Protégez-nous des rustres

La banalisation scandaleuse des appréciations sonores et palpables des rustres. T’es bonne à baiser. C’est à toi tout ça? Tu n’a pas envie de me faire une gâterie? Quand je te verrai seule, salope, mes copains et moi te violerons comme tu le mérites. Mademoiselle, quand on cherche un travail on doit être prête à tout. Le candidat souteneur auquel l’ANPE d’Aix en Provence avait “offert mes services”…

Le parcours d’une femme passe par ces rencontres d’un troisième type. Parfois ce sera moins direct mais pas plus plaisant : le regard qui bave sur un sein, des allusions faites “avec un franc parler” car tu n’es plus une pucelle, hein… Il y a ceux qui trouvent normal de nous toucher, de nous inquiéter en échangeant des regards goguenards avec leurs copains – l’élite masculine. L’opinion publique trouve qu’on n’a qu’à se débrouiller, ne pas se mettre dans de telles situations, qu’on n’aurait pas dû porter des jeans serrants ou simplement sourire – oui, même ça est utilisé contre nous en cas de plainte.

Nous apprenons la peur et l’agression sexuelle très vite. Maintenant on en parle, autrefois on n’osait pas. Nous comprenons vite que nous sommes des proies, et qu’une partie de la population mâle chasse à découvert, en meute, qu’une autre attend ce qu’elle considère une “occasion”qui avalise son comportement (et il ne faut pas grand chose…) et heureusement il y a les autres. Mais quand quelque chose arrive, la plupart du temps on vous dit que vous n’aviez pas à vous fourrer dans cette situation ou on vous dit que puisque ça s’est “bien terminé” autant passer à autre chose.

J’ai connu une jeune fille d’alors 18 ans – on était en 1975, une époque où 18 ans était encore l’adolescence – qui s’est fait coincer par son patron, un homme dans la cinquantaine. Elle est venue en larmes se confier au gérant d’où elle travaillait, qui lui a dit de ne pas en parler pour ne pas faire peur aux autres. La même jeune fille avait un jour été chargée de livrer de la marchandise quelque part, et comme elle avait besoin de ses deux mains pour tenir le tout, des jeunes l’ont coincée dans la rue, mise contre le mur, lui ont enlevé sa culotte et se sont amusés. Personne ne l’a aidée. J’ai vu une jeune touriste se faire déshabiller et caresser par la gent masculine du groupe avec lequel elle avait passé ses vacances, et qui lui avaient offert une soirée d’adieu. Nous, les autres filles, nous sommes barricadées dans les voitures, terrorisées. Nous ne pouvions rien faire. Ces types avaient dansé et ri avec nous pendant deux semaines, et là nous avions une horde de rustres rigolards et saouls qui n’y voyaient qu’une excellente blague. Un collègue m’a un jour sauté dessus pour m’embrasser fougueusement alors que je répondais au téléphone, donnant comme justification que oui, bien entendu je lui avais toujours dit non, mais qu’il était connu qu’une femme qui dit non dit oui… Un autre collègue m’a un jour donné un coup de fil anonyme et immonde. Le malheur est que sa voix était très particulière et que j’ai immédiatement su que c’était lui – qui ne me draguait pas du tout “officiellement”. Et je peux continuer et continuer, mais ça me met en colère et pourrait m’abréger la vie, ce qui me semble inutile.

Or jamais je n’ai porté des mini-mini-jupes, encore moins de décolletés, ni eu un comportement invitant à ce genre de délire. Peut-être ai-je eu plus de mésaventures de ce type parce que je quittais mes repères, changeant de pays et me retrouvant en position plus vulnérable (on hésite parfois à s’en prendre à la fille machin, la femme de chose ou la cousine de truc…) et donc mes statistiques personnelles sont peut-être un peu élevées face à la moyenne, mais… quelle horreur que l’acceptation tacite que … c’est la vie, boys will be boys

Ça aurait dû, de tous temps, être sévèrement puni. Sévèrement regardé par l’éducation. J’ai connu un village où les femmes riaient de bon coeur lorsque des touristes se faisaient violer par leurs hommes. Mais oui… pour elles il ne s’agissait pas d’infidélité mais au contraire, du mépris qu’on doit à ces salopes en short et sans soutien-gorges. C’était bien fait pour elles. Je me souviens de cette droguée qui s’est fait violer à Rome il y a plusieurs années, par un groupe de fils à papa. Mères et fiancées se sont déchaînées contre elle car elle n’avait pas besoin d’être dans la rue à cette heure-là. Elle a eu tout le monde contre elle, et en plus est morte peu après du sida qu’elle avait et… effet boomerang : que ses violeurs avaient reçu en cadeau bonus aussi. Il n’y eut pas de justice des hommes, mais celle-ci venait d’on ne sait où mais me semble avoir été très juste.

Femmes  du bus 678

Nous avons toutes, absolument toutes, ressenti cette crainte, ce besoin de ruser pour nous sortir d’affaire sans tapage. Nous avons étouffé l’humiliation dans la peur et, parfois aussi, le petit sentiment de triomphe quand on s’en était bien sorties finalement. Mais les agressions se perpétuent.

Nous sommes toutes des femmes violées dans l’imaginaire de quelqu’un, et ça n’est pas normal. Où sont les hommes pour nous protéger, faire des lois et les faire appliquer?

 

https://www.youtube.com/watch?v=eDhg5VY5Yh4

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59 réflexions sur “Protégez-nous des rustres

  1. Armelle B. dit :

    Oh que de souvenirs pour moi aussi, chère Edmée, et, depuis la plus tendre enfance ce sentiment prégnant d’être vulnérable. Petite fille, le boulevard où je demeurais était très désert et mon institution se trouvait tout au bout de cette longue avenue. Souvent je rencontrais un bonhomme qui, caché derrière un arbre, ouvrait son imperméable pour me montrer ses attributs. Je devais avoir 9 ans et n’osais en parler à mes parents. Jeune fille, dans le métro, lorsque je me rendais à mon école du journalisme, combien d’hommes se sont montrés indélicats aux heures de pointe. Plus tard encore, rue de Rivoli, un riche passant originaire d’Arabie Saoudite, je suppose, très élégant, s’est approché de moi avec une liasse de billets en me disant : « Tout est à toi si tu me suis ». J’ai jamais couru aussi vite. Oui, j’ai une une foule de souvenirs de ce genre qui me donnent encore froid dans le dos. A plusieurs reprises, j’ai du avoir un ange gardien.
    Oui, trop de choses ont été acceptées pendant trop longtemps. Et quand on pense à Cologne, on se dit que cela ne s’arrange pas. Vous avez raison de rappeler ce sujet sensible.

  2. Ronald de Kerchove dit :

    ..que faire..que ..que faire..prendre des exemples et les castrer…en public..

  3. Adèle Girard dit :

    C’est évidement un problème récurant. En ce qui me concerne, j’ai été aussi bien souvent la cible de ces rustauds. et j’aivais donc décidé de me promener toujours munie d’une grosse épingle à nourrice que je plantais sans scrupule dans les flans qui me pressaient un peu trop et aussi de crier et me fâcher très fort. En général, ces courageux individus se sauvaient en courant paniqués devant la mégère que je devenait dans ces circonstances. Il y en a même un qui a eu droit a de violents coups de parapluie. Le parapluie s’est retrouvé illico dans une poubelle.

    • Edmée dit :

      Oui moi aussi j’ai quelques épisodes qui maintenant m’amusent beaucoup (gifles, phrases dignes d’un Michel Audiard, talons aiguilles enfoncés dans des pieds…) mais il n’a pourtant jamais été normal que finalement on ait à être contentes de s’en être sorties. On n’aurait jamais dû y être entrées de force, pour commencer. La loi ne nous protège pas (ni leurs représentants qui souvent se servent au passage, j’ai au ça aussi;; le flic qui devait m’aider et me faisait du rentre dedans…).

  4. sandrinelag dit :

    Ce qui est incroyable, c’est que nous sommes toutes passées par là! Nous avons toutes plusieurs anecdotes à raconter, des pathétiques, des rigolotes, des terribles, des consternantes. Toutes, nous n’y échappons pas.
    Ci-joint, un inventaire d’inventions anti-viols – qui n’est pas toujours du meilleur goût mais qui donne à réféchir… 🙂

    http://www.lesinrocks.com/2013/11/07/actualite/les-10-inventions-anti-viol-les-stupides-11442869/

    • Edmée dit :

      Je dois dire que ça venge un peu de lire tout ça…

      Mais comme tu dis, ce qui est aberrant, c’est que nous avons toutes été victimes, plus d’une fois, de ce genre d’agression/rigolade… Et que bien qu’on ait développé des méthodes pour se dépêtrer le plus souvent, ça ne rend pas la chose « normale »… Que diraient les hommes si nous sortions en bande et les sifflions, faisons des commentaires sur leur « petit paquet joli » ou demandions si leurs valseuses sont bien à eux?

  5. blogadrienne dit :

    toutes, absolument toutes, depuis notre plus jeune âge… des mots, des gestes, des actes.
    Et c’est vrai, on n’osait pas en parler, d’abord à cause de la honte qu’on éprouvait et ensuite parce que « le mal était fait », et qu’on savait bien qui aurait été blâmé…e.

    • Edmée dit :

      Et que souvent aussi si on en parle, la police ne prend pas ça très au sérieux, minimise, nous dissuade de faire des vagues « ce sera sa parole contre la vôtre »… Bref… on prend sur nous!

  6. Lauriza dit :

    Il n’y a pas si longtemps, j’ai encore entendu :  » vous les femmes vous aimez ça, vous fantasmez sur nous, alors pourquoi on se priverait « . Pauvres hommes, on dirait qu’ils n’existent que par ce qu’ils ont dans leur slip. Peu d’hommes sont prêts à faire des lois et surtout à les mettre en application pour protéger les femmes. Leur virilité et leur superbe en prendrait un coup. Alors ils préfèrent laisser les femmes se débrouiller toutes seules. Ce que je déplore et que je ne comprends pas c’est quand d’autres femmes ne soutiennent pas leurs semblables… Ce n’est pas ainsi que nous prendrons de l’ascendance sur les hommes.

    • Edmée dit :

      Tu as raison… les femmes complices sont nos ennemies. Elles le sont par peur que leurs hommes (maris, fils, frères) ne nous voient comme… des femmes. En affirmant que nous sommes des salopes, elles restent aux commandes. Et éduquent leurs fils dans notre mépris…

  7. Colo dit :

    Oui, nous toutes, je ne vais pas raconter les mots ni les gestes mais une sorte de vengeance. Na!
    J’avais 20 ans et j’étais aux Canaries, sur une vaste place ombragée. Un mec n’arrêtait pas de me harceler. Ce qu’il ne savait pas c’est que j’avais la ceinture brune de judo et quand il a mis son bras autour de taille, hop, il a volé dans les airs et est retombé, étourdi, par terre. Les gens aux terrasse, qui observaient la scène, ont applaudi, hihihi.
    Il est incroyable de devoir recourir à ces choses là!

    Si tout le monde avait le courage, hommes et femmes, d’intervenir et arrêter ces agressions continuelles, sûr que ça diminuerait fort.

    • Edmée dit :

      Ha ha ha! Tu l’as peut-être converti… Ridiculisé en tout cas, surtout si les gens ont applaudi.

      Il faudrait réagir, mais souvent les témoins comptent les mouches au plafond pour ne rien voir justement…

      Je réagis sans problème si l’agresseur est seul, mais quand ils sont plusieurs ce n’est pas évident. Un jour en Italie j’ai été encerclée par 4 jeunes qui se disaient Calabrais, des adolescents, dans un parc. J’avais 36 ans. J’ai fini par leur dire que mon petit ami (inexistant) allait arriver et ils ont ri, m’ont dit qu’ils allaient le poignarder et puis me prendre à volonté. Je n’ai même pas eu le temps d’avoir peur, j’étais tellement furieuse que je me suis levée, (j’étais couchée dans l’herbe pour lire et ils s’étaient assis autour de moi), en ai enjambé un en disant très fort « vous êtes de la merde vive! » (Je ne sais même pas d’où m’est arrivée cette jolie expression… 🙂 ) et je me suis éloignée, me liquéfiant peu à peu en m’attendant, alors, à recevoir un coup de couteau dans le dos. Mais non… et je ne les ai jamais revus…

  8. Coup de gueule plus que nécessaire quand on lit les premiers commentaires! Bon week-end Edmée. Tu es en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles fin février comme l’an passé?

    • Edmée dit :

      Oui, je suis heureuse que tu comprennes notre ras le bol commun! Et non, cette année je ne viendrai qu’en visiteuse au salon 🙂 Peut-être nous rencontrerons-nous mais il me semble que je viendrai le dimanche ( c à d que j’ai un ami blogueur qui vient de France et il est prévu que peut-être nous nous rencontrerons…)

  9. Angedra dit :

    Malheureusement nous avons toutes connues ce genre de situations et à l’époque nous n’avions aucun recours, même si actuellement cela n’est pas très facile, mais les femmes peuvent mieux se plaindre auprès de la justice.
    Par contre pour nous cela comme tu le dis, « était bien souvent de notre faute » d’après les hommes et même les femmes qui se voilaient la face ne voulant pas imaginer que ces « pauvres hommes » (surtout les leurs !) pouvaient agit ainsi «  »si nous ne les avions pas provoquer!!!
    Je me suis toujours tirée d’affaires toute seule car j’ai vite compris que :
    – les hommes se serreraient les coudes
    – les patrons… étaient bien souvent ceux qui se croyaient tout permis
    – les femmes … au mieux me disaient de ne pas faire de vagues, au pire, qu’après tout je ne devrais pas m’habiller ainsi, sourire, rire etc. Là, je pense qu’il y a aussi de la jalousie……
    – La police où je voulais porter plainte suite à des lettres anonymes très explicites et salaces, ainsi que des appels téléphoniques, m’a même déconseillée de le faire !
    Oui, toutes ces atteintes morales, physiques, que nous avons dû subir me mettent moi aussi en colère aujourd’hui encore.
    Les femmes malheureusement ne sont pas vraiment solidaires.

    • Edmée dit :

      Tu as mis le doigt dessus: les femmes ne sont pas solidaires. Comme tu dis jamais leurs maris ou fils n’auraient fait ça sans qu’on les viole, les saoule et les prenne en traîtrise, c’est bien connu! 🙂 Et tes autres constats sont hélas très justes aussi…

  10. kakushiken dit :

    En tant qu’homme, je vous comprends…
    Je suis un « chat sauvage » parce que j’ai été violé enfant… Le viol, quel qu’il soit et sur qui que ce soit, est une abomination… La menace de viol est pareille à mes yeux ; le harcèlement aussi…
    J’ai vu aussi les dégâts de tels agissement sur ma femme. Au Japon aussi, en Asie, partout dans le monde, ces saligauds de « bande-mou » prennent l’ascendant.
    Navré pour la vulgarité, mais celle-ci porte un message spécifique…
    Je suis intervenu une fois dans l rue… Une jeune femme apeurée cherchait à se sauver d’un type de ce genre… Je lui ai dit de rester derrière moi, d’une voix calme, et j’ai fait face à « l’autre »… Ce n’est pas que j’avais une corpulence puissante,(le type faisait le double de mon poids) mais il a du sentir « quelque chose en moi » qui l’ fait reculer, ricaner peureusement puis tourner les talons…
    Après cela, je me suis esquivé de cette jeune femme qui se confondait en remerciements… Je ne l’avais pas fait pour elle ; mais pour moi…
    Les hommes de dégoûte et j’ai du mal à accepter d’en être un… Parce que je dois rendre des comptes sans cesse, en tant que tel…
    Bon week-end sous la pluie.

    • Edmée dit :

      Une expérience à la fois sinistre et traumatisante… On reste marqué à vie naturellement, l’empreinte de la violence dominatrice ne peut pas partir. Le regard est à jamais voilé. Je ne mets pas tous les hommes dans le même sac, celui des « bande-mous » 🙂 Des violents, des méchants.

      Mais ces épisodes sont, à des niveaux différents en effet, des viols. Un jour un homme m’a embrassée de force. C’était dégoûtant, absolument dégoûtant. J’ai eu beau « me venger », le jeter dehors après l’avoir tabassé avec une règle de plastique (j’étais au bureau) et y trouver de quoi rire en fin de compte, ça reste un moment de pure haine et horreur.

      Tu n’es pas « un homme ». Tu es toi, ce qui fait toute la différence. Bon dimanche

  11. Pierre dit :

    Voilà quelques jours que je lis et relis ce billet, qui m’interpelle, sans savoir comment intervenir…

    Déjà je me dis que, en tant qu’homme, je ne pourrai jamais mesurer pleinement cette crainte rampante et sournoise qui habite les femmes, qui se savent perpétuellement exposées à ce genre d’agressions. Je me dis que j’ai de la chance…

    Je pense aussi à toutes les personnes qui sont objet de discrimination : que ce soit pour leur couleur de peau, leur religion, leur origine, leur orientation sexuelle… et là encore je me dis que j’ai de la chance d’être dans la catégorie « dominante ». En même temps je ressens une sorte de gêne, presque de honte, à être dans cette catégorie-là (homme, blanc, etc…), qui n’a aucun mérite à y être mais s’arroge cependant des droits de supériorité.

    En y réfléchissant bien je me dis qu’il n’y a pas de raison à ce que j’aie honte d’en faire partie et que, au contraire, je peux contribuer « de l’intérieur » à abolir ce qui est véritablement honteux : la perpétuation de ces « privilèges » de brutes.

    • Edmée dit :

      Tu as raison, nous n’avons aucune honte à avoir d’être nés d’un certain côté de la barrière, nous n’y sommes pour rien,et y avons nous aussi notre mission. Comme tu dis… on peut contribuer de l’intérieur et c’est énorme.

      Loin de mon l’idée de penser que « tous les hommes » sont comme ceux que je décris ici. Mais comme on le constate dans les commentaires, ces mésaventures sont loin d’être rares, et elles vont du simple sifflement vulgaire mais pas bien grave (mais sommes-nous sur un podium d’esclaves?) au viol. C’est de toute façon anormal que ça semble.. normal, anodin, pas bien grave…

  12. griseldis dit :

    Chère Edmée, voilà 48h que le lis et relis vos phrases, 48h que je remue mes souvenirs et mes arguments. J’ai écrit un commentaire sitôt effacé car insatisfaite de mes mots. J’essaie encore. J’adhère pleinement à votre billet, il parle pour nous toutes quel que soit notre âge, notre physique, notre passé. S’il est plus aisé et mieux admis de parler de ce type de violence, il me semble qu’il y a aussi une insécurité qui va croissant. Il y a 30 ou 40 ans, une femme accompagnée courait moins de risques qu’à présent et la société civile était davantage éduquée à porter secours, ne croyez-vous pas? Etudiante à Liège dans les années 70, je n’ai jamais senti de danger dans le Carré ou les rues d’Outremeuse. Les jeunes femmes de mon entourage sont à présent plus méfiantes. Est-ce une plus grande publicité autour de certains faits? je n’arrive pas à saisir. Je me méfie du « c’était mieux avant » . Et je n’arrive toujours pas à être satisfaite de ce que j’écris! Merci de votre expression et des commentaires qu’elle a permis.

    • Edmée dit :

      J’ai aussi le sentiment que ça empire, mais il m’est difficile de le dire avec certitude. J’ai aussi eu mes jeunes années dans ces années-là mais… je me suis souvenue hier que la première « main au c… » reçue le fut à Bruxelles près de la gare du midi dont je sortais pour regagner mon pensionnat, j’avais 18 ans et l’agresseur était un petit garçon grassouillet de type « méditerranéen » qui m’avait toisée d’un regard atroce – très dominateur – en s’approchant. Mais on sentait moins le danger jeunes, et on était souvent en groupes. Maintenant je ne suis plus jeune, plus en groupe 🙂 et me sens assez vulnérable et surtout très choquée de ce que mon âge ne change pas grand chose si ce n’est dans le fait que naturellement je vais moins dans les endroits « à risque » (discothèques etc…) et ça arrive moins souvent. En tout cas, étant donné qu’en principe on aurait dû évoluer avec les cinéma, la mode, le comportement accepté des femmes d’aujourd’hui, et que les comportements obscènes n’ont pas changé… quelque part… on a régressé!

      • griseldis dit :

        Il me revient un dessin de Reiser, vieux de 30 ans au moins : une chèvre, en larmes, qui porte plainte pour viol et le gendarme lui répond : « vous les aviez allumés ». C’est cru comme le quotidien l’était au travers du regard de Reiser mais ça reste actuel. A une autre fois, chère Edmée.

      • Edmée dit :

        J’aurais aimé ce dessin comme illustration… c’est tellement ça! A une autre fois, bien volontiers Griseldis 🙂

  13. amandine dit :

    Super et terrible article alors moi c ‘est look garçon manqué mais si jamais cela m’arrive , attention au pauvre type c’est clair, j’ai même des amis masculins qui en ont peur si on fait une sortie ensemble bin voilà je déteste la vulgarité , amitié Edmée

    • Edmée dit :

      Mais on devrait tout simplement se sentir en sécurité en tout cas dans les lieux « sans danger ». Et que nos « appâts’ n’ont pas à être commentés ni touchés comme si nous étions de la viande à plaisir…

  14. bizak dit :

    Un récit bouleversant et triste à la fois. Le cas des femmes agressées, violées, existent malheureusement partout dans le monde et à des degrés divers. Il y’a des pays où c’est le summum de la sauvagerie qui est atteint et le pire c’est que si la femme victime porte plainte, elle est même rejetée par sa propre famille. Je suis homme et pourtant je n’arrive pas à comprendre ces comportements violents, cette dénégation des déclarations la femme quand elle les porte à qui de droit. C’est vrai comme le disait Pierre, on se sent, en tant qu’homme réduit à cette image de frustré, d’incivisme, de comportement de sauvages.Oui l’Education doit s’en saisir pour inclure ce sujet dans le programme scolaire et sans baisser les bras de se battre ensemble pour faire reculer et abolir ces iniquités indignes de l’être humain.
    Bonne fin de journée Edmée

    • Edmée dit :

      Oui, c’est un mal toujours présent et partout présent. De la fille aguicheuse à la dame d’aspect irréprochable, en passant par les petites filles, les vieilles dames (oui…), les moches, les jolies mais pas aguicheuses, personne n’y échappe. Et on a du mal à l’admettre dans des régions comme les nôtres où on penserait que les mentalités sont ouvertes, adaptées à cette image d’une femme seule dans la rue sans un homme garde du corps, mais que nenni…

      Il faut que l’éducation et la législation nous protègent. Et ce n’est pas le cas.

      Merci et bonne fin de journée aussi 🙂

  15. eckatelefil dit :

    Bonsoir Edmée….tout cela est parlant. Adolescente en pleine rue pleine de monde ,un homme veut m’embrasser. Je dis non. Il me suit ,me gifle avec violence ,me plaque contre une vitrine de boutique ,je me débats ,il m’arrache à moitié mon corsage. Il fini par renoncer,je vais voir deux agents de police à quelques pas de là :ils ricanent,disent que c’est une querelle d’amoureux. Je ne suis plus sortie qu’avec un lourd coupe-papier poignard dans mon sac. Sans parler de ceux qui exibaient leur membre virile espérant me tenter . L’horreur !!! Je n’osais plus sortir.
    Amicalement.

    • Edmée dit :

      Voilà, une de plus, et une fois de plus où les protecteurs de la loi sont « trop occupés par des choses sérieuses » pour défendre le citoyen qui les paye pour ça.

      Quant aux exhibitionnistes,ciel, oui! Ils pullulaient. Et là aussi… « oh, vous verrez bien pire quand vous serez mariée, n’en faites pas tout un drame »…

      Amicalement. Plein de commentaires édifiants, je dois dire…

  16. Pâques dit :

    Si j’avais une fille je lui conseillerai de prendre des cours de self défense !
    Moi quand il m’arrivait pareille mésaventure, je hurlais et le gars s’enfuyait sous les regards réprobateurs !!!
    Un jour je me suis fait coincer à mon travail acculée le long d’un mur, j’ai remonté mon genoux vlan ! un coups sec …
    J’entends encore les cris de douleur du malotru, bien fait pour lui hihihi

    • Edmée dit :

      Oui, avec le temps ça donne des histoires amusantes à raconter mais il n’est pas normal que ça arrive. Combien de bureaux où tout le monde sait qu’untel coince les filles dans l’ascenseur ou les couloirs et c’est tout simplement un fait, une info qu’on s’échange, mais personne ne fait rien. On attend des collègues femmes qu’elles se tiennent à l’écart (tout en travaillant avec lui 😦 ) …

      Mais je suis ravie que quelques-uns y aient laissé un cri de douleur!

  17. Pâques dit :

    Oups ! Un coup 😉

  18. C’est quand même incroyable tout cela. Je n’arrive pas à comprendre le comportement de ces hommes et même si je savais qu’il en existait de semblables, je n’imaginais pas que pratiquement toutes les femmes ont dû se défendre contre leurs avances. Moi qui suis plutôt de nature réservée et respectueuse, j’avais plutôt le problème inverse quand j’étais jeune. Je pouvais avoir des amies-amies, mais je n’osais jamais aller plus loin de peur justement de risquer d’offusquer ces demoiselles (ne sachant pas si elles allaient être réceptives ou pas). Du coup je restais seul et les aimais à distance. Je devais être trop romantique :)))

    • Edmée dit :

      Je suis certaine qu’il y a plus d’hommes romantiques ou respectueux (ou les deux) en tout cas dans notre environnement habituel, mais il y a toujours l’hurluberlu de bureau, le satires des bus et métros, les groupe de petits vicieux en chasse, le pervers qui n’attend que l’occasion, et tous ceux qui n’ont aucune idée que le sexe n’est pas uniquement un acte destiné à leur faire plaisir…

      Et comme tu le constates en effet… nous sommes toutes passées par là, et pas une fois en passant, nous avons toutes nos carnets de guerre…

    • eckatelefil dit :

      C’est rare le romantisme ,il y a des femmes qui n’attendent que cela !

      • Edmée dit :

        Je trouve souvent que les hommes sont romantiques. L’homme que j’aime est très romantique, non pas en cadeaux et fleurs etc mais son attachement est très romantique, et son culte de ce que nous sommes l’un pour l’autre… Heureusement qu’il y a ceux-là 🙂

  19. Philippe D dit :

    Je ne peux pas comprendre le comportement de ces hommes ! Il y a certainement quelque chose qui cloche chez eux, une bestialité en veille…

  20. Alain dit :

    Bonjour Edmée. Pour tout avouer j’ai ressenti un profond malaise en lisant cette page. Ces situations, dont certains commentaires appuient avec force ton article, me révoltent au plus haut point. Je viens de voir au Festival de Luchon un téléfilm édifiant qui se rapproche de cette abomination, quand l’acte a été commis. « Elles .. Les Filles du plessis ». C’est un sujet qui me paralyse tant je trouve ignoble, la lâcheté des témoins, celle des familles, et le manque de solidarité par dessus tout. Cette page illustrée par l’affiche du film réalisé par Mohamed Diab, que j’ai vu à sa sortie, est la parfaite illustration de ces injustices. Si tu en as envie je t’envoie le lien de l’article, le dossier de presse était édifiant concernant ces femmes au Caire. http://cinealain.over-blog.com/article-les-femmes-du-bus-678-104656812.html

    • Edmée dit :

      L’origine de cet article est un autre article que j’ai écrit pour un ami au sujet d’un procès qui a lieu à Paris pour le moment (http://www.europe1.fr/faits-divers/le-proces-du-harcelement-dans-la-gendarmerie-devant-la-justice-2660649) et en l’écrivant, cet article, et en lisant le compte-rendu de cette histoire je me suis sentie très agitée et vulnérable. Les nombreuses insultes ou agressions (plus ou moins graves) subies par moi ou des amies me sont remontées comme si on avait ouvert une boite de Pandore. J’ai presque pleuré. Et j’ai pensé que s’en être sorties, les avoir « remis à leur place »… ça ne résolvait rien sinon pour nous ce jour-là. Ca ne devrait tout simplement pas arriver!

      Bonne semaine, Alain …

      • Alain dit :

        Merci pour le lien. Cet article me scandalise. « C’est le procès d’un tabou … » à peine croyable. Mais le respect dans tout ça ? « Ses relations avec son conjoint pâtissent de la situation ». Ne pouvait-il rien faire ou intervenir directement ? Mieux, la protéger tout simplement en portant plainte lui-même. Les pressions doivent être monstrueuses, voire inhumaines. Et quelle que soit la condamnation, cette femme restera meurtrie.

      • Edmée dit :

        Oui… c’est le grand drame. Même si la justice fait sa part, il restera un immense territoire meurtri…

  21. saravati dit :

    Bel article plein de nuances.
    Je crois que deux choses doivent changer : que les hommes soient éduqués dans le vrai respect des femmes et que les femmes doivent apprendre à se défendre mentalement et physiquement, je pense à l’anecdote (si on peut dire) de Colo !
    Moi même à 12 ans, j’ai été agressée dans les dunes où je courais avec mon cousin plus jeune, le type l’a assommé avec sa pelle, puis s’en est pris à moi, je voyais son visage sur moi, j’ai appelé au secours et les parents de mon cousin qui nous suivaient et avaient remarqué le manège sont arrivés. Le jeune s’est enfui. Le lendemain, il y avait une procession le long de la plage, j’ai cru reconnaître mon agresseur parmi les enfants de choeur …je n’ai rien dit à personne car j’avais peur de me tromper !!!

    • Edmée dit :

      Quelle aventure… Une de mes amies de pension a été violée par un chauffeur de taxi qui était chargé de l’accompagner à l’aéroport de Rome où elle prenait l’avion sans ses parents. Elle avait 14 ans. Puis il lui a dit qu’il avait une femme et des enfants, et quand elle est arrivée à Bruxelles il semble que des soupçons pesaient sur le gars car la police attendait avec ses parents, mais elle a dit que rien ne s’était passé… à cause de la femme et des enfants!!!

  22. saravati dit :

    J’oubliais, merci pour le lien, je vais essayer de voir ce film !

  23. Tootsie22 dit :

    La grossièreté et la violence envers les femmes ne datent pas d’hier …
    J’ai le souvenir de ma grand- mère maternelle qui employée de maison à Malo les Bains au début du 20ième siècle qui s’est vue « culbutée » dans un cellier par le fils de la maison et jetée à la porte par la mère » qui « ne voulait pas de ça chez elle » sans même recevoir leur paye avec son baluchon parce qu’enceinte … et elle n’était pas la seule bien malheureusement… Ces « petits salauds » de « bonnes familles » devaient faire leurs « preuves » avant de se marier au détriment de pauvres filles qui n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer…

    • Edmée dit :

      Ma gouvernante Sibylla a connu le même sort dans la famille d’un écrivain – famille trèèèèèèèèèès pieuse! – de Roubaix où elle était en service. Le frère de l’écrivain l’a culbutée et quand elle a été enceinte, on l’a chassée comme une malpropre!

  24. celestine dit :

    Les tags de ton billet parlent d’eux-mêmes: agression, harcèlement, sexe, viol.
    Je n’arrive rien à dire là-dessus, ces mots ont gâché la vie de quelqu’un qui m’est très proche, et cela me met dans une rage et une tristesse au point que tu ne peux imaginer.
    Le monde ira mieux quand certains hommes arrêteront de confondre leur instrument avec une arme.
    baci sorella
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Edmée dit :

      Oui… je sais, ça se résume pratiquement à ça… et une législation sans demi-mesures. Et des femmes solidaires qui ne protestent pas « pas mon mari » ou « pas mon fils » en estimant que forcément, la victime est une salope!

  25. RN 1 dit :

    Je suis là, Edmée, pas de panique !Je vais remettre tout ça en ordre !Avant, une gifle d’une femme sur un homme arrêtait toute tentative osée, sauf les cas extrêmes. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et celle qui essaierait se mettrait en plus grave danger. Où sont les hommes là-dedans ? C’était la question à poser comme tu l’as fait.Espérons que cet horreur sauvage s’éteindra rapidement. Mais autrefois les femmes participaient, dans les milieux populaires, à « l’éducation des hommes ». Ce déficit se retrouve aujourd’hui.

  26. Alain dit :

    Je découvre le dossier de presse pour un film à venir, réalisé par Pablo Agüero, réalisateur et scénariste argentin. Sa dernière phrase concernant l’entretien relatif à ce long-métrage est :

     » Ce nouveau film accroît encore plus mon intérêt pour la passion féminine et approfondit ma conviction qu’après des siècles de soumission, nous sommes entrés dans l’ère de la femme. ».

    Un espoir partagé pour qu’il ne se trompe pas. N’est-ce pas ? Bonne fin de semaine Edmée.

    • Edmée dit :

      Ah oui… je l’espère aussi, merci pour l’information! Personnellement, je me contenterai d’une ère où la femme est considérée comme un être humain comme un autre en dehors de ses vraies relations. Et qu’on ré-inculque le respect que les hommes, un jour ou quelque part, ont eu…

  27. M-Noëlle FARGIER dit :

    Oui, les rustres existent partout et sévissent avec facilité et « normalité » sur les femmes en priorité. Mais les rustres exercent aussi sur d’autres hommes, des femmes rustres également commencent à voir le jour. Ce type de « personnalité » a cette « aptitude » grâce à un pouvoir qu’il a (je pense à un statut hiérarchique quel qu’il soit), à un pouvoir qu’il se crée (effet de groupe), ou il est atteint de troubles psychiatriques. Les rustres (hommes ou femmes) commencent en général par des mots d’un vocabulaire bien particulier, bien gras. Bien que quelquefois sous le couvert d’une certaine culture, ils peuvent être sanglants (j’en ai fait l’expérience). Les rustres continuent par des gestes, des actes qui vont au-delà de ce que l’être dit « humain » est capable de supporter, et pourtant….En bref, le rustre agit par ses paroles ou par ses actes sous le couvert de quelque chose ou quelqu’un, il n’est pas d’un naturel courageux et n’a sûrement aucun respect pour lui-même. Pour l’anéantir, je suggère une éducation familiale qui commence par un bon apprentissage de l’usage des mots, des gestes, des comportements, éducation renforcée par l’éducation scolaire. Et puis, comme le fait si bien Edmée, les dénoncer par écrit et en parler.

    • Edmée dit :

      C’est une bonne analyse. En effet les femmes rustres existent aussi, et les lâches, tu le dis bien, se cachent derrière quelque chose ou quelqu’un ou aussi « il/elle devait bien s »y attendre » (comme si dès lors… leur comportement était parfaitement justifiable…)

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