Dis-moi comment tu souriais…

Et je te dirai qui tu es devenu.

 
Toute vie comporte, dès son début, ses drames, même si d’autres yeux ne les voient pas ainsi. Sans aller chercher les drames visibles et sonores (guerres, violences, accidents…) l’univers mouvant de la vie d’un enfant rend son monde imprécis et il lui faut sans cesse s’adapter à de petites révélations. On déménage, on part en pension, des gens meurent et naissent, les parents éprouvent des joies et peines que l’on ne comprend pas, votre animal favori disparaît ou vous mord, on sent que la tante machin nous déteste sans savoir pourquoi, on  est malade et au lit et la souffrance, si elle nous vaut des câlineries en plus, nous laisse un souvenir de douleur et d’impuissance (Je me souviens encore très bien de mes otites effroyables)…

 
Mais… quel est notre sourire lorsqu’on nous le demande ou qu’il s’impose ? Que ce soit pour une photo ou pour accueillir des amis des parents, ou en recevant un cadeau. Fermé-forcé-contraint-maussade ou ouvert, qui monte au regard, rebondit les joues, entre dans le cœur pour s’y répandre comme un boum  tiède ?

 
Si nous la possédons, cette capacité à saisir la joie nous reste à jamais, quoi qu’il arrive. Tout comme l’incapacité est une fermeture à l’élan de vie, de partage, de communication. Sourire est communiquer, pour autant qu’il s’agisse d’un vrai sourire, sans quoi il envoie un refus à l’autre, et est une façon de dire « poliment » : non merci beaucoup mais je ne suis pas vraiment ici, moi. Et n’y viendrai pas.

 
Je ne parle pas du « sourire » Pan american, cette grossière imitation commerciale de la cordialité heureuse qui ne trompe personne.

 
PapaMon papa avait un sourire merveilleux, qu’il a toujours gardé. Sa vie peut sembler à certains semblable à une promenade dans l’Eden parce qu’il n’a jamais  vraiment manqué d’argent, sans être riche. Il a pourtant connu la guerre jeune homme, y a perdu un œil, s’est retrouvé orphelin à 25 ans, a vu des horreurs en Afrique – il a aidé à enterrer des gens assassinés dans une école, dont les corps avaient gonflé et cédaient sous les doigts, des amis ont été mangés par les crocodiles… etc – et a eu son lot de détresses personnelles et espoirs déçus aussi. Mais jusqu’à la fin de sa vie il a été prêt à la plaisanterie, généreux de ses sourires et complicités joyeuses, et tout le monde l’aimait. Il mettait de l’animation aux repas, et n’était jamais indifférent aux soucis des autres s’il s’en rendait compte. Car ce sourire spontané est aussi une des expressions de la générosité.

 
Voir la vie du bon côté est l’aimer. Echanger ses bonheurs avec les autres, c’est aussi l’aimer. Les aimer.

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36 réflexions sur “Dis-moi comment tu souriais…

  1. La ressemblance est frappante ! 🙂
    Regarde ta petite photo ici à gauche.
    Bizz

    • Edmée dit :

      Je sais que nous nous ressemblons… et j’ai eu la chance d’avoir deux parents qui, bien que différents, adoraient la vie et riaient volontiers. Bel héritage. Le plus beau sans doute!

  2. JMB dit :

    Il me semble que précisément la rencontre avec la souffrance dès le jeune age peut permettre de relativiser les problèmes à venir et de sourire ensuite des faux petits aléas quotidiens…Bien que ce ne soit pas une généralité, mon père qui avait souffert toute son enfance et durant la jeunesse était, me semble t-il, assez mélancolique…Pour ce qui le concerne il faut reconnaitre que le reste de son existence ne prêtait pas non plus à l’hilarité 😥

    • Edmée dit :

      Je suppose que certains parcours sont si durs et cruels qu’en effet ils laissent leur marque aussi. Mais il y a épreuves et épreuves. Tu conviendras sans doute avec moi que ceux qui cachent leur grise mine derrière « tout ce qui m’est arrivé dans la vie » n’ont en général eu que ce qui arrive à presque tout le monde: difficultés d’argent, mari ou femme infidèle, la guerre et ses séquelles, et mal ici et là. Et « tchic et tchac » comme on dit chez nous. Les uns passent là-dedans comme des salamandres et d’autres s’en servent comme excuse.
      Mais des parcours trop difficiles laissent, j’en conviens, des marques indélébiles…

      • JMB dit :

        C’est clair. Pour ce qui est de mon père il ne s’étendait pas sur ses misères d’antan, je n’ai su qu’ado les conditions tragiques où il avait perdu sa mère à l’age de 7 ans et les galères qui s’en sont suivies pour lui, il ne m’en n’a que brièvement parlé après que je lui ai posé la question. Je ne sais même pas où repose ma grand mère. Il a ensuite passé sa vie à essayer de créer un avenir acceptable à ma sœur lourdement handicapée. Je ne l’ai jamais vu gémir ou se lamenter, je ne me souviens pas l’avoir vu rire franchement non plus, par contre je l’ai vu bosser ! Lorsqu’il est mort dans mes bras je n’ai vu aucune angoisse dans ses yeux je venais de lui promettre pour la énième fois depuis mon enfance de m’occuper de Monique, il est parti serein. Une vie irréprochable mais d’une sombre morosité s’en allait.

  3. gazou dit :

    J’aime beaucoup ce que tu dis du sourire qui peut être ouverture ou, au contraire, fermeture polie à l’autre, j’aime beaucoup comme tu l’exprimes et c’est vrai qu’avoir deux parents qui savent savourer la vie est un fabuleux héritage

    • Edmée dit :

      Merci Gazou… oui il y a de ces sourires qui ferment, qui sont presque réfrigérants tant ils sont éloignés… Ton commentaire avait fait une triste fin dans les indésirables d’où ma réponse tardive!

  4. lascavia22 dit :

    Il me semble, Edmée, que le plus difficile pour ne pas sombrer sous le poids des épreuves (je parle des vraies épreuves, pas des petits tracas, des ennuis, de toutes ces choses désagréables qui sont néanmoins aussi la vie de tout un chacun, mais des épreuves qui sont capables de faire basculer une existence), c’est de lutter contre la colère, l’amertume, la rancune, le sentiment d’injustice, toutes ces pulsions dévastatrices qui s’ensuivent et rendent mille fois plus malheureux encore que l’épreuve elle-même. En ce sens, il faut avoir, comme tu le dis, « la capacité à… » savoir malgré tout conserver le sourire, essayer -autant qu’on le peut- de faire de l’épreuve un tremplin et une force, plutôt qu’un toboggan vers le désespoir, les lamentations et le repli sur soi-même. C’est peut-être aussi dans la capacité à regarder autour de soi et pas seulement soi, qu’on parvient alors à garder le sourire ? Et puis, c’est finalement savoir accepter la vie dans toute ses dimensions : pas de risque zéro, pas de garantie de bonheur facile, pas de certitudes, des pleurs et des rires, du soleil et des orages, etc…Rien n’est du, tout est à construire par soi-même sur les hauts et les bas de la vie, n’est-ce pas…Il me semble que quand « on a bien morflé », on apprécie nettement mieux le moindre petit bonheur (« avoir le bonheur facile »…) parce qu’on développe une résistance aux coups durs… plus que celui qui aura été préservé (ça existe?), sans doute. Sans faire de généralité, ce qui serait idiot, il me semble que les gens qui ont beaucoup souffert en parlent peu, malgré les cicatrices jamais complètement fermées, et ont plutôt tendance à regarder devant, prêts au sourire parce que capables de faire la différence entre ce qui est réellement grave et … les petits coups de griffes de l’existence. Comportement « philosophique » qui n’est pas dans l’air du temps si j’en crois la multiplication des émissions télé, des forums, etc. où bon nombre d’entre nous passent beaucoup de temps à se regarder le nombril et à chouiner sur des petits riens du tout, publiquement, et pour le plus grand profit de l’audimat ! … Dommage, ils passent probablement à côté du bonheur de sourire, du bonheur simple : voir, entendre, sentir, vibrer à ce qui est beau, …respirer la vie. Même si elle peut parfois être très dure… Alors : Haut les Cœurs et Bisous.

    • Edmée dit :

      Tu parles d’or. Il faut prendre le trampoline et pas le toboggan, et ne pas se concentrer sur soi soi soi et combien on souffre. Certes, il y a des gens à qui la vie a coupé les ailes, mais qui font de leur mieux et gardent leur peine en eux. lls ne la transmettront pas aux leurs.

      Mais les gnangnans maussades, je ne peux pas les supporter. Comme si la vie des autres (nous) était une vacance continue… Tu parles 😉

  5. jeanne dit :

    j’aime rire
    sourire
    j’ai appris peut être un peu tard
    apprendre n’est pas le bon mot
    j’ai vu
    et la vie vaut un sourire
    et parfois m^me des éclats de rire
    je souris parfois devant mon ordi
    quand il trouves les mots !!!

    belle journée
    où sont les cigales ?

    • Edmée dit :

      La vie veut qu’on se souvienne souvent qu’elle est une grâce, même si on la paye tout au long;

      Les cigales, ici… elles sont noyées!

  6. Florence dit :

    C’est vrai qu’il a un joli sourire le pti crevette, tout tendre avec les coins de la bouche qui remontent !
    C’est curieux, lorsque je vois ta mère, je trouve que tu lui ressembles et là, je te retrouve aussi dans ton père enfant ! Tu as pris un peu des deux, ce doit être cela !
    Gros bisous Edmée et bonne semaine !
    Florence

    • Edmée dit :

      Tu as raison, c’est très étrange l’alchimie qui naît d’un amour. Je ressemble très fort à la mère de mon père et à lui, et puis à ma mère. Un mélange parfait (je ne dis pas parfait dans le sens d’esthétiquement agréable, mais super bien dosé 😉 )
      Bonne semaine Florence!

  7. colo dit :

    Quel joli sourire ton papa! Oui, je crois comme toi que d’avoir grandi dans une famille joyeuse imprègne le caractère…tout comme une famille tatillonne, ou grincheuse, grrrr.
    Et je te reconnais, toi la spitante et gaie blogueuse que je suis depuis des années…merci.

  8. Myosotis dit :

    Et le sourire aide à vivre sereinement aussi….

    • Edmée dit :

      Parce qu’il reste le langage muet vers les autres:je vous souris, je vous vois, je vous écoute et vous regarde. Nous sommes ensemble dans ce moment.

  9. J’aime ce texte. C’est beau. Merci de le partager.
    Très bonne journée.

  10. celestine dit :

    « Voir la vie du bon côté est l’aimer. Échanger ses bonheurs avec les autres, c’est aussi l’aimer. Les aimer. »

    Célestine, sors de ce corps! 🙂

  11. J’ai peur de dire une bêtise mais comme tu utilises l’imparfait, ton papa est décédé? Je pensais qu’il était toujours en vie. Bonne semaine Edmée.

  12. Coumarine dit :

    je ne savais pas que ton papa que tu sembles aimer tant, était décédé. Tu en parles toujours avec tant d’amour, mettant sur FB des photos qui montrent votre complicité…
    Ce jeune garçon a un merveilleux sourire…
    Et tu nous donnes de ce papa chéri un portrait merveilleux…merci pour cela!

    • Edmée dit :

      Merci à toi chère Coumarine. Il est parti le 4 juillet, très sereinement et presque avec le sourire. Heureux, content de sa journée pour entrer dans une nuit dont il ne sortirait pas. Nous l’avons caressé, embrassé, et avons raconté devant lui des souvenirs en lui caressant la main. IL était déjà en voyage et nul ne sait s’il était encore assez près de nous pour savoir…

      Je te remercie d’apprécier ce gentil jeune garçon qu’il est toujours restéè

      Ton commentaire était passé dans les indésirables et je ne le vois qu’aujourd’hui! Sorry!

  13. Michel dit :

    Il est mignon ce jeune garçon !

    Bonsoir Edmée !!! Très grandes bises !

  14. C’est vrai, un joli sourire. Je repense à la phrase de ma maman lorsque j’ai dit que je désirais être infirmière  » Surtout n’oublie pas de toujours sourire, cela fait tellement de bien lorsqu’on est malade! »

  15. Armelle B. dit :

    Oui, le sourire a quelque chose de miraculeux car, soudain, il transfigure les visages les plus ingrats et les rend beaux. C’est la lumière du coeur qui illumine le visage. Aucun sourire n’est jamais laid. Celui de votre père est magnifique, bien sûr. mais j’en ai vu de si émouvants sur des visages défigurés par une douloureuse blessure rajeunir et embellir subitement.

    • Edmée dit :

      Oh je vous crois, un sourire est pratiquement l’être lui-même, son essence, sans emballage… ceux qui ne sourient pas, n’osent pas, ne veulent pas… ils sont fermés aux autres. Si beau que leur visage puisse être, il n’émet pas de vraie beauté…

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