Loosen up and laugh

Il y a des gens qui ne connaissent pas les fous-rires, cette joyeuse éruption qui nous sort de l’apnée. Souvent ils pensent qu’à partir d’un âge de grande raison, ça ne se fait plus. Il faut admettre que la plupart de ces fous-rires sont par la suite irracontables tant ils reposent sur l’absurde. A froid, raconter ce qui a déclenché cette bruyante cascade, que parfois on a dû essayer de maîtriser, rencontre une attention polie et un peu perplexe. C’est que souvent, il faut être entrés dans une sorte de collectivité de pensée momentanée pour percevoir l’humour ou l’ironie d’une situation, qui n’accroche le regard de personne d’autre.

Je viens de passer 4 jours chez une amie de longue date (ça s’appelle une vieille amie, mais nous préférons désormais éviter ce disgracieux qualificatif…). Nous venons de la même ville, y avons brièvement travaillé ensemble – c’est elle qui jouait à Tarzan – avons vécu dans une autre ville au même moment, et puis avons fait un long bout de chemin chacune de notre côté. Nous nous écrivions, restions silencieuses longtemps, reprenions la correspondance, y allions d’un coup de fil ça et là quand nous étions sous un tarif acceptable, et maintenant, ne vivant pas dans le même pays, nous faisons sauter le compteur de Skype. Et pas une seule communication sans fou-rire.

Mais ici, ensemble tout le jour, nous nous sommes immédiatement retrouvées dans les mêmes enchaînements d’idées, et si une avait loupé une occasion de rire, l’autre pas. Nous avons fait des abdos et acquis des muscles remarquables. Le déclic pouvait être un mot que nous prononcions délibérément avec l’accent de notre ville natale, ou l’emploi d’une expression locale, la plus idiote possible. Un sens du gag qui jaillissait naturellement de temps à autre et qui nous faisait imaginer – et imager – des situations délirantes et donc d’autant plus hilarantes. L’évocation de quelqu’un de connu – dont les oreilles ont dû tintinnabuler maintes fois – que l’on imaginait dans des mises en scènes cocasses. C’étaient les lapsus involontaires qui nous faisaient ravaler notre rire au mieux parce que nous n’étions pas seules, comme ce moment délicieux où, alors que je venais de mentionner qu’un bandit aixois s’était fait assassiner alors que nous arrivions dans la ville, distraite elle a pris un ton distingué pour demander à son invitée : un peu de crime dans votre café ?

Ou lorsque, visitant le château de Falaise et entrant dans la salle d’exposition de cottes de maille, nous sommes restées interdites – pas pour longtemps – à la vue d’un mannequin ridicule puis avons commencé à rire sous cape (autant qu’on le pouvait car rapidement la cape n’a plus rien dissimulé du tout et les autres visiteurs s’éloignèrent prudemment, après avoir vainement cherché ce qui était drôle). On dirait Tintin ! m’a-t-elle dit d’une voix qui montait et descendait, et c’était si vrai qu’on a perdu la notion du temps – et du lieu – en essuyant nos yeux humides de bonne humeur.

Falaise Tintin en cotte de mailles

Falaise Tintin en cotte de mailles  

Je pense que nous avons gagné quelques mois de vie de cette manière. Rire ainsi est une détente immédiate, un abandon complet, même si momentané, de toute contrainte et de tout « sérieux ». L’exubérance bienfaisante prend le pas, pour un moment, sur les soucis grands ou petits et soulage les épaules de fardeaux que le fou-rire ont allégé.

On l’a bien dit : heureux les simples d’esprit car le royaume des cieux est à eux. Je pense que nous y avons nos entrées….

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34 réflexions sur “Loosen up and laugh

  1. lascavia22 dit :

    Rien n’est plus vrai, Edmée, que l’indispensable rôle tenu par le rire, le vrai, celui qui ne repose ni sur la bienséante politesse, ni sur la raison, mais qui jaillit comme un geyser libérateur, quels que soient la valeur et la teneur de ce qui le provoque. Et qui crée, non seulement des années de vie en plus, mais aussi et surtout une joyeuse complicité qui trouvera des échos tout au long de l’existence….
    Baci !

  2. Edmée dit :

    Baci chère Lascavia… je sais que tu connais ça aussi… Nous irons toutes au paradis 🙂

  3. Le rônin dit :

    Pardon pour mon anglais scolaire, mais n’est-ce pas plutôt « Laugh out loud » pour « lol » ?… Qu’importe… J’aurai ris avec vous autres devant le mannequin ou « un peu de crime dans le café », parce que l’esprit léger est une façon d’illuminer certaines zones d’ombre…
    Le fou rire, à mon grand âge est rare, faute de participant ; mais j’arrive quand même à me faire rire tout seul !
    (Je sais, il doit me manquer une case)…

    • Edmée dit :

      Oui, tu peux dire LOL Laughing out Loud mais c’est « rire à gorge déployée »… le fou rire est souvent aussi discret qu’il le peut surtout en lieu public 🙂

      Moi aussi je ris toute seule, ha ah ah. Très gênant si je suis dans un bus ou en rue… je me mords les lèvres d’un air profond et tente de penser à des choses très sérieuses (genre les factures…) 🙂

  4. Alain dit :

    Sacrée soupape que le fou rire. Pour rien c’est encore mieux. Depuis que ma vie a repris de couleurs je ne m’en prive pas. Ils viennent sans raison, incontrôlables mais toujours bienvenus. « Ton Tintin » a fait son petit effet, je reconnais. Je souhaite, pour tes rendez-vous avec ton amie, via Skype, des années de fous rires. Mais une question. « Vous irez toutes au paradis ». Certes. Mais les hommes, tu nous envoies où ? It’s a joke ! Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      Je les veux bien au paradis aussi, les hommes, mais ils ont moins de fous-rires que les femmes 🙂

      Je suis contente que Tintin n’ait pas besoin d’explication pour faire rire: il n’a vraiment pas l’air de faire partie de la rude troupe de Guillaume le Conquérant!

  5. Sylviane dit :

    C’est si bon de prendre un fou rire !!! Juste avant de lire votre article, nous avions eu un avec ma fille !!!

    Y a pas de coîncidence …

    Et c’est vrai qu’en ouvrant votre message, la tête du mannequin m’avait fait sourire avant même de lire …

    Bonne soirée !

    • Edmée dit :

      Ah ça je suis contente qu’il en fasse rire d’autres, car nous étions presque embarrassées de rire autant alors que les autres visiteurs gardaient une mine composée 🙂

      Bravo pour les fous-rires entre mère et fille, j’en avais toujours avec ma mère aussi…

      Bonne soirée

  6. mel dit :

    J’adore les fou-rires. Cà fait un bien ….. ce n’est pas si fréquent, voire pas assez fréquent. C’est vrai que ton mannequin, il en fait une tête ….

  7. Célestine dit :

    J’emets souvent en moi-même le souhait de te rencontrer un jour ou l’autre (je sais que cela se fera, ce n’est qu’une question de volonté) et je sais aussi que nous aurons des fous-rires, car nous sommes du même bois, cela, il y a longtemps que je m’en suis aperçue.
    Ne me demande pas comment, c’est un peu comme une partie de fou-rire, ça ne s’explique pas! 😉 je veux bien être ton amie, et même de courte date, pour faire bonne mesure!
    🙂

  8. Nadine dit :

    Moi, il me ferait presque peur ce mannequin ! On pourrait croire que c’est un être vivant enfermé dans une vitrine. Son sourire rassure un peu, mais quand même…

    • Edmée dit :

      Et il est prognathe, en prime! Je suppose qu’ils l’ont fait faire « à la carte »… il faut dire que le château est restauré d’une façon extrêmement bizarre…

  9. Florence dit :

    Coucou Edmée !
    Une vieille amie… mon vieux ou ma vieille… c’est tellement courant, qu’on le dit à tout âge, même à celui ou on est effectivement vieux. De toute façon il n’y a pas de mal à être vieux, lorsqu’on a atteint un certain âge ! C’est d’être vieux avant l’âge qui est embêtant ! Par-contre, même lorsqu’on est vieux, on peut être rigolo et avoir le sens de l’humour et partir en fou-rire. Moi, ça m’arrive encore d’avoir le fou-rire, et je n’en ai pas honte et je n’essaie pas de m’en empêcher. Les gens pensent ce qu’ils veulent, j’en n’ai rien à faire ! Je ne fréquente pas de gens qui ne savent pas ou ne veulent pas avoir le fou rire. Mais je pense que même les vieux on parfois le fou rire, même s’ils ne l’avouent pas, si non, ce serait quand même trop triste ! Et je trouve même que si il y a des vieux qui ne veulent pas avoir le fou-rire parce qu’ils ont passé l’âge et qu’ils trouvent que ça ne se fait pas, ils ne méritent plus de vivre !
    Gros bisous Edmée et bonne soirée hilarante !
    Florence

    • Edmée dit :

      Mon tout gentil bon papa, alors qu’il était mourant, a habité pour un temps chez nous, et ma mère prenait soin de lui. Je lui prêtais des bandes dessinées belges, « les aventures de Bob et Bobette et Monsieur Lambique » et il m’arrivait d’entrer à l’improviste dans sa chambre et il « riait comme un bossu » et était très gêné que je le surprenne ainsi… Comme il avait raison pourtant…

      Gros bisous et bonne soirée Florence

  10. colo dit :

    Il y a, tu as raison, des femmes avec qui on « pouffe de rire » à tout bout de champ, d’autres jamais. Comme une complicité dans l’humour…une amie autrichienne, quand je l’ai rencontrée, (elle parlait horriblement mal l’anglais et l’espagnol), me disait: » il est facile de pleurer avec les gens, mais rire!!! » Et, encore maintenant, après des années sans nous voir, nos mails sont remplis de clins d’oeil souriants.

    Les oreilles de ton Tintin….hihihi.
    Bonne semaine Edmée.

    • Edmée dit :

      Je crois que désormais tout le monde ira voir le célèbre Tintin de Falaise…

      Oui, c’est vrai, rire ensemble demande un abandon intime et aussi une similitude importante dans la manière de voir les choses quand on a décidé de rire!

      Bonne semaine à toi aussi, Colo!

  11. Pâques dit :

    J’ai aussi partagé des rires mémorables et j’espère garder toujours mon humour !!!
    C’est vrai aussi que quand je veux le raconter après … le charme de la situation cocasse s’est évaporé et cela ne produit pas le même effet sur mes interlocuteurs …
    Par exemple en 2003 chez ma coiffeuse :
    – Elle – comment allez -vous ?-
    – Moi – pas la forme, notre ami Leroy est mort en Espagne
    – Elle- C’était votre ami ?
    – Moi – oui, vous le connaissiez .
    – Elle – Ben, oui, quand même, je suis Belge !!!
    Moi, pensive …
    – Leroy Roger ?
    – Elle- mais non le roi Baudoin …

    Je suis partie d’un fou rire mémorable, plus elle avait l’air dépité, plus je riais ( la pauvre) !!!

    • Edmée dit :

      Ton ami le roi! Mince alors! Comme ma copine qui était invitée à Versailles au mariage du grand duc de Luxembourg, son ami. Mais n’ayant pas les moyens grand-ducaux, elle avait été loger dans un petit hôtel de Versailles et, toute pomponnée le matin elle est passée devant la patronne de l’hôtel qui alors a compris où elle se rendait et… s’est agenouillée et lui a baisé la main!!! Ma copine était sidérée et très embarrassée… 🙂 Nous sommes des personnes vraiment très chic, je constate …

  12. gazou dit :

    une journée où l’on n’a pas ri est une journée perdue, dit-on

  13. Angedra dit :

    Comme cela fait du bien de te lire et d’avoir un grand sourire s’accrocher sur notre visage au fur et à mesure que l’on avance dans ton billet. Oui, moi aussi j’aime rire et lorsqu’un fou rire s’invite ainsi il nous est bien souvent impossible d’expliquer vraiment ce qui l’a déclenché. C’est un tout, un mot, un regard…. et même sans parler, se retrouver avec l’autre dans de grands éclats de rire sur la même sensation qui déclenche ce que nous seules ressentons.
    Je ne pense pas que l’âge entre dans ce passage de la « normalité » à un fou-rire qui nous tire des larmes. Si étant jeunes nous n’avons pas connu cela, les années n’y changeront rien. C’est un état d’esprit qui capte un aspect comique d’une scène, d’un moment, d’un mot, que d’autres ne peuvent voir.
    Nous sortons du fou-rire partagé comme d’un moment complice d’intimité avec l’autre et ressentons un grand bien être, comme détendu, lavé de l’intérieur. Mais même si cela est moins violent, il m’arrive aussi de rire seule … je me sens tellement légère dans ces moments.
    Merci pour cet agréable lecture.

    • Edmée dit :

      Tu as tellement raison, l’âge n’y a rien à faire, au don du fou-rire! On l’a ou pas. Et quel bonheur que de le garder. Vrai, on peut difficilement expliquer ce qui déclenche un fou-rire – qui ne fait pas rire follement les autres! C’est bien, comme tu le dis, un état d’esprit, une connivence inexplicable.

  14. Philippe D dit :

    C’est souvent quand on ne peut pas rire qu’on ne peut s’en empêcher.
    Tant pis. C’est bon pour la santé.
    Le rire sert de thérapie maintenant et il est conseillé de regarder des films comiques ou d’écouter des humoristes. Le problème, c’est qu’ils me font rarement rire.
    Bonne semaine.

    • Edmée dit :

      Je suis comme toi… les films comiques m’agacent la plupart du temps. J’aime l’humour, mais ai rarement le même sens de « comique » que ce qu’on nous sert…

      Bonne semaine aussi!

  15. Je suis une adepte du fou rire. Avec certaines personnes, une connivence, le même humour, des fils invisibles et hop, on s’éclate. Alors qu’avec d’autres personnes, il ne se passerait rien…Ceci dit c’est parfois très gênant voire impoli, j’ai déjà éclaté de rire ds des endroits où se taire ou rester discrète est préférable. Mais bon ….

    • Edmée dit :

      Ah ça, moi aussi, hélas! C’est très désinhibant… J’en ai eu un horrible lors d’une réunion à la CEE… tout le monde l’a attrapé rien qu’à me regarder, une personne après l’autre, et quand le boss en questionné une pour demander pourquoi elle riait… elle a dû dire qu’elle ne savait pas. 😀

  16. Le rire est un atout magnifique, et l’amitié aussi : bravo de savoir conserver des liens pendant de si longues années. Ce n’est pas donné à tout le monde.
    Bonne journée.

    • Edmée dit :

      Merci. Vrai que j’ai gardé mes amies fidèlement. Jamais une seule dispute, en plus! Et pourtant, si on se ressemble pour les fous-rires, on a bien des différences… 🙂

  17. C’est exactement ça ! Tu décris bien ce fil ténu, cette complicité d’un instant qui provoque le jaillissement du rire ou du fou-rire

  18. bonsoir,
    Je n’ai pas eu le temps de lire car je voudrai résoudre un premier pb. Comment puis-je être au courant de tes publications comme je l’étais auparavant. Depuis que je me retrouve d’une certaine façon sur le réseau wordpress je n’ai plus de contact avec mes auteurs préférés. N’as-tu pas de newsletter ?
    Merci de me répondre
    Très amicalement
    Denise

    • Edmée dit :

      Si tu déroules, tu verras sur la bande de gauche, en dessous de la liste des pages, « Follow blog via email » et tu peux t’inscrire… Amicalement aussi 🙂

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