Chaque année sera la meilleure

Chaque année qui reste. Il y a quelque chose de stimulant dans le fait qu’on prend de l’âge, qu’on sait que rien ne peut arrêter le sablier (qu’on ne voit pas) et qu’on compte bien empoigner le plus fermement possible ce que la vie nous donnera encore. Je pense à Macha Méril et Michel Legrand qui le font avec panache et une jeunesse d’âme extraordinaires. Pourquoi dire qu’on est « trop vieux », qu’il est « trop tard »… qu’on « n’a plus besoin de tout ça à notre âge » ? Pourquoi censurer sa vie, la rapetisser là où ce n’est pas nécessaire ? Un amour à cette période de la vie ne se base plus sur ce qu’on va construire ensemble, on ne cherche plus un compagnon bâtisseur comme c’est parfois le cas, mais un vrai compagnon de cœur, de partage. On va mettre en commun tout le bon à venir, pour en faire du nectar.

Corbeille littéraire

Et pourquoi ne pas, sans obsession mais avec bienveillance pour ces années encore à venir, soigner sa santé comme un beau plant de géranium, pour garder une démarche souple, une digestion sans perfidies, un intérêt stimulé par de nouvelles choses, un goût de la découverte ou redécouverte, le plaisir de l’échange avec les autres ?

L’âge de la pension n’est plus associé avec celui où on ne sert plus à rien d’autre qu’à être des grands-parents. Si on accepte que notre existence soit désormais vécue comme bon-papa ou bonne-mammy et basta, bien entendu on endosse l’imagerie qui s’y associe : on voûte un peu le dos, on rentre le cou, on a mal au dos, on ne marche plus aussi vite, on doit se reposer, on ne supporte plus les cris… et pour excuser ce ralentissement on saute d’un bobo à l’autre. Bobo derrière lequel on se cache au point que c’est lui qui grandit et nous qui diminuons… On est « un vieux, une vieille » malgré les éventuels éclairs malicieux qui persistent mais se raréfient, s’amenuisent, se cachent et puis meurent.

Or notre identité n’est pas notre lien familial avec quelqu’un : la femme d’untel, le fils de chose, la mère d’unetelle, la bonne-mammy des petits machin-chose. Et ce n’est pas non plus notre métier, qui ne fut que la façon dont nos talents nous ont assuré le pain quotidien – et, si on a eu de la chance, de la passion et une façon d’aborder la vie aussi.

Non. On est nous. On est la joie qu’on donne, l’enthousiasme qu’on exprime, le rire qui nous ride le visage et nous déride l’esprit. On est la chaleur de notre âme, la vigueur de nos affections, la clarté de nos limites, celles qui nous font respecter en même temps qu’aimer. On est ce qu’on a fait de ce qu’on a reçu : qu’avons-nous retiré de ces embrassades, des confidences, souffrances, amours, espoirs, occasions, chances ? Quelles sont les richesses que la vie nous a données et que nous voulons transmettre ? A quel point, enfin, nous sommes nous libérés des apparences et des faux interdits, pour mieux nous ouvrir ?

Si on n’a développé aucun feu en nous dont partager la lueur ou le brasier avec autrui… oui… on devient vieux. Très vite. Parce qu’on l’était déjà mais le train de la vie faisait parfois illusion.

Mais sinon, quelle énergie naît de ce besoin de faire de chaque année la meilleure : une véritable fringale de plaisirs grands ou petits, un usage merveilleux du temps qu’on peut sauver pour soi. De ce corps qui nous appartient encore et qui parfois implore notre clémence, et puis nous accorde malgré tout le frémissement d’une jeunesse qui, au fond, n’est pas bien loin !

Pertinence, vivacité, une paix qui ne veut pourtant pas le repos, surtout pas éternel, pas tout de suite. Le repos viendra quand nous aurons fini de vivre…

Fleurs et pommes littéraire

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49 réflexions sur “Chaque année sera la meilleure

  1. Armelle dit :

    Magnifique article. Je suis s’accord avec chaque mot. Une belle leçon d’espérance et d’enthousiasme. Je partage.

  2. Lefort Francoise dit :

    Bien sûr nous fûmes des amants….pourquoi faut-il que les poètes mettent cela au passé …être vivante jusqu’au bout avec tous ces plaisirs qui vont avec….je ne veux pas être vieillissante…je veux être moi ici et maintenant…merci Edmée d’écrire si bien cette force de vie…Que tu portes en toi et que tu partages si généreusement

  3. Adèle Girard dit :

    Moi aussi je suis tout a fait d’accord!

  4. Pâques dit :

    J’adhère totalement !!!
    Le dernier poème de mon recueil  » Pourquoi pas? » traite de ce sujet – il s’appelle – Zoé en automne-

    Vous connaissez ces automnes ..;
    qui semblent plus beaux que l’été ?
    Il n’y a plus cette chaleur accablante,
    mais une lumière dorée, un frémissement doux et tendre
    du feuillage qui virevolte.
    Les fenêtres encore fleuries étalent leur joie de vivre.
    Le matin, les prairies diaprées, habillées d’écharpe de brume,
    enchantent le paysage;
    Un bonheur têtu, étonné d’être encore là,
    s’accroche aux sourires des passants.
    C’est ainsi que Zoé aborda la soixantaine,
    avide de récolter les fruits de l’été;
    Loin des esprits enrégimentés par les disciplines
    de beauté et de jeunesse.
    Zoé, comme toujours, fait fi des préjugés, des a priori.
    Elle sème à la volée des graines de confiance et
    la joie prend racine dans le terreau accueillant de ses pensées.
    Zoé avance et découvre encore et encore,
    elle réinvente les lendemains.
    Pourquoi pas?

    C’est un peu toi Zoé …
    Bon, moi aussi !!! 😉

  5. Angedra dit :

    Je suis persuadée que lorsque l’on a aimé la vie aucun cheveux blancs ni année supplémentaire ne peux nous faire abdiquer.
    Tout est possible lorsque l’on a toujours de l’amour en soi.
    J’ai connu un très bel amour à un âge où bien souvent l’on cantonne les femmes au rôle de mamie ou d’épouse par…. « obligation…. et n’inspirent qu’un désir mensuel… » chanson de Lynda Lemay !
    Oui il ne tient qu’à nous d’être toutes des Zoé !

  6. TooTsie22 dit :

    vingt ans est-il vraiment le plus bel âge de la vie?
    oui et non!! chaque jour apporte un nouvel élan vers la joie grande ou petite
    mais toujours différente

    • Edmée dit :

      Effectivement, on est souvent mieux à 60 ans qu’à 20… que d’erreurs, de chagrins inutiles, de critères illusoires, d’attentes et de temps gaspillé…

  7. Alainx dit :

    Quel beau texte, avec lequel je coïncide pleinement…
    Quelle liberté de vivre ce : « aujourd’hui mieux qu’hier et bien moins que demain… » Au diable les vieux aigris et leur « c’était mieux avant ». chaque jour je me dis que c’est mieux aujourd’hui, là, maintenant. C’est pas de l’auto persuasion. C’est juste un constat.
    Et j’adore être vieil amant de ma vieille compagne de vie, plus ardente d’année en année…

  8. amandine dit :

    je lis et c’est beau

  9. Damien dit :

    Il faut toujours vivre comme si on allait mourir demain. D’ailleurs, l’automne qui commence est toujours une merveilleuse saison. Très chouette billet!

    • Coumarine dit :

      c’est un texte qui me touche beaucoup, chère Edmée…
      Parfois il faut décider de vivre dans l’ardeur du présent, parce que le corps tiraille et entraîne vers le vieux…

    • Edmée dit :

      On apprend à vivre ainsi quand on a compris que demain ne sera peut-être pas là. Quand on est jeunes (de corps) on croit qu’on ne mourra pas, et on perd beaucoup de temps en attendant « plus tard »… (réponse à Damien… je ne sais pas pourquoi ça ne veut pas s’inscrire sous son commentaire…)

    • Célestine dit :

      Ce que je retiens, surtout, c’est ton paragraphe sur ce que l’on est vraiment, et pas ce que les autres font de nous « mère de, fille de, épouse de… »
      Rester soi. Ne pas se laisser définir par quiconque, voilà sans doute la chose la plus difficile mais aussi la plus « énergisante » !

      • Edmée dit :

        Une de mes amies a dit un jour à ses enfants: « pour le moment je suis votre maman et je suis sérieuse, mais quand vous serez grands je redeviendrai moi, et je grimperai de nouveau dans les arbres » 🙂

        Oui, rester soi et s’étirer de bien-être!

  10. Françoise dit :

    C’est magnifiquement dit, Edmée, et je suis entièrement d’accord avec tes propos ! Merci de le formuler aussi bien. 🙂
    Lorsqu’on a vu un proche disparaître dans la force de l’âge (en l’occurrence mon frère) qui aurait pu vivre encore de nombreuses années, on se dit qu’on a bien de la chance, nous, de pouvoir vieillir et qu’il faut profiter de cette vie qui nous est offerte, plutôt que de se lamenter sur le temps qui passe trop vite…
    Bon week-end à toi, Edmée. Bises.

  11. colo dit :

    100% d’accord..tu le dis si bien cet enthousiasme mental, cette curiosité, amoureuse et autre…enfin autres!!!
    Comme Coumarine, mon corps me dit de vivre le présent avec intensité..
    Merci, excellente journée Edmée

  12. Florence dit :

    J’aurais bien aimé être une grand-mère gâteaux, avoir des petits enfants à dorloter, la vie ne l’a pas voulu, mais c’est triste… C’est si bon une vraie grand-mère, comme était ma ptite mémé !!! Heureusement, j’en connais encore qui sont de vraies grand-mères, adorées de leurs petits enfants et qui vieillissent dans la sérénité et surtout, bien entourées. C’est la plus grande des poupées russes, celle qui a toutes les autres dans son ventre. C’est le but de la vie de devenir une vraie grand-mère ! J’ai horreur des vieilles nymphettes, comme était ma mère.
    Je ne sais pas si je vais continuer à venir te voir chère Edmée, car trop souvent tu me fous le bourdon… je ne peux plus vivre ce que tu préconises. Il y a bien longtemps que je n’ai plus la possibilité de tout cela. Bien-sûr j’ai l’amour de la nature lorsque je vais la voir, mais tu parles toujours de celles des humains que je ne peux plus avoir…
    Au revoir Edmée…
    Florence

    • Edmée dit :

      Je suis désolée Florence, mais je comprends ton choix, naturellement! Tu as pourtant ton ami Paul, qui est un humain, et tes amitiés blog, qui sont aussi d’origine humaine… ce sont des amours, ça! Quant aux petits-enfants que tu n’as pas eus… tu serais aussi restée Florence et pas seulement une grand-mère… Si tu avais été une épouse tu aurais surtout été Florence et pas seulement madame machin 🙂

  13. Tu ferais un très bon coach pour tous es désamorcés de la vie, j’allais dire les désamorcellés, c’est presque ça aussi mais le mot n’exoste pas, pas encore. Je joue à l’avocat du diable mais je dois ajouter que pour certain (es) il est parfois si difficile de redresser la barre et de combattre un environnement hostile qui justement vous rebat les oreilles avec des « il est troooop tard »…J’entendais je-ne-sais-plus-qui hier qui disait que nous devions à n’importe quel âge être sans cesse en projets…Allez hop:D

  14. gazou dit :

    J’aime bien quand tu dis : « on va mettre en commun tout le bon à venir et en faire du nectar », voilà un bon programme
    Merci pour cet article qui nous redonne de l’énergie

  15. Célestine dit :

    Je ne sais pas pourquoi mon commentaire est allé se mettre tout là haut…
    Bises!

  16. Nadine dit :

    La vie est une aventure qu’il faut savoir apprécier malgré les aléas. Je suis plutôt du genre à rebondir et je suis donc entièrement d’accord avec toi !

  17. Suzanne Paliard dit :

    Je ne vous connais pas, Edmée, mais votre article me donne ce soir une « pêche », comme on dit ….. C’est tellement ce que je vis en ce moment….en forme et jeune retraitée; mais j’aime ce que vous dites de la durée, de l’avenir à envisager ainsi, même quand les forces déclinent, mais qu’il reste encore tant à vivre, à témoigner, à vibrer… Merci pour ce beau texte.
    Suze

    • Edmée dit :

      Une visite d’une « inconnue » fait toujours plaisir, et c’est le cas de la vôtre. Moi aussi en forme et jeune retraitée, encore de l’avenir, du beau et sans doute aussi du moins beau mais je veille « en bon père de famille » sur mon capital santé. La vie reste belle, incroyablement belle, et vécue « plus fort »!

  18. Alain dit :

    J’aime cet enthousiasme, tes mots, cette humeur joyeuse et ce partage généreux. Je suis tellement en phase avec cette belle page. Chaque phrase est un grand souffle de joie, de vie, de bonheur et d’espoir aussi. Un vrai remède contre la morosité. À lire et à relire sans modération. Si j’ai bien compris, il n’y a aucun mal à se faire du bien ? Merci Edmée, bonne soirée.

  19. mel dit :

    c’est bien écrit, tout ça, je vais tenter de m’en inspirer. Il y a tant de force et de joie de vivre ici.

    • Edmée dit :

      Merci Mel…Je fuis autant que je le peux les choses ou personnes ou situations négatives. Je vis comme tout le monde les chagrins et drames…Les ignorer serait les empêcher de s’éroder avec le temps… Bonne soirée!

  20. Tania dit :

    Votre texte est magnifique, Edmée, et votre joyeuse volonté salutaire.
    Fruits, fleurs et feuilles si joliment disposés l’accompagnent à merveille. Merci.

  21. Alain dit :

    Bonjour Edmée, je comprends tout à fait ton commentaire concernant « Mommy ». Si ce film m’a bouleversé, et continue de le faire, c’est rapport à cette mère capable d’autant d’Amour pour un fils aimant, certes, mais passablement « agité ». Cette femme sacrifie tout pour lui. Elle est plus que La mère. Elle donne au-delà du possible. Elle lui donne sa vie. Je sais que pour beaucoup de mères, dignes de porter ce nom, cela peut paraître normal. Quand la vie t’a donné de vivre autre chose les souvenirs restent toujours douloureux. Nous en revenons à ces fameuses cicatrices qui marquent l’âme, mais qui, par d’autres moyens, permettent d’aller plus loin, plus haut. Sur ce, chère Edmée, je prends quelques jours de liberté et vais m’envoler vers d’autres cieux pour peu de temps, certes. Mais il y a des « peu » qui sont devenus beaucoup. Dans l’attente de lire ton prochain article, je te souhaite un très bon week-end. Bien cordialement à toi, Alain.

    • Edmée dit :

      Bon dépaysement libératoire… Oui c’est beau de sacrifier autant, et je ne comprens le sacrifice que lorsqu’il est guidé par l’amour, et non par le sens du devoir parce qu’alors il détruit plus qu’il n’aide…. Or l’amour ne se commande pas… il est ou n’est pas.

  22. Je partage TOTALEMENT toutes les idées, tous les espoirs et tous les enthousiasmes de ce texte…On ne peut se sentir vieux que lorsque toute passion ( sens large ) a déserté notre esprit…
    Merci Edmée

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