Bien élevés, bien préparés…

Bien sûr je suis toujours en train de découvrir et rédécouvrir  la vie de mon père en commençant par il y a de cela bien longtemps, en août 1921, naquit un petit garçon fragile comme un pétale

 
C’est un peu comme lire une belle histoire, même si elle finit par « il ferma les yeux pour ne plus les ouvrir ». Est-ce si triste que ça d’avoir accompli son cycle ? On sait bien qu’on ne peut vivre éternellement même si c’est un thème littéraire –et religieux ! – bien connu. Comment choisirions-nous l’âge idéal ? Je suis mieux dans ma peau aujourd’hui qu’à 30 ans mais elle était plus belle… Bon, c’est un autre discours que celui-ci, et je n’ai pas envie d’être ni éternellement jeune ou vieille.

 

Tendre complicité qui ne trompe pas...

Tendre complicité qui ne trompe pas…

Mais je vois mon père, fils unique, et si on peut se dire qu’enfant il ne faisait que se conformer aux souhaits – sans doute parfois appuyés d’un brin de fermeté – de ses parents, il y a des photos qui ne trompent pas, qui montrent un amour spontané et sincère. Une joie d’être ensemble, tissés dans le même lien familial, la même affection. Tout le mérite d’un enfant bien élevé. Et ça prenait du temps, de bien élever un enfant. Du courage aussi, et des certitudes, notamment celle que c’était pour son bien qu’on disait non au lieu de choisir, pour le bien des parents, de lui dire oui afin qu’il cesse de hurler. Ou de l’ignorer et faire semblant de ne plus remarquer pour éviter le conflit.

 
On lui a appris à se taire quand son avis n’était pas sollicité, et il ne s’est pourtant jamais senti « exclu de la vie de famille ». J’ai eu la même éducation. Si autorisés à table avec des invités, les enfants n’intervenaient pas, ne se levaient pas sans avoir terminé le repas, ne devenaient pas embarrassants. Rien ne les empêchait d’écouter et observer, sans doute bien mieux d’ailleurs : ils en avaient tout le temps. Et quoi qu’on en dise, ça leur donnait plus tard une aisance naturelle partout. Ils comprenaient vite que s’ils étaient peut-être la prunelle des yeux de papa et maman, ils devaient se conquérir l’affection des autres, qui ne leur était pas due.

 
L’enfant roi tyrannique n’existait pas. L’enfant se guidait sur le sentier des relations sociales, de la pratique de la politesse, de la discrétion, d’un certain contrôle de soi. Un contrôle de soi que les parents avaient et qui en faisait de bons guides. Il apprenait à partager pas seulement avec ses proches mais aussi avec les moins favorisés : il était de tradition dans ma famille de choisir tous les ans les jouets que l’on acceptait de donner à la Pouponnière. Et même s’il s’agissait de jouets quelque peu délaissés, ce n’était jamais sans un arrachement parce qu’il est bien connu qu’au  moment de perdre quelque chose, on s’imagine y tenir plus que jamais… Je me souviens encore du dilemme et d’un certain chagrin teinté de cette radieuse impression de bien faire.

 
Oh que j’ai souffert de multiples repas chez des amis aux enfants qui grandissaient « sans contrainte et épanouis». Ils étaient une contrainte insupportable pour tous les autres et ces invitations n’étaient pas épanouissantes: pas moyen de parler, un drame ou une dispute par repas, des chaises renversées et des j’aime pas ça ! en hurlant comme une sirène d’usine.

 
Ma sœur et moi, en regardant les photos d’enfance et de jeunesse de mon père, soupirons d’aise pour notre grand-mère : quelle chance elle a eue d’avoir un enfant aussi adorable. Et quelle chance nous avons eue qu’elle et son mari aient construit cette belle personnalité épanouie et généreuse à force d’amour et patience… car nous avons profité de leur œuvre de parents.

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35 réflexions sur “Bien élevés, bien préparés…

  1. Ce texte est magnifique et très émouvant, Edmée.

    A sa façon de se tenir souriant, épanoui et heureux devant les yeux aimant de sa « maman », on voit que ton père était pour elle la huitième merveille du monde.
    On devine aussi à son air droit et conquérant qu’on lui avait sans doute répété ou… qu’il avait souvent entendu dire qu’il « n’était pas n’importe qui !  »
    Bizzz

    • Edmée dit :

      Il était extrêmement proche de sa mère. Ils s’adoraient vraiment.

      Je ne pense pas qu’on lui ait donné l’idée qu’il n’était pas n’importe qui, ou alors ce n’était pas délibéré. Mais il savait être un tout petit minuscule microscopique maillon qui comptait beaucoup, comme chacun d’entre nous 🙂

  2. Mon expérience d’enseignant me fait rencontrer de nombreux parents aux choix d’éducations très variés, et parfois même au sein d’un couple. Mais j’ai remarqué aussi combien ces choix d’éducations pouvaient en fait être regroupés en deux groupes (liés à leur propre éducation) : soit on reproduit le même style d’éducation que ses parents, soit on éduque ses enfants en parfaite opposition avec sa propre éducation.

    Par ailleurs, il faut aussi tenir compte de l’évolution de la société. Les parents mais aussi les enseignants demandent plus l’avis des enfants. Et les enfants n’acceptent plus une remarque qui n’est pas justifiée. Mais c’est valable aussi pour nous, les adultes, par rapport à quelques décennies.

    Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      Bien entendu! Mais chez moi on n’avait pas de réponses stupides du genre « parce que je l’ai dit » ou « parce que c’est comme ça ». Mon père m’expliquait toujours ce que j’avais fait de mal et pourquoi.

      Mais tu as raison, si on a « souffert » d’une forme d’éducation, on tend à faire autrement. Peu importe pour moi, pour autant que les enfants soient guidés et pas le contraire: la maisonnée au service des enfants 🙂

  3. Nicole Marbaise a raison. C’est un bon texte.

  4. JMB dit :

    Tu as l’art de nous replonger dans nos propres souvenirs.
    bizzzz

  5. amandine dit :

    Ton papa était un parent excellent!

  6. Florence dit :

    Coucou Edmée !
    Un peu de courage me fait prendre le clavier ce matin, avant toute autre chose, si non, la journée passera et les blogs amis ne seront pas visités !
    J’aime la photo où l’on voit la complicité affecteuse !
    L’éducation fait beaucoup chez un individu, mais pas tout, malheureusement, ce serait trop facile ! Pour certains, on a beau faire, ils sont « indécrottable » ! j’ai souvent remarqué qu’un enfant réagit mal à l’éducation qu’il reçoit, alors que ses frères et soeurs s’en trouvent très bien ! Même en éduquant au cas par cas, le mieux possible avec beaucoup de compréhension, cela ne marche pas à tous les coups. Mais malgré tout, et au pire des cas, il reste un vernis qui ressort toujours ! Ce doit être plus facile dans le cas d’un enfant unique qui n’a pas les autres à l’entraîner à mal faire. Et aussi, le mauvais exemple à l’école, qui sape souvent la bonne éducation familiale. Un enfant bien élevé dans une classe, sera pris en grippe par les autres et pour avoir la paix, il se conduira aussi mal qu’eux… Une bonne éducation était plus facile autrefois que maintenant, et surtout lorsqu’il n’y avait pas de mélange, que tous les enfants recevaient à peu près la même éducation. En tout cas, ton papa était bien mignon l’orsqu’il était encore crevette ! (Je me pose une question : je croyais que tu avais un frère et là, tu parles de soeur ?)
    Gros bisous et bonne journée Edmée !
    Florence

    • Edmée dit :

      J’ai trois frères et une soeur! 🙂
      C’est vrai que dans une même fratrie la même éducation ne donne pas toujours les mêmes résultats. Et tu as raison aussi pour les mélanges qui pourtant ne devraient jamais dire qu’on fait une soupe avec le tout. Un mélange peut rester un mélange, chacun ses critères. Mais j’ai quand même connu aussi pas mal de gens assez irresponsables qui avaient des enfants et se trouvaient dépassés tout de suite et cédaient aux caprices qui naturellement s’étendaient de plus en plus. La maison devenait le domaine des enfants, je me souviens de la fille d’une amie que j’étais venue visiter et qui nous a dit, à sa mère et moi de nous taire parce qu’elle regardait la télévision! Je lui ai bien vite rétorqué que j’étais invitée et qu’elle attendrait que je sois partie ou se contenterait. Non mais… Ha ha! 🙂
      Bisous!

  7. gazou dit :

    C’est toujours avec plaisir que je lis les souvenirs que tu nous donnes de ta jeunesse

  8. Edmée dit :

    C’est tout à fait ce que je voulais dire! C’est si vrai! 😉

  9. Un texte qui devrait être affiché ou mieux encore offert en prime avec la première boîte de pampers gratuite ds les maternités! Quand je vois parfois les enfants qui gueulent et qui frappent du pied devant la caisse du supermarché, tout cela pour un paquet de chips…

  10. amandine dit :

    bon aprem de lundi

  11. jeanne dit :

    ton texte me fait m’interroger sur mon « éducation »
    ou plutôt sur ma non éducation
    mais je crois que je sentais les choses
    et le silence parfois est une porte grande ouverte
    belle journée

    • Edmée dit :

      Parfois l’éducation-non éducation se fait sans qu’il soit besoin de parler, par l’exemple ou l »observation. Les enfants des Amérindiens par exemple sont très bien élevés en général et je ne pense pas qu’il s’agisse de protocole 😉 mais de ce qui est toléré ou pas, et de la manière dont les parents vivent.

  12. Celestine dit :

    Tu parles d’or, Edmee, en décrivant les mœurs d’antan…cet enfant roi tyrannique et capricieux qui s’est érigé en règle de nos jours, fait que l’on se retourne sur les enfants bien élevés comme si c’étaient des perles rares. Mais en réalité, nous ne devrions pas être étonnés. Or, j’ai passé toute ma vie de jeune maman à m’entendre dire: » oh! Comme ces enfants sont bien élevés! Ils restent a table et ne coupent pas la parole des adultes… »
    Si ton père voyait ce que je vois régulièrement à l’école, il pleurerait. Ton titre dit toute l’importance de ce cadeau que l’on fit aux enfants, un cadeau pour la vie: leur donner le sésame, les mots de la politesse, bonjour, merci, pardon, au revoir…bien élevés, bien préparés…c’est l’évidence enfuie…reviendra-t-elle?
    Accessoirement, en parcourant la zone des commentaires, je remarque un nouveau point commun: moi aussi, j’ai trois frères et une sœur…

    • Edmée dit :

      🙂 Lors du couronnement de Philippe de Belgique, les gens admiraient la politesse et patience des enfants Oui elle est admirable car par cette chaleur ils devaient faire des efforts, mais elle ne devrait pas être … surprenante!

  13. Quelle chance tu as eue d’être issue d’une famille où l’amour s’est transmis, quelle force tu en as tiré. Je sais de quoi je parle ayant eu la même chance!!

    • Oui tu as raison… c’est un vrai patrimoine, et inépuisable. J’avais remarqué ça chez toi en effet. Je pense que le premier article de ton blog que j’ai lu parlait de ta mère avec une chaleur si simple mais énergisante que c’est ainsi que j’ai « accroché » avec le blog de Marie-Madeleine! 🙂

  14. Pas de nouvel article hier? Et alors??? lol.

    Bon week-end.

    • Edmée dit :

      Dis-donc toi, tu es devenu très strict 😉 Je suis revenue de vacances avant-hier, suis claquée et super occupée. Je pense le mettre demain 🙂
      bon dimanche, petit Belge!

  15. lascavia22 dit :

    Je n’avais pas vu passer ce texte, Edmée… Il me fait réagir un peu tardivement. L’éducation… (à ne pas confondre avec « l’enseignement » qui est un autre volet).
    A la lumière de l’expérience personnelle, qui vaut donc ce qu’elle vaut (sourire), à mes yeux, l’éducation se résume pour les parents : « à faire le moins mal possible ». Aujourd’hui, la société pèse lourdement sur les parents et l’on a souvent le sentiment que quoi qu’ils fassent, ce n’est jamais bien. Un peu comme si, lorsque l’enfant n’est pas « bien éduqué » (selon les normes variables en fonction des époques… ah ah ah !) cette société -tellement bien-pensante et qui sait tout sur tout- rejetait sur « les parents » le fardeau intégral d’une responsabilité que pourtant, elle devrait partager.
    Les enfants ne vivent pas en vase clos et ne sont pas, contrairement à ce qu’on a l’habitude de penser, des enveloppes vides de personnalités à la naissance qu’on pourrait bien ou mal remplir ensuite. Ils bénéficient, ou à l’inverse, subissent toutes les influences, les bonnes comme les mauvaises, qu’ils rencontrent à l’extérieur du « cocon » parental et chacun d’entre eux y réagi en fonction de sa personnalité propre.
    Alors….dans la plupart des cas, les parents font de leur mieux, c’est à dire, le moins mal possible, toujours placés sous la pression des standards éducatifs du moment, très souvent et de plus en plus dé-saisis de leurs compétences et de leur autonomie de « parents » par des « experts de l’enfance » qui font la pluie et le beau temps. Joyeuse (pardon, je voulais dire dangereuse) cacophonie où l’éducation ressemble à une couverture que tout ce petit monde se dispute, au détriment des parents (et donc du regard que l’enfant porte sur eux et du respect qu’il leur porte…ou pas !)…Une couverture qui finit bel et bien par s’effilocher, faute de repères fixes et stables aux yeux des enfants. « Il ne faut pas punir les enfants, il ne faut pas contrarier les enfants, il ne faut pas contraindre les enfants, « il ne faut pas »…. Bon, d’accord. Mais alors, quand on « déstructure » les modes éducatifs parentaux, encore faut-il être capable ensuite de les restructurer… La critique est aisée, l’Art d’être parents est difficile. Et de plus en plus, parce qu’il semblerait que tout est fait pour ne pas leur faciliter la vie, à ces parents…dont on entend dire aujourd’hui qu’ils sont infantiles, irresponsables, trop ceci, pas assez cela, trop présents ou trop absents, trop autoritaires ou trop laxistes et blablabla… et qu’il faudrait … aussi éduquer les parents.
    Moi, j’aimerais bien savoir combien « d’experts de l’enfance » (et « de la famille » !)ont réellement élevé des enfants et les ont « bien éduqués » ? Combien d’entre eux, peuvent affirmer en toute franchise qu’ils sont parvenus à faire des leurs enfants des hommes et des femmes ayant des valeurs, de vraies valeurs ? Le respect des autres, à commencer par le respect de leurs parents et de l’adulte en général, les efforts qu’il convient de faire pour atteindre ses objectifs dans la vie, le respect des règles de la vie et des comportements en société, et j’en passe….

    • Edmée dit :

      Tu parles d’or si tu parles des parents qui vraiment … font de leur mieux. Même moi (;-) ) je sais que le baise-main et la révérence ne se font plus aux amis des parents… Et oui, les choses ont changé. Mais l’enfant despote qui gâche la vie de tout le monde autour de lui, je trouve ça effroyable en plus de très nuisible pour lui.

      Je ne dirai pas qui pour ne pas trouver un bataillon de la mort sur mon seuil demain matin, mais j’ai connu des enfants que l’on avait voulu pour jouer à la poupée et faire comme les autres et qu’on laissait pousser comme des herbes folles et braillardes parce que jamais on n’avait pensé qu’il faudrait aussi les éduquer. La liberté n’est pas vraiment dans « fais tout ce que tu veux » (ce qui finit par se retourner contre eux tôt ou tard) mais « fais tout ce que tu peux quand c’est l’endroit et le moment, et sache le reconnaître »….

      Moi je pouvais « faire caravane » dans le vestibule avec mon frère (c à d un chahut pas possible) ou chez ma tante au dessus du garage de temps en temps. Le reste du temps nous jouions normalement et n s’amusait. On pouvait même; exceptionnellement… jouer dans la rue, et on a cassé un carreau, démonté une meule de foin, jeté des « choses » depuis le balcon. Comme tous les enfants. Mais bon… ça, c’était l’exception. POur d’autres l’exception est d’avoir joué sans faire de dégâts! 🙂

      • lascavia22 dit :

        Oui, je parlais des parents qui font de leur mieux. Et j’ai abordé le thème sous un angle particulier.
        J’adhère à tes propos et les exemples que tu rapportes ne me sont pas inconnus. Enfant roi, enfant tyran…parents dépassés…
        Comme toi, et bien que ce soit dans un univers très différent du tien, j’ai appris qu’il existait des limites, des règles, qu’il fallait les respecter, et franchement, ça ne m’a jamais paru ni traumatisant, ni abusif (ou alors, sur l’instant…vision d’enfant -Sourire). Les enfants qui « ne connaissent pas de limites » les cherchent, à leur façon, souvent « en poussant le bouchon trop loin », et c’est ce qui les rend désagréables, difficilement supportables « en société » (sourire). Tout simplement parce qu’ils ont besoin de ces limites, d’un cadre qui est aussi ressenti par eux comme une sécurité. Croire qu’on prouve son amour à son enfant en le privant des règles dont il a besoin pour grandir et pouvoir intégrer plus tard une vie d’adulte est tout aussi dommageable que le contraire qui consisterait à l’étouffer dans un carcan d’interdictions non justifiées. Éduquer, pour le bien de l’enfant futur adulte, c’est à mon sens poser des limites, rester cohérent, transmettre des valeurs, toujours expliquer le pourquoi du comment, et ne pas hésiter à rappeler les limites, avec fermeté si c’est nécessaire. Vaste programme ! (rire).

  16. éric dit :

    Comme écrit JMB, « Tu as l’art de nous replonger dans nos propres souvenirs. » Je me fais cette réflexion que le ton des commentaires est à l’image de tes articles: bienveillant, pondéré, intelligent. Cela nous change des interventions ironiques voire agressives, tranchantes d’esprits bornés qui se croient spirituels et sûrs de leur fait qu’on peut lire par ailleurs…

    • Edmée dit :

      Les gens trop sûrs d’eux ne le sont que tant qu’ils marchent sur leur propre petit sentier. Il faut garder de la bienveillance, tu as raison! 🙂

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