Le « mieux » n’est jamais loin…

Ah ces  « cul-de-sac » dans lesquels la vie parfois nous engouffre malgré nous. Il semble n’y avoir aucun espoir de trouver une fissure dans le mur derrière laquelle brillerait le soleil et chanteraient les oiseaux. Il n’y a, dirait-on, que ce point final de briques sombres et exsudant un relent de ciment humide, et le désespoir qui nous nimbe.

Et pourtant, il y a aussi cette petite certitude qui, dans notre conscience malmenée, insiste : « This too, shall pass »… « Plus tard, ça me fera bien rire »… « Demain sera un autre jour »…

Et c’est vrai que si on se refuse à gripper les rouages de la vie sur un passage qui fait mal… le reste de la machinerie nous force à avancer, un coup de vapeur ici, une aspiration dans les turbines par là, un passage au jet refroidisseur… et un jour le temps a passé, tout fait moins mal, et on a même trouvé de nouvelles zones de confort qu’on n’imaginait pas. Pour se distraire du chagrin, de la peur, de la maladie, du mal-être, on a tendu la main vers des couleurs, fumets, rires, regards, sensations qu’on avait ignorées, ou délaissées. On a redécouvert le plaisir de lire, de manger des glaces (on perdra les rondeurs quand tout ira bien…), de faire des sorties cinéma entre amies – ou pâtisseries. On a repris son vieux cahier de croquis, on son livre de recettes. On a – souvent ! – « changé de tête » avec l’aide d’une coiffeuse intrépide qui en a changé la forme et la couleur. On a éliminé des obligations et habitudes parasites de notre routine robotique : il fallait impérativement aller vers ce « mieux » programmé, que diable, et on a donc envoyé au même diable la patiente écoute de l’amie qui ne va jamais bien, fui l’autre amie qui nous garde la tête sous l’eau à coups de « ma pauvre, tu n’as vraiment pas de chance, comment t’en sortiras-tu ? », éliminé la récolte des bons de super marché qui nous donnait l’illusion de faire des économies plus importantes que le temps qu’on y perdait, on a changé l’itinéraire de la promenade avec le chien, qui au retour s’endort assommé par tant de découvertes.

Oui, tout finit toujours pas aller mieux, en ce sens qu’on arrive à accepter l’épreuve, à lentement rebondir, à organiser son futur malgré elle. Et oui… souvent on en sourit bien plus tard, avec une fierté un peu surprise : on s’en est, finalement, bien sortie ! Tout ne devient pas indolore avec le temps, loin de là. Mais cette douleur cesse d’être l’essieu du quotidien. Elle va même se mettre, d’elle-même, dans un lieu ouaté d’où elle ne sort que rarement, et sous contrôle.

La vie brûle en nous comme un brasier entêté au-dessus duquel on peut toujours étendre les mains pour les garder chaudes.

483394_407963939261349_219379609_n

Publicités

49 réflexions sur “Le « mieux » n’est jamais loin…

  1. Alain dit :

    Bonjour Edmée. Il n’y a pas de hasard, dit-on. Ton article tombe à l’instant même où je traverse des moments difficiles et suis dans l’attente de jours meilleurs Le négatif n’étant jamais définitif je reste optimiste. Meilleur moyen pour ne pas sombrer et ne pas se priver de regarder le ciel. D’autant plus, qu’ici nous sommes particulièrement gâtés par une arrière saison tout à fait splendide. Et puis cette fameuse résilience. Un barreau de plus pour monter sur l’échelle … et regarder passer la vie de plus haut encore !

    • Edmée dit :

      Alors cher Alain j’espère que cet article « providentiel » t’aidera à garder le cap vers le mieux, suivi du bien. J’ai moi-même traversé des turbulences pendant l’été… et seule cette certitude que, parce que c’est arrivé maintes fois, ça irait mieux… m’a aidée.

      Résilience et patience, et derrière le mur il y a un jardin qui ouvre sur la mer 🙂

      • Alain dit :

        Ta réponse est étrange. Ma meilleure amie m’a dit dans des mots différents, ce que tu réponds dans ta dernière phrase. « tu auras toujours le secours de la nature que tu aimes tant, et l’immensité de l’océan pour regarder loin » … Vous seriez-vous souffler le mot ? Très bon week-end chère Edmée. Et merci.

  2. Merci Chère Edmée au talent toujours inspiré.
    Ton beau texte est celui qu’il me fallait lire cematin, il m’emballe.
    Je passe par une période « out » avec cette foutue maladie (sep) qui m’a laissée tranquille depuis dix ans et qui resurgit. Mais je garde un moral d’enfer et ton texte est un de ces cadeaux lumineux qui nous est
    toujours offert dans les périodes compliquées que nous devons tous parfois traverser.
    Je t’embrasse et continue à te lire et te suivre sur facebook avec le ravissement que tu sais.
    Anne-Michèle.

    • Quand je lis les autres commentaires Chère Edmée je ne puis m’empêcher de penser que tu pourrais songer à te faire rembourser par la secu, tes articles devenant d’utilité publique 🙂

    • Edmée dit :

      Merci chère amie flamboyante… Pas toujours facile d’être optimiste et positive, mais sans cela… où serait notre victoire? Or nous aimons conquérir nos vies morceau par morceau, pas vrai, et pas qu’elle se vive toute seules avec nous dedans!

      Tu as en toi ce qu’il faut. Mais la souffrance et la trouille sont nécessaires, pour continuer la conquête… 🙂 Je t’embrasse!

  3. gazou dit :

    quand on est en haut de la vague, il ne faut pas jubiler trop fort car on va certainement redescendre…et quand on est au fond du trou,peut-être, peut on se réjouir et se dire qu’on est bien placé pour remonter…Oui, on arrive souvent à rebondir;..heureusement!

    • Edmée dit :

      Tu as bien raison… je jouis du haut de la vague mais oui… je sais qu’il y a un creux 🙂 D’autre part… sans ça on ne saurait la différence: le haut deviendrait un plateau monotone …

      Rebondir est un don et un travail.

  4. Mior dit :

    Un don et un travail …oui certainement , et si je  » rame » très fort ces temps ci , je n’ai pas l’impression d’avoir trouvé les outils pour rebondir , dans un futur…proche ?
    Merci en tout cas pour ce beau billet…

    • Edmée dit :

      On finit par rebondir… si on y travaille. D’abord souvent on fait un peu « comme si »… rien que pour reprendre un rythme normal, retrouver ce qu’on a délaissé et qui nous manque. On ne peut pas se traîner 🙂 Et puis ce retour au « normal », qui nous demande des efforts, nous apporte d’infimes récompenses, distractions, reconnaissances… bref, de la force. Un jour on se sent capable de faire à nouveau, sans effort, ce qui nous demandait de grincer « courage » entre nos dents serrées…

  5. Coumarine dit :

    « Rebondir est un don et un travail. », dis-tu!
    Un travail surement et un travail d’importance dans les moments où la vie nous malmène et où il nous faut retrouver d’autres chemins comme tu le dis si bien.
    Mais un don? que veux-tu dire par là?
    cela voudrait-il dire que certains pourront rebondir et d’autres, éternels pessimistes, ne le peuvent pas,

    • Edmée dit :

      Oui Coumarine, je pense ainsi parce que je connais des gens qui se traînent. Ils n’ont pas plus de malheurs que les autres, parfois même ils en ont moins, mais ils semblent se sentir visés (pourquoi toujours moi?) et y trouver une injustice. Ils se replient et ne rebondissent jamais, attendant le prochain combat avec résignation.

  6. Michèle Alho dit :

    Bonjour. C’est Alain (Ciné d’Alain) qui m’a conseillé de lire votre page. Nous avons travaillé ensemble pendant plus de 30 ans. J’ai l’habitude de dire que nous sommes des jumeaux astraux, nés le même jour, du même mois et la même année ! Bien souvent les soucis que la vie nous impose nous touchent de la même manière. Aujourd’hui encore. Je ne crois pas à la voyance, mais l’astrologie me laisse perplexe. Bref, puisque je peux laisser un commentaire, je voudrais vous dire que je suis parfaitement d’accord avec ce que vous écrivez. Et de quelle manière ! Vous avez le don des mots et celui du partage. Ce qui constitue une vraie richesse et pour nous, une grande chance de vous lire. Très bonne journée pour vous.

    • Edmée dit :

      Oh merci et de votre visite, et de votre commentaire… Et je suis heureuse que mon billet semble arriver « pile » au bon moment pour certains… mais il est vrai que la vie n’est jamais lisse « comme une mer d’huile » et que le mal à la vie revient comme un mal de tête… en nous laissant, heureusement, des répits plus ou moins longs. Tout s’apaise en son temps, à nous de tenir le coup jusque là 🙂

  7. Adèle Girard dit :

    J’adore ta dernière phrase!…Le reste aussi bien entendu, mais l’image est si belle. Elle évoque pour moi, les beaux clair obscures de Georges de la Tour!

  8. Certes,et moi -moins optimiste et moins poétique – je dis que la vie s’accroche à nous d’une façon parfois embarrassante. Mais le « mieux » finit toujours par survenir…surtout si l’on y met du sien ! « Rebondir  » est surtout un travail, me semble-t-il.

    • Edmée dit :

      Oui, c’est un travail, c’est vrai. Rien de mieux n’arrive si on s’assied et attend des jours meilleurs… on sera seulement plus vieilles 🙂 Mais « ne pas se laisser aller » pour commencer, continuer à prendre soin de soi, accepter de se faire un peu dorloter et aider, et alors on ouvre la porte au « mieux »…

  9. mel dit :

    et bien, il va me falloir relire ce texte plusieurs fois, merci beaucoup.

  10. lascavia22 dit :

    Très beau texte, Edmée. Et si vrai… La vie est presque toujours une -montagne russe-, un creux, une crête, un creux, une crête…Où il faut constamment -ne pas s’endormir-, ne pas se résigner, ne pas considérer que les situations, les bonheurs comme les coups durs sont immuables. Alors,oui, elle un peu (parfois même beaucoup) épuisante la vie, avec son instabilité perpétuelle, mais c’est aussi ce qui fait son sel, ce qui lui donne de la valeur, ce qui la rend si précieuse. Rien n’est acquis, rien ne tombe tout rôti sur un plateau d’argent. Il faut constamment se battre, tomber et se relever. Apprendre à attendre que le vent tombe, reprendre son souffle, et repartir…avancer, savoir aussi changer de cap quand on s’égare dans une impasse.
    Et puis, commencer par aimer la vie, bien sûr (sourire).
    Baci.

    • Edmée dit :

      Merci La Scavia 🙂 Mais oui, c’est exactement un tour en montagnes russes… et ça amène ainsi des changements que l’on n’aurait jamais programmés autrement. Or, il est souvent vrai .. « qu’un mal vient pour un bien »… On se sent tellement mieux quand on a passé l’orage et qu’il nous a forcés à décider des choses!

  11. Célestine dit :

    Confiance espoir et optimisme…encore un billet à ranger dans ma boîte aux merveilles, pour les moments où j’aurai envie de pleurer sur mon sort… Merci Edmée, du fond du coeur, pour ces pépites que tu sèmes à longueur de blog…

    • Edmée dit :

      Mais tu vois… il faut avoir soi-même erré sur le chemin du désespoir et avoir trouvé la sortie du sombre bois pour expliquer quelles pépites semer, celles qui luiront dans le noir jusqu’au moment où le jour prendra la relève et offrira sa lumière…

  12. Pâques dit :

    J’aime bien cette citation – La vie ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est apprendre à danser sous la pluie. Sénèque
    Comme tout le monde je connais parfois ces moments sombres, ces minutes qui paraissent une éternité …
    Mais j’ai aussi constaté que mon moi est un ballon qui rebondit sans arrêt !!!
    🙂
    Tu exprimes si bien ce que nous ressentons tous un jour ou l’autre …

  13. Bonjour Edmée,
    Tes textes sont le miroir de nos âmes. Le reflet d’une personne généreuse, authentique. Une amie sincère qui sait de quoi elle parle et qui partage. Un beau chemin que le tien.
    Amitiés,
    Nicole

    • Edmée dit :

      Merci Nicole… J’essaye en effet d’aider qui n’a pas encore traversé le feu pour en ressortir comme le phoenix… ça brûle malgré tout mais ça ne tue pas 🙂 Et les cicatrices se font légères, un jour ou l’autre!

  14. amandine dit :

    Superbe ton texte!!!!!!!!!!!

  15. Angedra dit :

    Et bien voilà un texte qui exprime bien ce qu’est la vie. La vie est une amie qui nous joue parfois des tours comme pour nous faire passer une épreuve. Voir jusqu’où notre amitié pourra aller. Lâcherons-nous la main de la vie lorsque nous nous sentirons enlisés dans une boue de larmes et de douleurs ? Ou bien au contraire, verrons-nous la branche que la vie nous tend pour nous accrocher et remonter sur la terre encore humide et un peu collante par l’arrosage de nos larmes, mais qui commence à nous ramener vers notre amie la vie.
    Moi je commence toujours par me laisser submerger par les flots de ma peine qui demandent à se déverser, ensuite épuisée mais « lavée » de l’intérieur je reviens chercher le soleil. Je crois la vie, et ma croyance en elle me fait continuer et retrouver le sourire.
    Nous traversons tous des tourments et certains sont plus difficiles que d’autres à surmonter, mais il faut avancer et voir la lumière entre chaque nuage noir.
    Merci pour ce beau et sage texte.
    Ne laissons pas passer la vie même si elle nous malmène, elle est tel un train lancé à grande vitesse, quelques arrêts sont possibles mais il doit reprendre son parcours pour nous mener à destination. Profitons donc des magnifiques paysages qui défilent entre chaque arrêt avant le terminal.

    • Edmée dit :

      Je ne pouvais rêver à meilleure postface ou préface! Je te suis à 100%… et ai beaucoup de mal à sympathiser avec les perpétuels moroses qui ne voient la vie que comme une vallée de larmes.Il y a aussi celles de joie, et les mille et une résurrections qu’elle nous fait entreprendre. Comme toi je m’abandonne tout à fait à la douleur quand elle vient, autant qu’elle se révèle dans sa totalité. Et puis comme toi, une fois bien purgée de peur, colère, indignation, douleur, chagrin… je reviens, comme tu le dis si bien, chercher le soleil!

  16. Nadine dit :

    Chacun affronte les problèmes à sa façon, en fonction de son caractère. Etant plutôt d’un naturel optimiste, j’essaie toujours de ne pas me lamenter sur mon sort en cas de coup dur et de chercher des solutions. Et comme tu le dis dans ton texte : « tout finit toujours par aller mieux! ».

    • Edmée dit :

      Tu fais bien. Moi je vide mon sac avec l’une ou l’autre amie, ,ne me gêne pas pour me laisser envahir brièvement par les émotions, et puis, toujours, au moment de me coucher, je pense à ma mère et sais que « tout ira mieux ». C’est ce qu’elle me dirait: patience, ça va aller…

  17. Go dit :

    Finché c’è vita, c’è sperenza.
    Il mondo è fatto a scale, chi le scende e chi le sale.

    Ou dans la région du sud-centre de la Pennsylvanie, on dirait, « on aura ça », you’ll have this. A ce point, au moins pour moi, aller mieux, c’est une illusion, aller comme il y a un an, cela serait formidable.

    • Edmée dit :

      Oh Go! J’étais heureuse de te retrouver mais les nouvelles ne semblent pas bonnes… Le scale, si. L’altabalena… J’espère que ce n’est PAS une illusion, non!

  18. Armelle dit :

    Oui, toujours rebondir malgré les difficultés et les bleus laissés par les circonstances. Mon père me disait : Tout finit toujours par s’arranger ». Vous l’exprimez avec tellement de jolies formules que l’on adhère et que l’on se prend à se dire que le meilleur est finalement, et en permanence, devant nous. Merci de ces feuilles si belles qui ne cessent de croître sur ce blog au point de nous voiler les médiocrités quotidiennes.

    • Edmée dit :

      Oh merci chère Armelle, si j’efface un peu de noirceur c’est encore mieux… Oui, tout finit par s’arranger… ou se digérer. Et on continue sa marche, et on y trouve des bonheurs anciens et nouveaux. C’est la vie ainsi!

  19. Lauriza dit :

    Mon grand père qui en a vue de rude : 14/18 il avait 30 ans, 39/45 53 ans, un fils aviateur tué pendant la dernière guère, une femme malade mentalement à 50 ans, un vaisseau s’étant rompue dans sa tête disait-elle sur la fin de sa vie. Son entreprise de déménagement et sa maison parties en fumée par les Allemands, se retrouvant à poil et repartir à zéro à l’âge où beaucoup aimeraient prendre leur retraite. Bref, tout pour descendre aux enfers. Eh bien non. Ce petit bonhomme à l’esprit bien trempé et surtout une philosophie de vie à toute épreuve m’a fait comprendre qu’il fallait accepter la mort parce qu’on n’était que de passage et que la vie était un moteur et qu’elle valait la peine d’être vécue. Que si la vie était longue et courte à la fois cétait parce ce qu’il avait toujours un projet, même étant vieux, et qu’il avait hâte d’y être, alors il trouvait le temps long, mais une fois passé, toutes ses envies assouvies, la vie était courte. Il m’a dit : « tu vois, l’esprit d’un homme est fait de telle façon qu’en vieillissant on se détache des choses, on fini par accepter l’inacceptable, Il faut savoir transmettre et faire confiance aux jeunes, comme nous étions capables au même âge et se retirer doucement et sereinement. Malgré cela, il faut toujours être sur le  » qui vive  » pour se sentir utile à la moindre occasion car jusqu’au bout la vie réserve des surprises. A 90 ans on ne fait peut être plus faire de cabrioles, mais par notre expérience on peut peut-être encore aider. Je parle bien sûr de ceux qui ont encore un esprit vif et alerte et toutes leurs facultés.
    J’ai eu la chance et le privilège d’avoir un grand-père extraordinaire.

  20. Le principe bouddhiste de l’impermanence aide beaucoup de gens à vivre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s