livre, Edmée puisqu’il ressemble au tien !
    J’ai beaucoup aimé cette phrase : « Les vieux sont des jeunes comme les autres » … que l’on ne comprend que bien tard dans sa vie.
    Et si « Victoire » a enfin trouvé le port de l’amour, j’espère qu’elle pourra y accrocher solidement son ancre pour qu’il ne s’en détache jamais. 😉

  3. annerenault dit :

    Un magistral billet, Edmée !!! Un auteur bien défendu ! Et pour toi, une rencontre, littéraire, mais aussi à cause de grandes similitudes dans vos parcours. Je retiens auteur et titre, en attendant que ma pile « A lire » ait un peu diminué.

    • Edmée dit :

      Merci Anne! Moi aussi ma pile semble monter au lieu de descendre mais j’ai repris à lire, aussi ça devrait se stabiliser…

      Je ne connaissais pas cet auteur, mais je dois dire qu’elle vaut le détour. Comme bien des femmes de notre génération l’assiette a été parfois bien pleine;.. mais elle sait aussi comment repartir à chaque fois!

  4. Pâques dit :

    Une belle découverte, j’ai très envie de lire ce livre !
    Cette génération est la mienne aussi, les longues jupes, les fleurs dans les cheveux…
    -C’était le temps des fleurs, on ignorait la peur, nos lendemains avait un goût de miel…- les paroles d’une chanson qui me revienne en mémoire 🙂

  5. Celestine dit :

    J’ai cru que tu participais aux « plumes d’asphodèle » d’autant que tu utilises le mot « gigantesque » à un moment. Comme le sujet était d’écrire la quatrième de couverture d’un livre qui n’existe pas, il m’a fallu arriver au bout pour m’apercevoir que tu parlais d’un livre bien réel! Et donc, pas de frustrations comme avec les autres participants, quand on réalise que le livre reste à écrire. Celui dont tu parles donne envie!

  6. gazou dit :

    Je vais retenir ce titre et cet auteur…mais les journées sont vraiment trop courtes

  7. Damien dit :

    En fin de compte, il ne faut pas se laisser faire par la vie. On est tous un peu co-responsables de notre destin et de nos malheurs et savoir reculer avant que le cul-de-sac ne donne sur un mur est la seule issue de secours. Hum…facile à dire.

    • Edmée dit :

      C’est vrai qu’on ne doit pas se laisser faire, en tout cas pas jusqu’au bout. On se laisse toujours faire et ne le comprend que quand on en a « jusqu’au cou » ou presque. L’important est de sortir les griffes à temps… Le cul de sac, même de là on peut encore faire face et foncer en crachant du feu. Je l’ai fait. Je me suis un peu brûlée au passage (mon souffle était puissant) mais … que l’air est pur depuis! 🙂

      Le lien vers ton blog ne fonctionne pas, le voici pour qui voudrait te visiter: http://ileslointaines.blogs.courrierinternational.com/

  8. fred dit :

    je viens te rendre visite devant l’impossibilité matérielle qui est la tienne de me rendre la politesse ( j’exagère un brin)
    « Nous sommes une génération perdue, de quoi avons-nous l’air avec nos colliers de fleurs, nos folksongs et nos Katmandou de pacotille ? Nos Woodstock. Nos on fait l’amour et pas la guerre. Ca nous a menés où, toutes ces bêtises ? »
    Que veut elle dire par là, que nous aurions du faire la guerre de suite, sans passer par la case « utopie »? Il reste toujours quelque chose de l’utopie! Bonne fin de week end!

    • Edmée dit :

      Aller chez toi, je peux, mais peut-être toujours pas mettre un com!

      En tant que femme j’ai trouvé cette époque très déstabilisante car nos parents n’avaient pas les outils pour nous guider, la pilule ayant aboli leur « attention de ne pas être enceinte ». Les filles en tout cas étaient en plein désarroi, nous avions un pas dans le passé de maman et un dans un futur inconnu, et on nous demandait de savoir ce que nous voulions.

  9. ecureuilbleu33 dit :

    Ton enthousiasme est communicatif et me donne envie de découvrir Victoire et ses aventures. Bisous

  10. amandine dit :

    Cela me rappelle(un peu) une auteure favorite : Martha Grimes si ma mémoire ne me fait point défaut………….

  11. Gai de lire ce billet tôt le matin! Bordel, ça fait du bien au moral, je me sens dans le coup et prête à rebondir, c’est mieux qu’un jus ( d’orange je précise) super concentré. J’aime les gens déchaînés et libres de toutes contraintes. C’est le second billet que je lis ce matin et qui me raconte la même chose..Hum hum je serai attentive à mes rencontres de ce jour, il n’y a pas de hasard! bzzz et bonne journée ( perso j’ai du boulot, cours de poésies à préparer et exposé de samedi pour mon premier roman ( ne jamais désespérer…)) ! Bonne journée chère et pétillante Edmée!

    • Edmée dit :

      Mais s’il n’y a pas plus pétillante que toi!!! 🙂
      Nous devons être des boissons différentes, ha ha ha, mais absolument nécessaires… (hm!)
      Bonne journée!

  12. jeanne dit :

    moi ça m’a donné envie de lire ton livre
    tu me donnes les adressess ?
    merci

  13. mimidusud dit :

    Kikou Edmée,
    Un bien beau résumé pour ce livre que tu as beaucoup aimé
    lire 🙂
    moi,j’attend de lire un livre que j’ai hâte de recevoir à la maison 🙂
    bonne parem à toi,ma belle,gros bisous.

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