La moviola, c’est au cinéma…

En italien, on associe souvent le mot « moviola » à la notion de ralenti, des images en slow motion. Le temps en suspens, les choses qui prennent leur temps, un temps qu’elles ont.

Mais ce n’est qu’au cinéma, tout comme le phénomène flash mob freeze est bel et bien contrôlé. Dans la vie… rien de tel.

Et trop souvent, alors qu’une situation qu’il faudrait affronter tout de suite se présente, on dit – ou s’entend dire – que ce n’est pas le moment. Les enfants, les petits-enfants, les impôts, le travail, d’autres soucis de premier ordre sont là, et ce n’est pas le moment du tout. On exhorte même l’autre … à la patience et la compréhension. Il/elle le sait, non, que le moment est mal choisi ? Allons, allons, bon sang, un peu de nerf, tout ira bien…

Il faudrait alors mettre la situation en moviola ou en frozen pendant que tout le reste se règle. La mettre entre parenthèses quand tout le reste est en gras et souligné. Suspendre le temps pendant que nous avançons sur une page que l’on est en train de nettoyer…

P1060939 - Copie

C’est donner la priorité au décor de sa vie et pas à sa vie. C’est choisir, inconsciemment, de laisser la maladie se répandre dans la moelle pour guérir la surface.

Certes, en agissant, le décor va subir des déprédations, oui. Mais beaucoup seront moins définitives et profondes que les conséquences de cette situation urgente qui tout d’un coup ne l’est plus… parce qu’à force d’attendre que le reste s’arrange, à force d’attendre une accalmie – qu’alors on ne veut pas gâcher, n’est-ce pas ! – , la situation a éclaté parfois sans bruit, ne laissant derrière elle qu’un triste « c’est plus la peine, c’est trop tard »….

Ces conversations auxquelles on coupe court car on les pressent lourdes et que l’on remet à un autre moment parce que ce n’est pas le bon, mais auxquelles on promet de revenir et de ne pas, oh non surtout pas, mettre la poussière sous le tapis… un jour on se demande ce qui y pleurait avec tant d’insistance. Mais désormais… plus rien n’est urgent, il n’y a plus que le décor d’une vie qui soudain… est bien vide de sens…

Les regrets font mourir le cœur bien plus vite que les remords.

Aussi… affrontons aujourd’hui ce que nous ne voulons pas avoir perdu demain !

Publicités

32 réflexions sur “La moviola, c’est au cinéma…

  1. Angedra dit :

    Malheureusement combien de fois n’ai-je entendu cela… remettre à plus tard… quand les enfants… quand ceci, quand cela et j’ai même entendu « quand mes parents ne seront plus là » !!! Horrible et pourtant des gens pensent ainsi. Ils sont dans une vie morne et n’ont pas le courage de changer, alors ils se lancent cette phrase : quand… comme un lendemain enchanteur où tout se réglera sans qu’ils n’aient besoin de décider, de choisir leur vie.
    Tel celle qui rêvait d’une jolie maison… alors qu’elle vivait dans un petit appartement, alors elle me montrait les meubles, tapis etc qu’elle aurait lorsqu’elle hériterait de la maison de ses parents !!! La vie lui a répondu avec un mari qui a préféré ne pas attendre pour vivre et partir, et des parents qui ont continué à vivre très longtemps !
    La vie c’est aujourd’hui, nous ne pouvons jamais rattraper le retard que nous prenons que ce soit pour être heureux ou pour affronter une épreuve.
    Oui, je préfère des remords que des regrets.

    • Edmée dit :

      Comme tu as raison… le temps que l’on perd en attentes au lieu d’agir, prolongeant des situations pénibles par simple apathie ou peur (le fameux « on sait ce qu’on a, on ne sait pas ce qu’on aura »…) ou par esprit sordide comme ceux que tu mentionnes et qui s’attardent sur « quand les parents seront morts »…

      Finalement… à esprits lamentables, vies lamentables…

  2. Nicole Giroud dit :

    C’est troublant. Une de mes amies m’a dit il y a longtemps, alors qu’elle venait de quitter un beau confort conjugal: « J’aime mieux avoir des remords que des regrets ». Quasiment ce que tu as écrit, ce que Angedra a écrit.
    « Laisser la maladie se répandre dans la moelle pour guérir la surface », somptueuse formule et saisissante image qui résume la pire des erreurs quand on ne choisit pas la vie..

    • Edmée dit :

      Je n’ose penser à l’effroi qui saisit ceux qui, arrivés aux dernières années du parcours, constatent toutes les fois où ils se sont trahis pour se ménager… et se dire « et voilà… ce n’était donc que ça, la vie? »

  3. blogadrienne dit :

    hé oui, il faudrait toujours être dans l’instant… mais ce n’est pas un exercice aussi facile qu’il en a l’air 🙂
    Carpe diem!

    • Edmée dit :

      Avec l’âge pourtant, on peut regarder en arrière et déjà faire de recensement de tout ce qu’on aurait dû faire au lieu de, et ça devrait être un bon stimulus…

  4. sandrinelag dit :

    Le meilleur moyen de surmonter une épreuve est de l’affronter. Il faut aller au feu, même en traînant les pieds. Le plus dur est la mise en route; une fois que l’on est engagé dans le processus, les turbulences secouent mais ô combien libérateur est le problème résolu!

    J’adore l’idée de « mettre la situation en moviola » (j’adore ce mot aussi). Par exemple, j’ai l’esprit de l’escalier – lors d’échanges un peu vifs, les répliques que je juge parfaites m’arrivent toujours le lendemain, le surlendemain, voir quelques semaines plus tard, jamais au moment voulu. Une mise en moviola me serait d’un grand secours. 😉

    • Edmée dit :

      Oh la la! Moi aussi je me dis souvent après coup que j’aurais pu dire ou faire des choses à grand effet, alors que je n’ai fait que ce que l’émotivité m’a poussée à faire. Mais au moins… j’ai fait!

      Vrai que comme on le dit bien souvent : il n’y a que le premier pas qui coûte. Et en effet, quelle libération!

  5. Damien dit :

    J’ai autour de moi certaines personnes qui traînent des pieds. Par paresse plutôt qu’autre chose, en fait, ou alors se disent que demain leur apportera une solution à une situation qu’ils trouvent aujourd’hui confuses et délicates. Je me dis qu’il est temps qu’ils s’ébrouent. Mais bon…

  6. Armelle B. dit :

    Comme c’est vrai et bien écrit. Que d’actes remis à plus tard, que de temps perdu, que d’erreurs commises à respecter le sacro-saint emploi du temps fixé heure par heure, jour après jour ; oui, que de crimes commis au nom de la déesse habitude ou de la déesse indifférence.

    • Edmée dit :

      Oui, Armelle… comme si ce qui est important dans notre vie n’était qu’accessoire. Quelle erreur d’estimation. Quand on fait le bilan en fin de vie… on doit être abasourdi par l’inégalité de la colonne pertes et profits réels…

  7. celestine dit :

    Je suis comme ma tante Marcelline: je préfère moi aussi les remords aux regrets.

    http://celestinetroussecotte.blogspot.fr/2012/11/conditionnel-passe.html

    Et d’ailleurs, je n’en ai pas tant que ça, au final, des remords, de mener ma barque comme je l’entends en me fichant du tiers et du quart…
    Comme d’habitude, tu mets le doigt sur les choses importantes, et c’est un doigt de fée. Je peux dire que tu me donnes beaucoup de courage pour avancer, depuis que je te connais, la mia sorella…
    baci di cuore
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Edmée dit :

      Je préfère me dire que je me suis plantée et que j’aurais pu être plus futée que ronger mon frein tout le restant de mes jours parce que tout serait tellement mieux si seulement j’osais. De plus, quand j’ose, je trouve que le mauvais côté de ma décision est bien plus supportable que ce que j’ai changé.

      Baci di cuore 🙂

  8. Lauriza dit :

    La définition du remord implique une douleur morale causée par la conscience d’avoir mal agi, tandis qu’un regret peut être la non réalisation d’un désir ou d’un souhait. Alors remord ou regret ? Chacun choisit selon son ressenti et moi je pencherai plutôt pour le regret mais jusqu’à présent ni l’un ni l’autre ne me tiraille …..

    • Edmée dit :

      Oui, on fait rarement d’omelettes sans casser d’oeufs et tout changement que l’on décide va faire un peu de mal ici et là. A soi-même aussi. Mais si on a peur des grandes douleurs et d’en guérir, on va trainer le regret d’une longue série de non-décisions pas prises pour de mauvaises raisons, très souvent…

  9. Alain dit :

    Bonjour Edmée. Regrets ? Remords ? Avant de lire ta page si finement nuancée, je dois reconnaître que les deux mots me semblaient être de parfaits synonymes. La phrase, « Les regrets font mourir le cœur bien plus vite que les remords, » remet en question ma certitude et je reste interrogateur. Regret de ne pas mener ma vie actuelle comme je l’espérais. En même temps, remord incontestable si j’avais négligé ce que auquel je m’acquitte depuis plusieurs années. Ce regret ne m’empêche pas de vivre. Je reconnais volontiers que sans cette décision je n’aurais pas connu de nouvelles joies, d’autres bonheurs, de belles récompenses, et de merveilleuses découvertes. Le temps d’une vie reste le même, dans l’apitoiement ou dans la joie. J’opte pour la deuxième solution. Mes remèdes sont simples, « Aimer, boire et chanter ». C’est une image signée Alain Resnais ! Elle me convient bien. Bonne semaine à toi et merci pour cette réflexion pas aussi anodine qu’il n’y paraît ! Comme d’habitude.

    • Edmée dit :

      Des remords j’en ai quelques uns, tout comme des regrets. Remords pour les dégâts collatéraux de certaines de mes décisions (mais la vie n’est lisse et tranquille pour personne, et les vagues que j’ai pu amener dans la vie d’autrui étaient à gérer par autrui aussi…) et regrets pour des audaces auxquelles j’ai renoncé. Mais le moins on a des deux, le mieux 🙂 Comme toi je préfère vivre dans la joie, parce que la morosité est un poison qui se répand, et la durée d’une vie devient alors une lutte interminable et un traîner des pieds bien lourd!

  10. gazou dit :

    J’aime bien ta conclusion
    Savoir affronter la réalité d’aujourd’hui même si elle fait mal…ce n’est pas en fermant les yeux que la situation s’améliorera…

    • Edmée dit :

      Vivre dans le réel est la seule bonne option. Même si ça fait mal en partie, ou pour un temps. On guérit de beaucoup de choses – si on accepte de les combattre.

  11. Hécate dit :

    Bonjour Edmée, remettre à plus tard….ah! làlàlà….Quand je n’étais pas encore majeure, je voulais aller voir ma marraine que j’aimais beaucoup et qui voulait tant me voir aussi. Mes parents dirent non.Ma mère pour me consoler m’a dit : A ta majorité tu feras ce que tu voudras !
    Seulement avant d’avoir eu l’âge ,ma chère marraine est morte d’un cancer généralisé. Je n’ai pu obtenir que d’aller la voir toute amaigrie, couchée dans ce lit d’où elle ne s’est jamais relevé. Mes parents savaient qu’elle était condamnée à brève échéance….Pourquoi séparer les êtres qui se chérissent tendrement? Encore aujourd’hui , c’est une plaie mal refermée, une déchirure.
    Plus tard ,plus tard….devient jamais plus !!!!
    Amicalement.

  12. Pâques dit :

    Une belle réflexion comme toujours avec toi 🙂
    J’ai des remords et des regrets aussi à mon âge c’est inévitable !
    J’assume car moi, les autres, la vie rien n’est parfait et j’aime les imperfections c’est le sel de la vie 🙂

    • Edmée dit :

      Oui, il est normal d’avoir et remords et regrets. Et comme on dit… « c’est la vie ». Ne jamais rien décider ni prendre le risque d’un changement conduit au regret, plaie dont on est seul responsable et aussi souvent la seule victime… auto mutilation de la vie.. 🙂

  13. amandine dit :

    Et bien je viens encore trop tard car ce que je pensais , est déjà dit na mais gros bisou et bravo

  14. Allez hop hop hop, c’est aujourd’hui que ça se passe.

  15. TooTsie22 dit :

    J’avais écrit un jour sur mon blog:
    Temps Réel…ou…Temps Virtuel…

    Comment se « dépatouiller » de ces deux sortes de Temps?

    Sont ils complices?
    antagonistes?

    le temps d’aimer, des « attends », de détester,
    le temps d’apprécier, de négliger,
    le temps d’un baiser
    le temps d’une réalisation pratique, d’écrire, de peindre…
    que sais je ??

    le temps perdu entre la réalité et le rêve,
    le temps retrouvé pour agir concrètement,
    le temps passé,
    le temps présent,
    le temps qu’il nous reste à vivre.

    y a t-il une limite entre l’inconnu et le familier?
    un monde, un espace entre les deux Temps?
    une vie entre l’intemporel et le réel,
    entre hypothèse et conclusion…
    tout cela me semble bien embrouillé…

    il faut que j’arrête de me tordre les méninges avec ça.
    Sinon, je vais finir ma vie dans les conférences de ces orateurs qui auront cette faculté de m’endormir d’ennui un réel,
    mais non moins un certain Temps,
    ou me faire endosser, probablement, l’habit d’une exploratrice des rêves virtuels nommés Passe_Temps…

    et si tu veux,, plutôt de dans ma blague, ma chère Edmée commenter ce vieil article chez moi,
    tape « Passe_Temps » dans rechercher colonne de gauche de mon blog…
    merci

    • Edmée dit :

      Bien tourné 🙂 Tu as pris le temps de décrire le temps, celui qui l’on perd, celui que l’on passe, celui qu’on n’a pas, celui qu’on prend… le réel et l’imaginaire, le concret et le temps de Neverland…

  16. Florence dit :

    Je ne suis pas d’accord, je préfère cent fois avoir des regrets que des remords. Qu’est-ce les regrets ? J’en ai à la pelle, car j’ai tellement d’idées que je n’ai pu réaliser… Ce n’est rien les regrets, ça fait parti de la vie ! Par contre je n’ai que 2 ou 3 petits remords, qui me dérangent toujours lorsque j’y pense. Heureusement que je n’en ai pas de gros, car ce serait insupportable ! Il ne faut pas avoir grande conscience et peu de cœur pour vivre à l’aise avec des remords !
    Florence

    • Edmée dit :

      Les regrets des choses que l’on a pas faites par peur ou attentes inutiles sont terribles, pourtant. On ne peut s’en prendre qu’à soi-même et avec le recul on sait qu’on n’a pas osé ouvrir des portes pour être mieux. Les remords ne viennent pas des gens sans coeur ou conscience, comment éviter que nos actions aient des conséquences sur autrui aussi? C’est la vie. Mes parents auraient-ils dû ne pas divorcer pour que je ne souffre pas d’un divorce (dont j’ai fini par m’accommoder) tandis qu’eux-mêmes se sclérosaient dans une relation morte?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s