Quand on aime on ne vieillit pas

L’amour est un élixir. Un souffle de jouvence. Bien sûr on voit les rides, les contours flous, les silhouettes désormais un peu trop courtes, courbées, amplifiées, arrondies… On les voit, ces lignes que la vie a dessinées, et tout ça fait bouillonner la tendresse.

Rogelio de Egusquiza 1845-1915 La fin du bal

Rogelio de Egusquiza 1845-1915 La fin du bal

Mais ça ne touche pas le regard du cœur qui lui, continue de rencontrer ce qui n’a pas changé, ni le bout des doigts qui amoureusement caressent ce qui a bien changé. On sourit avec un amusement réel des pattes d’oies, calvities, pilosités blanchies ou multipliées – ou les deux -, peaux fines comme des ailes de papillons et plissées par le travail des joyeux anniversaires qui se sont succédés en s’imprimant de plus en plus.

Ce n’est pas vieillir, c’est étendre ses racines l’un  vers l’autre et  l’un dans l’autre, en gardant ses branches chacun pour soi.

L’étreinte a gardé toute sa saveur : la tiédeur d’un corps qui reconnaît le nôtre, la main qui enserre notre poignet depuis si longtemps, le nez qui se niche contre notre cou dans le sommeil et souffle doucement, gardant la braise vive et rouge.  Les reliefs de cet être que nous aimons et que nos paumes et narines reconnaissent si délicieusement que le tableau qu’elles nous renvoient est le seul authentique portrait de celui ou celle que nous aimons.

La mort inquiète mais ne fait pas peur. Celui qui partira le fera en se souciant du chagrin qu’il va causer, celui qui restera saura qu’il est le temple de l’autre. L’un contenant l’autre comme au début de l’amour, quand il y a de cela bien longtemps ils étaient jeunes et ignoraient qu’ils aimaient à ce point.

Et dans le sommeil ils se retrouvent et s’attendent. Sans impatience. La vie continue, n’est-ce pas…

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34 réflexions sur “Quand on aime on ne vieillit pas

  1. gazou dit :

    Superbe ! comme j’aime ta façon d’exprimer cet amour qui nous fait vivre et nous garde jeunes et vibrants malgré les rides

  2. eckatelefil dit :

    Chère Edmée qui ouvre sur l’espoir que tout peut être à tout heure des âges de la vie ! ….Merci pour cette page.

    • Edmée dit :

      Merci à toi… C’est en entrant dans la chambre du 3ème âge que l’on réalise combien l’amour nous gâte si nous l’avons gâté…

  3. Quand on aime, chaque instant est une lumière. Tout nous rend heureux, travailler, marcher, manger, regarder…et même vieillir. Je suis si heureuse d’être ce que je suis maintenant, plus encore qu’avant.

  4. Florence dit :

    C’est bien joli ce que tu racontes, et avec une gracieuse peinture de la jeunesse enfuie !
    Cela me fait penser à Roméo Tarchinini et sa Julietta qui s’aiment comme au 1er jour. Qui ne voient pas les ravages du temps mais les charmes de leurs jeunesses. Oui, il y a quelques couples comme ça ! Malheureusement, mon miroir qui me regarde tous les jours n’a pas les yeux du commissaire Tarchinini, il me voit exactement comme je suis devenue… et mon APN aussi d’ailleurs ! Mais bon, comme je ne suis pas à la recherche d’un amoureux, ce n’est pas grave !
    Gros bisous et bonne fin de semaine Edmée !
    Florence

    • Edmée dit :

      Mais j’espère que tu te regardes avec un oeil indulgent, sans penser « ravages du temps » mais « passages du temps »… Car il passe et ne fait pas que prendre: il sème beaucoup!

      Gros bisous chère Florence!

  5. Armelle B. dit :

    Merveilleux texte que mon père aurait tant aimé lire car votre expression de l’amour était la sienne. Il me disait toujours : aimer, c’est aimer de plus en plus.

  6. sandrinelag dit :

    Très joli texte tout chaud, tout plein d’humanité et de bienveillance, simple, rassurant, évident. Cela fait beaucoup de bien de le lire.
    J’ai lu récemment quelque part que l’amour était avant tout l’attention à l’autre. Ton texte l’illustre parfaitement.

    • Edmée dit :

      On ne peut aimer l’autre si on n’a pas appris d’abord à s’aimer soi, non en égoïste mais en observateur strict et indulgent à la fois. Une fois là, aimer l’autre est un pur bonheur, l’aimer par les yeux, les mains, les sourires et ces racines qui s’entrelacent de plus en plus tandis que les ramures poussent côte à côte mais avec des feuillages bien distincts…

  7. saravati dit :

    Eloge d’un amour durable si rare pourtant !
    J’aime beaucoup : « Ce n’est pas vieillir, c’est étendre ses racines l’un vers l’autre et l’un dans l’autre, en gardant ses branches chacun pour soi ». C’est que pour aimer, il faut d’abord s’aimer soi même. Nos racines s’enchevêtrent mais demeurent entières, car la parfaite fusion n’est possible que dans les rêves…

    • Edmée dit :

      Voilà, nous sommes d’accord, il faut s’aimer soi-même et alors la porte pour ouvrir l’autre est ouverte. Il faut aussi savoir prendre soin de soi, ne pas « avoir besoin » de l’autre pour des raisons qui devraient être accessoires mais deviennent le motif réel du couple : être marié, avoir quelqu’un qui cuisine ou plante les clous, avoir un géniteur d’enfants, un gagne-pain…

      Il me semble que de temps en temps on rencontre des gens qui vivent la parfaite fusion mais elle est exceptionnelle. C’est bon aussi d’être différents et de chérir ces différences…

  8. bizak dit :

    Souvent nous confondons l’amour et le désir. L’amour c’est échanger, mais le désir souvent c’est prendre. Comme tu le dis, Edmée, ce n’est pas l’aspect physique seul qui peut engendrer l’amour, même si il n’est pas négligeable. L’amour est un tout, un ensemble, c’est le coeur, c’est l’esprit, le bien être, la confiance, la profondeur des âmes, c’est notre histoire qui peut être ancienne, ou qui commence. L’amour n’est pas toujours palpable, il est furtif, il est sans condition, il nous submerge, il est la lumière d’un beau matin, d’une belle nuit. Il est incommensurable. Il ne s’achète jamais.

    • Edmée dit :

      Le désir est souvent un leurre… si on veut le parer du mot « amour » pour feindre ce même amour jusqu’à l’extinction du désir. Le désir n’est parfois que ça, il a sa fonction mais comme tu dis… il ne faut pas le confondre. L’amour apporte un tout autre désir, une toute autre sensualité. Parfois celle de rien d’autre que de rêver devant une nuque penchée, cette nuque qu’on aime et qu’on caresse du regard…

      • celestine dit :

        Entièrement d’accord avec vous deux. Et l’amour peut être multiple, différent, vibrant, chaud, caressant et s’il est en même temps contemplatif, jubilatoire et rassurant, c’est l’apogée du sentiment.
        ¸¸.•*¨*• ☆

      • Edmée dit :

        Oui… Oh oui! ❤

  9. M-Noëlle FARGIER dit :

    Ma Chère Edmée,
    Comme on se rejoint sur le regard du temps, ce temps qui devient un Ami, un complice. Tu l’écris si bien et je me permets de dire que la joie que tu renvoies, me fait penser que tu le vis.

  10. Alain dit :

    Quel bonheur de lire cette page. Quand ce n’est plus possible « d’étendre ses racines l’un vers l’autre et l’un dans l’autre, en gardant ses branches chacun pour soi » il reste malgré tout l’essentiel. Ce sentiment profond qui permet de continuer sa vie, autrement. Tu as parfaitement raison en écrivant que « dans le sommeil ils se retrouvent et s’attendent. » La vie subsiste avec la force de ce sentiment qui aide celui qui reste, à tenir debout. À s’émerveiller. À savourer sa chance. À continuer d’aimer, finalement.
    Très bon week-end Edmée.
    P.S. J’étais quasi certain que « Les Innocentes » allait te plaire. Merci pour ton commentaire.

    • Edmée dit :

      Oui Alain, je sais que tu connais cet état que tu décris… l’amour, ça semble si ringard de le dire ainsi, mais pourtant… l’amour vrai est immortel!

  11. Tous les couples qui se déchirent devraient lire cela. Un très beau texte.

  12. Tania dit :

    Bonheur de vieillir ensemble et de s’en émerveiller.

  13. Colo dit :

    J’aime beaucoup, car si vrai, « le regard du coeur » qui lui, ne vieillit pas…merci pour ce beau texte, si réconfortant.

  14. Adèle Girard dit :

    Le texte est beau et les commentaires à sa hauteur, je ne peux rien dire de plus!

  15. Angedra dit :

    Entièrement d’accord avec cette description de l’amour. Et cet amour peut se rencontrer à n’importe quel âge, justement car l’amour nous rend beau aux yeux de l’autre… et nous renvoie à notre beauté qui réapparait dans notre miroir.
    L’amour nous fait ressentir des papillons dans le ventre, même si ce ventre n’est plus aussi plat ni la peau aussi satinée qu’au temps de notre jeunesse. Les étincelles sont toujours aussi brillantes lorsque nos peaux se touchent et notre rire claque aussi fort lorsque nous rions ensemble de notre bonheur.
    A souhaiter de connaître cela à chaque personne ne serait-ce qu’une fois dans sa vie !

    • Edmée dit :

      Oui je suis bien d’accord avec toi. C’est bien des ailes que nous donnent ces papillons dans le ventre plat ou usé, et comme tu le dis, les étincelles sont aussi brillantes que dans les jeunes années, ce qu’on découvre avec l’âge, cadeau sans prix que l’on n’attendait pas…

  16. Lauriza dit :

    Vieillir est un privilège quand on s’émerveille comme au premier jour où l’amour nous prend. Les étincelles de l’amour peuvent crépiter toute une vie même quand les rides se sont installés. Seul le regard du cœur est capable de faire cela.

    • Edmée dit :

      Voilà… et le crépitement est presque plus éclatant quand avec le recul on sait que … oui, c’est bien de l’amour, on a de la chance!

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