Chères soeurs…

Photo Alison Gibb

Photo Alison Gibb

Ah oui, les nonnettes n’ont pas été mes meilleures amies en général, mais il y eut les belles surprises. L’école (le pénitencier) où j’ai fait mes primaires et une classe de latin a été un paradis pour certaines de mes congénères et l’antre de la géhenne pour les autres. Je pourrais ouvrir un club avec toutes celles qui m’ont dit en avoir gardé un souvenir cauchemardesque, mais il y a aussi celles qui y ont grandi paisiblement. Je suis d’humeur charitable aujourd’hui et ne ferai pas mon analyse des pourquoi et comment de cette discordance entre les perceptions.

 
Mais en ce qui me concerne, je n’y ai pas été bien traitée, aussi objective que je sois. De sœurs assez chères pour que je les mentionne il y en eut  deux : « Sister », une religieuse Anglaise ou Irlandaise qui n’était là que pour un court moment, et nous étions, nous les petites filles, toutes, absolument toutes, amoureuses d’elle. Elle avait un accent ! Elle venait d’ailleurs ! Était arrivée en avion ! Elle souriait ! Elle nous apprenait un poème en anglais (ba ba black sheep) et j’ai bêlé pendant des semaines en anglais devant ma mère ravie car elle adorait cette langue. Et puis  Sœur Eve-Marie, que j’aimais beaucoup mais qui savait, paraît-il, être odieuse avec une de mes amies qui m’a avoué l’avoir giflée et donc été renvoyée pour cet acte de barbarie, ce qui lui fait encore plaisir de nos jours. Et la gifle, et le renvoi. Mais en sept ans dans les lieux, en ce qui me concerne… voilà… c’est comme à Sodome et Gomorrhe, on trouve trop peu de justes pour sauver les lieux. D’ailleurs Sister était repartie dans son pays (nous avons même cru voir son avion passer au-dessus de la cour de récréation) et sœur Eve-Marie était morte.

 
Mais comme j’ai doublé – ce qui, il me semble, était le but recherché car quand j’ai demandé quand je devais venir pour les examens de passage, une chère soeur au regard fielleux m’a dit : pas d’examens de passage pour toi! – , bref comme j’ai honteusement doublé on m’a mise à Sainte-Claire. C’était une école plus « populaire », dans le bas de la ville. Mais quelle différence! J’ai retrouvé une lettre datée du 9 septembre 1961 et envoyée à mon papa qui l’a conservée, où je dis : « Les sœurs ne sont pas béguines du tout ! Elles sont tout à fait à la mode : quand nous sommes arrivées à l’école, une des sœurs nous a dit mes enfants, vous pouvez glisser dans les corridors, nous les avons faits en carrelage pour ça, mais n’en abusez pas ! Pour la gym nous n’avons pas besoin de ces affreuses culottes bleu foncé qui nous serraient de partout mais nous pouvons mettre des shorts ! ». Plus tard,  le 12 octobre, je continue avec le même enthousiasme : « J’aime beaucoup mon école où les sœurs sont moins béguines qu’aux Saints-Anges ! Ce que l’on pense de moi ? Je n’en sais rien mais apparemment on ne me déteste en tout cas pas et ne m’assaille pas de « doubleuse » de tous les côtés comme ça aurait été le cas aux Saints-Anges ! »

 
Et puis à Bruxelles, une fois que j’ai été, à ma grande chance, renvoyée d’une « péda » austère et classiste (gérée par des carmélites) pour être placée dans une autre, ce fut le bonheur. Les sœurs chantonnaient tout le temps, souriaient, étaient tolérantes devant les extravagances qu’une horde de jeunes filles pouvait amener entre les murs de leur paisible couvent. Qui gagnait ainsi un peu de couleurs et de bruit. Je me souviens avoir dansé déguisée dans les couloirs pour être surprise par une sœur alarmée par les gloussements à plusieurs voix que ça suscitait et n’avoir été punie que d’un « ça ne m’étonne pas du tout de vous ». Quand les caricatures peu charitables que j’avais faites d’une malheureuse fille un peu coincée, et collées sur le mur de sa chambre furent découvertes, Sœur Pietepeut m’a reproché le fait qu’il faudrait repeindre le mur à cause de mon exubérance. Pareil quand nous avons – je ne dévoilerai pas le nom de ma complice dans ce crime à quatre mains – détaché le nom de la porte d’une autre qui n’avait pas l’heur de nous plaire pour le coller sur la poubelle de la toilette. Nous avons trouvé la blague très bonne et Sœur Pietepeut nous a juste dit, un peu exaspérée quand même, qu’on avait dû chercher le nom partout…

 
On ne peut donc pas généraliser, et je présume que l’esprit de la supérieure d’un couvent entrait pour beaucoup dans la qualité de l’air qui y circulait, tout comme des chefs de bureau bilieux arrivent tout de suite à rassembler une cour de serviles tous dévoués à pratiquer la délation et les complots…

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33 réflexions sur “Chères soeurs…

  1. amandine dit :

    c’est si beau le soleil

  2. JMB dit :

    Je n’ai pas eu droit à une éducation particulièrement religieuse mais j’ai quelques souvenirs de sœurs qui ont marqué mon esprit.
    Ton billet tombe juste à propos car hier matin au marché de mon village j’évoquais le souvenir de « Mère Anne-Marie » une sœur infirmière qui m’a soigné dans mon enfance durant une pénible hospitalisation et dont j’ai toujours admiré les compétences, la disponibilité de jour comme de nuit et l’abnégation. J’ai appris hier par un ancien cadre infirmier ( j’avoue en avoir été fort réjouit) qu’elle avait « défroqué » avant sa fin de carrière; Cette anecdote m’a rappelé l’abandon de l’habit du père « Jo », prêtre ouvrier faisant dans les années soixante dix du vrai social sur les grands chantiers, il avait fini sa mission sur un grand barrage en épousant la novice qui lui avait été nommée adjointe. Autre souvenir anecdotique également : Je visitais un jour ma jeune sœur au pensionnat et durant l’interminable attente au parloir, j’avais croisé une sœur « Marie Josèphe »bretonne d’origine…J’arrivais de vacances à Audierne et « mère » Marie Pierre nous avais surpris chantant et dansant la gigouillette :

    Nous avions été tancés d’importance ! J’ai appris plus tard par une autre nonne que la sévère Mère supérieure qui m’avait très sévèrement « moralisé » avait bien sourit de l’histoire et disait à qui voulait l’entendre que le frère de Monique était un peu foufou mais bien amusant !
    Je pense qu’il est temps que toutes les femmes tombent enfin le voile !
    Bizzzzzzz
    JMB

    • Edmée dit :

      Amusante, ton histoire de gigouillette avec soeur Marie-Josèphe!
      Certaines étaient là un peu parce qu’on les y contraignait quelque peu… on aimait avoir une soeur ou un curé par famille. Ca devait assurer un bon passage au paradis. Et donc tant mieux si elles ont peu se défroquer! J’ai été en classe avec une jeune « soeur » africaine de 16 ou 17 ans. Quand on lui demandait comment elle avait eu la vocation, elle nous expliquait que les petits garçons la faisaient toujours tomber à la récré et qu’elle avait dit aux soeurs qu’elle voulait épouser le petit Jésus qui était si gentil!!! Pauvre fille… Les soeurs n’en avaient fait qu’une bouchée! J’ajoute que cette brave soeur Bernard était la reine de la triche en classe grâce à ses longues manches qui cachaient des copions écrits sur ses bras!:-)

      • JMB dit :

        Deux Pater et trois Avé et sœur Bernard était sans doute absoute….Elle avait bien raison de se venger un peu !

  3. Bienvenue au « club » !
    😉

  4. Pas d’expérience en la matière pour pouvoir commenter ton article. Passe un bon week-end ensoleillé.

  5. Philippe D dit :

    Et moi, j’ai été giflé par un prêtre un jour, à l’étude.
    Je n’ai jamais compris pourquoi. Je suis resté bouche bée.
    Son attitude m’a fait sourire ensuite : il est parti un peu plus loin et s’est mis à prier! Un peu cinglés quand même ces hommes et femmes de Dieu!
    Bon weekend à toi.

    • Edmée dit :

      Incroyable! C’est vrai que certaines et certains étaient de sacrés cinglés… Des tortionnaires avec … « le pouvoir de l’uniforme »! Même entre eux: j’ai vu la pauvre vieille « soeur portière » dans mon pensionnat de carmélites s’agenouiller pour ramasser quelque chose que l’abominable directrice toute puissante – et bien plus jeune que soeur portière… mais tellement plus riche ça va sans dire – avait laissé choir. La peur de l’humble et servile vieille était visible. Le sentiment de pleins pouvoirs de l’autre crépitait dans la pièce (la porterie)
      Bon week-end aussi Philippe!

  6. Celestine dit :

    Est-ce qu’on est obligé d’être allé chez les sœurs pour te dire qu’on a moultement apprécié ton récit? La morale de l’histoire c’est qu’il en va chez les bonnes sœurs comme de tous les êtres humains: il y en a de biens, et il y en a de moins bien…et ta dernière remarque sur l’influence du « chef » dans une structure humaine, je la vis au quotidien dans mon école. Je suis en quelque sorte la mère supérieure, et ce n’est pas un vain mot car je crois que le côté maternant, même s’il ne faut point l’exagérer, est quand même très rassurant pour les collaborateurs. Travailler en confiance, dans le respect, la joie et la bonne humeur, donne des résultats remarquables.
    J’aime beaucoup la blagounette de l’étiquette collée sur la porte des latrines. Mon côté potache qui reprend le dessus, la longue fréquentation des cm2 doit y être pour quelque chose…

    Je voulais te dire aussi que poster des commentaires ici est un régal, chez overblog c’était un supplice.

    • Edmée dit :

      Ton apport est intéressant puisque tu comprends comme moi que bien des choses dépendent des qualités réelles de la « Mère supérieure » (que ce soit au couvent ou partout ailleurs) qui, selon qu’elle confond pouvoir avec devoir, peut empoisonner toute l’atmosphère d’un couvent, école ou service.

      Je trouve aussi que ce blog est nettement plus agréable que l’autre à bien des égards. Merci Célestine!

  7. Girard dit :

    Héhé!….J’ai reconnu la petite fille à la main leste!!!

    • Edmée dit :

      Qui l’eut crû? Et si tu as lu les commentaires sur mon mur facebook, il y en a une qui avoue avoir battu une des soeurs des Sts anges pour lui arracher son voile! Oléééééé! Ca y allait!

  8. Je suis allée à l’école publique, donc, pas de soeurs. Mais j’en ai rencontré quand j’étais une jeune adulte, et cela a changé ma vie : je leur dois énormément dans l’apprentissage de la compassion et de la charité. Je ne sais pas quand ni comment je pourrais arriver à les remercier complètement.

    • Edmée dit :

      Je suis tout à fait dans ton cas. Je fulmine et tire à bout portant sur la première école où vraiment, ce fut une sorte de guerre des tranchées, ainsi qu’un des deux pensionnats où je suis allée et où la méchanceté humaine était reine, mais la seconde école et le second pensionnat, oui, ils ont illuminé ma vie et donné des choses dont je me nourris encore aujourd’hui!

  9. Florence dit :

    Coucou Edmée par ce dimanche matin tout gris tout vilain pas beau moche !!!
    Vous étiez de sacrées diables ! Je ne sais pas si cela venait de l’internat, mais nous qui étions externes, nous étions sages comme des images à côté de vous ! Je vous apparente aux garçons qui n’étaient pas tristes eux ! Et quand nous les avons rejoints lors de la mixité des classes, ils nous scandalisaient et nos cours s’en ressentaient. Les profs aussi ont été « mixés » et les bonnes soeurs étaient mélées aux frères. De beaux sacs de noeuds !!!(°v°)!!! Beaucoup d’idyles se sont crées entre les profs religieux ou (et) laïques et même avec les élèves. Mais la scolarité en fit les frais ! Puis vint mai 68, et ce fut la fin des haricots !!! A part une damnée bonne soeur mal dans sa peau et dans son voile, je garde un très bon souvenir des autres.
    Gros bisous et bon dimanche !
    Florence

    • Edmée dit :

      Mais que vous étiez sages, vous! Non, je dois dire que c’est pratiquement là que j’ai pris goût à faire des diableries! Mais certaines étaient finalement très innocentes. Je me souviens d’une qui n’avait pas été appréciée du tout – et je n’y avais rien à me reprocher: il y avait un Jésus grandeur nature en bois au pied de l’escalier, et « quelqu’un » lui avait mis un foulard sur la tête et un panier à commissions au bras. Nous avions bien ri mais pas les soeurs! 🙂

  10. jeanne dit :

    j’ai passé quelques mois à « sainte marie »
    pensionnat religieux !!
    j’arrivais d’afrique et ces quelques mois sont ancrés dans ma mémoire
    dureté du système solitude dans ces dortoirs où nous étions alignés
    sans rideau
    ces toilettes au lavabo toutes ensembles
    aller montrer son cou pour faire voir que nous étions « propres »
    l’année suivante dans un lycée pilote mixte m’a semblait être le paradis
    ça l’étais !!!
    merci pour tes souvenirs qui ravivent les mis endormis !!!

    • Edmée dit :

      Je me doute que ça devait être dur et sombre, surtout après tout ce que vous aviez déjà traversé. Une amie s’est trouvée dans la même situation que toi et en plus les religieuses lui interdisaient de répondre en classe en affirmant « vous, les colonialistes, vous n’avez rien à dire »!

      Ma mère devait se laver avec une tunique chez les bénédictines, de peur de voir à quoi elle ressemblait, sans doute…

  11. Il y a un message de Tania (qui tient un blog culturel intéressant) pour toi sur mon blog des écrivains. Tu devrais peut-être lui envoyer un de tes livres. Par ailleurs, j’ai ajouté ma critique de ton livre sur Critiques Libres. Bon dimanche Edmée.

    • Edmée dit :

      Je vais aller voir, merci de me le dire et merci aussi pour la critique sur critiques libres! Quant à envoyer un livre, j’en envoie très peu désormais, ça nous revient cher et parfois ça n’est pas lu… Mais je vais voir son avis!

      Merci!

  12. Maman m’a raconté des histoires horribles, à propos des nonnettes qui lui donnaient cours. Ce qui est bizarre, c’est que ma grand-mère avait fréquenté le même pensionnat ( entre 1915 et 1930) et qu’elle ne m’a jamais rien signalé de terrible. ce qui est certain c’est que maman ne voulait absolument pas que je fasse mon parcours dans ces écoles trop rigides. Athénée donc pour mon frère et pour moi. Ironie du sort, mon frère et moi avons choisi un enseignement catho pour nos études supérieures. Lui: facultés de Namur et puis LLN et moi institut Sainte-Thérèse…Ah oui Edmée, c’est la vie!

    • Edmée dit :

      Je suppose que les soeurs – ou leur pouvoir – avaient switché entre les années de ta grand-mère et celles de ta mère. Et donc c’était peut-être un mauvais cru qui a terrorisé ta mère, ha ha ha!

  13. mimidusud dit :

    Kikou Edmée,

    Encore une bien interressante histoire avec les soeurs 🙂
    Moi,c’était avec les curés,et ils ne rigolaient pas :-/ je
    te souhaite une bonne et agréable fin de journée,de gros
    bisous ensoleillés mais aussi bien venteux avec notre
    bon mistral 🙂 l’été arrive à grands pas 🙂

    • Edmée dit :

      Merci de ta visite Mimi… tu sembles nous avoir apporté le soleil qui en effet s’est montré à peu près à l’heure de ton commentaire! 🙂

      Bisous et bonne semaine ensoleillée!

  14. éric dit :

    Je ne savais pas encore bien parlé quand Edmée rédigeait déjà ses mémoires. Respect! Toujours ces délicieux souvenirs…

  15. jeanne dit :

    je ne revenais pas d’afrique du nord
    mais d’afrique noire
    le départ fut différent
    belle journée sous soleil

  16. gazou dit :

    C’est vrai, la personne qui dirige a un rôle majeur…Si elle est pleine de bonté, les autres donneront aussi le meilleur et l’ambiance sera agréable..Moi aussi il faudra que je me plonge dans mes souvenirs d’enfance

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