Retomber dans son enfance

Mais non, pas la chute dans le gâtisme, la dépendance, la perte de mémoire et des mots cohérents.

Je parle de cet état si serein qui vient avec le grand âge, quand la boucle est presque bouclée. Il ne reste qu’une aune de chemin… elle peut durer des mois, des jours, des années, mais elle fait pénétrer dans un jardin d’où désormais on contemple le monde, à nouveau, avec le détachement de qui n’en est pas encore ou plus tout à fait concerné.

Mon Papounet a été lucide et maître de ses pensées et paroles jusqu’au bout, mais c’était accompagné d’un voluptueux laisser aller, d’une prise de conscience de l’essentiel. Il parlait très souvent – et de plus en plus souvent – de ses parents, avec une joie sereine sur le visage et dans la voix. Ils devinrent plus importants que ses enfants. Il était le lien entre le passé et le futur, et son futur se trouvait dans son passé : ses parents et ceux qu’il avait aimés, et dont il se rapprochait.

Il nous transmettait tout ce qui remontait dans les plis soyeux des souvenirs. Leur générosité, la façon dont ils s’étaient entendus, leurs conceptions de la vie.

Il évoquait aussi des touches de parfums et de couleurs ici et là. La corne de brume des paquebots de traversée quand ils revenaient d’Uruguay. Le cinéma avec sa mère. Les oeufs sur le plat mangés chez son grand-père, croustillants comme plus jamais il ne les a eus. Des soirées en Afrique à l’âge adulte, auprès de missionnaires hospitaliers et nonnes peu chastes mais si souriantes. Des visions tristes: la guerre, l’indépendance du Congo et ses drames, une amie très chère rencontrée peu avant sa mort dont il n’avait pas perçu le discret message d’adieu. Lui qui avait peu parlé de sa vie si ce n’était la partie appelée “la guerre”, il nous la faisait défiler sans retenue. Un peu comme qui revoit toute son existence au moment de mourir, il nous la projetait tel un film mal monté, avec trop de flash-backs, de fondus-enchaînés sur image, de ralentis, d’accélérations, de gros plans, de scènes jouées en couleur et puis en noir et blanc.

Il se détachait sans effort. Ses enfants, il les avait accompagnés. Et il en avait savouré la compagnie adulte. Les petits-enfants, il était fier d’avoir à lui tout seul, fils unique, offert huit arrière-petits enfants à ses parents. Il ignorait qu’un arrière-petit-fils se préparerait bientôt! Désormais, il refusait de se tracasser pour quoi que ce soit. L’avenir du monde, oui, le préoccupait, il voyait les nations se déchirer et avait une dernière angoisse : qu’allait devenir l’humanité ? Mais à part ce – gros – souci, il était aussi “retombé en enfance”. Vive la crème fraiche dont il aspergeait tout, disant qu’il ne voulait plus penser à son cholestérol. Un oeuf tous les jours, accompagné de l’évocation de ce fameux oeuf sur le plat à la dentelle craquante de chez son grand-père. Quand je venais, le Cynar ou la Suze étaient notre apéro, et lui qui n’avait jamais vraiment bu, il s’est mis à aimer la bière brune. Il faisait des siestes de plus en plus longues et fréquentes et se couchait extasié, en proclamant “il n’y a plus qu’une seule chose que je fais bien : c’est dormir”…

Il était, comme un bébé jovial, heureux de la moindre visite, de la moindre surprise, et de toutes les petites choses quotidiennes qu’il attendait : la visite de sa kiné, des infirmières, les nôtres. Le partage de souvenirs de famille et photos avec son dernier cousin en vie, Yves. Une promenade le long de l’Ourthe avec son déambulateur où il s’amusait à “faire de la vitesse”. Un coup de fil d’Argentine de son vieil ami Jeannot qui lui faisait, à l’armée, de fausses permissions rédigées en allemand, facétie qu’ils se rappelaient interminablement en riant comme deux polissons. Il se réjouissait de savoir que j’allais venir lui cuisiner des “chicons braisés” qu’il adorait mais ne savait préparer. On riait aux larmes parce que j’imitais la voix de sa cousine, très particulière, et surtout les réflexions qu’elle aurait faites en voyant certaines photos de famille. “Comme tu l’imites bien!” pouffait-il.

Mon Papounet n’avait plus de rôle d’exemple ou d’éducateur à remplir. Il était lui. Comme lors de son enfance où seuls ses plaisirs immédiats comptaient : un dulce de leche fait par maman, ou ses fameux biscuits au fromage, ou une belle promenade. L’enfance merveilleuse partagée avec ses cousins au milieu d’adultes qui s’entendaient bien et s’aimaient.

Il est retombé en enfance, comme on tombe sur un édredon moelleux, en riant, s’enfonçant dans la tendresse, la douceur, pour ne plus voir, au dessus, que des visages aimés et souriants.

La boucle se bouclait… il le savait. Tu sais, ce n’est pas une tragédie, que je sois en train de mourir, me dit-il deux mois avant la fin. Parce qu’il savait que j’avais compris, et que j’avais les larmes aux yeux en le quittant. J’attendrai le retour de Thierry pour les vacances et puis je m’en irai, dit-il à mon plus jeune frère, en parlant de celui qui vit en Australie. Il en fut ainsi. La porte du jardin était grande ouverte, ses parents étaient là, sous une tonnelle ombragée de glycine, et il est parti en trottinant vers eux, avec son petit costume marin…

Première auto

La porte s’est doucement refermée sur son secret, et s’ouvrira pour chacun de nous à la fin du chemin… et ce ne sera pas une tragédie non plus.

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50 réflexions sur “Retomber dans son enfance

  1. Armelle B. dit :

    Délicieux récit, plein de tendresse et de poésie. Merveilleux. A le lire, j’en ai les larmes aux yeux. Vous savez si bien susciter l’émotion positive, chère Edmée.

    • Edmée dit :

      C’est que parmi toutes les chances que j’ai eues, il y a celle d’avoir des parents qui aimaient la vie malgré les peines nombreuses qu’elle leur a mises sur le chemin. Le soleil ne cessait jamais de se lever sur un jour où quelque chose de beau surgirait…

      Merci Armelle

  2. celestine dit :

    « Il est retombé en enfance, comme on tombe sur un édredon moelleux, en riant, s’enfonçant dans la tendresse, la douceur, pour ne plus voir, au dessus, que des visages aimés et souriants. »
    Quelle merveille que ce texte, Edmée. Tu es au sommet de ton talent de conteuse. Mais je crois que si ton Papounet a suscité de si jolis mots, c’est qu’il avait cela en lui, et, comme le dit si bien un des plus illustres de tes compatriotes, qu’il avait réussi à « être vieux sans être adulte »…
    Et je crois que tu es bien partie pour suivre sa trace…
    Il n’est que de voir ton visage quand tu ris aux éclats.
    https://scontent-cdg2-1.xx.fbcdn.net/hphotos-xpf1/v/t1.0-9/264804_412632138794529_1742525084_n.jpg?oh=7bcaee5230f476201e88e385f572036e&oe=56DDF4CE
    Tu as à tout jamais le visage de l’enfance mutine et irrésolue.J’adore !
    Baci sorellita

    • Edmée dit :

      Merci pour ces mots et pour avoir trouvé cette photo… Je pense que mon Papounet avait le talent d’être raisonnable (il savait raisonner et en prenait le temps) mais empli de compassion, d’espoir dans l’autre, de l’envie de faire plaisir, tout simplement. Il n’a jamais été confit dans un âge momificateur.

      Ce fut un privilège génétique et éducatif. Tout comme la présence de Lovely Brunette…

      Finalement, s’être bien amusés ensemble laisse un sourire dans le coeur…

      Baci sorellita 🙂

  3. Alain dit :

    Un texte tout simplement magnifique. Celles et ceux qui ont aimé la vie, transmettent les choses essentielles. La mort ne devient alors que la dernière porte à pousser. Ta plume parle de ces choses avec une retenue et une beauté telles, que les mots qui accompagnent mon commentaire deviennent inutiles. Je reste sur la profonde émotion ressentie. Merci Edmée.

  4. Colo dit :

    Oui, merci pour tes mots pleins de délicatesse et de joie. On sourit et verse une larme en te lisant. Partir ainsi est une telle chance.

    • Edmée dit :

      Certainement… Mon frère l’a couche un soir, et lui a souhaité bonne nuit. « Aussi douce que le fut cette journée » fut la réponse de mon Papounet, souriant… que ne s’est pas réveillé…

      Un dernier cadeau qu’il nous a fait, ce départ heureux…

  5. eckatelefil dit :

    C’est très émouvant ,serein aussi. Mon père a attendu l’heure de ma visite pour quitter la vie. Juste en allant à l’hôpital ,devant la voiture ,un cygne blanc avait traversé la route, comme un signe d’adieu….
    Bonsoir Edmée.

    • Edmée dit :

      Magnifique signe en effet… Il y a bien des cas ainsi où on se rend compte qu’ils ont attendu. Et puis ils savent qu’ils peuvent partir… Bonsoir!

  6. Pâques dit :

    – En vieillissant il faut s’alléger. Renoncer à beaucoup de choses dépassées.
    Cela fait de l’espace pour tout ce qui reste à découvrir;
    Ce qui se développe donc, par un éveil des sens et des facultés perceptives c’est une liberté inouïe, non pas la liberté de faire mais la liberté d’être. – Le sage de la forêt noire –
    Je trouve cela très positif, comme ton billet que j’ai adoré !!!

    • Edmée dit :

      Oui, tu m’avais d’ailleurs déjà cité ces lignes, et elles sont très justes. On revient à l’essentiel, on s’ébroue et secoue le tumulte et l’inutile…

  7. Angedra dit :

    Emotion, douceur et surtout amour ! Voilà ce que je ressens en lisant ces merveilleux souvenirs que tu nous offres.
    Merci de nous permettre de telle lectures.

  8. gazou dit :

    quelle merveilleuse fin de vie et comme tu sais bien la raconter !
    Merci, merci beaucoup

    • Edmée dit :

      Aaaaaaaaah si seulement c’était génétique… j’aurais un espoir légitime de partir ainsi 🙂 … Mais ce fut un arrachement de devoir nous en séparer mais aussi un grand apaisement de nous dire qu’il n’était pas « parti dans le néant » mais « allé où étaient les autres »…

  9. blogadrienne dit :

    c’est très beau!
    j’ai essayé de faire parler mon père de son enfance, mais il s’y refusait, à part une petite touche teintée d’amertume, de temps en temps…

    • Edmée dit :

      Que c’est dommage! Moi je sais beaucoup de choses sur les enfances de mes parents, et ça m’aide à les comprendre, à les situer. Ce qui les a marqué, en bien ou en négatif… leur cheminement. C’est d’ailleurs en écrivant « Les romanichels » qu’ayant basé un personnage sur Lovely Brunette, et lui ayant donné la même enfance, j’ai compris qu’elle n’aurait pu devenir une autre adulte que celle qu’elle était et contre laquelle je m’étais souvent rebellée… Ce fut une évidence et une acceptation totale d’elle…

  10. Pierre dit :

    Non seulement tu écris merveilleusement bien, Edmée, mais en plus tu sais faire briller la vie dans ce qu’elle de plus doux. Tu parles de la beauté des choses essentielles et de ce qui nous relie les uns aux autres en humanité.

    Merci.

  11. Adèle Girard dit :

    Toujours tant de délicatesse dans tes textes, et celui-ci est un bel exemple.

  12. bizak dit :

    Très beau texte teinté de nostalgie mais tellement bien imagé par les jolis mots qui rappellent les moments les plus inoubliables de notre enfance, de notre passé. Texte émouvant que j’ai vraiment aimé. Bonne journée Edmée.

  13. bizak dit :

    Magnifique texte chargé d’émotions des souvenirs de l’enfance et du passé. Et très bien écrit, j’ai aimé.
    Bonne journée Edmée

    • Edmée dit :

      Merci et bonne journée aussi. Oui, mes parents me manquent beaucoup, et je sais que je ne leur manque plus 🙂 … Mais ils sont qui sait où, toujours mes parents, toujours aimants, et gais…

  14. Nicole Giroud dit :

    « Il est retombé en enfance, comme on tombe sur un édredon moelleux, en riant, s’enfonçant dans la tendresse, la douceur, pour ne plus voir, au dessus, que des visages aimés et souriants. »
    Cela a déjà été relevé, mais c’est tellement beau que je recommence! Tout le texte est plein de tendresse souriante, de nostalgie et d’apaisement. C’est une grande chance pour toi d’avoir connu pareils adieux déclinants, pleins d’enfance et de malice.
    Comme tous tes textes, celui-ci a le don de projeter chacun et chacune en arrière, face à son propre passé et à ses propres façons de se séparer des autres. Accords, regrets, amertume, peu importe, le lecteur et la lectrice revient à ton texte et souris de tendresse.

    • Edmée dit :

      La vie est faite de bien des séparations mais certaines ne sont jamais accomplies, certaines choses ne cessent pas d’exister parce qu’elles changent. J’ai toujours une mère, j’ai toujours un père. Ca se passe autrement, mais je les ai toujours, et je suis toujours, à jamais, leur Puce…

  15. Nicole Giroud dit :

    le lecteur et la lectrice reviennent, bien sûr, mes doigts ont fourché!

  16. sandrinelag dit :

    Magnifique texte qui nous fait prendre conscience de manière vivante, avec tous nos sens, combien le souvenir nourrit notre réalité de tous les jours. Nos proches disparus existent à travers nous. Les couleurs sont toujours aussi vives, les parfums, les saveurs aussi intenses (« ce fameux oeuf sur le plat à la dentelle craquante »… ) Extraordinaire! Tout est là, en bouche, en nez, en plaisir!.
    Le lien affectif reste aussi serré, peut-être encore plus aujourd’hui qu’hier.
    Beaucoup d’émotion à te lire; cela nous branche en ligne directe à cette réalité subtile. Merci.

    • Edmée dit :

      Oui, le lien affectif est étrangement plus fort, débarrassé des parasites (disputes, conflits, agacements, contraintes). Ne reste que l’essentiel: un amour rayonnant, et une grande joie de le contenir.

      J’ai été surprise de comprendre que l’avenir rejoint le passé dans un cercle infini… Tout est là, comme tu dis.. les voix, des rires, des rides, des odeurs, le toucher d’une main, la saveur de choses qu’on croyait avoir oubliées…

  17. Tania dit :

    C’est magnifique, quel bel héritage de vie ! C’est si doux, comme tu l’écris, cette façon de partir, cette façon de donner du sens à sa vie jusqu’au bout.
    Si frustrante, la mort de mon père sans pouvoir échanger un mot, après quatre jours de coma à la suite d’un accident. Je suis plus âgée maintenant que lui alors.
    Si sereine, après des années d’angoisse, la fin de ma belle-mère emplie de son enfance heureuse et qui n’évoquait plus que les souvenirs de son père – qu’elle a appelé dans ses derniers mots.
    Si complices, les derniers mots d’une amie très chère avec son dernier regard : « Tout est dit ».
    Ton émotion devient la nôtre, Edmée.

  18. « Je parle de cet état si serein qui vient avec le grand âge, quand la boucle est presque bouclée. Il ne reste qu’une aune de chemin… elle peut durer des mois, des jours, des années, mais elle fait pénétrer dans un jardin d’où désormais on contemple le monde, à nouveau, avec le détachement de qui n’en est pas encore ou plus tout à fait concerné »….c’est donc pour ça que tes écrits sont chaque fois une évocation du passé

    • Edmée dit :

      Je n’ai pas encore ce qu’on pourrait qualifier de grand âge…:) J’aime le passé parce que, personnellement, j’y trouve enfin l’explication à bien des choses, pourquoi ma mère était ainsi, pourquoi mon père était autrement, pourquoi j’ai fait certains choix. Pour moi le passé est aussi important que le présent et a le mérité d’être plus clair et stable. Il permet d’avancer. Mais ce n’est pas ce que je décris ici 😉

  19. Florence dit :

    C’est la vie et c’est beau de pouvoir en être conscient !

    Petit com car je me suis fait très mal au dos et suis bloquée, je souffre énormément !
    Bisous !
    Florence

  20. Edmée dit :

    Repose toi bien chère Florence, et tous mes voeux à Paul aussi! Bisous venteux…

  21. Alainx dit :

    Le texte est très beau… bel hommage aimant….
    Pour ma part, j’espère simplement que personne ne dira que « je suis retombé en enfance comme dans un édredon moelleux », car il faudra plutôt dire : – retombé dans l’horrible de l’enfance déchirée, comme on tombe sur une pierre où on se fracasse la tête….

    • Edmée dit :

      Ton commentaire avait fini sa course dans les spams… et je ne le découvre qu’aujourd’hui! Mais je suis désolée pour toi que ton enfance ait été aussi rocailleuse… Ceci dit… je pense que nous avons tous malgré tout des souvenirs, même si épars et fugaces, de « belles choses », de « grands instants »… et que ce sont ceux-là qu’on ira repêcher. Je l’espère tout au moins. Mon enfance à moi m’apparaît bien plus gaie aujourd’hui que je la voyais il y a 20 ans, par exemple. J’avais encore des rancoeurs, l’impression que « si on ne m’avait pas fait faire ceci ou interdit cela »… ma vie serait top 🙂

  22. amandine dit :

    cela a été dit mais je le redis la délicatesse est ta force de style Edmée bizzzzzzz

  23. Philippe D dit :

    Est-ce qu’il racontait le passé aussi bien que toi?

  24. TooTsie22 dit :

    J’aurai 76 ans dans 53 jours alors de grâce ne m’en demandez pas trop et laissez moi vivre à petits pas sans demander quoique ce soit à personne pour le quotidien … tant que je peux conduire ma jolie bagnole bleue et faire le voyage Bretagne Yvelines sans trop de mal, tout va bien pour moi cher Docteur !!
    juste une choseje suis devenue miro comme une chaufferette dès que descend le soir alors, je ne conduis plus du tout la nuit …

  25. Nadine dit :

    Un très beau texte plein d’amour et de sagesse.

  26. Françoise dit :

    Quelle douceur et quelle tendresse dans tes mots, Edmée. J’ai été très touchée en te lisant, attendrie aussi. Merci à toi.

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