Cœurs au beurre noir

On parle désormais très ouvertement de violence conjugale, ou violence tout court. C’est nouveau. On pense souvent, bien à tort, qu’elle ne touche que les « milieux défavorisés », les « drogués ou saoulards », les gens sans manières.

Il y a encore tant à dire.

Autrefois – pas au moyen-âge, mais encore au temps du sex-drug-‘n rock’n roll – la vérité aux hématomes ne sortait pas des murs. Et c’était plus parce qu’on ne dit pas de mal de son mari qu’autre chose. La honte aussi. La peur… peut-être moins au premier stade, car le mari cogneur a toujours su quel costume de scène endosser juste après : soit il est l’homme adorant qui aime sa femme comme personne ne l’aimera jamais, elle est sa reine et sans elle il mourrait… mais il n’a pas su se contrôler, et jure que ça n’arrivera plus, il le jure sur tout son cimetière familial.

Soit il rappelle à l’épouse qu’elle n’a qu’à s’en prendre à elle-même car il lui avait bien dit de (ne pas laisser la porte du garage ouverte, ne pas parler à cette idiote de voisine, ne pas oublier de passer reprendre ses chaussures chez le cordonnier etc…) et qu’elle le sait que ça le met en rogne. C’est sa faute.

Fragonard, 1785 - la gifle

Fragonard – la gifle (1785)

La même version existe pour l’épouse vers l’époux jamais bon à rien, nous en connaissons tous et toutes… Les coups ne retentissent pas mais les mots qui humilient, en revanche, sortent comme crachés par un fusil mitrailleur.

Le conjoint est vu comme la cause de tous les échecs de vie. Sans lui on serait heureux, c’est évident.

Les bleus au cœur se cachent et la morosité s’explique avec des banalités : mal à la tête, pas  de punch pour l’instant, insomnies inexplicables et donc fatigue. Ceux en surface se commentent sur un ton insouciant : quelle idiote, c’est tout moi ça, ouvrir la porte de l’armoire et coller mon œil devant ; bien ma faute, si je ne mets pas mes lunettes il n’est pas étonnant que je m’étale dans le noir ; toujours la même distraite, j’ai glissé sur le tapis du couloir… Et on les croit.

On les croyait en tout cas car il n’y a pas si longtemps que l’on reconnaît les signes malgré le silence.

Mais il n’y a pas que les coups. Il y a les remises en place publiques (mais tais-toi, tu n’y connais rien, de quoi te mêles-tu ?), le système de clan avec les enfants (clins d’yeux quand papa se fâche, ou un venimeux « vous connaissez votre père, il a toujours raison… »).

Avant, on « faisait avec », silencieusement, martyr d’un quotidien infernal et dévalorisant où le seul espoir d’éclaircie était que l’autre parte le premier. On avait beau se dire « c’est pas que je lui souhaite de mourir mais… » et c’est tout juste si on ne souriait pas comme devant une évocation de plage et de palmiers. Mais on savait qu’au fond, on n’avait qu’une chance sur deux, et encore… serait-on encore assez jeune pour en profiter ?

Alors au moins, maintenant, c’est un calvaire qu’on peut fuir sans passer par la case veuvage. Notre époque a du bon…

 

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51 réflexions sur “Cœurs au beurre noir

  1. Texte très noir lui aussi :))
    Heureusement qu’il y a la touche finale, plus optimiste. Mais même aujourd’hui il n’est pas toujours si facile de partir, de quitter l’autre. Que deviendra-t-il, s’en sortira-t-il financièrement (car dans le fond on ne le déteste pas, même s’il ne nous apporte plus grand chose) ? Et puis il y a les enfants. Il faut attendre qu’ils grandissent. Et une fois grands, on se dit qu’il est bien tard pour partir, etc. Bref, mille prétextes qui font que les gens restent finalement ensemble. Par habitude sans doute.

    • Edmée dit :

      Partir n’est pas la seule option. Et pas toujours la meilleure – ça dépend de tant de choses. Mais on peut élargir les barreaux de la cage, patiemment mais sans relâche. « Les habitudes sont faites pour en changer » disait ma mère, cette sage créature 🙂

  2. Hamesse dit :

    La difficutés des relations humaines..bourreaux et victimes ne sont pas toujours dissociables, il n’y a pas toujours les bons et les mauvais, on a tous en nous une part coupable.

    • Edmée dit :

      C’est vrai, très souvent. On joue une pièce à deux avec des rôles pré-établis. Mais parfois l’un prend trop d’ampleur, ha ha ha!

  3. Anonyme dit :

    Menfin zut alors j’avais écrit un commentaire bien senti et il s’est perdu dans les méandres du Net, l’as tu lu Lustucru?…..

    • Edmée dit :

      Oui, le malheureux était en attente de mon jugement souverain, je devais l’approuver, ce que je ne faisais pas puisque pas en ligne 🙂

  4. Angedra dit :

    Pas aussi sûre que toi que beaucoup choisissent aujourd’hui de partir et ne pas attendre la case veuvage !!!
    Nous en connaissons tous, ces couples où la femme se fait « remettre à sa place » lorsqu’elle se permet de diriger une conversation, ou prendre un peu trop la parole, ou encore voir l’homme se lever et prendre son manteau sonnant le départ sans même prendre l’avis de sa femme, ni l’informer de sa décision. La voilà toute penaude, se hâtant de ne pas faire attendre…. Il y a aussi comme tu le dis, les femmes qui parlent de leurs maris comme un « empêcheur de tourner en rond », mais qui restent car « que deviendrait-il sans elle ? »
    Même si aujourd’hui reprendre sa liberté est bien mieux acceptée par la Société, encore faut-il que l’individu sache se libérer. Après tout, certains préfèrent jouer une pièce même ratée mais qui leur donne un rôle, plutôt que de devoir s’inventer leur propre pièce. Plus difficile de créer que de suivre.
    Très belle fin de semaine.

    • Edmée dit :

      Tu as tout à fait raison. Hélas, ha ha ! Lorsque je me suis mariée, je considérais le divorce comme une abomination sans égale. Et mon mariage était une abomination pire. Mais je pensais que « je devais tenir le coup », que « je ne devais pas raconter ce qui se passait sinon mes parents n’aimeraient pas mon mari », « que je ne savais comment m’en sortir seule » etc… Et puis un jour j’ai pensé, tout bas et toute surprise : « j’espère qu’il mourra avant moi que j’aie quelques belles années ». Je m’en suis voulue mais la pensée revenait périodiquement. Alors j’ai compris que c’était sans doute mieux de divorcer que de vivre avec ce désir de mort, léger, mais bien là toute ma vie… 🙂

  5. Florence dit :

    Pas drôle du tout ton texte qui a la couleur du temps ! Je n’aime pas le beurre noir, même en cuisine. Le 1er coup, on ne peut l’éviter car on est pris en traître… Bon… On peut se dire que cela ne recommencera pas… Au second coup, là plus de doute… Si, comme moi on n’aime pas les coups et qu’on ne les cherche pas, on prend ses clics et ses clacs « sans ses claques » et on part sur le champ. Les belles promesses à d’autres, et comment aimer un être qui frappe ? Je ne le pourrai pas une minute ! Je ne peux vivre dans le mal-être et là cela serait encore pire !
    Gros bisous chère Edmée et bonne fin de semaine malgré le mauvais temps revenu !
    Florence

    • Edmée dit :

      Non je sais, ce n’est pas drôle mais c’est aussi une réalité. Et crois-moi, il est difficile de se désengager de relations toxiques. Coups ou mépris. Surtout quand la relation débute tôt dans la vie, on est vite « pris dans le rôle »… Plus tard, on ne nous la fait plus 🙂

      Gros bisous Florence!

  6. Armelle B. dit :

    Je n’ai pas attendu les coups et j’ai bien fait. Je n’avais que 23 ans quand le divorce a été prononcé aux torts réciproques. C’était plus cool et élégant et mieux pour notre petite fille. Je lui ai toujours dit du bien de son père qui était un homme brillant et puis chacun a refait sa vie. Nous avons évité le pire, je pense. Mais il est vrai que bien des couples ont vécu l’enfer parce que le divorce était très mal considéré, il y a seulement quelques décennies de cela. Aujourd’hui il est accordé facilement. Une simple formalité ou presque. Est-ce mieux ? Non, sans doute, car la tentation est grande de divorcer pour un oui ou un non. Et beaucoup d’enfants en pâtissent. Bonne soirée, Edmée.

    • Edmée dit :

      Mais oui, je sais! Il y a le mariage, la romance, la recherche de la perfection, du grand amour Hollywoodien ou à la Jane Austen. Le mariage n’est pas ça, et je suis certaine qu’on peut « survivre au mariage » s’il y a certains ingrédients indispensables : générosité, amitié, loyauté, sympathie (et d’autres choses), qui survivront aux années d’enthousiasme et maintiendront l’amour en place malgré les passages difficiles.

      Mais certains sont d’horribles envoûtements néfastes, et là… je pense que le divorce est une meilleure option, même pour les enfants qui au fond, ne tirent pas grand chose de bon d’un tel mariage alors que deux parents qui ont une chance de respirer est sans doute mieux…

      Bonne soirée aussi!

  7. Stéphane Collin dit :

    Sur ce blog apparemment féministe, je voudrais tout de même laisser un commentaire pour témoigner, et soutenir les maris en gros honnêtes qui subissent parfois une violence non physique mais psychologique, qui parfois atteint des intensités franchement pathogènes de la part de créatures réputées faibles et qui, parfois, à l’abri de cette réputation (parfois injustifiée), commettent insidieusement des actes qui génèrent en face un lot de souffrances néanmoins moins visibles cependant que bien plus atroces d’autant plus qu’impossibles à présenter au monde en vue de quelque réconfort empathique.
    Attention, ceci était un poème.

  8. Je compare volontiers un couple à la vie en société. On essaie de s’adopter. Certains jours, on est heureux et d’autres, on s’enfuirait au bout du monde sur une île déserte ! Et on réfléchit. La fuite pourquoi ? Pour où ? Sauf cas d’extrêmes violences, je suis assez d’avis que les difficultés relationnelles sont des opportunités pour apprendre à grandir soi-même. Finalement, les personnes difficiles ne sont elles pas des personnes en souffrance ? On essaie souvent à tort de les changer pour se sentir bien et on se voit devenir difficile soi-même. Par contre, essayer d’accepter le fait et adopter des attitudes plus adéquates peut parfois résoudre pas mal de problèmes. Il faut une belle dose de volonté mais on grandit. Je reconnais cependant que ce n’est pas à la portée de tout le monde. Dans ce cas, il est préférable de partir et de tenter de tourner la page pour éviter l’engrenage inévitable de la violence qu’elle soit physique, verbale ou psychologique. D’autres problèmes peuvent surgir d’un départ et venir gâcher la quête de bien être à laquelle on aspirait. C’est un choix et chacun choisit en fonction de son vécu. Merci pour ce sujet Edmée. Je t’embrasse.

    • Edmée dit :

      C’est en effet une école de vie aussi, et je suis d’accord que la solution de partir ou de divorcer est loin d’être toujours la bonne. Chacun d’ailleurs est seul à savoir ce qu’il endure dans son couple et ce qu’il peut endurer, ou est prêt à endurer. Et pourquoi.

      Ici je parle de violence et là, heureux/ses ceux et celles qui s’en délivrent, parce que toute une vie ainsi n’est pas tolérable, ni digne. Et on ne peut y grandir car c’est loin d’être une « difficulté anodine ».

      Il n’y a pas une recette, mais il me semble que le mot magique pourrait peut-être être « respect ». On doit se respecter et respecter l’autre. Si on n’est pas respecté ou qu’il n’est plus possible de respecter l’autre… il faut prendre des arrangements. Et ils varieront pour tout le monde. Trop de formules existent 🙂

      Bises et merci pour ton apport!

  9. Maya dit :

    Vous lire à nouveau est un grand plaisir. je me suis fait amener mon ordinateur au centre de rééducation fonctionnelle où je me trouve pour un moment. Tout ça pour vous dire qu’en ce qui me concerne je parlerai de violence administrative, celle qui broie les individus, les passe à la formateuse, dévore leur vie et les vomit….

    • Edmée dit :

      Je viens de lire votre billet et suis horrifiée. C’est en effet une véritable violence, on ne peut appeler ça autrement… Courage!

  10. kakushiken dit :

    Texte compliqué qui s’imbrique dans le précédent…
    Tout n’est pas blanc ou noir, la connexion toxique sied parfois aux deux partis pour des raisons d’immaturité.
    Il y a aussi la dictature de l’un ou de l’autre sur le, la, partenaire… Un vrai patchwork d’interconnexions qui donne le vertige.
    Et aussi une multitude d’attitudes face à la situation : fuir par facilité, par lâcheté, par fatigue ?… Faire face par colère, lucidité, compassion ?…
    Cette relation n’existe qu’à deux. Dominants et dominés ne jouent que des rôles pré-établis, convenus d’avance… Tout acte de théâtre se joue et se conclu à deux.
    Un seul biaise la scène, interrompt un processus qui devient inachevé et qui se répètera…
    C’est juste mon avis.

  11. Edmée dit :

    Je suis d’accord mais c’est moins net il me semble.

    Si je prends mon cas, j’ai épousé – jeune- un jeune homme mal dans sa peau qui très vite est devenu violent bien avant le mariage. Ma famille connaissait alors des difficultés ce qui fit que je n’avais aucun support, c’était un moment où j’étais abandonnée en haute mer 🙂 .

    Il a vite profité de la faille, me critiquant, me déstabilisant, m’humiliant, me tapant et puis me jurant que tout était pour mon bien et qu’il m’adorait. Je ne l’aimais pas du tout.

    Alors diras-tu, j’étais complice. Oui, mais à l’époque j’aurais eu besoin de points forts dans ma vie, qui n’existaient pas. J’ai vraiment eu l’impression de n’avoir aucun choix. (Plus tard j’ai expliqué à mon père que c’était pratiquement : l’épouser ou me suicider).

    Après deux ans de mariage et un dernier passage à tabac, je l’ai quitté… dans la rue! Le tout m’a pris ans de vie. Aussi je sais que c’est difficile, et secret, et pervers.

    Mais ton avis est juste… sauf qu’il y a tant de cas de figures…

  12. Colo dit :

    Oui, oui, tout cela est vrai.
    Je me disais, en revenant ici aujourd’hui qu’il faudrait, jeune, qu’on nous inculque à tous et toutes les limites de ce qui est acceptable et pas. Je lisais un article dans une journal espagnol l’autre jour: « Ados, jeunes, tous, il n’est pas normal que votre petit ami, fiancé, femme, mari…s’empare de votre téléphone (ou Iphone) et y lise vos messages ». Comme il n’est pas normal qu’on fouille nos poches ou sacs etc…Commencer par là aiderait bien des personnes en danger…
    Merci d’aborder ce sujet difficile.

    • Edmée dit :

      Tu as tellement raison aussi… comme si le lien sentimental donnait droit à un contrôle. Alors que sans confiance, je ne vois pas où on espère aller, ni combien de temps…

      Mon fiancé jaloux me faisait des scènes en prétendant que je faisais semblant de regarder les vitrines alors qu’en réalité… je regardais le reflet des garçons qui passaient sur le trottoir!!! 😦 Et moi, idiote je me suis retrouvée peu à peu en train… d’éviter des histoires. Et me suis emprisonnée pour avoir la paix. Heureusement que j’ai explosé 😀

  13. gazou dit :

    Oui, le divorce est plus aisé aujourd’hui alors qu’il était souvent quasi impossible auparavant…Cela ne résout pas tous les problèmes…Certains se libèrent de liens qui les emprisonnaient …mais ils ne supportent pas leur solitude et se créent rapidement de nouveaux liens qui les emprisonnent tout autant et ils recommencent les mêmes erreurs…La vie à deux ne convient pas à tous…Et puis il faut savoir s’affirmer tout en respectant l’autre…Toute notre vie, nous avons à progresser pour vivre des relations vivifiantes
    Merci pour toutes les réflexions que tu partages avec nous

    • Edmée dit :

      Exact… si on ne peut vivre seul, on risque de tomber dans la même histoire à nouveau. L’idéal est de savoir vivre et s’épanouir seul pour ainsi avoir un choix. Du temps. Du recul. Et quand on vit « ensemble »,effectivement progresser, et ne pas emprisonner.

  14. Alain dit :

    Chère Edmée tu signe, et frappes un nouveau « grand coup »! Tu t’en doutes, et pour d’autres raisons, j’adhère complètement à cette douloureuse réflexion que tu délivres sans te départir de ton humour toujours malicieux.

  15. k dit :

    Encore bien vu ! Et l’introduction nous rappelle opportunément qu’il ne faut point être simplistes ou simplificateur – déterminisme social – et ne pas se fier aux apparences.
    L’ensemble interroge notre rapport au monde et notre rapport à l’autre, le fait-on encore suffisamment ?

    • Edmée dit :

      Mon idée est que de nos jours on attend du mariage des choses qui autrefois étaient vues comme « un coup de chance ». Les mariages étaient arrangés, plus ou moins sévèrement mais même à la campagne on « mariait » les jeunes-gens selon les décisions des parents.

      Je ne dis pas que c’était bien, je dis que c’était comme ça.

      Mais donc le mariage durait plus facilement en général parce qu’il y avait les « arrangements » (combien d’heureux confesseurs et de veuves méritantes n’en ont pas fait partie 🙂 ) et surtout… on n’était pas collés ensemble tout le temps. Les femmes avaient leurs loisirs de femmes et les hommes les leurs. Certains d’ailleurs avaient surtout leur travail de femme ou d’homme et avaient peu de temps pour s’empoigner.

      Le mariage d’amour est une belle chose mais pas toujours sage car ce qu’on appelle « amour » est un bouillon avec beaucoup d’ingrédients, et ensuite… comme disent les Italiens : O mangi ‘stà minestra, o salti dalla finestra. Ou tu manges cette soupe ou tu sautes par la fenêtre 🙂

  16. blogadrienne dit :

    aujourd’hui encore, j’en connais qui subissent et ne partent pas, retenues par toutes sortes de raisons, chantage affectif, peur du pire, situation financière etc.
    (moi-même ne l’ai jamais dit à personne, pas même à l’amie qui un jour s’est inquiétée d’une marque trop visible: j’ai prétexté m’être cognée à la table de nuit en me levant sans allumer… et tu vois, même ici j’ai hésité deux jours entiers avant de me décider si j’allais le dire ou pas… c’est ça, la honte, même dix ans après)

    • Edmée dit :

      Bienvenue au club 🙂 Le tourmenteur arrive à faire peur, faire imaginer un avenir sans lui encore pire qu’avec lui, et là… ça fait hésiter!

  17. sandrinelag dit :

    Il paraît qu’il y a des hommes battus. Physiquement. Des hommes qui se prennent des coups par leur femme. Des hommes avec des gnons, des bleus, des arcades sourcilières éclatées. C’est fascinant…

    • Edmée dit :

      J’en ai connu un. Sa femme le battait comme plâtre et le terrorisait, le jetait dehors puis lui reprochait d’être parti. Ses jambes (à lui) étaient couvertes d’hématomes car elle lui donnait des coups de pieds. Il revenait toujours à la niche. La mort l’a délivré…

      Les femmes sont violentes aussi, la violence n’a ni sexe ni milieu social. Elle naît de la colère.

  18. La situation a évolué car les femmes ont désormais leur propre indépendance financière (ce qui n’était pas le cas il y a 2-3 générations) et il y a moins de tabous autour des conventions. Mais un des aspects dont on a peu parlé, et qui joue un rôle non négligeable : beaucoup de femmes attendent que leurs enfants grandissent afin que cette violence ne se retourne pas contre eux (en cas de garde séparée). J’ai le cas de plusieurs connaissances qui ont même attendu le mariage de leurs propres enfants pour divorcer être sûres qu’ils ne vivraient pas sous le même toit que leur père violent.

    Bon week-end de la Pentecôte.

    • Edmée dit :

      Vrai que c’est aussi un aspect des choses… les enfants. Maintenant, si la violence est établie, je doute qu’il y ait des gardes séparées. Mais chaque cas est une histoire.

      L’indépendance financière est une chose mais il y a aussi l’indépendance psychologique, et encore trop souvent les femmes sont étrangement dépendantes de leur statut de « femme qui a un homme », sans quoi elles se prennent pour des laissées pour compte, et ce encore aujourd’hui. Beaucoup d’ailleurs, n’ont aucune envie d’une indépendance, car elles ont peur des responsabilités.

      Bonne Pentecôte à toi aussi!

  19. Pâques dit :

    Belle réflexion !
    Tu as très bien réagi en abandonnant cet individu violent et jaloux.
    La violence physique ou verbale est intolérable, quand la situation perdure des années … celui qui reste doit être un peu maso … et dans ce cas c’est son problème ;-(

    • Edmée dit :

      Maso ou trop effrayé par un monde à affronter seul. Mais en tout cas personne ne peut sauver personne contre son gré, et effectivement… c’est son problème, sa vie, ses options, ses choix d’innombrables obstacles qu’il refuse d’affronter.

  20. Tania dit :

    Tu fais bien d’aborder ce sujet ouvertement, cette violence dans le couple reste malheureusement trop souvent d’actualité malgré toutes les campagnes de prévention. Physique. Verbale.
    Quand on la devine, quand on en recueille la confidence, il n’est pas si évident de bien réagir. Je me souviens d’une femme à qui j’avais parlé de refuges pour femmes battues et qui m’en a terriblement voulu de ce conseil – qu’elle a fini par suivre, mais dans un si triste état que sa vie en a été écourtée.

    • Edmée dit :

      C’est en effet un sujet tabou. On protège le secret. Je me souviens que je ne parlais pas (d’où la surprise générale quand j’ai quitté mon mari, naturellement!!!) pour que mes parents et amis ne se mettent pas contre lui. Or, il est clair qu’ayant peur de lui, je ne l’aimais pas, j’essayais juste d’éviter les bagarres. Donc moi je ne l’aimais pas mais je ne voulais pas le livrer au jugement des autres…

      C’est très complexe

  21. eckatelefil dit :

    Ce n’est pas si simple…Partir,il faut pouvoir…Souvent des problèmes financiers. La peur du regard des autres…La peur d’un drame.
    Amitiés.

    • Edmée dit :

      Bien sûr, c’est loin d’être simple, et rester semble toujours plus facile à court terme. Mais moi je raisonnais ainsi: est-ce que je préfère vivre l’enfer pendant un an et savoir que mon avenir ne sera plus comme le présent que je vis, ou est-ce que je veux subir ça pour toujours?

      La réponse s’imposait. Pour toujours… tu imagines? Car vient un temps où malgré les promesses on sait que non, ça n’ira pas mieux quand et si… 🙂

      • eckatelefil dit :

        Edmée ,ma mère n’a jamais voulu quitter mon père malgré qu’elle vivait très mal l’ambiance. Elle a refusé l’aide que lui proposait sa famille , et moi ,je luis disais que ce serait mieux…si nous n’avions pas à subire un tyran qui interdisait tout…
        Sans doute l’aimait-elle pour le pire…Jamais ils ne se sont séparés.
        Amitiés

      • Edmée dit :

        Je sais… On ne comprend pas toujours ce qui fait que les gens ne partent pas. On ne sait pas ce qu’il y a en eux, de profond, de tenace… Amitiés…

  22. Françoise dit :

    A propos d’un autre sujet que la violence conjugale, je discutais l’autre jour avec mon fils aîné sur ce qui arrivait à son frère actuellement et dont je t’ai parlé dans le billet précédent. Mon fils concerné ne voulait pas, au départ, ébruiter ce qui lui arrivait, il ne voulait même pas en parler à son frère, et pourtant on voyait bien qu’il maigrissait, et qu’il n’allait pas bien. Mon fils aîné, une fois que je l’ai eu mis au courant, me disait que lorsqu’il y avait danger de vie, il ne fallait pas hésiter à dévoiler un « secret » pour la sécurité de la personne elle-même, et j’ai pensé qu’il avait bien raison. Je pense que si l’une de mes amies m’avait confié être une femme battue, je n’aurais pas pu le garder pour moi, et j’en aurais parlé, on sait bien qu’une femme battue est en danger de mort et qu’il faut parfois agir rapidement.
    Merci pour ce billet encore si intéressant, Edmée. Bel après-midi ensoleillé à toi.

    • Edmée dit :

      Je pense aussi qu’il faut oser en parler et dire qu’on en a parlé, même si ça peut « fâcher » ou déranger pendant un premier temps. Ensuite,, on est tous là pour aider, vraiment aider, sans faux semblants. Il vaut mieux risquer un petit éclat et libérer du devoir de secret que se faire complices et laisser des vies perdre tout sens. La famille, elle est là pour ouvrir ses bras en cas de coups durs… les amis aussi. La vérité fait toujours moins mal que les mensonges…

      Merci pour tes commentaires intéressants… et bonne soirée!

  23. celestine dit :

    Comme dit Jean D’Ormesson, « le mariage, c’est pas mal, si on arrive à tenir les quarante premières années »…
    « Tenir »…rien que le mot fait peur…Tenir comme quand on est suspendu au-dessus du vide par une simple corde?
    Tenir comme quand on serre les dents au moment de se faire extirper une balle ?
    Tenir bon comme un bateau dans les tempêtes…
    Bref, je serais assez pour des CDD reconductibles…Ça ferait moins peur aux jeunes…
    ¸¸.•*¨*• ☆

  24. Edmée dit :

    Oui… « tenir » est un mot qui fait un peu peur 🙂

  25. Pivoine dit :

    C’est intéressant de lire tous ces témoignages, merci à ceux et celles qui ont parlé. Je me suis beaucoup investie dans la prévention, (par le biais d’un dossier pédagogique, malheureusement censuré en partie pour ce qui concernait la violence conjugale, censuré par des hommes justement) – j’ai entendu des histoires jusqu’au jour où j’ai été moi-même concernée… Je n’ai pas attendu pour partir – il est vrai que c’était le point final à une escalade de la violence – bien connue, d’abord morale et psychologique, verbale, puis financière et sexuelle et enfin, physique, pouvant aboutir à la folie ou à la mort… Mais j’avais un point de chute. Curieux, car j’étais en plein processus d’épanouissement littéraire, à l’époque, et cela a été brisé net, (sauf qu’il y a eu les blogues après)… Et cela a fait des ravages autour de moi, j’ai perdu des amis, des membres de ma famille – tout s’est reconstruit après, y compris la relation avec mon fils… Et j’ai trouvé une autre manière de m’exprimer. Je fréquentais des milieux littéraires et poétiques, et mon ex-mari m’en a tout simplement expulsée en prenant ma place, avec la complicité des présidents, secrétaires, etc. Mais je n’ai pas oublié et tout ceci me remet tant de désillusions en mémoire… Je crois que la meilleure chose qu’on puisse faire est de partir, le plus vite possible, si c’est possible financièrement, bien sûr… Et de travailler sur soi. Et bien sûr, cela n’exclut pas qu’on peut retomber dans des relations toxiques, cela m’est arrivé, mais j’ai un caractère aventureux o;) toutefois, j’ai appris à me dégager de ces relations et indépendamment de cela, j’ai eu la chance de vivre une amitié hors du commun… J’ai finalement eu de la chance. Mais qui -comme me l’a dit un jour mon fils – qui, parmi les personnes de nos générations, ne véhicule pas ses blessures… Ses gouffres, ses cicatrices…

    • Edmée dit :

      C’est tout à fait vrai, chaque personne a son histoire, celle qu’elle ne dit pas est la plus éclairante. J’ai aussi échappé à la mort (sans doute, tôt ou tard) par violence conjugale, et en effet j’ai de nouveau frôlé des relations toxiques mais n’y suis pas restée. En effet on peut être amenée à tout reconstruire, mais on reconstruit autrement… avec ses propres plans.

  26. Pivoine dit :

    Post scriptum, lorsque je militais, on insistait sur le fait que la violence traversait tous les milieux, y compris les milieux intellectuels ou académiques. Une militante avait dit, devant une assemblée de militants laïques « ici même, à cet endroit, il y a des hommes qui violentent leur compagne ». L’inverse est vrai, mais dans une moindre mesure, je pense… La violence de l’autre peut déteindre sur soi aussi. Et puis, il y a de la violence aussi dans les couples hommes/hommes et femmes/femmes… Pas simple !

    • Edmée dit :

      Finalement tout le monde n’est pas fait pour vivre en couple, mais la logique sociale nous y pousse tous, ou presque tous.

      La violence des femmes envers les époux est plus rarement physique et me fait beaucoup de peine car elle ne se voit pas; ou ne semble pas menaçante, mais d’un homme accommodant et peu affirmé elles font un zombie et le lui reprochent, l’en narguent éternellement. C’est toute une vie de moqueries, d’insatisfactions exprimées (et partagées par un public de proches qui se laissent tromper par le sourire résigné de la victime: on peut le dire devant lui, va, il rit avec nous…

      C’est très sournois et détruit l’image que les enfants ont d’un père, que l’entourage a d’un homme, que cet homme a de lui, dont la vie devient un suicide au goutte à goutte…

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