Que fais-tu dans la vie ?

Pour nourrir mon corps ou pour nourrir mon âme ?

Car ça peut être très différent. Combien de serveurs de restaurant, d’enseignants, conducteurs de métro sont-ils, dans leur vraie vie, la leur, celle que leur destin leur a fourrée dans les pattes et les rêves, acteurs, chanteurs, humoristes ?

Combien de peintres du dimanche ne vivaient leur propre vie que le dimanche, devant un chevalet, oubliant leur vie officielle dans les couleurs, le couteau, les pinceaux, les frustrations patiemment domptées ?

L'atelier de la rue de la Condamine - Frédéric  Bazille - 1870

L’atelier de la rue de la Condamine – Frédéric Bazille – 1870

Il faut les deux. Il faut vraiment les deux. Le métier et la famille sont rarement, sauf grande exception, ce qui va nous hisser, palier par palier, vers ce lieu serein, cette sorte de plateforme d’où on peut revoir sa vie en souriant, sachant que oui, le plus dur est bel et bien derrière et qu’à présent, on peut même en sourire un peu. On est, au fil des décades,  devenus… nous-même. Et c’est ce que nous avons fait pour nourrir notre âme qui nous y a conduits. Ce qui ne devait rien nous rapporter, ce qui ne mettrait pas la soupe sur la table, ce qui ne nous ferait pas la place belle parmi les autres. Ce que, donc, nous avons accepté d’appeler « notre hobby »…  comme si ça n’avait pas une réelle importance.

Or c’est le fil rouge. L’épine dorsale invisible, la source d’identité dont nous taisons l’essence avec pudeur. On y consacre moins de temps, et pourtant, on y savoure tout son temps car c’est ça qu’on est : peintre d’évasion, scribouillard ou auteur, brodeuse frénétique, sculpteur passionné, collectionneur imbattable de lépidoptères ou vieux sextants, fou de l’histoire ou de biographies d’inconnus et connus, cinéphile incollable…

Ce que nous faisons pour faire vivre notre âme a le don de métamorphoser nos soucis et contrariétés en beauté, en abime profond et ouaté dans lequel nous nous ressourçons. Avec notre « hobby »… Notre chemin vers la naissance ininterrompue….

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33 réflexions sur “Que fais-tu dans la vie ?

  1. Florence dit :

    Coucou Edmée !
    Comme tu as dû t’en rendre compte, ma vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Mais comme je suis née avec le besoin de créer, et le besoin des couleurs, entre toutes les possibilités qui s’offraient à ma généreuse nature et que la maladie accepta un temps, j’ai crée avec des pinceaux et des couleurs tout ce qui me passait par l’esprit. Puis vint un jour où je ne puis supporter d’avantage le carcan familial et où il me fallut partir pour ne pas mourir étouffée. Je fis tous les petits boulots possibles pour me procurer l’argent nécessaire pour vivre de ma créativité.
    Mais, les tableaux que j’aimais peindre n’étaient pas ce que les gens avaient envie de mettre dans leurs salon. Ils plaisaient beaucoup, mais j’en vendais trop peu pour me permettre de vivre. Je me mis à créer des vêtements, des bibelots, etc… que je peignais. Et j’eu du succès et pu tant bien que mal gagner ma vie de cette façon. Puis le vent tourna, et la mode de ce que j’aimais créer pour en faire des tableaux, arriva ! Chic, je pu enfin faire ce que j’aimais vraiment. mais le vent étant capricieux, je dû encore peindre autre chose. Les gens voulaient des paysages qu’ils aimaient et je me mis aux paysages des lieux où je me trouvais. J’ai fini par aimer de peindre ainsi, mais de temps à autres, je me faisais vraiment plaisir en créant un tableau. C’est complétement différant de peindre ce que l’on voit en vrai devant soi, que de peindre dans un atelier en partant juste d’une envie, sans aucun modèle.
    Donc j’ai fait pendant des années de la « peinture bifteck » comme je l’appelais ! C’est rare de pouvoir manger avec ce que tu aimes vraiment faire, et tu vois, tout cela était pourtant de la peinture.
    Gros bisous Edmée et bon dimanche !
    Pas le temps de me relire, tu pardonneras mes fautes.
    Florence

    • Edmée dit :

      Oui, toi tu as même vécu – presque – de ce que tu « fais dans la vie », c à d peindre et créer, même si tu as dû faire des concessions pour vendre et vivre vraiment. Je comprends que c’est aussi une contrainte, tout comme avoir des hauts et des bas financiers au gré des modes l’est également. Mais ce n’est pas l’argent qui fait la réussite, même s’il en faut un minimum pour attendre le lendemain avec sérénité et jouir d’aujourd’hui!

      Bisous Florence!

  2. sandrinelag dit :

    « Faire vivre notre âme »…
    Ce que tu écris me rappelle une anecdote de l’écrivain Jean-Yves Leloup à propos d’un moine défroqué qu’il avait rencontré. Cet homme avait goûté à l’union mystique avec Dieu puis s’en était retourné dans le monde, s’était marié et avait eu des enfants.
    « Je vis que cet homme avait froid, qu’il était froid. Sa femme et ses enfants aussi avaient l’air gelés. Cette haleine du néant, ce froid dans le cœur, je l’ai senti en descendant de la Grande Chartreuse. Une indifférence à tout. On aurait m’écraser, me découper en morceaux, je suis sûr que je n’aurais rien senti. Plus profond que l’enfer, il y a ce néant où on ne sent même plus qu’on est en enfer. »
    On en rencontre de ces gens froids, indifférents, dont le timbre sonne blanc. La flamme ne brûle plus en eux. L’âme n’est plus nourrie…

    • Edmée dit :

      Cette histoire fait peur… enfin, elle est tellement parlante! Ne plus nourrir son âme, n’avoir que le corps, c’est ne rien avoir du tout…

  3. blogadrienne dit :

    je suis (heureusement) pleinement dans ce que je fais, que ce soit mon métier ou mes loisirs 🙂
    et pour répondre à Florence, je crois qu’une vie long fleuve tranquille, ça n’existe pas…
    (« Tant de gens qu’on croit heureux parce qu’on ne les voit que passer » est une citation qui me semble très juste)
    bonne journée à tous!

    • Edmée dit :

      Non ça n’existe pas, et si on force on se trouve sur un long fleuve bourbeux. Alors je préfère choisir mes rivières et torrents, avec des pauses dans des lacs et sur des fleuves clairs (ça existe?)….

      Bonne fin de journée!

  4. Damien dit :

    Pour nourrir la smala (et mon petit égo professionnel), j’ai été journaliste, chômeur, attaché d’information, humanitaire cosmopolite. Pour nourrir mon autre moi, celui des rêves et des espoirs cultivés dans la solitude des bois et sous les couettes, je suis devenu voyageur, scribouillard nomade, zinzin des îles inaccessibles, jardinier, confiturier, oisif et pensif. Mais j’ai encore bon espoir de découvrir des facettes enfouies dans ma personnalité cinquantenaire. Il me reste encore, j’espère, un peu de temps.

    • Edmée dit :

      🙂 Je te le souhaite aussi… mais déjà, ce que tu as pu devenir pour ton plaisir ne peut plus t’être enlevé. Le reste… on doit tous manger et « nourrir nos smalas », et on fait la soupe comme on le peut…

  5. Pâques dit :

    J’ai fait plein de choses et plusieurs métiers et je ne regrette rien car j’ai rencontré des tas de gens intéressants et j’aime les rencontres !!!
    J’ai aussi remarqué que le regard des autres change selon la fonction qu’on occupe… certaines personnes aiment vous ranger dans des casiers !!!
    Mais je suis inclassable et cela me fait bien rire 🙂

    • Edmée dit :

      Vrai que ça déconcerte et surtout que c’est encore souvent vu comme un « signe d’instabilité » plutôt qu’un sens de l’adaptation et du défi…

  6. Alain dit :

    Que fais-tu dans la vie ? J’ai envie de te répondre, je vis. Tout simplement. Ma vie professionnelle a été très chanceuse. Magnifique au final. Quarante deux années d’activité qui ont ouvert les portes vers des rencontres diverses, multiples et enrichissantes. Beaucoup de voyages, aussi. Tout ce temps pendant lequel je n’ai jamais eu l’impression de travailler, tant ce que je faisais m’apportait beaucoup. Tout en donnant pas mal aussi. Un juste échange, en fait, à une époque où tout était plus facile. Mon premier « hobby », les voyages. C’est au travers de ces périples que j’ai trouvé mon autre moi. Chez des inconnus, dans des contrées lointaines, à la découverte de civilisations, que l’on dit perdues. Je crois que l’essentiel est de toujours rester soi même. J’ai « nourri mon âme », celle que j’appelle « ma petite étoile », tout au long de ma vie. Elle a su me tenir debout quand le vent tournait, quand la vie dressait ses embûches, quand venait l’heure des adieux. C’est au cours de mes périples, dans des contrées que l’on dit peu favorisées, par rapport à tout ce que l’on croit être essentiel pour nous, que j’ai tout appris. Eux, qui matériellement avaient si peu, possédaient l’essentiel. J’ai eu la chance de les rencontrer. Un grand cadeau. En réduisant ma vie à ces quelques lignes je me sens quelque peu honteux par rapport aux difficultés que certains rencontrent aujourd’hui. Merci de cette réflexion. Bonne semaine Edmée.

  7. Edmée dit :

    🙂 Je ne pense pas qu’on ait à se sentir honteux ou fier de ce que la vie nous a mis dans l’assiette, ce serait bien amer si personne n’avait au moins une bonne étoile. Personne n’a un ciel noir mais trop se complaisent à ainsi le décrire.

    C’est donc un plaisir de lire que sur ce plan tu as eu une excellente étoile, et que ce que tu as fait pour nourrir ton corps a également nourri ton âme, ce n’est pas toujours le cas. J’ai sauté d’un boulot à l’autre mais au moins je dois dire que si ce n’était pas toujours « le pied », pour la plupart ce fut sans douleur quand même, et surtout… ça m’a toujours laissé la place (il n’en faut pas toujours beaucoup, l’étendue ne signifiant rien, par contre la profondeur… ) pour nourrir mon âme.

    Merci pour ton témoignage positif et bonne semaine aussi, Alain!

  8. Armelle B. dit :

    Comme c’est juste Edmée, une fois encore vous posez le doigt sur ce que de nombreux hommes et femmes ont vécu, n’ayant pas trouvé, comme notre ami Alain, dans leur quotidien de quoi nourrir leur âme et l’ayant cherché dans un hobby, ailleurs et autrement. Ce fut le cas de mon mari, ce voileux éperdu de nature qui a vécu sa vie professionnelle dans le granit, ce qui n’était nullement sa tasse de thé. Mais c’était ainsi et il a monté une belle affaire qu’il a revendue en 2001 pour gagner le plus souvent possible le grand large ou son jardin. Ce n’est heureusement pas le cas de notre fils qui part tous les matins en chantant à son travail dans le commerce maritime. A chacun son lot et ses évasions secrètes. Pour nous deux, je crois que l’échappée dans l’écriture est un fabuleux voyage qui nous comble.

  9. Angedra dit :

    Serait-ce mon caractère « spécial » comme l’on me dit souvent…. mais je dois reconnaître que j’ai toujours pu m’accomplir tant dans ma vie privé que professionnelle. J’ai toujours ressenti mon « âme » au travers de mes activités professionnelles c’est sans doute pour cela que je n’ai jamais hésité à partir jusqu’à changer de métier lorsque justement le vide, l’ennui, risquaient de s’installer.
    Dans ma vie amoureuse également, lorsque mon âme s’est trouvée affamée et qu’elle risquait de s’éteindre j’ai changé de vie et même les presque quarante années de vie qui m’avaient comblées n’ont pu me retenir.
    Comme tu le dis si joliment  » L’âme a faim, bien plus que le corps qui au fond… est surtout le vaisseau de l’âme… »
    Manquer à ce devoir que nous avons de nourrir notre âme équivaut à un lent suicide de celle-ci qui entraîne bien souvent le vaisseau vers le fond.

    • Edmée dit :

      Et voilà! J’ai su aussi mettre fin à des relations qui, pour une raison ou l’autre… « bouffaient » mon âme, mon intime. Et contrairement à ce qu’on croit (« on »… les bien pensants que nous connaissons tous 🙂 ) rompre est difficile et triste, et parfois la tentation de « continuer comme ça » retarde ce sursaut de vérité.

      Par contre, ma vie professionnelle a surtout été fonction de ce que je trouvais et où j’étais, il n’y a donc pas eu une construction de carrière ou une véritable piste suivie, mais sauf mes deux boulots aux USA…. j’ai toujours apprécié ce que la vie avait mis dans mon plat 😀

  10. Célestine dit :

    La passion de faire quelque chose que l’on aime…Comme tu en parles bien ! Ce qui nous meut, ce qui nous émeut, ce qui nous tire du lit le matin, ce qui nous donne des ailes et fait paraître court le chemin, tout cela constitute effectivement notre être, et rares sont ceux qui parviennent à le trouver dans le travail exclusivement…
    baci sorella

    • Edmée dit :

      Le parcours fléché de la vie (carrière, vie familiale…) peut rendre contents, mais c’est le parcours de l’âme, nourrie de passion, qui va y parsemer le bonheur ici et là. Et une fois qu’on a tâté du bonheur, même fugacement, on en retrouve inlassablement le chemin, armés de l’enthousiasme et de la curiosité. Là… c’est nous.

      Baci baci ❤

      • jeanne dit :

        la vie nous apprend
        pas un fleuve tranquille la mienne
        mais dans le chemin parcouru
        je vois vivre mon fils
        et malgré les chaos
        il vit bien
        et voit notre chemin
        parfois je me dis que j’ai fait les bonnes rencontres
        mais j’ai bossé
        fait tellement de choses
        un métier que j’ai aimé
        même des métiers
        j’ai aimé ce que je faisais parfois dans la douleur
        aujourd’hui
        la photo une autre écriture pour moi
        prend de la place
        rien faire parfois prend de la place
        me poser
        voir le bleu ici et là
        merci à toi
        même si je ne commente pas
        j’ai toujours plaisir à te lire
        belle journée

  11. Edmée dit :

    Merci Jeanne pour ce résumé quelque peu chantant d’une vie « ordinaire » de qui ne s’est pas perdue en chemin. On se trompe beaucoup, on se cogne le nez sur bien des portes, on pleure dans quelques bras c’est vrai… mais si on ne se perd pas, quand on se retourne on peut sourire…

  12. amandine dit :

    Cela me fait penser à une phrase que j’entends souvent et avec votre mari, vous avez pas eu d’enfant alors je rep non, les poèmes que je crée sont mes bb ahah

  13. amandine dit :

    oups mon comm a disparu je dis que mes poèmes sont mes enfants

  14. Nicole Giroud dit :

    Quel bel échange! J’ai eu autant de plaisir à lire ce billet que les commentaires qu’il a suscités. Merci Edmée, merci Florence, Sandrine, Adrienne, Damien, Pâques, Alain, Armelle, Angedra, Célestine, Jeanne et Amandine. Je n’ai rien à ajouter que vous n’avez déjà dit, tous, et je vous remercie.

  15. saravati dit :

    Se hisser vers ce milieu serein où l’on peut revoir sa vie en souriant : quelle belle expression que celle-là ! C’est aussi ce qui fait notre spécificité, ce qui nous fait ressembler à personne d’autre que nous-mêmes, ce qui nous distingue des autres parce que c’est l’essence de notre personne décloisonnée de l’environnement proche familial ou professionnel. La part de créativité qu’il nous faut découvrir pour nous sentir différent tout en faisant partie du monde … Merci pour ces belles réflexions, Edmée qui touchent le plus profond des âmes !

    • Edmée dit :

      Merci… je suis surtout particulièrement « contente » des réflexions que ça a amenées… c’est tellement important, oui, de sentir un jour sa spécificité, cette petite spécificité qui a pu « faire la différence » nécessaire autour de nous si nous l’avons bien reconnue…

      PS: j’ai voulu commenter ton délicieux article sur Colombo, qui m’a terriblement amusée (ma grand-mère était kleptomane quand elle était enceinte, et remplissait son sac de… l’argenterie familiale! 🙂 ) mais les commentaires sont fermés…

      • saravati dit :

        Merci Edmée, j’adore cette anecdote concernant ta grand-mère quoique ce n’était pas évident pour la famille.
        Je n’avais pas remarqué que les commentaires étaient fermés sur skynetblog, voilà, ils sont de nouveau libérés…

  16. gazou dit :

    « Nourrir son âme »c’est la priorité
    Merci pour ce bel article…j’ai aussi beaucoup apprécié les commentaires

  17. Tania dit :

    Très juste encore, cette réflexion, elle me touche. J’ai beaucoup aimé enseigner, et quand j’ai commencé mon blog, je pressentais que ce serait « ma colonne vertébrale » le jour où je quitterais mes élèves.
    « Ce que nous faisons pour faire vivre notre âme » nous ressource, oui.

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