Le petit zoo d’amour de l’Avenue de Spa

Lorsque j’étais petite (on ne va pas chicaner sur le nombre d’années que ça représente), l’avenue où j’habitais bénéficiait encore des privilèges de la campagne. On avait le potager, le poulailler et le pigeonnier au fond du jardin. Poules, canards et lapins étaient nos compagnons de caresses et puis de table. On nous cachait naturellement, à nous les enfants, que nous mangions Suzette au curry ou Jeannot Lapin en sauce chasseur, nous assurant qu’il ou elle était, nous le voyions bien, en train de savourer des délices dans la basse-cour… Par chance, ils se ressemblaient tous et nous comptions peu car ils ne tenaient pas en place, n’est-ce pas!

Kiddy et Pou

Kiddy et Pou

On avait aussi un chien, parfois deux, et un ou deux chats. Kiddy (devenue Nana), Moïse (devenu Monsieur Poupet), Flay-flay, Twist (devenu Fofo), Bari (devenu Tchoupy et bien d’autres choses), Minette,  Pompon-l’amour, Pepsy-chou, Ticheliche (I, II, et III, une dynastie), Poussy-poussinette-enfant-de-Paris, Pou, Bijou…. Et les autres.

Nous avions naturellement la cage avec des bengalis et canaris, puis des perruches. Le bocal avec les poissons rouges. Une souris blanche (« Gros pète »). On a même songé – et on s’est heureusement arrêtés là ! – à un crocodile que l’on trouvait si mignon.

Novembre 1955 - Kiddy et Minette

Novembre 1955 – Kiddy et Minette

21 juillet 1950 avec Kiddy

21 juillet 1950 avec Kiddy

Tchoupy

Tchoupy

Le cheval – il y en eut plusieurs : Chipie, Conquistador, Katya, Pépito… et une ânesse, très brièvement.

Je ne m’étendrai pas sur les invasions de puces et le traitement d’alors : le DDT dont on saupoudrait chiens, chats et tapis ainsi que nos poumons. Nous avons survécu. Et eux ont eu de belles et longues vies sauf les chats qui tenaient à traverser pour aller voir si la pitance était meilleure en face.

Monsieur Poupet

Monsieur Poupet

Pompon l'amour

Pompon l’amour

On apprenait bien des choses dans ces rencontres du monde animal et humain. On apprenait par exemple que la mort n’était pas une option, que l’amour et le chagrin ne rendaient pas ces compagnons éternels.

On apprenait aussi que la personnalité n’est pas à négliger et résiste au dressage, aux caresses et attentions. Chipie a voulu me ruer dans le visage un jour d’hiver, rendue très fofolle par le gel, et j’ai dû me réfugier dans l’écurie ! Joseph, le coq, mordait les mollets en criant furieusement. Pou s’est accroché des griffes à mes narines un jour que Sibylla l’avait posé sur ma tête pour m’en faire un chapeau : nous n’avons apprécié ni l’un ni l’autre et avons beaucoup hurlé. Twist m’a mordu le pied, il avait très mauvais caractère. J’ai dû sauver Tchoupy qui insultait quotidiennement Dax, le beau coolie argenté du voisin, lequel a foncé ce jour-là sur l’impertinent pour le remettre à sa place mais comme j’ai bravement soulevé Tchoupy dans mes bras, c’est mon bras qui a dégusté la fureur de Dax. Autres mœurs alors, le voisin est venu m’apporter des bonbons et demander s’il fallait payer le nettoyage de mon imper… et ma mère n’a pas dit que je serai traumatisée à vie et que Dax était un tueur d’enfants. Et on a continué à être les bons voisins qu’on avait toujours été.

Et les animaux que nous hospitalisions ? L’hirondelle tombée du nid à laquelle j’apprenais à voler dans le vestibule, nommée Péders. Elle est morte. Je n’avais pas la recette de pâtée idéale. La tourterelle à l’aile cassée que ma mère a soignée et libérée dans un bel envol réparé. On l’avait photographiée juchée sur l’épaule de mon frère. Les nichées de souris que je me refusais à voir mourir sans que j’aie joué les Florence Nightingale en leur donnant le biberon. Le lait de vache… les souriceaux le boivent mais c’est loin d’être une potion magique ! Je pleurais à chaque mort de ces petits êtres inconnus dont je prolongeais les souffrances sans le savoir…

Mais vivre avec des animaux apprend bien des choses…

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30 réflexions sur “Le petit zoo d’amour de l’Avenue de Spa

  1. JMB dit :

    La vraie vie c’est juste ça.
    Auprès des animaux nous apprenons beaucoup, d’ailleurs c’est bien la nature qui nous apprend tout. La vie en société animalière n’est pas non plus parfaite, mais sans politique ni religion elle est tellement moins « faux-cul » !
    😉 Bizzzzzz
    JMB

  2. Gregoire dit :

    Je suis extremement attaché a mon petit chat et c’est pour moi un compagnon indispensable à mon équilibre, et à ma vie, trés bel article

    • Edmée dit :

      On a de vraies histoires d’amour avec nos animaux…. Je suis bien d’accord. Pas avec tous de la même manière, mais certains, on ne sait pourquoi, nous entrent plus profondément dans le coeur et nous donnent beaucoup…

  3. Je vois d’où te vient ton amour des animaux…c’est si bien raconté ! Comme j’aurais voulu y être 🙂
    Cette très jolie ménagerie bien remuante t’a appris la joie de vivre qui ne te quittera jamais.
    « Pompom l’amour » était magnifique et l’entente de « Kiddy et Pou » dans la niche un peu comique 😉
    « Monsieur Poupet » est très coquet ainsi vétu 🙂 et tu es toi-même toute mignonne à côté de « Kiddy ».
    Bisous Edmééée 🙂

    • Edmée dit :

      Bisous Nicole! Comme tu t’en doutes, au retour de mes petites vacances, me voici en train de courir pour répondre à tous mes chers blogueurs! 🙂

      • J’espère que tu t’es bien amusée pendant tes « petites » vacances et que tu nous reviens bien bronzée..:-) 😉 … malgré cette grosse canicule !

  4. J’aime bien votre texte. Il m’évoque un livre qui m’avait beaucoup plu : Autobiographie de mes chiens, d’Elizabeth Von Arnim.
    Bonne soirée.

  5. claude danze dit :

    Je n’ai pas eu la chance de côtoyer, enfant, des animaux. Il y avait bien le pinscher hargneux de ma tante et quelque chat haret chez ma grand-mère mais ils ne m’invitaient pas dans leurs existences pleines de mauvaise humeur. Aujourd’hui, je me rattrape grâce à trois chats et un chien, qui s’entendent à merveille et nous réaffirment qu’existent la tranquillité, l’amitié, la fidélité, la confiance, la paix. Merci, Edmée pour cette jolie évocation.

    • Edmée dit :

      Ce furent mes premiers amis sans doute… mes premiers tests d’amour aussi (si j’aime vraiment Nana, je dois boire son eau même s’il y a une mouche morte dedans 😉 )

  6. Arnold dit :

    Cela m’a fait remonter à la surface une foule de souvenirs… Les tortues qui nous mordillaient les orteils les prenant pur les morceaux de pommes de terre dont nous les nourrissions… Et puis aussi l’anecdote des deux poussins reçus en cadeau à Pâques au Grand Bazar d’Anvers et qui avaient survécus, se prenaient pour des animaux domestiques et qui devenus poulets nous suivaient, mon petit frère et moi, dans toute la maison. Jusqu’au jour où maman, qui en avait assez de ramasser leurs déjections un peu partout, nous a assuré qu’ils auraient meilleur à la campagne et les a confié au laitier qui pour nous consoler nous a fait faire un tour du quartier dans sa carriole… Plus tard, je me suis souvenu que le bougre était aussi marchand de volaille… Merci Edmée,

  7. Belle enfance que la tienne…et cette évocation est touchante. D’autant que je n’ai rien connu de tout ça !
    A bientôt, Edmée
    Denise

  8. Celestine dit :

    Il y a des accents de Colette a l’évocation de tous ces petits compagnons à plumes ou à poils, sans qui la vie n’aurait peut être pas autant de légèreté et de gravité aussi, par moment. Des compagnons muets mais si expressifs néanmoins. Et puis le vieux dicton  » plus je connais les hommes et plus j’aime mon chien » même si je ne suis pas tout a fait d’accord avec lui car j’aime les hommes, enfin je veux dire les êtres humains, ce vieux dicton, donc, prend tout son sens quand il s’agit des hommes politiques qui ferait bien de temps en temps de s’inspirer de leurs animaux de compagnie pour proférer moins d’ hypocrites inepties. Mais connaissent-ils seulement le plaisir simple de caresser doucement un chat endormi su ses genoux?

    • Edmée dit :

      Oh ciel! ON dirait que la politique et l’argent et le pouvoir éradiquent à jamais les simples mais intenses joies de la caresse d’une pelage et d’une truffe fraiche…

  9. gazou dit :

    Ce devait être un bonheur de vivre en compagnie de tous ces animaux…Chez nous il n’y en avait aucun..Si..un chien quelques mois et j’aimais me promener avec lui..mais il aboyait beaucoup et mes parents ne l’ont pas gardé..Et maintenant , toujours pas d’animal à la maison sauf ceux des voisins parfois qui viennent nous rendre visite

  10. Florence dit :

    Coucou Edmée !
    Désolée d’avoir mis tant de temps à venir mettre mon com, mais je suis souffrante, de plus il y a de l’orage et mon ordi me fait des siennes !!!
    Je n’ai pas vraiment connu ce genre de maison ferme, trop petite pour m’en souvenir. Non, il n’y avait que des chats dans ma jeunesse et comme ils faisaient des vieux os, il n’y en a même pas eu beaucoup. Si j’ai eu des cochons d’Inde, mais pas longtemps. Autrement, lorsque nous sommes arrivés à la campagne, nous avions toutes les bêtes des voisins, et aussi les bêtes « sauvages » ! Moi aussi, j’ai de bons souvenirs de cette vie si proche de la nature !
    Gros bisous Edmée, l’orage gronde et je vais devoir fermer mon ordi !
    Bonne fin de ce dimanche bien spécial en Belgique, avec tous ces souvenrains en plus des festivités traditionnelles !
    Florence

    • Edmée dit :

      Ne t’en fais donc pas Florence, je reviens seulement aujourd’hui sur mon ordi après de petites vacances… retour à Liège avec 40 degrés; oléééééé!

      Je sais que tu as de bons souvenirs un peu semblables aussi…

      J’espère très fort que tu vas mieux! Un gros bisou…

  11. Je crois que c’est surtout l’apprentissage de la mort que l’enfant apprend avec les animaux, et ça, c’est essentiel!

  12. annerenault dit :

    Tu prêches une convaincue de l’amour et de l’importance des animaux. Pour moi, c’est moins varié : uniquement des chats, mais tous différents : Pitou, recueilli, tendre et un peu sauvage, Rouquin, recueilli, qui m’a un jour mordu le visage car il était exaspéré par la présence de ma belle-mère, qui détestait les animaux, mais qui se réfugiait sur notre lit toutes les nuits, Freud, adopté à la naissance, euthanasié dans mes bras – que de larmes ! -, et maintenant mon Biquet, le bébé de mes vieux jours, recueilli lui aussi et, je n’en peux douter, HEUREUX avec nous. Merci d’avoir écrit sur ces bêtes, qui valent souvent 1000 fois plus que nos semblables.
    Bises

  13. De retour de vacances, je viens voir ton bel hommage à nos amis les animaux. Quand je lis le nombre d’entre eux qui sont abandonnés chaque été, cela m’écoeure… Quand on n’a pas le temps, l’espace et l’envie de s’en occuper, on ne prend pas d’animaux. A bientôt Edmée.

    • Edmée dit :

      Tu as raison. Et quelle leçon de responsabilité et d’empathie ces gens donnent à leurs enfants. Ils ne comprendront sans doute pas pourquoi on les dépouillera de leurs meubles et les collera en home aussi tôt que possible…

  14. Armelle B. dit :

    Quelle arche de Noé attachante ! Certes j’ai eu des animaux mais moins que vous. Mais je me souviens d’une petite souris que j’avais apprivoisée et à qui je donnais du gruyère dans ma chambre.
    Maman, découvrant cela en fut horrifiée et la pauvre petite souris a disparu. Il y eut aussi les poules et les lapins que je soignais avec Renée. Un jour, je l’ai vue tuer une poule pour le déjeuner du lendemain. J’ai compris alors que je mangeais les animaux que j’aimais. Ce fut un vrai choc.

    • Edmée dit :

      Oui je comprends… Moi je ne me souviens pas que ça m’ait trop perturbée, mais à part « Suzette » (que je croyais toujours être la même, éternelle) je savais que poules, lapins, canards et pigeons étaient beaux et doux mais destinés à l’assiette. Par contre j’ai été très triste quand ma mère a vendu mes deux canetons chéris devenus grands, que j’avais achetés petits et auxquels j’avais appris à aimer l’eau d’une bassine… eux, je ne comptais pas les manger!

      Mais bon… je pense que je l’acceptais en général! 🙂

  15. Pâques dit :

    Je dois dire que c’était assez contradictoire, à la fois j’aimais les animaux mais je ne me posais pas trop de questions quand ils étaient dans mon assiette …
    L’insouciance de l’enfance 😉
    J’ai même mangé du cheval ( quelle horreur) mais c’était bon et selon mes parents, j’allais prendre des forces et grandir !!!
    Des forces d’accord, grandir…je reste perplexe …

    • Edmée dit :

      Moi non plus ça ne me tracassait pas. Nous mangions aussi du cheval jusqu’au jour où notre livreur de petit bois, qui venait avec son cheval, est un jour arrivé avec une sorte de camionnette. Nous sortions toujours pour aller caresser son cheval, et quand il nous a dit qu’il l’avait « envoyé à la boucherie » on n’a plus jamais mangé de cheval, de peur de manger un morceau de celui-là. Ma mère non plus… on se sentait presque des possibles cannibales!

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