Les habitudes…

sont faites pour en changer, disait ma mère Lovely Brunette, qui certainement tenait cette sage sentence de quelqu’un d’autre. Et que c’est sage en effet !

On les aime, les habitudes, parce qu’elles sont familières. Elles contiennent un rythme, un confort, une constance dans ce que nous sommes au moment où nous les laissons organiser notre vie. Elles sont parfois mauvaises aussi, guidées par ces sirènes pernicieuses qui chantent au loin, chevelure de miel au vent, et que nous entendons : elles nous charment vers la paresse, vers un petit verre de plus pour ne pas sentir la solitude ou la peine, vers un feuilleton abrutissant d’ignominies pour lequel on finit par se passionner plus que pour sa propre vie. D’autres routines sont belles, disciplinées, étirant nos pas dans une promenade quotidienne quel que soit le temps, à la messe du dimanche, aux cartes de Noël sur du vrai papier et écrites avec un vrai stylo pour les vénérables amis et parents qui n’ont pas été avalés par la fièvre du net.

Bonnes ou mauvaises, on répugne à quitter leurs balises. On en devient, parfois, prisonniers. On peut croire que sans ces habitudes-là on va s’effondrer, devenir méconnaissable, entrer pour se perdre à jamais dans un monde sans repaires.

Temps modernes

Or… quel lifting de l’esprit ! Changer de ritournelles, rafraichir le décor, s’élancer (souvent plus de force que de gré…) vers de nouvelles perceptions. La vie, cette polissonne que l’on accuse fréquemment de nous donner une carte du trésor – et du tendre – incomplète, fait s’élever des montagnes devant nous, érige des murs surprises sur le chemin, guide nos pas vers un pont de bois pourri par le temps, nous précipitant dans les rapides, ou d’un bond en arrière, ou d’un autre bond en avant, haletants de peur. Et là… nous voici, oui, dans l’obligation de changer nos habitudes. On apprend à manger autrement, à fréquenter des gens jamais encore approchés, à s’adapter à de nouveaux horaires, moyens de vie, langues, pays ou villes. Et on découvre à quel point on s’adapte bien, même si en même temps on regrette des aspects du passé, ou soupire sur ceux de ce présent.

On vit. On vient de grandir. On vient d’élargir son monde.

Je me souviens de mes premières semaines à Turin, partie « à l’aventure » et encore en train de chercher comment mettre le pied – et le bon – dans le train administratif (en un long mot, pour m’inscrire comme demandeuse d’emploi je devais être inscrite à la commune mais je ne pouvais m’inscrire à la commune sans emploi… situation très absurde que j’avais fini par prendre avec un plan : j’insisterai jusqu’à trouver un employé qui ne saurait pas que… et j’ai fait de même pour l’inscription aux registres de la police, ce qui a fonctionné). J’étais donc là, dans la fin d’un mois de décembre resplendissant, et prenais mon capuccino tous les matins sur une balancelle du Corso Vittorio. C’était mon luxe, mon moment, celui où je ne me tracassais de rien, et que je  vivais dans toute sa grâce.

Et en Italie, moi qui avais toujours été une « couche-tôt » j’ai fini par sortir manger à 22 heures, et moi qui aimais le cinéma je me suis retrouvée à aller à la montagne en week-ends…

Oui, les habitudes sont faites pour en changer !

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37 réflexions sur “Les habitudes…

  1. Angedra dit :

    Tu as raison, ne pas se laisser enfermer dans ses habitudes… du moins celles qui nous restreignent, nous aigrissent, nous étiolent.
    Mais je sais personnellement que certaines « belles » habitudes sont à préserver comme celles qui nous mettent du baume au coeur, qui nous font avoir le sourire dès notre réveil et nous font aimer la vie et non la subir !
    J’ai changé d’habitudes en changeant de contrées, en découvrant de nouvelles façons de vivre et oui…. les habitudes sont faites pour en changer !

    • Edmée dit :

      Les bonnes sont douces à garder en effet, oh combien, ces petits rituels;,ces routines confortables… Mais il y en a dont on ne devrait pas avoir peur de se débarasser et surtout, quoi qu’il arrive, si on doit en changer, on s’y fait finalement très bien!

      Bonne soirée!

  2. Armelle B. dit :

    Il est vrai que les habitudes peuvent très vite nous enliser et qu’il est, comme vous l’écrivez, urgent d’en changer afin que nos vies ne deviennent pas routinières… Comme vous, j’ai aimé certaines d’entre elles qui avaient leur charme, leur confort et surtout leur patine ancienne, de manière à m’adapter à la vie d’aujourd’hui tellement changeante, toujours un peu improvisée. Exemple : l’adaptation à internet a demandé nombre d’efforts.

    • Edmée dit :

      Oui, il est vrai que parfois on est forcés par « mourir ou vivre » à accepter de nouvelles habitudes mais si on les accueille… elles nous accueillent aussi, il faut le dire: Internet est bien entendu une arme à double tranchant mais aussi une porte multiple sur des merveilles!

  3. Célestine dit :

    Un des secrets de la jeunesse d’esprit : ne pas se scléroser, faire des choses que l’on n’a jamais faites, changer de rue, changer de crèmerie, se remettre en question, oser, voyager, goûter de nouveaux plats, voir de nouvelles gens.
    Merci pour ce bain de fraicheur. Et l’air de rien tu colles à l’actualité: il est temps que la France prenne d’autres habitudes…
    Bac sorella
    ¸¸.•*¨*• ☆

  4. Ah oui il faut parfois changer les habitudes, ne pas se laisser encroûter. C’est hard, parfois, de se bousculer.

    • Edmée dit :

      C’est très hard , et on fait de son mieux pour ne pas le faire, en général. Mais quand on n’a pas le choix, quand on est jetés dans ce qui nous faisait peur (iîîîî^k! le changement!) on est surpris d’aussi bien s’y faire et d’y découvrir tant de choses que l’on ne peut qu’aimer!

  5. sandrinelag dit :

    Les habitudes sont comme un havre chaud lorsqu’on revient de mois difficiles à vivre et travailler ailleurs, loin, dans des contextes inconfortables, parfois dangereux… Les habitudes, le train-train, le confort que l’on fustigeait devient alors le retour à la maison – le ventre de maman, les bras du mari, les câlins des enfants, etc. – le refuge. A condition de repartir assez vite. Pour mieux apprécier le retour. Indéfiniment.

    • Edmée dit :

      Oh j’adore aussi ces habitudes-là… absolument. Le familier douillet. Mais comme tu dis, on l’aime encore plus quand pour un temps on s’en est éloignés 🙂

  6. marie leone Gaye dit :

    continues a m’emerveiller avec ces billets……

  7. Pascal dit :

    La Vie est changement
    ne plus changer c’est mourir

  8. * dit :

    C’est la Vie qui dessine les changements
    Bousculer les habitudes …
    Tanguer le conformiste
    Le soleil est plus doux…

  9. amandine dit :

    un peu mais pas le désordre please

  10. Lauriza dit :

    Il y a des bonnes habitudes qui évitent le stress mais en général on les adoptent dans sa vie de tous les jours. Quand on voyage et qu’on a envie de connaître la vie de d’autres peuples, alors il faut savoir s’adapter sans difficultés et c’est ainsi que l’on s’enrichit l’esprit. Les routines n’ont jamais grandi mais plutôt sclérosé. Faire comme le caméléon qui change à chaque situation permet de garder une certaine jeunesse de corps et d’esprit, ce qui fait que bien souvent le vieillissement est retardé. Que chacun fasse ce qui lui convient ……

  11. Philippe D dit :

    Il est pourtant très difficile de quitter ses habitudes mais si elles ne sont pas très bonnes. On retombe souvent dans ses travers.
    Bonne semaine.

    • Edmée dit :

      Oui, la servitude des habitudes… l’alcool, les fixations sur la propreté ou les rituels, les petites femmes de PIgalle… 🙂 Je me demande à partir de quand les habitudes tournent à pathologie… Bonne semaine, Philippe!

  12. Alain dit :

    « La vie, cette polissonne que l’on accuse fréquemment de nous donner une carte du trésor… » écris-tu. C’est vrai. Le contraire aussi quand elle nous prive de ces habitudes magiques qui se mêlent au bonheur, au partage, à la complicité. Pour franchir ces « montagnes devant nous » quand le deuil s’installe, les habitudes meurent. D’autres s’installent. Mais la vie doit rester la plus forte. Pour franchir, seul, « un pont de bois pourri » et continuer d’avancer, mon premier remède était de changer tous les jours d’itinéraire pour me rendre au travail. Parfois à pied, à vélo d’autres jours. Je me souviens avoir découvert, à cette triste époque de ma vie, un grand plaisir, celui de marcher sous la pluie. Une façon toute personnelle d’accepter les évènements, quels qu’ils soient, et continuer d’avancer. Une fois encore Edmée, tu frappes fort. Tout ce que tu écris est tellement juste ! Merci.

    • Edmée dit :

      Merci Alain! Je pense que ton idée de changer tes habitudes entre des repères qui ne changeaient pas – maison/travail – était un chemin magnifique pour « oser » décider de vivre dans un nouveau contexte. Tu as raison, les habitudes meurent d’elles-mêmes, et on sait expliquer pourquoi on ne les a plus voulues. On cesse de regarder la TV, décide ne plus faire de longs voyages – ou trop courts. On change de coiffure (typique pour les femmes, ça!)… et on continue d’avancer!

  13. Florence dit :

    Bonsoir Edmée,
    C’est Paul qui prend le clavier, car Florence n’est pas encore bien remise de son intervention chirurgicale qui fut plus compliquée que prévu. Elle viendra te voir dès qu’elle ira mieux.
    je t’embrasse et te dis à bientôt.
    Paul

  14. Aimer les habitudes n’est pas une généralité, loin de là et pour ma part je n’ai jamais aimé les habitudes! Même en classe, j’ai chaque année jeté mes préparations pour être sûre de me renouveler. Je suis fidèle dans le coeur mais infidèle dans la vie et n’aime pas garder les mêmes choses, les mêmes activités, tout ce qui dure….La vie est mouvement

    • Edmée dit :

      Plus facile pour les uns que pour les autres, je reconnais que parfois je chéris mes habitudes mais heureusement je ne suis jamais opposée à essayer autre chose, et toujours avec plaisir… Tu dis bien: la vie est mouvement!

  15. Shirokuma dit :

    Je me suis toujours battu contre les habitudes. Comme tu dis, elles nous enferment, nous piègent… Nous rendent peureux…
    Alors je change irrégulièrement d’habitudes (irrégulièrement, afin que cela ne devienne pas aussi une habitude !)
    Mais quel foutoir dans ma tête !
    Rires…

    • Edmée dit :

      Parfaitement, elles nous rendent peureux, nous font croire qu’elles sont la sécurité alors qu’elles sont une prison dont nous entretenons les murs! Cependant il y en a de bonnes… Le tout est de savoir rebondir si la vie nous en impose d’autres, et de découvrir que nous restons nous-mêmes en dépit de nouveaux rituels. O suprise! 🙂

  16. gazou dit :

    Il est bon de savoir changer d’habitudes et de savoir s’adapter aux circonstances, à l’entourage et au lieu où nous nous trouvons…Certaines habitudes sont excellentes quand nous devons aller au travail chaque matin mais elles n’ont plus de raison d’être quand nous sommes en vacances ou à la retraite

    • Edmée dit :

      Ton commentaire avait fini dans les « indésirables »… Pardon! Oui, en effet il faut avoir la sagesse d’adapter les habitudes, qui sont faites pour en changer comme disait ma mère 🙂

  17. Florence dit :

    Je ne suis pas routinière et aime trop la diversité pour avoir des habitudes. Parfois de ne pas avoir d’habitudes peut desservir, surtout lorsque l’on est artiste, car les gens sont routiniers et sont déroutés lorsqu’ils ne trouvent pas ce qu’ils attendaient.
    Gros bisous et merci pour ton gentil com.
    Florence

    • Edmée dit :

      Oui, c’est vrai… je les aime mais jusqu’à un certain point (la discipline fait aussi partie des habitudes, je me lève toujours tôt bien que ne ,travaillant plus par exemple, je tends à manger à la même heure…) mais les changements sont toujours accueillis et parfois adoptés très volontiers!

  18. Je m’étais toujours dit : la seule habitude à prendre est de changer d’habitudes et je crois avoir assez bien réussi mais je m’aperçois maintenant que s’ancrer dans certaines habitudes permet de survivre….

    • Edmée dit :

      Oui,il y a les bonnes et les mauvaises ou inutiles… Il faut trier, se laisser guider par les unes et refuser d’être enfermés par les autres 🙂

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