La porte au nez

StockholmJe sais claquer les portes au nez. J’hésite longuement, j’y pense, abandonne l’idée, y reviens, prends de la distance, me laisse « avoir » une fois de plus, celle de trop, et puis je claque la porte au nez. Bam! Sans l’ombre d’un remords. L’hésitation, je l’ai eue. Et j’ai conclu que je ne voulais plus de cette situation, tout simplement.

Rien n’est « pour toujours » sans qu’on y travaille chaque jour. Je ferme la porte à la situation telle qu’elle est aujourd’hui, envisageant la possibilité que ce soit « pour toujours » mais sans m’imposer solennellement de ne plus jamais changer ma position. La vie est trop surprenante que pour décider que dans cet échange-là, je suis au bout de mes surprises…

Savoir reconnaître qu’une relation est toxique, même si ça fait mal, même si on est taraudé par la petite musique chrétienne qui fait « mais ce n’est pas sa faute, il/elle a eu une enfance malheureuse/une vie difficile/un passage douloureux, ne sait pas empoigner la vie, l’aimer, s’exprimer, ce n’est pas bien de lui tourner le dos… » etc… vient un point où se laisser maltraiter pour qu’un autre puisse donner libre cours à ses rancunes et son mal-être a pas de sens.

Le bien que fait ce « lâcher prise » est sans prix. Peu à peu on cesse même de penser à cette présence hostile du passé, ou alors c’est avec le sentiment d’être hors de cette vie-là, cette vie qui était empoisonnée par le mal de vivre de l’autre. On guérit, on reprend ses billes, et on réalise qu’on marche mieux, qu’on n’a plus mal au ventre, qu’on digère à nouveau des briques, qu’on dort comme un loir, qu’on n’a plus ce petit malaise fugace mais trop perceptible en entendant s’ouvrir la porte d’entrée, sonner le téléphone ou ouvrant un courriel… craignant la malveillance qui n’attend qu’à pouvoir s’exprimer.

Croyez-moi, on peut vivre happily ever after.

Publicités

40 réflexions sur “La porte au nez

  1. Armelle B. dit :

    Oui, les portes qui claquent, Edmée, sont parfois de salubrité personnelle et publique. Vous avez raison, nous ne sommes pas censés tout endurer, d’autant que l’on fait involontairement du mal à l’autre en l’encourageant à rester tel qu’il est.

    • Edmée dit :

      Excellent argument. « Entrer dans le jeu » d’une personne néfaste – à elle-même, autrui ou les deux – l’encourage à le devenir de plus en plus… et donc ne fait de bien à personne!

  2. sandrinelag dit :

    J’adore ce que tu viens d’écrire. Au diable les bons sentiments qui ne servent trop souvent qu’à s’auto-infliger des souffrances inutiles et perdre un temps précieux. Tu as raison, mille fois raison. Ton texte tombe à pic pour moi, il me donne une grande bouffée d’oxygène. Merci.

    • Edmée dit :

      Ah je suis ravie si justement ça te montre ce que tu hésitais à voir. Ca m’arrive aussi qu’un article soit bienfaisant et éclairant, on a souvent tellement peur d’être « mauvais »… mais comme on le dit si bien… l’enfer est pavé de bonnes intentions.

  3. laurehadrien dit :

    Mais quel courage il faut souvent pour laisser là une vie !

    • Edmée dit :

      Oh je le fais. Une vie, dis-tu? Qui se nourrit de la mienne? Aider oui. Mais pas y consacrer ma vie. Aider n’est pas porter sur le dos comme un sac de pierre qui nous conduit au fond du lac… 🙂

  4. blogadrienne dit :

    oui, je vois, je vois très bien…
    bon courage tout de même pour la suite et les éventuels retours de « la petite musique chrétienne » 🙂

  5. Bonne attitude assurément, mais qu’il n’est pas toujours possible de mettre en pratique si on se trouve lié avec la personne (membre de la famille, conjoint, collègue, etc.).

    • Edmée dit :

      Je sais. Parfois il faut « attendre » mais par contre on peut cesser « d’entrer dans le jeu ». Ça, c’est faisable. Et difficile aussi car il y a une résistance de noyé qui proteste « au secours, sans coeur! » 🙂

  6. gazou dit :

    Oui, « ne pas entrer dans le jeu » , ce n’est pas rendre service à l’autre que d’accepter sa malfaisance même inconsciente. Elle est même d’autant plus dangereuse que la personne qui l’exerce n’en a pas conscience

    • Edmée dit :

      J’ai très près de moi le cas de quelqu’un qui au début n’avait pas vraiment conscience mais qui, encouragé par de faciles « oooh pauvre de toi » venus de proches qui voulaient avoir la paix, a fini par se convaincre de choses hallucinantes, mentir pour les « prouver », oublier ou se souvenir de faits selon la nécessité etc… Un vrai gâchis qui finit par pourrir la vie de ces proches qui maintenant sont allés si loin que seule la mort les délivrera. Il est impératif d’avoir le courage de ne pas jouer à ça, sous faute d’avoir une responsabilité bien pire quand le drame explose…

  7. K dit :

    Ah ce bon sens vivifiant à vous lire !
    Personne n’est tenu de subir ou de se sentir coupable si ce n’est pas de son fait, non mais ! La « musique chrétienne » ne rend pas mélomane !
    Et puis à un moment on »sait  » au fond de soi que c’est malsain ou tordu…et on n’a qu’une vie, non ?

    • Edmée dit :

      C’est bien ça… On n’a qu’une vie et nous en sommes responsables. Aider l’humanité peut-être une apostolat, mais pas se faire bouffer par quelques-uns ou quelques-unes qui jouent les vampires dont ce n’est jamais la faute…

  8. Pâques dit :

    Bravo Edmée ! Tu as beaucoup de bon sens et comme le souligne Armelle on fait du mal à l’autre en l’encourageant à rester tel qu’il est …

  9. Angedra dit :

    Le jour où justement nous prenons conscience que nous n’avons qu’une vie et que celle-ci file trop vite, nous savons alors que nous aurons des portes à claquer et que nous devrons le faire afin non pas de survivre, mais de vivre notre vie.
    Nous mettons alors en application cette nécessité quand elle se présente, avec certaines difficultés parfois et quelques critiques de certains, mais un bel horizon dégagé de tout nuage nous promet des lendemains bien plus souriants.

  10. Pierre dit :

    Oui…
    Oui, bien sûr. Je lis ce texte absolument limpide, avec lequel on ne peut qu’être d’accord… et pourtant, je pense aux situations de malentendus. Les situations dans lesquelles chacun pense faire au mieux et en tenant compte de l’autre mais qui, pour d’obscures raisons, partent peu à peu de travers alors que personne ne le souhaite. Sensibilités exacerbées, froissées, heurtées, que le dialogue devrait pouvoir résoudre.
    Je pense alors à la position de ces personnes qui se voient un jour claquer la porte au nez sans comprendre ce qui se passe. Qui voient l’autre devenir hermétique, avec un refus définitif de dialogue. Pas facile alors de se dire qu’il faudra en rester là, avec la douleur de l’incompréhension et l’amertume du malentendu…

    Là aussi il faudra « lâcher prise », et accepter l’impuissance à changer les choses. Si la relation était importante, cela aura un coût probablement assez élevé.

    Cependant tu as raison : « vient un point où se laisser maltraiter pour qu’un autre puisse donner libre cours à ses rancunes et son mal-être a pas de sens. »

    Merci pour ce texte éclairant.

    • Edmée dit :

      Je comprends bien la situation que tu décris. Mais dans ce cas, la porte au nez peut ne pas être définitivement fermée, elle est juste fermée sur un temps de réflexion. Ici tu ne parles pas de relation toxique mais de relation dans un cul de sac. Ça vaut alors la peine de faire une pause, une reprise de conscience, avec des rencontres pour ne pas mettre la clé dans la serrure et décider de si on a parfois envie de jouer dans le jardin ou de parler sur le seuil. Et de lentement… aller mieux.

      Mais quand c’est toxique, il n’y a aucune raison d’en redemander 🙂

  11. Colo dit :

    Comme tout, ou presque a été dit, moi je regarde la porte de ta photo, belle et solide. Et je me dis que la recevoir sur le nez ôte tout envie de revenir…
    Sinon je te peux que saluer, applaudir à ton bon sens.

  12. bizak dit :

    Parfois c’est bon de claquer les portes, ça aurait comme effet déjà de faire réveiller l’autre, l’interpeller! Oh! oh! ça suffit avec tes jérémiades; tu te prends en charge un peu Bon Dieu. Oui certes, il faut être plein de mansuétude, de compréhension, mais il ne faut pas qu’on tire trop sur la corde, quand même.Sinon, forcément, elle finit pas se casser. Oui c’est bon de claquer les portes. Et puis les portes, elles s’ouvrent, elles ! pour les éventuelles prochaines réconciliations, non ? Mais si la corde est cassée, hum, hum!
    Bonne soirée Edmée

    • Edmée dit :

      Claquer une porte est un geste, et une frontière entre le tourmenteur et le tourmenté. Ce qui se passe ensuite dépend surtout du tourmenteur qui peut-être sera capable de changer de comportement et de comprendre.. pour autant que le tourmenté lui fasse (encore) confiance. Mais il y a des portes qui, en effet, ne s’ouvrent plus!

  13. celestine dit :

    Comme je comprends, étant moi-même une claqueuse de porte notoire…
    j’avais écrit un billet un peu de la même veine (on n’est pas soeurs de coeur pour rien) J’en retranscris le dernier paragraphe, qui me semble bien correspondre à la situation que tu évoques.
    « A l’heure qu’il est, je réalise que cela m’arrive moins souvent, tiens oui ? le début de la sérénité, sans doute… A moins que ce ne soit ma grande mansuétude qui me pousse à mieux accepter les travers de mes semblables ? Mais de là à devenir un bonze tibétain sur sa montagne…il y aura encore du grabuge dans la communauté des portes, chaque fois que j’aurai à faire aux toxiques, aux grincheux ou à ceux qui osent tout, comme disait Audiard.
    Ce qui ne m’empêchera jamais de laisser ma porte grande ouverte aux gens que j’aime. »
    baci sorella
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Edmée dit :

      Je pense que c’est une évidence qui vient avec un peu de vécu. Parce que si au début on nous a si bien ressassé les fariboles selon lesquelles « tout finit toujours par s’arranger », « il faut comprendre les autres », « il n’y a pas que nous » etc… on constate que si tout finit toujours par s’arranger, c’est parfois aussi avec plus de désordre qu’avant; que comprendre les autres vaut pour eux aussi, et qu’on nous a aussi bien recommandé d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. On commence par sincèrement se vouloir du bien.

      Et hop!

      Baci sorellita 🙂

  14. Alain dit :

    Belle réflexion que tu nous proposes aujourd’hui. En lisant ces lignes j’ai pensé, que moi aussi j’ai pu être, « une relation toxique ». Si je ne m’en suis jamais rendu compte cette question me taraude maintenant. Pour ce qui de ce « lâcher prise » le bienfait est énorme. Me concernant, les relations sont devenues tellement différentes. Est-ce l’âge, l’habitude de la solitude et de vivre loin de tout ou les portes que la vie s’est chargée de fermer ? Je l’avoue, je me sens moins vulnérable. Sans être d’accord sur tout, les éléments ne me touchent plus de la même façon. Sûrement une manière égoïste de me protéger. Je ne claque plus les portes, mais n’en pousse plus de nouvelles. Mais je retiens cette phrase : « La vie est trop surprenante que pour décider que dans cet échange-là, je suis au bout de mes surprises »…Bonne semaine Edmée.

    • Edmée dit :

      Moi aussi bien entendu j’ai changé avec l’âge. Je pense être restée aussi prompte au partage mais bien plus rapide à freiner à mort si je sens le danger.

      Bonne semaine à toi aussi cher Alain (je suis tardive à répondre mais n’étais pas chez moi…)

  15. Philippe D dit :

    On ne peut pas changer les gens, alors, parfois, on doit changer sa façon de vivre, sa façon d’être, …
    Bonnes vacances. Je pense que tu es partie…

    • Edmée dit :

      Oui Philippe, j’étais partie et suis revenue 🙂 Bien sûr on peut parfois changer soi-même… si ça vaut la peine. Voir les choses autrement. Mais c’est un effort qu’il ne faut pas gaspiller!

  16. Nadine dit :

    Il m’est arrivé à moi aussi de claquer une porte, mais il m’en a fallu du temps pour comprendre que j’avais affaire à une personne toxique et non à une amie. Et j’ai même été assez bête pour accepter de la rouvrir cette porte ! Et j’ai fini par la claquer… définitivement. Tu as raison, ça fait un bien fou !

  17. obni dit :

    Que cela est dit avec élégance ! Bravo ! Il faut savoir claquer des portes, tourner le dos, froncer les sourcils, bailler aux corneilles en écoutant des billevesées… Continuez à vivre !

  18. J’aime bien votre texte. Il faudrait apprendre aux enfants, très tôt, qu’ils peuvent dire non. Et claquer la porte.
    Bonne journée.

    • Edmée dit :

      Oui, c’est « drôle » que l’on insiste tant sur la « gentillesse » qui consiste souvent à une soumission indécente. Etre gentil, c’est aussi savoir dire « non » avant que les choses basculent dans l’insanité pour, éventuellement, sauver quelque chose. En effet, dire non est bien une chose difficile que l’on devrait nous apprendre!

  19. jeanne dit :

    je vient de fermer la porte définitivement
    je l’avais rouverte tant de fois
    à ses demandes insistantes
    là sans un mot
    sans explications
    tout a été dit tant de fois
    plus légère ?
    pas encore….
    merci

    • Edmée dit :

      Oh Jeanne 🙂 ❤ Mais si tu as fais ça, c'est que l'expérience t'a appris que Burton et Taylor, c'était du cinéma, et tu as joué ce rôle d'autres fois mais sans doute une fois de trop. Tu ne crois plus aux réparties.

      Tu ne seras pas plus légère tout de suite, mais… un pétillement de bulles se prépare, discret mais il dit "libre, pshhhhhhht; libre, pshhhhhhht" 🙂 La liberté fait mal au début, c'est un habit qui est trop large… et puis il se fait à nous comme nous nous faisons à lui et c'est bien bon!

      Courage et bravo!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s