On croit mieux avec le temps…

On croit mieux, oui. On a tant appris…

En Dieu ou son inexistence, par exemple. On a eu le temps d’y réfléchir, d’être à l’aise dans son intuition, de découvrir « preuves » et « certitudes »… voire de changer d’avis, pourquoi pas ? La vie nous fait « sentir Sa présence » ou constater son absence. Ou bien, cette même vie nous ayant bousculés en gardant pour elle bien des réponses, nous cherchons encore, mais avec une profondeur qui dépasse le questionnement : ôh mon âme, d’où viens-tu et où vas-tu donc ?

En les autres aussi, on croit autrement, plus solidement. On s’est guéris des dangereuses naïvetés, des confiances ingénues. Non, tout le monde n’est pas beau ni gentil, mais on perçoit pleinement l’éblouissante beauté de certains êtres. On sait que nous ne sommes pas tous nés pour le sacrifice ou la sainteté, que nos parcours suivent des lumières différentes, mais nous aimons croiser celles de ces être d’exception qui, tout simplement, en passant dans notre vie, nous rappellent que non, l’humanité n’est pas fichue ou pourrie. Et que parfois un sourire a le poids d’une prière, d’un sauvetage.

En soi, on est arrivés à croire. Fausse modestie ou vraie vanité mises à part, on est assez fixés sur soi-même – si, et seulement si on pratique la remise en question, et non pas la politique du c’est pas moi mais les autres comme toujours… On admet, parfois un peu embarassés, les rouages qui grippent : incapacité d’être à l’heure, soupe au lait parfois, le rhume mauvais… et on ne proteste plus avec un embarras ravi quand les autres nous définissent par nos meilleurs atouts : bonne écoute, rapidité dans l’action, patience remarquable.

Byam Shaw - Truly the Light is Sweet 1901

Byam Shaw – Truly the Light is Sweet 1901

Et l’amour a une toute autre dimension aussi. En a-t-on vus, des amours, amourettes, flirts, passades, passages obligés, feux de paille ? Des promesses et serments ensevelis dans le quotidien ? On aime et enfin, on ne veut plus posséder, on enveloppe de tendresse et de liberté. Que la journée ait été câline et embrasseuse, ou affairée et terre à terre, on sait que la nuit remet tout en place et étend son paisible message sur notre couple : tout va bien, l’amour est là, il respire, il est dans la paume posée sur la chair de l’autre, dans le souffle qui, dans le sommeil, caresse la nuque, dans le languide « bonne nuit mon amour, ah quelle journée ! » qu’on a trouvé la force de sussurer…

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46 réflexions sur “On croit mieux avec le temps…

  1. Armelle dit :

    C’est vrai Edmée que si le temps nous enlève notre jeunesse et les charmes et enthousiasmes qui s’y rapportaient, il nous assure d’une maturité qui n’est pas sans attrait. Mieux comprendre, mieux juger, mieux apprécier, mieux choisir, n’est-ce pas un privilège, une sagesse qui nous couronne quand nous entamons la seconde partie de notre vie ? Fini les emballements naïfs, les coquetteries vaines, les fausses pistes, les erreurs de jugement, nous voilà plus lucide, plus prévoyante et plus aimante. Car aimer, c’est d’abord aimer l’autre avant de s’aimer soi et, jadis, nous avions trop souvent la tentation de privilégier l’un au dépens de l’autre. Oui, Edmée, en tous points d’accord avec ce joli thème de réflexion. Au final, n’est-ce pas le bel âge que le nôtre ?

  2. angedra dit :

    Je ne vais pas dire que je préfère cet âge à la jeunesse ! Non, je ne serais pas honnête. J’ai aimé ma jeunesse et je l’aime toujours, sans doute pour cela que je garde les mêmes emballements, les mêmes envies de folies avec pour seul amour celui avec un A.
    Non, pour moi ce « grand » âge ou âge de grande maturité n’est pas le plus bel âge mais je sais le rendre le plus agréable possible tout simplement parce que je continue à toujours autant aimer la vie !
    Certes si j’ai changé côté physique, pour le reste je ne sais pas si je me suis améliorée mais si cela est le cas, j’ai dû aussi développer mes côtés moins agréables. L’âge ne nous donnant pas la faculté de ne garder que nos qualités en gommant nos défauts.
    Je reste persuadée que l’on ne change pas…. parfois la vie nous oblige à des changements de cap, à nous modérer ou au contraire à nous dévoiler mais notre « moi » est toujours le même. Nous avons appris certes et avons corriger, mais nous apprenons encore… rien n’est fini.
    Enfin, pour moi c’est ainsi que je ressens ce que je suis.

    • Edmée dit :

      Je pense aussi qu’on ne « change pas » mais que les choses s’affirment ou s’afinent… On apprend que certains comportements sont inutiles: la jalousie, l’impatience etc… On change (ou évolue) un peu « de soi-même » si on constate qu’un comportement nous est nuisible, je suppose. Je l’espère en tout cas 😉

      Je n’ai pas trop aimé ma jeunesse où je n’étais pas à l’aise pour diverses raisons. Mais je la « revisite » volontiers et je profite un peu maintenant de ce que j’ai « ignoré » alors 🙂

      Curieusement, j’ai assez bien gommé mes défauts, qui étaient plus des façons de réagir que de vrais défauts. Je veux dire que je n’étais pas égoiste, menteuse, colérique etc… donc ça n’est pas arrivé – heureusement! – avec l’âge. J’ai des défauts, rassure-toi, mais je « mords un peu sur ma chique » pour ne pas en incomoder les autres!

  3. Sylviane dit :

    J’adhère totalement à ton article ! 🙂

  4. Oui c’est vrai, on avance en âge et on se distancie de certains comportements, on rééquilbre, en quelque sorte. Je m’en aperçois, déjà…Mais cela me permet d’être moins violente avec moi-même et de dormir reelax sans trop contrarier mon esprit. Elle est belle la vie!

  5. Tania dit :

    On croit mieux ? Dans un sens, comme tu l’expliques. Mais dans un autre on doute aussi davantage – nous écriras-tu sur le doute ?
    (Au passage, irruption de la publicité à la fin de ton billet, volontaire ? Pour info au cas où ce ne le serait pas.)

    • Edmée dit :

      Désolée pour la publicité… Je ne la vois pas mais WordPress signale que « parfois, mes lecteurs pourraient voir apparaître une publicité »… 😦

      J’ai du mal à parler du doute, il me semble ne pas le connaître. Ou tellement peu… C’est d’ailleurs toi qui me le fait réaliser 😉 Mais si je comprend que non, en effet je connais aussi le doute, je ne manquerai pas d’écrire à ce sujet. Promis!

      • Alainx dit :

        Je ne voie jamais de pub. C’est aussi que j’ai installé un filtre (AbBlock) qui me débarrasse des neufs dixièmes des pubs…

    • Shirokuma dit :

      Pour la publicité, il suffit d’entrer dans les « paramètres » de Google pour régler le problème…
      😉

  6. Alainx dit :

    Encore un billet d’une grande justesse… Je m’y retrouve beaucoup. Je me sens bien dans mon âge, dans ma réalité d’aujourd’hui. Parfois il y a un peu de nostalgie du passé, mais seulement d’un certain passé, ayant tendance à garder mémoire des meilleures choses que je peux évoquer. Mais il y eut aussi tellement d’épisodes difficiles, qu’une certaine paix d’aujourd’hui ressemble à s’y méprendre à ce que doit être le vrai bonheur…

    • Edmée dit :

      Tu sais combien ton commentaire m’enchante… Moi aussi je regarde au passé avec un filtre qui tend à éradiquer tout ce qui était tellement lourd et dur. Je sais pourtant, et peux m’en souvenir si nécessaire, que c’est arrivé. Mais c’est fi-ni! Alors il reste le beau, et il y en a eu. Cependant je me dis « quelle chance d’avoir eu ça, personne ne peut me l’enlever, c’est en moi ».

      Et comme toi il me semble approcher souvent du vrai bonheur. Bon week-end Alain! (X) 🙂

  7. Damien dit :

    On croit mieux, oui, sans doute. Mais sur l’existence de Dieu, sur le grand saut, la vieillesse (la vraie, celle qui grince), on n’est pas toujours sût et certain. Reste l’amour; celui-ci, on le connait mieux, il est plus serein.

    • Edmée dit :

      Vrai que je ne suis sûre et certaine de rien sur les grandes questions que tu soulèves… mais j’ai fini par y penser assez peu. La vieillesse qui grince, oui, elle me préocuppe parfois aussi, mais pourquoi me faire du mouron maintenant? Je ne serai peut-être jamais « aussi vieille que ça » ou je serai increvable jusqu’au jour où je tomberai comme un oiseau en attendant le signal vert à un passage piétonnier 🙂

  8. Pierre dit :

    Tu aurais presque pu intitule ton billet « Éloge de la maturité » tant tu en décris les heureux avantages 🙂
    C’est vrai qu’il y a un plaisir à gagner en sérénité, en conscience, en lucidité. L’impression que tout devient plus fluide, plus souple, plus aisé. Une certaine clairvoyance prend place, qui va de pair avec une confiance en soi, en l’autre, en la vie.

    C’est du moins ainsi que je ressens les choses et cela me réjouit 🙂

    Merci Edmée, pour ce joli billet.

  9. comme tu as raison la vieillesse qui grince n’est peut être pas si loin…mais en attendant que de choses encore à faire et à apprendre…oui apprendre j’aimerai apprendre l’anglais, l’histoire de l’art retourner en Fac, je sais que je vais le faire ….la seule chose que je ne peux plus faire c’est des enfants…mais je peux aimer tous les enfants du monde…ne pensons pas à la mort…donnons à la vie toute notre vie…toute mon amitié ma chère Edmée

    • Edmée dit :

      N’y pensons pas en effet, d’autant qu’elle est peut-être mois finale qu’on ne le pense… on verra bien, chaque chose en son temps! En attendant… oui, apprenons encore, prenons et donnons… aimons et accueillons chaque jour comme il vient! Bisous!

  10. Nadine dit :

    L’important, je crois, c’est d’avoir toujours des projets, des envies – tiens, j’ai les mêmes que ton amie Françoise (l’anglais, l’histoire de l’art) – et d’avancer sereinement. Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      Oui, ce n’est pas parce qu’on n’en fera plus « une carrière » que l’on ne peut avoir envie de découvrir des choses encore inconnues! On peut enfin étudier pour son plaisir de savoir!

      Bon dimanche Nadine!

  11. annerenault dit :

    Comme tu le dis bien : « On est assez fixé sur soi-même »…

  12. Celestine dit :

    Tout ce que j’aime chez toi dans ce billet, chère Edmee. La positivité, l’universalité, une vraie sagesse légère et non pontifiante…j’espère faire partie de ces êtres un peu exceptionnels qui pensent que l’humanité n’est pas complètement pourrie. Je me sens comme la petite sœur au milieu d’Alain et toi, j’ai avec vous deux du grain a moudre a chaque fois que je vous lis. Aimer l’âge qu’on a demande sans doute une force et un enthousiasme dont d’autres sont dépourvus. Cela revient à aimer la vie. Tu as raison, on croit de façon plus libre et sincère au fur et a mesure que l’on avance. On se débarrasse de tout ce fatras de conventions, de peurs et d’idées reçues, lourdes comme un manteau mouillé, pour ne garder que la légère étoile en soie de notre moi profond.
    Baci la mia Sorella

    • Edmée dit :

      Tu verras, vieillir c’est changer dehors mais surtout changer dedans. Fragile et de plus en plus flou dehors, et tellement plus net dedans! Baci sorellina. Oui, une étole… Apple, s’il te plaît… un peu de raffinement!

  13. Celestine dit :

    Etole en soie, évidemment. Chez Apple, ils ont un vocabulaire limité ^^

  14. Pâques dit :

    J’adhère totalement !
    J’ai appris à faire le tri pour ne garder que le meilleur et à lâcher-prise nous ne sommes pas responsables de tout et de tous …
    Je pardonne les imperfections des autres car je suis loin d’être parfaite !!!
    Si la vie était un repas, je dirais que j’en suis au dessert 🙂

    • Edmée dit :

      Moi aussi je pardonne les imperfections quand elles ne sont pas un masque délibéré. Les imperfections sont délicieuses, elles nous permettent d’aimer encore plus tendrement!

  15. Shirokuma dit :

    Un seul mot me vient à l’esprit en te lisant : honnêteté.
    Si l’on est honnête envers soi-même, on l’est avec les autres, et l’existence devient supportable. Elle se révèle magnifique via un regard inconnu, un mot inattendu, un frôlement de l’âme…
    Merci pour cet émouvant texte.
    Merci vraiment.

    • Edmée dit :

      Tu as tellement raison! C’est l’honnêteté qui nous permet de « vieillir » sans lourdeur. C’est l’honnêteté qui nous rend le chemin plus facile si on sort vainqueur de ce fameux « examen de conscience » qu’on nous recommandait autrefois. Je te remercie de ta visite et ton apport.

  16. Je pense t’envier ce bel optimisme en regard de la « maturité » : la sagesse est parfois pénible pour l’esprit …Vieillir est un art que j’ai un certain mal à pratiquer….mais je m’y exerce !!!

  17. Lauriza dit :

    Vieillir n’est rien quand on a compris très tôt que nous n’étions que de passage. Cela permet de profiter de l’existence, sans peurs, quoiqu’il arrive et de s’abandonner aux meilleurs de la vie.

    • Edmée dit :

      Oui, mais tout le monde n’y arrive pas… il faut voir avec quoi on a rempli sa vie. Il faut voir aussi si on est tombé dans le piège de « seule la jeunesse est valabre et belle »;;; au quel cas on gaspille sa vieillesse à la refuser (bon, soyons honnêtes… il y a le combat bien logique et respectable pour tenir les outrages du temps à distnace, et l’obsession pathétique…).

  18. Alain dit :

    Belles réflexions qui trouvent au fond de moi un écho que je n’aurai pas su traduire de la sorte. Tant que la santé m’accompagne, avancer en âge me convient parfaitement. La liberté, et tous les conforts qui vont avec, sont autant de portes à pousser pour de nouvelles découvertes. La sérénité prend la place sur les vents de folie qui ont soufflé sur ma vie. Elle est douce et reposante. Je ne pense pas avoir changé. Mais en tout, je me sens bien. Heureux. Avec une impression d’aimer « tout » en mieux !

    • Edmée dit :

      Je suis heureuse de lire de tels commentaires… qui font écho à ma pensée… prendre de l’âge est bon, si on a, en effet, la grande chance d’avoir une santé convenable. Les vents de folie, oui, ils sont loin, ne restent que les vents purs et vrais….

  19. colo dit :

    Tu as raison, une grande bienveillance s’installe avec l’âge; et puis l’aimer mieux…plus sereinement, être moins « fofolle » et plus attentive aux autres et à moi!:-)
    Rire.
    merci, bonne semaine Edmée

  20. amandine dit :

    un texte que feu mon époux aurait adoré (il avait un papa pasteur)

  21. Beaucoup de choses sont plus claires, plus simples et plus sereines en vieillissant. Seule la mort se rapproche et garde de grands mystères

  22. éric dit :

    Que c’est bien dit, avec clarté et concision, en souplesse et profondeur. Et cela encourage à avancer en âge…

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