C’est la faute à…

Est-ce que, vraiment, tout ce qui nous fait mal dans l’enfance va nous emprisonner, voire nous empoisonner ? Je n’ai rien contre les « psys » en particulier, et en réalité j’ai toujours été attirée par ce qui les attire aussi : les méandres des pensées, secrets, hontes, rancoeurs, angoisses qui peuplent le cœur de bien des gens, expliquant parfois leurs comportements.  Les excusant très rarement.

Mais il me semble que pour la plupart nous vivons des drames que nous pouvons supporter, même s’ils ont, en éclatant, infligé un tournant dans la personnalité plus linéaire que nous avions alors. Il est clair que le divorce de mes parents, à une époque où on divorçait peu et dans le scandale, a mis le poivre et le sel sur mes relations avec les enfants de parents non-divorcés, sur mon envie ou répulsion à l’idée de mon propre mariage, etc… Mais il est probable que si mes parents étaient restés ensemble, continuant un mariage peu heureux, mon idée sur le mariage en aurait été également épicée. Et qui sait, peut-être de façon encore pire.  Et si j’avais eu des parents amoureux comme dans un conte de fée,  là aussi j’aurais eu des attentes difficiles à combler par la suite, ce qui fut le cas de mon père dont les parents et proches avaient le secret, pour la plupart, des mariages heureux et fusionnels, ce qu’il n’a pas pu vivre…

J’ai failli être enlevée par un monsieur certainement mal intentionné dans mon enfance, et j’ai alors tout simplement enfoui ce souvenir, qui ne m’est revenu spontanément qu’il y a quelques années, à ma grande surprise, mais très nettement. Et je me suis souvenue de n’avoir pas eu peur ce jour-là, sauf intellectuellement, en lisant la terreur/fureur sur le visage de ma bonne gouvernante Sibylla alors qu’elle attaquait le prédateur de manière très sonore. J’ai compris que quelque chose de grave était en cours, mais n’ai jamais éprouvé autre chose que de la stupeur. Comme Sibylla m’a demandé de ne pas en parler à ma mère – elle m’avait innocemment laissée en face d’une vitrine de jouets pendant qu’elle faisait un achat rapide – j’ai tout simplement… oublié.

Adulte, j’ai vécu des choses très pénibles qui m’ont fait, le (long) temps que je rebondisse, détester la vie, la mienne surtout. Je m’en souviens, évidemment, mais si  j’éprouve parfois de l’étonnement à l’idée que j’en suis revenue, de ces affreux voyages, je n’en parle jamais et, si je le fais, l’émotion n’est plus là, c’est hors de moi désormais.

Et parmi les gens que je connais, tant d’entre eux ont aussi émergé de situations singulièrement lourdes. Je pense à Michael, qui a inspiré Sergey dans mon premier livre, enfant de l’assistance publique confié – contre un revenu  très convoité – à l’affection familiale de paysans qui ne voyaient en lui que des « petits bras » et « une bouche trop vorace à nourrir »…  A 18 ans il s’était enfui de chez sa dernière famille « d’accueil ». Certes, quand je l’ai connu, il était encore à la recherche de bien des choses, et je ne sais s’il les a jamais trouvées…  Mais alors il était calme, doux, souriant, travailleur, désireux d’un avenir, excellent père pour une petite fille que la mère lui avait laissé en le quittant…

Je m’inquiète de l’empressement avec lequel on veut absolument suggérer à chacun que ses épreuves sont insurmontables sans aide, font de lui une victime à vie, et expliquent tous ses débordements qui ne sont pas vraiment sa faute…  Bien entendu nous ne sommes pas tous « outillés » de la même manière, mais je suis convaincue qu’on est bien plus forts qu’on ne le croit, et qu’être victime un jour ne fait pas de nous une victime à jamais.

Norman Rockwell - Election Day

Norman Rockwell – Election Day

Je me souviens si bien d’un « scandale » aux Etats-Unis, un parfait exemple : des enfants noirs avaient le droit d’aller dans une piscine « huppée » pour blancs à certaines heures. Je ne sais plus ce qui s’était passé, mais un jour une dame  blanche (assez réfrigérante en effet) a demandé au serveur « ce que faisaient ces enfants-là dans la piscine du club ». Rien de plus. Malvenu, d’accord, mais j’imagine mal que ces enfants-là en aient été pétrifiés, ils ne se sont sans doute même pas rendus compte… Mais leur accompagnatrice, elle, a entendu, et en a fait un drame en technicolor. Radio et télévision sont arrivés dans les dix minutes, le serveur n’était plus blanc mais transparent, la dame blanche était prudemment rentrée chez elle, l’institutrice vociférait le mot « raciste » comme une litanie et jouissait de son heure de gloire à la télévision, les enfant-là ne comprenaient rien, jusqu’au moment où on en a choisi un au hasard pour l’interviewer, il a semblé très fier pendant un moment et disait qu’ils jouaient et s’amusaient et que…. « Mais on a eu un comportement raciste avec vous, c’est bien ça ? »… Et là, il a compris ce qu’on attendait de lui, et s’est effondré en larmes, défiguré par le destin affreux qui l’attendait à la sortie de la piscine, et a ululé que ouiiiiiiiiii, il ne comprenait pas pourquoi les blancs étaient aussi raciiiiiiiistes, snif snif snif. Voilà un petit qu’on a utilisé et installé confortablement dans une existence de victime…

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36 réflexions sur “C’est la faute à…

  1. gazou dit :

    entièrement d’accord : ce n’est pas parce qu’on a été victime un jour qu’on va le rester toute sa vie
    et tout vrai psychologue s’efforcera d’aider la personne qui vient à lui à ne pas s’installer dans ce rôle et à reprendre sa vie en main

    • Edmée dit :

      Tout à fait… c’est leur talent, c’est ainsi qu’ils aident. Mais je trouve que souvent les médias – et par conséquent les gens eux-même, les apprentis sorciers – entretiennent les stigmates de victime… Or bien aidés et désireux d’aller de l’avant, presque tous le peuvent:

  2. Philippe D dit :

    Tout ,le monde vit des drames; certains plus que d’autres, c’est sûr. Chacun y fait face différemment; cela dépend de la force de caractère.
    On n’y peut pas grand-chose, en fait.
    Bon weekend, Edmée.

    • Edmée dit :

      On peut souffrir à fond, discrètement ou pas selon son tempérament, accepter ce qui nous est arrivé, ce qui sera désormais, et puis reprendre son chemin, sans gratter sans cesse sur ce qui était et n’est plus ou imaginer, bien illusoirement que si seulement ceci avait été différent, la vie serait une promenade…

      Bon week-end à toi aussi Philippe!

  3. Il est plus facile de ressasser ses moments douloureux que de prendre le taureau par les cornes et dire « ça va aller ». Je comprends que certains jours soient difficiles pour certaines personnes. Et que dire de psy? Qui aime en effet victimiser son patient. « Cela s’est passé dans votre enfance, votre père, votre mère … »

    • Edmée dit :

      Tous les psys heureusement ne sont pas aussi avides de malades de longue durée, mais parfois même l’environnement, par paresse et désir de bonne conscience facile, ne cesse pas de dire « oh ma/mon pauvre, avec tout ce qui t’est arrivé, c’est bien normal que tu aies un caractère de cochon, que tu en veuilles à la terre entière, que tu sois impossible à supporter…. » 🙂

  4. Shirokuma dit :

    Je ne sais pas si je suis le bienvenu sur ce sujet, étant donné que je suis « parti pris »… Pour faire court, j’ai suivi le parcours de ce « Michael » dont tu parles ; et je vais essayer ici de faire comprendre certaines choses à des gens qui n’ont qu’une vague idée de ce que je vais dire.

    Au début, il y a l’affliction d’une situation subie ; et du traumatisme qui s’insinue en nous… Ensuite, il y a le contexte. Le milieu où on se trouve va accentuer ou diminuer le traumatisme. Il y a aussi la part intérieure qui, selon le contexte, va se nourrir ou régurgiter ce traumatisme…

    Personnellement, j’ai du commencer un travail introspectif lorsque j’ai pris conscience que j’étais dans une trame mortifère… J’ étais alors adolescent… Il m’a fallu me battre des années durant juste pour atténuer le poison qui résidait en moi… Mais la lutte n’est pas terminé… J’en suis maintenant à des décennies à essayer de temporiser sur des évènements sur lesquels je n’ai plus aucune prise ; mais qui sont là, en moi, me projetant de temps à autre dans une dimension pénible émotionnellement… Il y a aussi la société qui perpétue mon malaise en me suspectant lors de démarches administratives… Sans même parler de mon entourage qui se comporte parfois comme des racistes envers mon passé…

    Bref. Même si pour certains je suis morbide, sans vie, masochiste ; je veux dire que je suis vivant, qu’ils se trompent diamétralement. Que je perçois la vie autour de moi et que j’essaie de m’y ressourcer… Que je perçois la mort, et que j’essaie de m’y préparer…
    Visiblement, les seules séquelles que je montre sont celles de ne pas avoir d’enfant, d’avoir rejeté la paternité.

    On peut effectivement me fustiger pour cela. Mais peut-on le faire pour ce passé qui m’a construit ?…

    Je finirai sur ce proverbe de lao Tseu (?) : « Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort. »

    • Edmée dit :

      Il y a drame et drame, et aussi, comme je disais, des outils différents. Je ne sais ce qu’est devenu Michael, dont j’ai perdu la trace alors qu’il quittait la Provence où je l’ai connu pour… retourner dans le Morvan, où il avait pourtant souffert, mais appris à aimer la terre… Il est allé y habiter une vieille ferme. Et je ne sais pas la suite…

      Notre passé nous marque, et nous fait faire des choix en fonction de décisions conscientes ou inconscientes prises en fonction de ce passé; souvent. Pas d’enfant pour toi, pas d’enfant pour moi. Je sais que ce fut un choix même s’il m’est arrivé de souhaiter un enfant.

      Mais comme tu dis… même si tu trimballes pas mal de choses, tu vis, tu es peut-être morbide aussi, je ne sais pas :)… Cependant, effectivement… le roseau plie mais se rompt point !

  5. Pâques dit :

    Le roseau plie mais ne se rompt point !
    Nous avons tous des failles mais à nous de les surmonter…-
    -Il y a une fissure en toute chose, c’est ainsi qu’entre la lumière – Léonard Cohen
    Et moi, je laisse toujours entrer la lumière …

  6. Célestine dit :

    Tu fais preuve d’une quaité tout à fait exceptionnelle et que chacun pourtant peut essayer de cultiver : elle s’appelle la résilience. C’est la faculté de vivre et de se construire malgré les coups du sort, les souffrances,les misères, les épreuves, etc…Bref, tout ce qui fait le maillage d’une vie.
    Mais l’éternelle question reste posée:est-ce que tout le monde a la possibilité intrinsèque de prendre sa vie en main ?

    • Edmée dit :

      Je me le demande aussi, et n’ai pas la réponse.Mon père et moi avons souvent discuté de ce fait. Il estimait qu’il n’y avait que des victimes, c à d des gens victimes de leur caractère et de leur sort, et moi je m’impatientais de l’inertie de certains, de leur complaisance à sans cesse compter leurs malheurs et assumer que les autres avaient une vie de rêve… Mais je ne sais ce qu’il en est exactement. Certains, en tout cas, choisissent inconsciemment le rôle de victime, délibérément, car n’aimant pas la vie ils ne ressentent rien, pas d’émotions positives, tandis que la souffrance, le rejet, la noirceur, ils sentent ça très bien… et donc c’est une manière de survivre…

  7. Armelle dit :

    Il est certain qu’il y a les forts et les faibles. Or, nous sommes entrés, depuis deux ou trois décades, dans une société compassionnelle et pleurnicharde qui est si peu résistante qu’elle accepte pratiquement tout et qu’il n’y a plus guère de virilité dans l’air. Et c’est dommage face aux dangers multiples qui nous menacent de la part de populations très peu compassionnelles. Des jours difficiles nous attendent et il va falloir s’armer psychologiquement. Heureusement, il y a des ressources insoupçonnées chez chaque être. A chacun, comme le dit si bien Edmée, de les cultiver et de les faire croître.

    • Edmée dit :

      A trop consacrer de temps à accompagner trop loin et trop longtemps ceux qui ont besoin d’un accompagnement provisoire, on les rend dépendants et faibles, remarquables par l’étendue de leurs difficultés, et on leur donne l’illusion que les « autres » ont une vie lisse comme une nappe de satin blanc, oh les veinards!

  8. Nadine dit :

    Difficile de juger car on n’est pas dans la tête des autres et, comme tu le dis, Edmée, pas tous « outillés » de la même manière. Certains n’ont sans doute pas assez de force en eux pour surmonter les difficultés de la vie.

    • Edmée dit :

      Il faut de la force en effet, et aussi ne pas être empêtrés dans des sentiments de responsabilité inexsitante, de faute, qui entravent. Il faut vraiment savoir rester libre et comprendre que nous le sommes tous pour guérir en profondeur. Enfin… c’est un des ingrédients!

  9. May dit :

    Vous le démontrez parfaitement, les circonstances que nous affrontons tout au long de notre vie nous façonnent mais chacun y réagit avec sa personnalité . Ce ne sont pas tant les épreuves en elles mêmes qui ont de l’importance, c’est la manière de les affronter.

  10. Lauriza dit :

    Je pense que la société actuelle laisse peu de place à se prendre en charge seul et que maintenant qu’il y a des psys pour tout et n’importe quoi, les gens sont devenus des assistés et ne font plus l’effort de rebondir et de réfléchir sur ce qu’ils sont et ce qu’ils désirent vraiment. Nos ancêtres devaient rebondir très vite pour vivre ou survivre et ils n’avaient pas le temps de penser qu’ils étaient des victimes et de s’apitoyer sur leur sort. Maintenant on cherche les coupables du comportement : l’enfance, les parents, les non-dits, les secrets etc…. et on victimise au lieu d’apprendre à rebondir… C’est comme pour tout, les plus forts psychologiquement s’en sortent plus rapidement. Pourquoi n’avons nous pas tous les mêmes outils ? cela restera toujours un mystère.

    • Edmée dit :

      Tu l’as dit, pourquoi n’avons-nous pas les mêmes outils? Peut-être aussi celà tient-il au degré d’amour de la vie que l’on a. Certains semblent ne pas l’avoir, être toujours maussades, graves, sérieux, sombres. Pessimistes aussi. Avec cet esprit, il doit être difficile de trouver à quoi s’accrocher en cas de coup dur. C’est très dommage!

  11. Dans le cadre de mon métier, je rencontre chaque année des élèves qui vivent une enfance difficile pour diverses raisons (divorces, décès, maladies, p.ex.) et, alors qu’ils ont 9-10 ans, on voit déjà les forces des caractères des uns et des autres. Laurizia a raison : la société a changé et on va plus vite faire appel à un psychologue. Est-ce un bien ou un mal? J’ai un avis partagé. Dans certains cas (je parle toujours de mes élèves), un avis extérieur fait du bien à l’enfant. Dans d’autres cas, à force de chercher la petite bête, on grossit le problème. Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      Oui, ce qui convient dans un cas ne convient pas dans l’autre, et un psychologue n’est pas l’autre… Ma nièce m’a parlé d’une amie constamment malade – psychosomatiquement – et ses deux parents sont psychologues… Lorsque ma nièce va rendre visite, on lui demande si ça va, elle dit oui, et on prend un air soucieux « es-tu bien certaine? Il me semble que tu n’as pas bonne mine, que tu ne souris pas spontanément »… On comprend tout de suite l’origine des maux de leur fille! Bon dimanche Petit Belge!

  12. Dire et se dire que chacun est totalement maître de son destin, rassure. On a ainsi l’impression que l’on possède la main-mise sur tout, que « quand on veut on peut », que tout ce que nous vivons et/ou subissons est notre choix… J’ai eu une collègue extrêmement rigoureuse, compétente dans son travail (à la limite du social : nous traitions les dossiers de personnes surendettées) mais intransigeante, dure avec ceux qu’elles estimaient faibles, estimant que l’on se met volontairement dans une mauvaise posture. Une femme forte. Ou qui croyait l’être. Ou que nous pensions ainsi.
    Son mari l’a quittée et elle s’est effondrée. Des années de dépression ont suivi, à espérer qu’il revienne, à tourner en rond…
    Nous ne possédons pas le même capital santé (difficile à accepter quand on aimerait tout maîtriser), nous n’avons pas la même force morale. C’est ainsi. Chacun doit se débrouiller avec son paquetage…
    Et l’Homme n’a pas changé, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire (vilaine culpabilité). Les drames ont toujours existé. Quelle famille n’a pas son squelette dans le placard ? La fille-mère qui s’est enfui, la femme adultère répudiée, le grand-père alcoolique qui avait la main leste et dont les circonstances de la mort sont douteuses… Le malheur était enfoui mais il était là. On n’en parlait pas par honte, par impuissance, ou, pour les croyants, par soumission à l’autorité suprême.
    Maintenant on dit tout, on révèle tout. On sait mettre des mots sur ce qui ne va pas et on craint moins d’exprimer notre ressenti. Et on veut, on exige d’être heureux. Faiblesse ?

  13. Edmée dit :

    Je te suis à 100%. On n’a pas tous « les mêmes outils » pour résister. Mais on devrait tous résister malgré tout, de notre mieux. Trop de rigueur ou trop de laxisme font des dégâts. Et comme tu le dis, avant on gardait ses secrets, maintenant on les déballe… et je ne sais si à long terme ce sera tellement mieux. On se débrouille tous comme on peut, « alla meno peggio » comme disent les Italiens : au moins pire 🙂

  14. Angedra dit :

    je te suis complètement dans ce texte… ainsi que dans toutes tes réponses aux commentaires.
    Certes nous n’avons pas tous les mêmes outils mais pourquoi certains se complaisent à ressasser toujours le passé et à vouloir rejouer les côtés noirs de leur vie au lieu de les exploiter pour jouer de nouvelles harmonies !

    • Edmée dit :

      C’est ce qui m’agace tellement… ce besoin aussi de, finalement, se faire remarquer par une accumulation de « malheurs » et mal être, ce besoin de martyre perpétuel pour avoir « sa place »!

  15. amandine dit :

    perso un psy m’a bcp aidée mais j’ai fait quelques uns de ces thérapeutes parfois de pacotille

  16. Alain dit :

    Encore une belle réflexion qui porte loin. Je me suis très vite libéré de ne pas être un enfant né de l’amour. J’ai fait ma vie. Libre, amoureux, heureux, insouciant. Et un jour, le grand vide. Après dix sept années de vie partagée dans une complicité rare et de beaucoup et d’amour, une chute ridicule plonge ta moitié dans un coma de plus de quinze mois avant que le cœur ne finisse de battre. Je savais cette fin inéluctable mais les nerfs sont partis en vrille. Seul, malgré des Amis magnifiques, j’ai sombré. Il a fallu la persuasion de mon médecin et surtout de tout mon entourage pour accepter l’aide d’un psy. Et quel homme ! Si j’ai souvent trouvé le temps long, au début des séances, je reconnais aujourd’hui qu’il m’a sauvé, de tout, de moi en premier. Redonné confiance, et appris à TOUT regarder différemment. Pour reprendre ton expression c’est lui qui m’a « outillé » pour décider de continuer à vivre. À ma grande surprise j’ai découvert la force qui était en moi, le travail, aussi, qu’il faut entreprendre pour la trouver, quand on se croit perdu, seul, et bien entendu le plus malheureux et incompris des hommes. Depuis je garde au fond de moi « ma petite flamme », celle qui me tient toujours debout et heureux de vivre.

    • Edmée dit :

      Ton histoire me laisse presque sans mots, mais il faut cependant constater que tu n’as pas eu les choses faciles, que tu es remonté de loin, et que c’est certainement en partie grâce à l’insistance de tes amis, de l’aide de ton psy, mais avant tout du désir de t’en sortir que tu avais. Sans quoi tu sais bien que les amis « prêchent dans le désert »…

      C’est une histoire solide basée sur une brisure complète, et c’est exemplaire. Chapeau, ami Alain, pour ta sincérité aussi!

  17. Bien sûr que la résilience existe! Bien sûr aussi que des tas de gens survivent et vivent sans aide! on peut aussi comprendre beaucoup de choses seul ou rester enfermé dans l’idée que c’est la femme de l’autre qui lui gâche la vie ou…que sais-je? Il n’empêche que tous ceux qui ont bénéficié de l’aide d’un psy ont souvent un regard plus large et moins centré sur eux memes

    • Edmée dit :

      J’ai brièvement fait appel à une psychologue qui m’a fait le plus grand bien, et qui en effet a refusé mon affirmation d’alors que quelqu’un avait « gâché ma vie »… On peut nous emm..r, oui, c’est clair, nous entraver, nous parasiter… mais nous avons des portes de sortie, et surtout une individualité à protéger. Tu as raison!

  18. Florence dit :

    Juste pour te faire un bisou et te souhaiter une bonne semaine Edmée !
    Florence

  19. Un texte qui a déclenché des commentaires fort intéressants.Ce que je ne sais pas c’est ceci : l’envie de vivre se régule-t-elle ou est-elle une donnée innée que l’on ne peut guère changer ?
    Bonne soirée Edmée

    • Edmée dit :

      Il me semble qu’elle varie. Rares sont les personnes qui n’ont pas été « au fond du trou » malgré tout, un jour ou l’autre. Et qui donc en sont sortis, alors que d’autres y restent, soit qu’ils y trouvent leur personnalité (je suis le mal aimé, le malchanceux, le martyr, la victime perpétuelle). Quelque part, ils se sentent « à l’aise » dans ce rôle qui les déresponsabilise de tout, alors que les autres ont « envie de prendre leur vie en main ». Mais finalement, dans les deux cas, il s’agit d’une envie de vivre; envie de vivre libre et indépendant, ou envie de vivre en étant portés par les autres…

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