Mais si, je vous assure, c’était vraiment comme ça, dans ce temps-là !

Boîte à trésors, boîte à surprises, boîte à questions…Mon père avait conservé toutes les photos de sa vie de famille – oncles, cousins, amis des parents, amies de pension, ancêtres, servantes, parrain, enfants du parrain etc… et je me suis proposée pour trier et scanner. La charge me semblait immense, je me voyais y perdant la vue et la raison, oubliant de manger et de dormir, mais non, ce fut tellement agréable que j’ai foncé là-dedans comme un panzer.

 

J’ai groupé côté paternel, côté maternel, enfance, amis, Amérique du sud, généalogie. Je passais parfois trois heures à scanner et très peu de minutes à pester. Et comme mes grands-parents étaient un couple heureux, et que je ne les ai pas connus, j’ai aimé les rencontrer jeunes mariés à l’aventure. Car c’en était une, d’aventure !

 
Lui était né en Argentine et avait connu les traversées en bateau – mal de mer et menus monotones parfois – et les changements de langue, de climat et de nourriture. Mais elle n’avait voyagé que pour parfaire son éducation, en Hollande et Allemagne où elle avait été en pension, et puis en Hollande encore au moment de la guerre 14-18 pour aider la Croix-Rouge. De petits déplacements. Dans le confort. Une fois mariés, ils se sont embarqués pour l’Uruguay, parce que le bien aimé était acheteur de laine comme l’avait été son père.

 
Et c’est dans la banlieue de Montevideo, à Pocitos qu’ils ont planté leur tente, Calle Ellaudi devenue José Ellaudi. La rue existe encore mais plus la maison. Mon grand-père, amoureux du paysage, a alors peint ce petit tableau quelque peu malhabile mais qui donne une idée des lieux :

 

Pocitos - Tableau avec la tour

Amoureux de sa femme aussi, il ne se lassait pas de quémander son sourire – qu’elle avait généreux car elle était très amoureuse et heureuse – sur la plage, que ce soit vers la mer ou vers la petite tour au pied de laquelle se trouvait leur maison.  La plage était déjà célèbre et très à la mode. Mais il restait des endroits issus du paradis, où l’eau venait lécher des rochers polis et comblés de ces caresses parfois fouettantes et parfois voluptueuses, dans une sauvage liberté.

 

Sur le rambla – la promenade, les immeubles parlaient d’élégance et d’un goût pour une beauté un peu pompeuse et aux arabesques faites pour étreindre musiques et rires. Les réverbères avaient une pointe de vanité et les grilles ouvragées démontraient le savoir-bien-faire.

1921 - Pocitos

Pocitos, 1920 ou 21 - avec la tour

Ici on voit la tour du tableau

Pocitos vieille carte postale
Et regardez maintenant la plage de Pocitos !

 

 

 
Oh, tout change et ce que nous volons à la nature d’un côté est repris par elle d’un autre. Il n’y a qu’à penser à la vitesse à laquelle la végétation arrive à gommer ce que nous abandonnons un peu trop longtemps. Et donc Pocitos a vraiment, semble-t-il, été dépouillée de son cachet mi luxe mi paradis sans barrières ou discipline pour être cette immensité impersonnelle. Une longue bande de sable pour défilés de strings et gagas de la fitness. Et les immeubles sans cachet mais dans lesquels la joie de vivre trouve un gîte malgré tout. Il paraît cependant que c’est toujours un endroit recherché…

 
Et avec leurs amis les plus proches ils partaient en voiture, certains week-ends, à Punta del Este, lieu tout aussi riche de vent, de splendeur rustique, d’air qui piquait les joues et colorait la peau. Les lions de mer dansaient sur les vagues et il leur semblait que le temps n’était que ces heures ou jours de tendresse et bonne humeur qui s’égrenaient lentement.

 

Punta del Este, entre le 7 et 11 avril 1925

 

Punta del Este - Suzanne est à gauche

 

Et Punta del Este est devenu ceci…

 

 

Punta del Este - Photo Daniel Stonek

Punta del Este – Photo Daniel Stonek

 

Et c’est normal… c’est ailleurs que des endroits populaires autrefois sont tombés en disgrâce et sont rendus à l’invasion lente des herbes, des insectes, des animaux chassés d’ailleurs qui y trouvent un nouveau paradis en devenir.

 
Rien ne sert de regretter, il faut s’émerveiller de ce que ça fut, prendre plaisir à ce que c’est si on est sensible à ça, et se dire qu’il reste bien des paradis. Le terrain vague de notre enfance n’en était-il pas un, tout laid qu’il était ?

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43 réflexions sur “Mais si, je vous assure, c’était vraiment comme ça, dans ce temps-là !

  1. JMB dit :

    J’ai adoré cliquer sur ces photos du passé….Fortiche la grand-mère en talons sur les rochers mouillés !
    😉 Bizzzz

    • Edmée dit :

      Tu as raison, elle a toujours d’ailleurs une tenue irréprochable même sur la plage, jolies robes, chapeau, chaussures à talons!

      J’aurais beaucoup aimé la connaître et curieusement elle m’a manqué alors qu’elle est morte avant que mes parents ne se connaissent. Même ma mère parlait d’elle comme de « sa belle-mère »…

      Bizzzzzzzzzzz

  2. Pâques dit :

    Jolie dame le bonheur lui va bien !!!

  3. Quelle époque. C’est inépuisable, de regarder de telles photos. Et quel chic, à l’époque, quand même…

  4. Florence dit :

    J’aime ces photos anciennes ! Les femmes étaient si jolies à l’époque et les messieurs si distingués !
    Les boîtes à photos sont des mines d’or et elles aident à ne rien oublier. Les personnes âgées se raccrochent à elles, c’est leurs boîtes à souvenirs !
    Gros bisous Edmée et très bonne fin de semaine !
    Ma pause laborieuse se poursuit tant bien que mal !
    Florence

    • Edmée dit :

      Mon papa était le gardien de l’histoire de ses parents. Toute sa vie il a gardé cette certitude d’être vraiment un enfant de l’amour et du bonheur. Il le fut certainement. POur lui, l’Uruguay avait été une sorte de paradis. Il a d’ailleurs voulu y refaire sa vie et est parti se renseigner en 1951, il a passé un an ou deux à chercher les possibilités dont une tannerie au Brésil et des plantations d’arbres en Uruguay. Pour nous ses enfants, c’étaient de longs récits aventureux, mieux qu’un western…

      Bisous Florence, repose-toi autant que tu le peux, et bon week-end!

  5. Encore bien plus qu’une illustre, belle et joyeuse famille, c’est un moment historique que tu nous livres ici, Edmée.
    Merci !
    Bisous

    • Edmée dit :

      Je n’irai pas jusqu’au monument historique, hi hi! Mais si je pense que près de 100 ans séparent ces photos du présent (ils sont arrivés en 1920), je me dis qu’ils ont vraiment disparu de ces lieux. Seules les photos me rendent un aperçu de leurs vies…

  6. C’est bien ce que tu fais avec ces boîtes à photos que tu fais revivre. Tellement de gens vident des maisons de personnes décédées et jetent tout sans prendre la peine de s’y arrêter… Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      C’est beaucoup de travail et pour le moment ça n’intéresse pas grand monde. C’est autour de la 60aine que l’on recherche l’histoire de sa famille et ses visages! Bon week-end à toi aussi!

  7. annerenault dit :

    Je ne ferais pas de folies pour la plage actuelle de Pocitos… En revanche, les photos anciennes sont superbes, et tu nous racontes une bien belle histoire, en fidèle historienne de la mémoire de ta famille.
    Bises

    • Edmée dit :

      Moi non plus je ne serais pas tentée par Pocitos aujourd’hui! Des amis de mon père y sont allés l’année dernière et ont cherché la maison, mais tout est rasé et moderne! Bises, Anne

  8. amandine dit :

    J’allais dire le même sur les talons de grand-mère sur le sol abrupt lol

    • Edmée dit :

      C’était la classe 🙂 Je pense d’ailleurs que ça la rendait plus souple que nous, qui n’osons rien faire sans chaussures confortables, elle se promenait en montagne et partout avec toujours un petit talon, et c’était ainsi pour toutes les femmes…

  9. Jean Nizet dit :

    C’est vraiment toute une époque, toute une vie qui sort de cette merveilleuse boite, merci de nous en faire profiter!

  10. gazou dit :

    Merci de partager avec nous ces précieux souvenirs…
    Je ne sais rien ou presque rien de ce que mes grands parents ont vécu et même mes parents …ils étaient peu loquaces et n’aimaient pas parler de leur enfance…Maintenant je le regrette

    • Edmée dit :

      Je trouve aussi que c’est une sorte de … manque imposé. Les Chinois lettrés écrivaient tous leur vie (version expurgée je présume…) pour leur descendance, ce qui était un beau cadeau je pense. Dommage pour toi! Je suis déjà frustrée de ne pas savoir quoi que ce soit ou presque sur les arrière-arrière-grands-parents sauf « qu’ils ne s’entendaient pas »… 😉

  11. colo dit :

    Ces « avant » et « après » sont si parlants…le sourire, l’élégance de ta grand-mère wouah, merci.
    Je viens justement de relire la biographie du poète Rafael Alberti qui a dû s’exiler sous Franco et il a passé une partie de ses jours à ..Punta del Este. Un endroit magique sans doute…?

    • Edmée dit :

      Sans doute 🙂 Il paraît que c’est encore très prisé. Mais ce qui fut n’est plus, et ça va dans les deux sens…

      Oui, elle était élégante, je suis épatée de son goût sur bien des photos…

  12. Celestine dit :

    J’aime ton regard mi amusé mi nostalgique mais pas trop. Tu connais trop le prix de la vie , le prix de l’ici et maintenant, pour te lamenter sur ce qui n’est plus, et cela se ressent . Il en résulte un billet léger et d’une grande sérénité joyeuse. Quelque chose comme » et si le paradis se trouvait tout simplement en nous?
    Merci pour cette énième leçon de vie, Edmée. J’apprends toujours beaucoup en te lisant.
    E je ne te redirai jamais trop combien ce nouveau blog est agréable à parcourir à côté de l’affreux overblog! Ici, tes pages sont du satin! Là-bas c’était du crin.

  13. jeanne dit :

    je t’envie un peu Edmée quels souvenirs tu as à te mettre sous le crâne
    un lignée heureuse cela impose presque le bonheur ?
    merci pour ce retour dans le temps
    de nous le donner en partage

  14. Très bonne idée de comparer les images d’hier et celles d’aujourd’hui. Je t’imagine bien scannant tout ce petit monde – heureux en somme- pendant des heures et des heures, j’aurais bien aimé aussi. Merci de partager avec nous tous ces instantanés…d’hier.

  15. Philippe D dit :

    Si je plonge dans mon enfance, je trouve des petits coins de paradis qui n’existent plus que dans ma mémoire : des endroits où je pêchais des épinoches, d’autres où j’attrapais des grenouilles ou d’autres encore que je parcourais à vélo.
    Je passe aujourd’hui te souhaiter un joyeux anniversaire. Si tu as besoin de quelqu’un pour souffler les (je n’ose pas dire « nombreuses ») bougies de ton gâteau, appelle-moi. Gros bisous en cet occasion.

    • Edmée dit :

      Elles sont quand même nombreuses, n’ayons pas peu des chiffres, ha ha! Il m’aurait bien fallu du renfort mais heureusement personne n’a eu l’idée de m’offrir un gâteau avec les bougies… 🙂 Merci Philippe!

  16. Joyeux anniversaire Edmée !!!!!

  17. mimidusud dit :

    Kikou Edmée,

    Je viens de voir que j’ai oublié de fêter ton anniversaire,je
    suis bien désolé :-/ pas trop la tête à être sur la blogosphère
    en ce moment,je regarde les nouvelles sur fb avec mon téléphone
    portable 🙂 je prépare l’anniversaire des fistons,une belle fête
    avec les parents de Sandra,Céline et Seb. Nous serons au complet 🙂
    et puis le dernier fiston,Jérôme qui est encore à la maison, a trouvé
    un bel appartement,et avec Sandra,ils iront fin octobre l’occuper 🙂
    je te fais de gros bisous,et te souhaite un joyeux anniversaire avec
    un peu de retard…:-)

    • Edmée dit :

      Merci Mimi, en retard ça prolonge la fête et puis tes voeux sentent la lavande et ont un goût de Calissons! Bon anniversaire aux fistons alors, je suis certaine que ce sera une fête splendide!

  18. mimidusud dit :

    J’ai oublié de te dire que j’adore tes photographies en sépia
    et en N&B,que j’adore,et puis se sont de bien agréables souvenirs
    pour toi.
    Bisous …

  19. Décidément, nous avons des photos semblables dans les cartons de nos parents! celle prise sur les rochers en habit de petit marin par exemple!

  20. Florence dit :

    Coucou Edmée !
    J’ai besoin de t’envoyer un mail et depuis mes problèmes d’ordi où j’avais perdu beaucoup de choses, je n’ai plus ton adresse email. Pourrais-tu m’envoyer un mail pour qu’en te répondant, elle s’inscrive dans ma messagerie ?
    A très bientôt !
    Gros bisous et bonne fin de journée.
    Florence

  21. […] … carte postale. Et regardez maintenant la plage de Pocitos ! … Punta del Este, entre le 7 et 11 avril 1925 … Cette entrée, publiée dans Crevette, Nostalgies bien douces, est taguée plages, pocitos, punta del este, uruguay.  […]

  22. Armelle dit :

    Montevideo est un nom qui m’a toujours fait rêver. Enfant, cela me semblait une sorte de mot magique porteur de toutes sortes de secrets fabuleux. Et à vous lire, je n’avais pas tort. Merveilleux de retrouver ce passé où sont liés intimement aventure et bonheur. Cela explique sûrement bien des choses de votre si invisible joie intérieure. Oui, merveilleux !

    • Edmée dit :

      Moi aussi je rêvais de ce nom. Nous pensions aller y vivre d’ailleurs, mon père est retourné en 1951 pour prospecter. Et puis il est parti au « Congo belge »… Mais je sais que je contiens, en effet, un peu de toute cette joie passée

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