Bienvenue en Absurdialand… Papiers s’il-vous-plaît

Ou le labyrinthe infernal vers un autre pays…

C’est en 1972 que je suis partie vivre en France. Heureuse et en grandes pompes puisqu’accompagnée d’un camion de déménagement et de bien des projets. A moi la Provence, le soleil, les olives et les cigales. La France faisait partie du “Marché commun” mais la nouvelle n’avait pas gagné les bureaux des imbéciles, ce qui me valut, ainsi qu’à mon amie Adèle, de vivre les horreurs du chaos administratif.

Heureusement que ces épisodes sordides trouvent toujours, en fin de compte, le jour où enfin… on peut en rire, mais nous ne riions pas trop alors.

Ellis Island

Comme petite mise en bouche, imaginez donc la visite médicale pour “avoir l’autorisation de vivre en France”. Visite médicale rue de Sylvacane à Marseille. Ce fut un miracle d’y arriver en bonne santé et d’en ressortir dans le même état. Tout le monde était convoqué à la même heure, et se partageait jalousement la vingtaine de chaises qui s’alignaient le long des murs sales – non, immondes – dont le crépi tombait, entourant une vieille table sinistrement installée sous une ampoule qui oscillait au bout d’un fil électrique servant de support à une quelques guirlandes sales, oeuvre d’araignées fileuses. Au centre de la table, un petit cendrier, seul réceptacle où, revenant de la “prise de sang” (une pompe à sang de l’épaisseur d’une aiguille à bas), on déposait soigneusement son petit morceau d’ouate ensanglanté sur les autres, formant une montagne de flocons rouges assez peu hygiénique. On était aussi appelés, pour l’analyse d’urine, à déposer notre offrande dans un pot de chambre que l’on allait remplir à tour de rôle dans une des deux toilettes à disposition, et puis on revenait triomphants avec notre précieux calice dans la fraiche salle d’attente – et pendant ce temps-là on nous avait piqué notre chaise puisqu’on devait être 50 à se partager les lieux.

Quant à la visite médicale elle-même, les normes de discrétion et de dignité en étaient touchantes : on se déshabillait dans une cabine faisant partie d’une file d’une dizaine d’autres semblables, et l’infirmier oubliait lesquelles étaient vides ou occupées, aussi ce n’étaient que cris aigus et indignés ici et là. Quand enfin on venait nous quérir par l’autre porte et que le médecin nous inspectait comme si nous étions un cheval de reproduction, les portes des cabines contenant des voyeurs s’ouvraient en nombre pour suivre l’opération.

On payait, en plus, pour cette exquise expérience, illégale puisqu’entre la France et la Belgique il y avait des accords appelés “marché commun”.

Ensuite, pendant des mois avant d’avoir un travail, il nous fallut aller à la police d’Aix-en-Provence pour avoir le renouvellement du permis de séjour. Un banc de 5 personnes, et 40 candidats attendant depuis 7 heures du matin car seuls les premiers passaient. Un policier au nez velu dehors et dedans, au gros ventre rempli d’arrogance, parfaitement ignoble, faisait les cent pas devant le banc en nous toisant d’un air suffisant, et ne se privait pas de hurler à la moindre vétille. On s’attendait à finir en prison pour avoir dit qu’on devait aller aux toilettes…

Mais l’Italie ne fut pas mieux sur ce plan, Italie chérie où je partis en 1985. Pas de visite médicale heureusement. Mais la course de l’écureuil dans sa roue pour trouver par où commencer. En effet pour m’inscrire comme demandeuse d’emploi je devais d’abord avoir mon permis de séjour délivré par la police des étrangers, et cette dernière ne voulait me l’accorder que si j’avais un emploi… Oléééééééééé!

J’ai donc fini par trouver “un emploi” de quatre ou cinq heures par semaine, ce qui résolut momentanément le casse-tête. Mais parfois un policier, sentant l’eau de toilette, la moustache cirée, le cheveu de velours et une grandissime conscience de l’uniforme me posait des questions de profileur sur cet emploi, et refusait avec superbe de prolonger mon séjour. Je retournais donc le lendemain, guettais s’il n’était pas là, et espérais tomber dans les pattes d’un policier aimable ou distrait.

Mais là aussi, le traitement des étrangers était pour le moins inélégant. Devant cette porte également, prière d’être devant à 7 heures alors que les bureaux ouvraient à 8. Une file sur le trottoir geignait J’ai mal aux jambes. Et bien entendu, l’indiscipline de l’Italie faisait exemple sur les nouveaux arrivants, il y avait toujours quelqu’un qui arrivait à 8 heures et venait bavarder gaiement avec son meilleur ami devant moi, puis un autre, et un autre encore. De temps à autre notre sentinelle – armée! – juste devant l’entrée exhibait son arme, la pointait sur nous et hurlait “Tous le long du mur, une file d’une personne! Tout de suite!” et les choses semblaient rentrer dans l’ordre pendant quelques minutes (sauf que je n’avançais jamais dans la file, dépassée en permanence par les amis innombrables de la personne devant moi). Un jour j’ai rusé et me suis avancée en disant d’un air angélique qu’on me dépassait tout le temps et j’ai pu passer avant tout le monde, deux anges me suivant en trompettant et deux diablotins scandant “elle vous a eus, elle vous a eus!”

Quant aux Etats-Unis, où je suis partie en 1995, ça a eu son piquant aussi. Visite médicale, bien entendu : j’aurais pu amener le sida, c’est évident! Mais au moins, c’était d’une propreté de laboratoire dans un film de science fiction (pareil pour les cabinets de dentistes mais là… je me perds!). Ensuite, bien que je me sois mariée là-bas devant un juge américain, dans son bureau tristounet, entre la photocopieuse et l’imprimante… en attendant ma carte verte je n’avais pas le droit de me faire remarquer. Comprenez : on avait mon adresse, on savait où j’étais, mais officiellement je n’y étais pas (on ne savait d’ailleurs pas où diable je pouvais être, puisque je n’étais ni là ni ailleurs). J’avais quand même ma carte de crédit, ma carte de bibliothèque, mon assurance médicale… sans être là.

Ceci pour expliquer que ceux qui croient que parce qu’il y a des normes, des règles et des procédures, y a qu’à… se trompent. Il faut savoir naviguer sans sextant une fois qu’on s’embarque dans l’administration d’un pays qu’on ne connaît qu’en film ou rêves.

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36 réflexions sur “Bienvenue en Absurdialand… Papiers s’il-vous-plaît

  1. sandrinelag dit :

    Les aberrations des rouages et devoirs administratifs sont légendaires en France… et sordides! Mais bon, c’est un peu partout pareil, quoique peut-être un peu plus structuré et propre en Scandinavie, et encore!
    J’ai vécu quelques années à Chypre dans les années 90 et je devais pointer tous les ans à la police avec ma carte d' »ALIEN », attendant une journée entière dans des couloirs gris au milieu de prostituées biélorusses. Je faisais tache avec mon serre-tête et mon petit twin-set bleu pâle et les filles avec lesquelles j’attendais étaient odieuses… Idem pour l’obligation de la prise de sang, à l’hôpital de Nicosie, assise sur une table en formica dans une salle de cantine! Et tout ça, pour détecter si j »étais porteuse de la thalassémie, une anémie génétique et héréditaire qui ne touche que les Méditerranéens. Beaucoup de temps perdu, d’agacement, de couleuvres avalées mais des souvenirs qui me font aussi, maintenant, beaucoup rire!

    • Edmée dit :

      J’ose espérer que les choses ont bien changé en France, et ne peux affirmer qu’en 1972, elles étaient plus sympa en Belgique… J’ai entendu parler non pas de visites médicales mais de papiers impossibles à obtenir pour un époux dont la femme était régulièrement inscrite en Belgique et travaillait… Donc je crois que nous sommes nombreux à ignorer ce qu’est notre pays pour « les étrangers » à l’accueil…

      Joli tableau que toi en serre-tête et twin-set pimpant au milieu des prostituées biélorusses :D…

  2. Armelle B. dit :

    Très amusant, mais sûrement moins drôle à vivre. Oui, l’administration s’est toujours plue à nous enquiquiner la vie.

    • Edmée dit :

      D’autant que les initiatives et le cas par cas n’existent pas, dans cet organisme abyssal… on suit le règlement, que l’on entre dans toutes les cases ou qu’il faille nous déformer pour nous y faire entrer…

  3. Tout cela me fait songer que ma carte d’identité est périmée. Saurai-je aller à Mons ce week-end?

    Ah oui, Edmée, la spirale des services administratifs. Kafkaïen, parfois. Et une fois revenue au pays, tu joues à l’écureuil dans sa roue en te débattant dans l’autre sens?

    (excuse, je suis taquine ce matin)

    • Edmée dit :

      Ta carte d’identité périmée? Et tu n’as pas peur de l’armée des ronds de cuir qui vont se lancer à tes trousses en hurlant « vos papiers! »?

      Et oui, revenir au bercail a eu aussi son lot de farces et attrapes, mais quand je suis revenue de France après 7 ans, alors que j’y étais régulièrement inscrite… pour la Belgique je n’avais jamais quitté le sol belge. J’avais bien un peu d’inquiétude au sujet de ma pension française, dans ce cas: comment avais-je pu travailler à Aix et Aubagne pendant des années en habitant Verviers? Heureusement… personne ne s’en est aperçu 😀

  4. Existe t’il un pays où il n’y a aucun tracas administratifs? J’y cours. Ettoi, ma chère Edmee, quand viens-tu pour un thé ou un déjeuner?

    • Edmée dit :

      Ca n’existe pas. Hélàs… C’est le premier parcours du combattant contre les moulins à vent d’Ubu… Je te contacte par mail au sujet d’un thé ou déjeuner 😉

  5. Angedra dit :

    Les tracas administratifs ne sont pas réservés uniquement aux nouveaux arrivants, en tant que citoyens du pays il nous faut passer par beaucoup paperasseries et de discussions pour de nombreuses démarches.
    Même si j’aime rêver, je sais que l’on ne peut éviter les justificatifs, les contrôles, même si cela a bien changé tout de même et que tous les contrôles sont perméables à ceux qui le veulent vraiment.

  6. blogadrienne dit :

    c’est cet accueil français qui me laisse le plus songeuse…

    • Edmée dit :

      Oui, ce fut mon premier et certainement inoubliable. Mais il faut se souvenir que ça se passait en 1972. Mais j’ai du mal à admettre qu’on ait traité des gens alors d’une manière avec laquelle on n’oserait sans doute pas traiter des animaux dans un refuge maintenant…

  7. Colo dit :

    Comme Adrienne, cette terre des libertés et droits de l’homme semble un peu étriquée…
    Tu racontes avec légèreté, mais derrière ça, pffff!

    • Edmée dit :

      Oui, pffffffffffffff est le mot pour le dire 😀 … humiliation, absurdités que l’on ne peut relever sous peine d’une vengeance de l’employé pris en défaut de non-sens, courses en rond… j’en parle avec légèreté mais sur le coup, mes mots étaient de plomb, crois-moi. Et très sonores!

  8. Ah les trucs administratifs… Et quand il faut les joindre par téléphone, c’est pas gagné non plus lol. Dans ton texte, tu parles d’Aix-en-Provence, une ville que j’ai beaucoup aimée durant mes vacances en Provence l’an dernier. Quelle chance d’y avoir habité! Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      J’ai beaucoup aimé Aix aussi malgré cet ignoble policier au nez velu… On oublie vite, finalement, une fois qu’on a fait son nouveau trou… Bon dimanche Petit Belge!

  9. Tania dit :

    Les dessous d’une existence cosmopolite … pas des plus reluisants.

    • Edmée dit :

      C’est déconcertant! Mais je ne sais pas trop ce qui se passe pour les étrangers qui arrivent en Belgique. Certains sont pris en charge par des assistances variées et donc on démêle les noeuds pour eux, mais les autres? Moi j’ai trouvé tout ça bien emmêlé…

  10. saravati dit :

    Presque un sketch, tellement ces situations semblent aberrantes. Et pourtant, comme souvent les réalités administratives dépassent la fiction.
    Tu racontes tes déboires avec le sourire, sans doute avec recul aussi. Les tracasseries administratives traitées par des gens qui croient en leur pouvoir de fonctionnaires restent toujours d’actualité. Ubu n’est pas loin, même si ici, il manque un peu de noblesse 🙂

    • Edmée dit :

      C’était vraiment hallucinant et si grotesque qu’on ne pouvait s’en sortir que par la ruse et certainement pas « en suivant les règles ». Ca manque tout à fait de noblesse en effet. 🙂

  11. gazou dit :

    Et pourtant il y a des français qui s’imaginent que les étrangers sont accueillis et aidés largement dés qu’ils entrent en France, qu’ils ont droit à des pensions supérieures à celles des français..;
    Oui, c’est ubuesque !

    • Edmée dit :

      On imagine bien des choses quand on ne sait pas… et on ne sait jamais exactement tout de l’officiel et l’officieux. Mais il faut dire aussi que mon expérience française, assez pittoresque, date. Il est clair qu’à présent… on n’en est plus là !

  12. Philippe Couillaud dit :

    Il y a de cela pas très longtemps, alors que j’exerçais en tant que travailleur social, j’ai été amené à accompagner des personnes mineures et majeures dans les dédales de la préfecture à la seule fin de régulariser leurs situations. Certes, les murs sont moins sales, les façades sont correctes mais l’intérieur, hélas, n’a pas changé.
    L’humanisme, l’altérité sont absentes de nos discours et comportements. On leur préfère la méfiance, la peur de l’autre et la sécurité. Je ne suis pas un naïf stupide et l’angélisme n’est pas ma tasse de thé. Mais à l’heure où tant de gens montrent du doigt les « barbares », peut-être faudrait-il balayer devant nos portes.
    Votre témoignage m’a inspiré ce petit texte peut-être un peu trop acerbe mais qui montre simplement que vous phrases m’ont touché.

    • Edmée dit :

      C’est hélàs ce qui arrive quand on donne des cas par cas à résoudre à des gens qui sont incapables de lever leur triste nez du livre de procédure. L’autre n’est plus un humain mais un « cas », un mauvais cas tandis que lui, celui derrière le guichet, est « celui qui sait mieux »… C’est fou ce que les limites du comportement humain sont parfois près de la poche et de la promotion.

  13. Nicole Giroud dit :

    Heureusement que tu manies l’humour dans ce périple européen de l’administration. Tu ajoutes prudemment « c’était il y a longtemps… », comme si tout devait avoir changé.
    Ma belle-fille russe (études supérieures, français parfait d’interprète), doit faire renouveler tous les ans son visa à la préfecture. Elle a vite compris qu’il fallait arriver à cinq heures du matin, se glisser dans la foule nocturne silencieuse pour espérer voir un fonctionnaire avant que l’on annonce triomphalement qu’on ne prend plus personne.
    Moins de saleté, plus de mépris

    • Edmée dit :

      Ca ne m’étonne pas vraiment. Les petits fonctionnaires sont une plaie. Je me souviens lorsque, pour la première fois, j’ai été m’inscrire aux bureaux du chômage en Belgique: d’un jour à l’autre je suis devenue « un parasite » auquel on parlait avec suffisance et impatience de derrière un guichet qui d’ailleurs se fermait sans cesse pour une pause café, cigarette ou pipi… On en avait pour des heures puisque… « on n’avait plus rien à faire », autant le faire là!

  14. Florence dit :

    Coucou Edmée !
    J’ai un peu de temps pour lire ta nouvelle de la semaine.
    Je ne pense pas qu’ils faisaient la différence entre une émigrée belge cherchant à vivre par son travail et un coureur d’allocs plein de maladies et de punaises. Car il y en a qui ne sont pas ragoûtants ! Maintenant, ce ne doit plus être pareil, car les étrangers ont droit à plus d’égards que les autochtones !
    En tous les cas tu as tourné ça avec l’humour belge et c’est dôle comme tout !
    Et En Belgique comment cela se passe ?
    Bisous et à bientôt !
    (Paul t’embrasse aussi et te remercie !)
    Florence

    • Edmée dit :

      La Belgique est différente d’aspect avec des soldats partout, mais pas de panique apparente. A quoi cela servirait-il?

      Bisous et j’espère que Paul va mieux, restez au chaud car sur ce plan-là en tout cas… la Belgique est froide!

  15. Adèle Girard dit :

    Ha ha!…Oui, c’est devenu un souvenir qui nous fait rire, mais c’est vrai que sur le coup nous étions carrément indignées!

    • Edmée dit :

      Nous étions folles de rage de ce traitement scandaleux. Et les Français qui nous entendaient crier au scandale pensaient que nous exagérions… hélas non. Comme comité d’accueil, ça commençait fort 🙂

  16. Philippe D dit :

    C’est vraiment incroyable, ce que tu nous racontes là.
    Finalement pas si incroyable que ça, il ne faut être étonné de rien, surtout si on aborde le sujet des lois, des règlements, de l’administratif…
    Bonne soirée.

    • Edmée dit :

      Incroyable mais hélas vrai. Il y a bien des aspects que l’on ignore quand on n’est pas, soi-même, dans le rôle de quémandeur. Et en « demandeuse d’emploi » j’ai aussi eu quelques surprises/ « Les bonnes places aux Français » me fut dit et redit en France tandis qu’en Italie les entretiens d’embauche tenaient parfois de la foire aux filles de joie 🙂

  17. amandine dit :

    Et bien tout est dit et amitiés

  18. celestine dit :

    A te lire, j’ai presque honte d’avoir été fonctionnaire en France…
    Heureusement, comme toujours, l’humour sauve la situation.
    Baci sorella
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Edmée dit :

      🙂 Je ne suis pas certaine que c’était mieux ici… et je ne juge pas les gens qui appliquaient ce qu’on leur disait de faire, mais ceux qui avaient trouvé que ce traitement était OK, que le local était approprié, et surtout surtout en prime dans mon cas; qui nous contraignaient à passer par ce stade alors que nous n’en avions pas besoin, et qui nous faisaient payer… c’était tout simplement du vol.Quant au gros flic aixois au nez velu,la vie a dû m’en venger: un jour, quelqu’un a dû lui écraser sa tubéreuse et en faire une tomate pelée 🙂

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