Les gènes du Croque-mitaine…

En remontant le cours des générations – tourner vers le côté maternel en direction de son père, du père de son père etc… on arrive, paf, sur les genoux d’un sanglier. Oui, le fameux Sanglier des Ardennes, Guillaume de la Marck dit aussi Guillaume d’Arenberg.

 
Dans le roman Quentin Durward, Sir Walter Scott en fait l’ennemi de l’archer écossais Quentin, l’allié de Louis XI (les alliances semblent avoir été variables et peu claires il faut dire… mais voilà, la légende a fait de notre sanglier un “mauvais”) et le punit de ses méfaits et de son alliance avec la maison de Bourgogne de la décapitation. Nous avons vu le film avec ma mère, très fiers qu’il mettait notre ancêtre en scène même s’il y perdait la tête lors d’un combat pittoresque dans un clocher, avec Quentin (le bon, et en plus c’était Robert Taylor!), virevoltant accrochés aux cordes des cloches, et donc c’est dans un vrai carillon – sonnez les matines! – qu’il expirait. Ça ne nous dérangeait pas du tout, nous étions “pour” Quentin, mais notre sanglier d’ancêtre était un vrai mauvais bien truculent et assoiffé de sang, avec donc assez de présence pour nous ravir.

 
Après tout, il était mort depuis belle lurette et on n’allait pas le pleurer maintenant.
Et après après tout, il avait bel et bien été décapité à Maastricht… Mais sur un échafaud comme tout le monde, pas dans un carillon…

 

Quentin Durward
Son surnom lui était venu – dit-on – de sa violence, de ses rapines, de sa légende sanguinaire. Dommage pour les sangliers malgré tout, car ils me semblent déterminés, oui, et peu enclins au dialogue, mais certainement pas sanguinaires. Une description pas très honnête. Ceci dit… étant donné que certains membres de la famille étaient affligés de nez plutôt importants, nous avions gaiement conclu qu’avec un tel ancêtre ce n’était que normal, d’autant que l’emblème familial représente… une tête de sanglier avec une hure imposante et défendue de dents peu amènes.

 
Mais croyez moi, les promenades au château de Franchimont nous donnaient une émotion supplémentaire. Il avait vécu dans ces murs, et c’était excitant. Non pas que nous pensions avoir un droit de sol, non… mais il y avait, dans ces ruines alors vraiment en ruines (les casemates étaient éboulées, tout était plus ou moins dangereux et d’autant plus attirant bien entendu), sous les tonnes de terre, de pierres, contre les murs, entre les herbes folles et les ronces, au fond du puits, dans les contours des portes et fenêtres… quelque part, il y avait un endroit qu’il avait bien dû toucher de sa papatte velue, et ça nous enchantait.

 
Et puis, pensez donc! Un ancêtre qui avait joué à amis-ennemis avec Louis XI, Charles le Téméraire, Philippe le Bon… qui était apparenté au Prince évêque de Liège, à des crimes historiques… c’était quand même … gai! Et en plus, imaginez. Il fallut lui tendre un guet-apens pour le prendre et le conduire à Maastricht… Ensuite, après un procès pas équitable du tout – même s’il n’était pas un marcassin de choeur – il est monté sur l’échafaud sans peur, frimeur et défiant. Et en prédisant que “sa tête saignerait longtemps”… Peu après en effet éclatait la traumatisante guerre civile de Liège qui dura 7 ans, soit jusqu’en 1492.

 
Bon, on ne choisit vraiment pas ses ancêtres n’est-ce pas. Qui sait où courent encore ses gènes aujourd’hui, et sous quelle forme? Les intrépides? Ceux qui ont de gros nez sans grâce? Ceux qui sont cruels? Un peu roublards? Ou qui font la cour à l’Eglise car… il portait la tonsure et l’habit ecclésiastique.

 
Oui, c’est gai. Et ce serait tout aussi gai de savoir combien de filles de ferme (ou nonnes) troussées et de soldats anonymes ou de séducteurs de passage aux origines douteuses je descends aussi…

 

youtube https://www youtube.com/watch?v=nL237eNOLZo]

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34 réflexions sur “Les gènes du Croque-mitaine…

  1. Angedra dit :

    Voilà une belle remontée dans le temps pour retrouver trace de cet ancêtre si guerrier. Je comprends très bien comme cela devait être excitant de fouler ces pierres qui avaient dû rouler sous les pas de ce Sanglier des Ardennes.
    Nous aurions peut-être des surprises si nous remontions le temps de nos aïeux, mais le tien a tout pour donner des couleurs à l’imagination qui viendrait broder entre les lignes de l’Histoire.
    Ses gènes aujourd’hui se retrouvent un peu en vous tous et sont le fond certainement de bien des vies trépidantes, variées et colorées qui enrichissent ses descendants.
    Très belle fin de semaine.

    • Edmée dit :

      Oui, pour nous c’était très amusant… et qui saura jamais ce que ce fameux sanglier était vraiment? Et clairement, nous avons tous et toutes des ancêtres fameux dans un sens ou l’autre…des gènes gênants 🙂 et d’autres bien prompts à enflammer l’imagination!

  2. Damien personnaz dit :

    C’était le bon temps où des héros sanguinaires, trousseurs de nonnes et de filles des champs, pourfendeurs de marcassins et de complots plus ou moins clairs, décapités sur la place publique, pouvaient se prévaloir d’être des héros dans l’imaginaire collectif et de le rester pour les siècles des siècles. On tranche dans la dentelle en te lisant. De savoir que tu descends (peut-être, sans doute) d’un de ces héros-là te range dans la catégorie des amis à ne pas trop casser les pieds sous peine de poursuites…

  3. sandrinelag dit :

    Il est toujours plus viril d’avoir un sanglier comme pièce sur son écu qu’une grue ou une baleine (bien que ces nobles animaux aient toute leur place dans le bestiaire héraldique). En termes de persuasion militaire, c’est tout de même plus porteur!
    Avoir un très lointain ancêtre rendu en technicolor ou en panavision, surtout s’il est « assoiffé de sang » (j’adore), a tout de même plus de gueule qu’avoir les siens enfermés dans des valises d’archives que personne ne consulte plus. Cela a au moins l’avantage d’éveiller l’intérêt de leurs tout derniers descendants qui ne savent quasiment plus lire… ;-/

  4. C’est amusant comme on devient fier de ses ancêtres de génération en génération. La famille de mon grand père remonte aussi à un « méchant », CharlesII dit le Mauvais, roi de Navarre. http://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-ii-le-mauvais/ C’est pourquoi le frère aîné de Bon Papa s’appelait Charles Mauvais

    • Edmée dit :

      C’est amusant, non? Moi j’adore ces lignages. Ce n’est pas toujours bien glorifiant si on devait tout savoir, mais en tout cas c’est amusant…

  5. blogadrienne dit :

    quel bonheur aussi cette vidéo 🙂
    et je sais enfin comment prononcer ton nom de famille!

  6. Article très amusant par la façon dont il est écrit et une vidéo fort intéressante et bien menée. Un excellent moment en ta compagnie
    Amicalement

  7. Hécate dit :

    C’est passionnant ! Je ne sais presque rien de mes ancêtres…Aussi enfant ,j’inventais des histoires de toutes sortes…
    Amicalement.

    • Edmée dit :

      Et je pense qu’il est probable que nous avons tous un bon lot de fripouilles nobles et pauvres, des violeurs et des prêtres trop tendres, des nonnes pécheresses, des filles de cuisine et des garces couronnées … ce serait bien en effet de tout savoir …mais au moins, tout délire d’imagination est permis!

  8. celestine dit :

    Je comprends d’où te vient ta fougue et un je ne sais quoi de…princier.
    Et je découvre que Marie-Madeleine et toi avez des ancêtres prestigieux.
    Cela ne m’étonne pas vraiment.
    Quentin Durward m’a rappelé le temps où je piquais les romans d’aventures de mon frère, parce que les trucs « pour filles » je trouvais ça mièvre et lassant… (c’était très différencié à une époque…)
    Très intéressant ton billet, cara sorella
    Ti bacio forte
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Edmée dit :

      Comme dit plus haut, nous devons tous avoir des gènes couronnés, en soutanes et haillons. Mais nous ne le savons pas toujours. Toutes les suppoistions sont permises…

  9. Nadine dit :

    J’imagine à quel point cet ancêtre pouvait enflammer ton imagination d’enfant ! Par curiosité, j’aimerais bien moi aussi faire l’arbre généalogique de ma famille, pouvoir ainsi remonter très loin dans le temps et broder tout autour de mes trouvailles. Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      Bon week-end aussi, Nadine… Oui c’est plutôt amusant, mais plein d’embuches car les noms changent parfois d’orthographe, ou bien quelqu’un se fait appeler par son second prénom mais c’est le premier qui est officiel… un ouvrage de patience 🙂

  10. Florence dit :

    Tu es remontée bien loin dis-donc ! Ma sœur qui s’occupe de notre arbre, n’a pas, à ma connaissance, dépassé le 17ème siècle pour certains. Il faut dire que dans ma famille ça va de Belgique en Espagne, elle a de quoi faire la pauvre. Elle en a trouvé de bien sympathiques, et d’autres forts déplaisants, pour ne pas dire imbuvables. Des casaniers et des aventuriers qui n’ont pas hésité à traverser l’océan pour chercher fortune.

    Ce qu’il y a de positif et d’agréable dans ce sanglier, c’est qu’il était bien Gaulois. Maintenant, à cette époque très reculée, ils n’y allaient pas avec le dos de la cuiller et au fond, il était dans l’air de son temps.
    Qu’un de nos berceaux soit château ou chaumière n’a, au fond, plus grande importance maintenant, mais cela excite les esprits romanesques…
    Gros bisous Edmée et bonne semaine !
    Florence

    • Edmée dit :

      Ce n’est pas facile de remonter si personne ne l’a fait avant nous… car l’état civil ne dit pas tout et souvent aussi se trompe… donc il y avait les archives privées… quand il y en avait. Nous avons toujour su pour lui, à cause de l’armorial, mais quelqu’un doit avoir la piste exacte et pas moi. De toute façon… il ne nous a légué aucun de ses châteaux 😀

  11. J’ai déjà fait quelques recherches généalogiques, et j’ai les noms et dates de naissance et décès de tous mes 16 arrières-arrières-grands-parents qui ont vécu fin du 19ème siècle/début du 20ème siècle. Ce n’est pas bien loin, mais c’est déjà cela. Bon week-end Edmée.

  12. gazou dit :

    Dans toutes les familles , il doit y avoir des braves gens et d’autres moins fréquentables et peu sympathiques…mais c’est toujours intéressant de connaître un peu ceux qui nous ont précédé, quels qu’ils soient…Je regrette de savoir si peu des miens

    • Edmée dit :

      C’est en tout cas amusant d’une part (ça pourrait aussi être encombrant, descendre de Landru ne doit pas être reposant…) mais aussi je me rends compte que ça crée une solide sensation de durée… on ne va pas disparaître comme ça (sauf moi qui n’ai pas d’enfants, je n’ai planté mes gènes chez personne… 🙂 ). Des traits de caractères ou physiques vont resurgir longtemps après nous….et on est aussi parfois attachés à l’histoire d’une terre…

  13. Alain dit :

    Le Château de Franchimont, son trésor et ses légendes me fait penser aux châteaux du Pays Cathare. Découverts dans ma prime enfance, je les redécouvre aujourd’hui. Les vieilles légendes restent « agrippées » à ces pierres effondrées ou recouvertes en grande partie par une végétation qui tente de reprendre tous ses droits. Je connais aussi dans le Comminges des endroits rares, dans lesquels des passionnés ont tout abandonné pour se consacrer à la restauration de châteaux perdus. Celui de Saint Marcet est remarquable, passionnant et enthousiasmant par les découvertes et la vie redonnée à ce lieu dans tout ce qu’il avait et garde, de remarquable.
    Quant à mes ancêtres ??? J’ignore TOUT. Enfant et selon l’humeur, j’aurais voulu descendre de Cartouche, de Jean-Pierre de Batz ou pourquoi pas d’Axel de Fersen. Les livres historiques m’ont ramené dans la réalité. Mon cinéma entretenu mes rêves. Et dans ceux-là je m’y sens bien. Comme dans ton article avec ses mystères et ton lointain aïeul qui portait un très beau nom. Guillaume de la Marck. Très belle semaine Edmée.

    • Edmée dit :

      Moi aussi j’ai toujours aimé les vieilles pierres, et le dois à mon Papounet qui d’une part nous emmenait dans les ruines – alors encore un peu dangereuses – de Franchimont, mais aussi nous visitions les vieux châteaux alsaciens en vacances, et imaginions la vie qu’il y avait pu y avoir dans ces anciennes salles où poussaient des arbres et du chiendent. Il nous faisait remarquer l’emplacement des anciennes cheminées, les restes d’escaliers qui partaient en colimaçon dans un tour qui n’avait plus que 5 mètres…

      Et les ancêtres… ah les ancêtres. N’ont laissé, parfois, de traces que les fameux, car les ancêtres obscurs, anonymes, trop pauvres pour qu’on les évoque et s’en vante.. ils sont là aussi. Filles de fermes ou de cuisine, nonettes, putains, coupe-jarrets, larrons de foires, moines consolateurs, fous furieux, sorciers… Ah si seulement on savait!

  14. Jean Langenaken @ dit :

    MOI, c’est au travers de mes vies anterieures que je remonte, ici, avenue des Druides où je réside à Apt, en Provence. Où j’étais bel et bien druide, il y a quelque 2000 ans, au Rocher des Druides, à Rocsaliere, , à 3 km d’ici. Ne sois pas jalouse, HEIN, Edmée

  15. Armelle B. dit :

    Voilà un passé très excitant, plein de bruit et de fureur, avec ce qu’il faut d’interrogations pour tenir en haleine l’imagination. Oui, vraiment excitant, surtout pour un écrivain, Edmée.

  16. Philippe D dit :

    Il est tard, je ne lirai pas ton billet aujourd’hui. Je passe juste te souhaiter un joyeux anniversaire. Je t’embrasse en cette occasion.
    Bonne fin de semaine.

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