Nous avons donc conclu…

J’ai revu un cousin récemment. Perdu de vue depuis l’enfance, depuis qu’il avait des culottes courtes et plein de boucles noires sur la tête, et moi un serre-tête blanc et du mercurochrome sur les genoux.

 

Nous étions rentrés en contact mail il y a quelques années au sujet d’un arrière grand-oncle peintre, et puis le décès de mon père en juillet nous a enfin remis en contact réel,  le temps d’une embrassade et d’une étreinte plutôt chagrinée, mais heureuse aussi.

 

Et puis je l’ai enfin revu récemment, le temps de quelques heures très gaies. Bien entendu, après un résumé succinct de nos existences depuis le dernier épisode, des heures construites uniquement sur le passé, le nôtre et celui de ces membres de la famille qui nous sont communs. Des souvenirs. Où on se cachait toujours pour jouer à cache-cache. (Je vois encore « la cachette » en passant devant la maison qu’il habitait alors). Sa maman qui repassait en nous surveillant lors de nos jeux dans les pièces du haut. Sa grand-mère morte à presque 100 ans qui avait perdu la mémoire d’une façon  charmante tout en se souvenant de milliers de choses si bien qu’on avait une conversation passionnante avec elle,  en dépit du fait qu’elle d’étonnait d’apprendre par exemple que mes grands-parents étaient morts tous les deux, ou même son mari … et se consolait quand on lui disait que c’était « il y a très longtemps ». Elle savait qu’elle embrouillait les choses et l’acceptait tranquillement, nous conservant tout le plaisir lors de nos visites.

 

Nous avons aussi laissé errer nos pensées sur l’arrière-arrière-grand-père, fondateur de la « dynastie ».

Théodore et les siens

Souri parce que l’oncle Yves, son arrière-petit-fils, lui ressemble incroyablement…

 

En nous séparant nous avons un peu épilogué : vivons-nous dans le passé ? Et conclu que non… nous y retournons simplement voir un vieux film aimé. Nous y retournons feuilleter un album de photos qui nous fait toujours sourire. Tous les acteurs y sont au complet, les journées sont belles, ils ont encore de longues années devant eux, nous ne sommes même pas au programme sur la plupart des images. Il n’y a aucune nostalgie pour ce qui n’est plus, ni pour comment les choses ont fini pour certains.

 

Bien entendu, le goût de renifler ses racines ne vient que lorsque la ramure fourmille de tout ce qu’une vie a pu donner comme expériences et découvertes, tandis que ceux qui sont encore en train de nourrir branchettes et bourgeons le font avec l’amour et l’eau claire, au ras du tronc.

 

Il n’y a que la joie de ces instants. Partis et pas effacés. Une richesse. Notre légende.

 

Nous vivons bien dans le présent, sans œillères, mais le passé nous déverse tout le bonheur qui y a existé à chaque fois que nous l’appelons à nous.

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37 réflexions sur “Nous avons donc conclu…

  1. amandine dit :

    Comme c’est bon
    Cela ressemble à un bonbon à la violette
    bises

  2. gazou dit :

    vivre dans le présent et retourner visiter le passé comme on retourne voir un film aimé, c’est une bonne conclusion

    • Edmée dit :

      Oui…. j’avais envie d’un peu dérouiller cette accusation que l’on fait à tant de « vivre dans le passé » alors qu’on ne songe pas à remarquer ceux qui sont des « nostalgiques » de Johnny ou Claude François 🙂

  3. Il arrive toujours un moment où l’homme aime retracer son histoire…

  4. amandine dit :

    lol nostalgie
    bizzzzzzzzzzzz

  5. Celestine dit :

    J’ai conclu depuis longtemps que tu vis a fond dans le présent, Edmee, et que tu le nourris de tes souvenirs dont tu tires toujours la substantifique moelle. Tu as une façon très positive de faire briller les choses qui est extrêmement réjouissante. Et cela ne m’étonne pas du tout que ce cousin ait gardé intact à tes yeux la joie de vos jeux d’enfants.

    • Edmée dit :

      Est-ce me vrai sens de « retomber en enfance »? Parfois je me dis que loin de signifier qu’on devient « gaga », on boucle la boucle, on recommence en quelque sorte le parcours. On a entière confiance en son destin dont on sait désormais que nous ne le contrôlons pas, mais pouvons nous y abandonner: on en ressort plus fort qu’au début!

  6. Quand on lit ton blog, on peut penser effectivement au premier abord que tu vis dans le passé. Mais quand on te rencontre en vrai, pas du tout! Sympa les retrouvailles avec ton cousin. Combien en as-tu? De mon côté, j’ai 5 cousins et 1 cousine, tous dans le Hainaut occidental du côté d’Ath et Tournai. Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      Je suppose qu’on n’est pas tout à fait là, dans le présent, si on a jeté les aïeux aux orties 🙂 Combien de cousins… ouh la la! Une seule cousine au premier degré. Au second degré… beaucoup! J’ai même des cousins/cousines qui le sont au 2ème degré d’un côté et 3ème par l’autre… 🙂

  7. colo dit :

    Ah je trouve que la vie est et doit être un perpétuel aller-retour (bon, pour le futur on verra bien!) et que se nourrir de souvenirs en les mêlant au passé est d’une richesse inépuisable….tu nous y emmènes allègrement et ça fait bougrement plaisir!

  8. Claude Colson dit :

    Vieillir, c’est prendre conscience de la relativité de tout et donc de l’importance aussi de ce tout.

    • Edmée dit :

      Voilà… Et vieillir c’est aussi toucher un peu d’immortalité par ces vies que nous laissons entrer en nous, elles qui nous ont dessinés…

  9. Armelle dit :

    Je partage tout, intensément. Ce reproche de « vivre dans le passé parce qu’on s’y intéresse » me met en rogne. C’est invraisemblable. Comment savoir où l’on va si on ne sait pas d’où l’on vient .

    • Edmée dit :

      Exact… c’est tout à fait ce que je ressens. Et comme si on devait « abandonner » des années derrière soi au fur et à mesure qu’on en accumule. Tout nous appartient, tout fait partie de nous, même ce qui a dirigé la vie de nos aïeux.

  10. Pâques dit :

    Je vis dans le présent mais j’aime raconter à mes petits-enfants les histoires de la famille, les drames et aussi les anecdotes comiques, tout d’un coup les Van Malleghem, et le moulin qui existe encore en Flandre, les Mayor ces infatigables voyageurs, les Pâques …
    Ce passé devient comme une belle histoire et les enfants semblent ravis !!!

    • Edmée dit :

      Mais c’est comme ça qu’il faut faire! Notre vie est parfois une aventure bien plus stimulantes que celles des héros imaginaires… et ça nous rend fiers d’avoir tout ça dans notre sang!

  11. Danielle Bellefroid dit :

    J’adore ta chronique Edmée, car chacun de nous peut s’y retrouver 🙂
    Bisous ❤

  12. Mais oui, il y a moyen de se replonger dans le passé sans tomber dans la nostalgie maladive!

    • Edmée dit :

      Tout à fait! Compter toutes les belles choses que nous avons déjà eues et dont nous avons le souvenir unique. Et pas pleurnicher parce que « c’est fini ». Notre passé nous appartient à jamais, et c’est à sa beauté qu’il faut penser…

  13. Philippe D dit :

    Il est permis de regarder en arrière uniquement si c’est pour retrouver de doux souvenirs. Si c’est pour retrouver des épisodes douloureux, alors non, regardons devant nous plutôt.
    Bonne semaine.

  14. amandine dit :

    la mer tu sais ce que c’est mdr
    bises

  15. annerenault dit :

    Quelle chance tu as de pouvoir écrire cette chronique pleine de douceur et d’évocations de rires et de joies passés ! Les souvenirs nourrissent ton quotidien de mets délicieux. Profites-en bien !

  16. Alain dit :

    Sincèrement Edmée ces mots me comblent et « renifler ses racines » c’est bon pour savoir d’où l’on vient ! J’aime beaucoup cette expression … Un vrai régal.

    • Edmée dit :

      Merci Alain… Je trouve dommage en effet que l’on accuse les gens de « vivre » dans le passé comme si c’était une erreur. C’est la programmation du futur qui en est une, en tout cas si on programme avec trop de précisions 🙂 Le passé, lui… il ne ment pas!

  17. amandine dit :

    Bonne nuit Edmée……..

  18. Angedra dit :

    Je viens pour la première fois lire cette chronique et je la trouve délicieuse, un peu comme le gâteau de notre enfance. Même si aujourd’hui nous appliquons la même recette, il n’aura jamais le même goût, pourtant je sais que pour mes petits-enfants mon gâteau aura le même goût plus tard que celui de mon passé… Je suis du même avis, notre passé nourrit notre présent et nous ne pouvons vivre heureux en oubliant ce qui a fait que nous sommes aujourd’hui.
    Mes petits enfants me posent des questions sur « avant », quand papa était petit …… et c’est une joie de les faire rêver ou rire avec les beaux souvenirs. Doux moments sans aucun regret mais avec beaucoup de plaisir. Belle soirée.

    • Edmée dit :

      Quel bonheur de vous lire dans cette humeur! Oui, moi aussi je me suis nourrie de l’enfance de mes parents, et leurs photos enfants me les font tant aimer, fait comprendre que dans le vieillard l’enfant est là… on le retrouve rien que dans le sourire qui luit dans leurs yeux alors qu’ils racontent une polissonnerie ou évoquent les affreux goûter chez la tante Machin qui pourtant… faisait de son mieux 🙂

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