A l’impossible l’Amour est tenu

Des Amours impossibles.

Mais non. Ils sont possibles, n’est-ce pas, et d’ailleurs on nous les raconte… Les “gens de robe” éblouis en secret par l’amour terrestre, les nombreuses maîtresses cachées ou non qui ont vécu dans l’ombre ou la semi-lumière d’hommes aimés, ceux dont la vie séparera les corps, ceux dont les familles ou origines interdisent à tout jamais l’union. Ceux aussi – et ils existent – dont l’un a passé la porte de cet ailleurs où, peut-être, il attend l’autre, alors que cet autre, sevré d’amour à jamais, sait que le jour des retrouvailles viendra … Bref, tous ceux qui ne peuvent suivre le scenario “ils se marièrent et vécurent heureux, et eurent beaucoup d’enfants”… Ils ne vivront pas ou plus ensemble, seront malades et mourront loin du réconfort de ce grand amour.

Sir Thomas Francis Dicksee - 1819-1895

Sir Thomas Francis Dicksee – 1819-1895

Leurs projets sont des étapes : la prochaine rencontre, la prochaine lettre (électronique de nos jours), le prochain échange de regards inobservé au milieu d’une foule bienveillante, la prochaine fois qu’on ouvrira un album de photos ou saisira un cadre pour laisser courir son doigt à l’affût d’un relief et d’une tiédeur que l’on n’oublie pas, d’un furtif parfum qui fait battre le coeur.

Ces amours se tissent sur des fils d’incertitude, d’aléatoire, de déceptions, de larmes, d’étreintes plus embrassantes que l’étau de racines profondes… Ils se nourrissent d’instants plus intenses que la lumière, de mots rares mais nimbés de l’essentiel, d’évocations baignées dans l’eau d’un baptême mystérieux. Impossible est le mot qui leur vient à la bouche quand il comprennent qu’à jamais ils escaladeront et dégringoleront des montagnes étranges d’attentes, ruses et secrets, dans un monde rien qu’à eux deux. Impossible est le mot qu’ils démantèlent avec toute la force de leur amour.

A l’impossible, oui, cet Amour là est tenu, et le rend possible.

 

 

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29 réflexions sur “A l’impossible l’Amour est tenu

  1. sandrinelag dit :

    Que ne demande-t-on pas aux feux de l’amour? D’être la panacée, l’élixir d’allégresse, l’étoile du berger, la pilule magique qui, une fois avalée, guérira instantanément les pathologies les plus lourdes.
    C’est vrai que l’amour peut de très grandes choses mais sa définition si vague le rend multiple et « confondant ». L’eros? L’agapê? On ne sait jamais trop.
    Il y a un proverbe africain qui me plaît beaucoup: « La femme est la ceinture qui tient le pantalon de l’homme ». Ce n’est pas très romantique, je le reconnais, mais ça re-situe la chose dans la réalité. Et qu’est-ce que l’amour sans la réalité? Une vie probablement perdue à attendre une chimère.

    • Edmée dit :

      Oui, Eros et Agapê se partagent le festin… et je pense que ces amours sus-décrites par moi se nourrissent aussi de ce quelque chose qu’on appelle « destin ». C’est une sorte d’apostolat. Rien n’est normal, dans l’amour, et aucune histoire ne peut servir d’exemple ou marche à suivre… Certains veulent l’amour-amitié, l’amour-compagnonnage, et ils ont raison. D’autres ont besoin de l’amour-destin, indissoluble, vécu souvent dans l’infonfort des doutes et espoirs, et ils ont raison aussi. Chacun son registre, le tout est de le vivre sans hypocrisie…

  2. Florence dit :

    Tiens, il y a une magnifique chanson d’Alain Barrière qui dépeint bien ces amours impensables et qui pourtant deviennent réalité lorsqu’il l’aime et la bénit de venir de la nuit pour éclairé ses jours. Voir « Mon improbable amour ». Merci, je l’entends et elle va rester un bon moment dans ma tête !

    « Ils se marièrent, furent heureux et eurent beaucoup d’enfants », me fait frémir ! Car déjà le mariage et les enfants ne rendent pas la vie facile la plus part du temps. Et aussi il faut un peu d’inconnu et du jour le jour que diable !

    Gros bisous Edmée et très bonne journée à toi !
    Florence

    • Edmée dit :

      Je ne connais pas cette chanson et vais l’écouter… ou alors je l’ai peut-être tout simplement oubliée.

      Ha ha! Je pense que les enfants ne sont pas l’assurance du bonheur non plus mais qu’ils t’apportent certainement de l’inconnu dans la vie, plus qu’on en veut parfois 😀

  3. celestine dit :

    C’est difficile (mais pas impossible) de concilier une vie de famille et un penchant pour l’amour « destin »…je le réalise aujourd’hui, je ne suis pas faite pour l’amour « popotte ». Ça demande juste beaucoup beaucoup d’énergie…Ton billet est très éclairant pour moi à ce moment de mon chemin de vie.
    Grazie sorella
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Edmée dit :

      Je te signale que je ne suis pas un coach du mariage parfait, hein 😉 Mais si je t’éclaire, la lumière est toujours belle, même s’il faut la filtrer 🙂

  4. blogadrienne dit :

    si je lis tout ça, je me dis que je suis mal barrée 😉

    • Edmée dit :

      Ha ha! Mais tout le monde ne veut pas d’un amour impossible… en général on le cherche possible. On a ce qui nous arrive et pas forcément ce qu’on a cherché. Sans oublier que parfois… « be careful what you wish for » est d’application…

      L’important est que l’on aime, que l’on aime vraiment. Que l’on respecte l’autre, l’entoure sans l’étouffer, l’aide, lui donne de l’espace – beaucoup. Le décor (romantique, plein d’enfant, passion folle, sexe à gogo, paisible et simple…), on ne le choisit pas toujours et l’amour n’en dépend pas…

  5. Alain dit :

    D’une belle chanson d’Alain Barrière à quelques extraits d’une autre de Nicole Croisille.
    « À naviguer selon le vent


    À choisir plus loin et plus haut
    

Toujours plus grand, toujours plus beau


    A chaque instant


    Je n’ai pas vu passer le temps … »
    Je crois que nous avons, toutes et tous, une chanson agrippée à nos souvenirs. Des « projets qui sont des étapes », écris-tu. C’est exact, elles sont plus ou moins longues. Mais L’Amour/Amour dure toute une vie. Quelle que soit la séparation, il reste l’essentiel. Tout ce que l’on a reçu, partagé, donné. Une âme pleine de ce soutien entretient la flamme jusqu’au bout.
    L’Amour reste la plus belle étape de la vie quand on a eu la chance de le croiser ! Bon week-end chère Edmée. Je t’envoie des rayons de soleil, et toute la plénitude qui se dégage de l’immensité de ses plages aujourd’hui presque désertées. Un grand bonheur.

    • Edmée dit :

      Je le crois aussi. J’ai écrit une nouvelle (à paraître en… 1917?) où une femme est veuve. Mais elle a eu tout l’amour qu’elle voulait, cet amour fut beau, et elle n’en veut pas d’autres. Elle ne veut pas. Plus faim… Comme tu dis, tout ce qu’on a reçu, partagé et donné continue de vivre en nous. Quelle que soit l’impossibilité…

      Belle plage de fin de journée… je l’imagine!

  6. Cathy dit :

    Chère Edmée,
    Ce billet me touche beaucoup…c’est du vécu.
    L’impossibilité m’a fait rêver, passionnément… et puis rendue aussi malade, aveuglément.

    Au bout du tunnel, la réalité m’a rattrapée, sereinement.
    Le chemin parcouru en sept ans m’a conduite à ce que je suis devenue à présent, et j’en suis heureuse, infiniment.

    Belle journée

    • Edmée dit :

      C’est un parcours de souffrance, que l’amour habite, agite et abrite parfois. Mais en effet, si la maladie s’y installe, c’est le signe du mal-être et la force vitale ne revient qu’au prix de décisions qui sont des arrachements.

      Maintenant… ce mal-être existe aussi dans les amours possibles, on le sait… Bien tristes sont ceux qui restent emprisonnés par obstination sans amour…

      Heureuse que tu sois arrivée dans une jolie crique où te reposer… Bonne journée aussi!

  7. Angedra dit :

    J’ai toujours su que je ne pourrais être heureuse qu’avec un Amour qui serait toujours éblouissant. Je ne peux vivre l’ amour/amitié, l’amour raplapla.
    Cet amour qui nous fait vibrer et nous fait nous sentir vivante.
    Cet amour qui nous fait ouvrir les yeux chaque matin sur le regard aimant de l’autre.
    Cet amour qui même après des années de vie commune nous fait ressentir ce coup de poing dans l’estomac lorsque nous voyons l’autre venir vers nous.
    Cet amour qui nous fait danser sur une route la nuit, nos coeurs voulant communier avec un ciel étoilé…
    Cet amour qui lorsqu’il disparait chez l’un des deux, même après plus de 30 ans de vie merveilleuse, me fait partir.
    Impossible pour moi de vivre un semblant d’amour, je veux l’amour avec un « A » ou je préfère rester seule.
    Mais on peut rencontrer un autre grand Amour, encore faut-il savoir que cela existe.
    Beaucoup ne savent pas que cet amour puissant qui « est tenu à l’impossible » existe. Mais la majorité des couples préfèrent vivre le scénario que tu décris …. « ils se marièrent…. ».
    Vivre cet Amour au quotidien demande une force de coeur comme une sorte de foi en l’amour.

    • Edmée dit :

      Comme je te comprends… Je ne voulais pas non plus de l’amour « raplapla » mais franchement, je croyais que seul celui-là existait. Les films s’arrêtaient toujours au mariage, comme si après il n’y avait plus rien à raconter 🙂 … Quant aux belles histoires qui me suspendaient le souffle, on me disait bien que ça, c’était les romans. Depuis j’ai connu des gens qui vivaient – ou avaient vécu – l’amour à plein volume, et donc… oui, j’ai réalisé qu’il existait.

      Mais comme tu dis… il faut souffle; foi et coeur pour garder le cap!

  8. Colo dit :

    Ah, oui, la vie est longue et on peut vivre plusieurs amours: des possibles, des impossibles, des archi-ratés, d’autres réjouissants…avoir des enfants, les voir partir puis revenir. Tumultes de la vie souvent bienvenus.
    Bon weekend Edmée.

  9. L’amour, quelle source d’inspiration pour nous tous… Bon week-end malgré la pluie Edmée.

  10. Armelle B. dit :

    Amours impossibles, amours interdits, amours improbables, amours contrariés, ils ont nourri l’imaginaire et la littérature, rendu certains très malheureux, exalté les coeurs et font toujours rêver car c’est bien ce qui est hors d’atteinte et défendu qui nous séduit le plus. Et tant mieux. Enfin ils ont fait soupirer les poètes et nous émeuvent toujours autant. Qui n’en a pas été la victime consentante et éplorée.

  11. Pâques dit :

    L’amour impossible ?
    Je n’y crois pas , sauf si l’un des deux est décédé, sinon tout est possible – Sauter le barrières sociales, familles, épouse, époux, les gens de robe etc…
    Si ils ne sautent pas le pas rendant cet amour possible, c’est aussi un amour rapapla qui se construit dans le rêve et non dans la réalité.
    Il faut sauter les barrières quitte à se faire mal mais au moins on l’a fait.

    • Edmée dit :

      Sauter les gens de robes, ha ha ha! 😀 … Dans un sens tu as raison sur le principe, mais il n’est réellement pas toujours réalisable sans faire plus de dégâts que ne le ferait peut-être l’acceptation que c’est « impossible » et sera donc vécu dans le tout petit jardin du possible. Ou alors oui, sautons les gens de robe et les époux 😀

  12. Hécate dit :

    Magnifique texte ! L’amour est la quête, une raison d’être, mais il est difficile qu’il dure dans sa flamme la plus haute…Il y a presque toujours un des deux qui ne suit pas…Ah! les cimes de l’ivresse d’aimer que c’est exaltant !…

    • Edmée dit :

      Vrai qu’il est difficile d’être sur la même balançoire… mais l’impossibilité rend la remise à niveau plus facile, il me semble, parce qu’un peu (ou beaucoup) d’absence donne du recul, et puis le positif tend à l’emporter… il est si bon et brûlant après les inévitables chagrins 🙂

  13. Nicole Giroud dit :

    Très beau texte, chère Edmée, mais qui reste pour moi une construction de l’esprit. J’ai trop vu de femmes attendre, backstreet lovers, à saisir les miettes que donnait l’homme-marié- qui-allait quitter-sa femme-mais-les-enfants-tu-comprends…
    Les amours impossibles peuplent la littérature depuis la nuit des temps, c’est le rêve, l’échappatoire du quotidien. Dans la réalité cela me semble souvent plus sordide ou la façon de masquer en mettant la barre très haut une gigantesque solitude.
    Restent les amours déchirées par la mort, celles qui me font peur.
    Nous nous sommes rencontrés à vingt ans, l’homme de ma vie et moi. Nous en avons soixante-trois et nous nous serrons très fort sur notre branche à l’approche de l’hiver.

    • Edmée dit :

      C’est justement attendre qu’il ne faut pas… mais nous sommes conditionnés pour attendre. Si on ne supporte pas la solitude,en effet ces histoires ne seront que des histoires d’attente et de solitude. Mais à chacun son histoire, à chacun de savoir ce qu’il peut ou pas accepter. J’ai connu des gens qui ont vécu des amours impossibles dans le confort de l’esprit (avec bien sûr des moments périlleux,tout comme on en a dans les amours possibles)…

      La mort, oui… ça on ne peut choisir qui et quand le premier… alors serrons-nous bien fort, et l’empreinte restera 🙂

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