Frozen Love

Quand un amour finit de mort naturelle, violente ou … d’extinction des feux, on peut à nouveau donner tout son cœur à un nouvel amour après le temps de larmes et de deuil nécessaire. On n’oublie pas, mais on a la raison comme baume. Et cette raison vient à la rescousse lors des flash-backs apportés par un lieu, une chanson, une rencontre.

On sait qu’on a essayé et… que ça ne pouvait marcher. Que ça n’a pas marché. Parfois même, des années après, on peut ajouter « ouf ! » à cette constatation.

On avance avec confiance vers de nouveaux demain et après-demain.

Mais quand l’amour a été soudainement immobilisé, sur un regard que parfois on n’a même pas su être le dernier, ou par un bloc de glace s’effondrant sur les amoureux pour les y conserver dans l’attente de ce qui allait suivre… et ne suit pas, on ne peut pas vraiment aller de l’avant. Comment oublier cette sérénade inachevée, ce manuscrit resté en friche, cette pulsion de jeunesse et d’avenir désormais enclos dans le tiroir des instants perdus ?

as time goes byCe à demain qui ne se concrétise pas, ce coup de fil qui n’a pas eu lieu, cette lettre qui s’est perdue (thème du feuilleton anglais As Time Goes By, où deux amoureux d’antan se retrouvent à l’âge de la retraite, s’étant perdus à cause d’une lettre pas arrivée – et crue pas envoyée !), un malentendu, une malveillance d’autrui… et cette question lancinante qui désormais restera associée à ces souvenirs : pourquoi ?

On ne guérit pas de cette question. On ne guérit jamais non plus de la coupure venue de la main du destin et non de la nôtre.

Et quelle que soit la vie qu’on a bâtie par la suite, aussi sincèrement qu’on l’a pu, croyant oublier pendant de longues périodes que cette question ne cesse de creuser sa galerie, si des retrouvailles ont lieu elles ont les effets d’un cataclysme naturel. Car c’est alors que l’amour en suspens va briser sa coque de glace avec l’impétuosité d’une éruption de lave.

Pour vivre et mourir de mort naturelle ou extinction des feux ou… enfin prendre sa place en pleine lumière, cette transfiguration dont on dit, entre autre, qu’elle donne un sens à la vie.

D’une manière ou d’une autre, il faudra affronter la question, ses réponses, et alterner souffrances et grand bonheur. Qui peut-être ne vont pas l’un sans l’autre : gare à qui craint la souffrance car il n’aura pas son revers, la joie de vivre de tous ses pores, de tous ses regards, de toutes les faims à assouvir dans le bonheur…

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37 réflexions sur “Frozen Love

  1. Armelle B. dit :

    Un bel article sur un amour perdu et retrouvé. Cela peut arriver. Cela peut redonner sens à une vie.

  2. Angedra dit :

    Tu as entièrement raison, les pourquoi ? empêchent bien souvent d’avancer et de s’ouvrir à d’autres amours.
    C’est pour cela que je ne comprends pas que l’on n’aille pas chercher sa réponse. Attendre, espérer… bien souvent cela n’est qu’une façon de reculer devant la peur de ne pas avoir la réponse que l’on espère.
    Mieux vaut une coupure qui nous fait bien saigner mais qui cicatrisera bien plus vite que ce Pourquoi ?
    Lorsque nous désirons une chose, nous devons nous en donner les moyens et aller la chercher.
    Les regrets, les questions restées sans réponse, sont des poisons qui empêchent beaucoup de gens de voir le bonheur qui est à la portée de leurs mains.

    • Edmée dit :

      Oui, il faudrait pouvoir… oser. Mais parfois peut-être aussi les malentendus, et la frustration qu’ils causent, font-ils que l’on se croit plus fort que l’on est et pense pouvoir oublier…

  3. claudecolson dit :

    Tant que l’on est dans ce temps de latence, on n’oublie pas en fait, même si on le croit ou l’espère : la nuit, des années après, des décennies même, nos rêves viennent, rarement mais parfois, nous rappeler l’histoire inachevée.

  4. Georges Simenon dit dans ses Mémoires avoir vécu « cela » des centaines de fois, lui ; pas toutes avec la même profondeur, évidemment, mais quel personnage… quand même que cet ex-concitoyen liégeois ! Qu’un de mes oncles qui l’avait eu comme élève au Collège Saint-Servais où il avait été professeur, m’avait dit de ne pas lire quand il m’avait vu le faire pour la première fois au cours des année quarante (mon premier Maigret, je pense !), car « Il n’était pas très bon en orthographe », m’avait-il dit !!! C’est beau l’histoire, ici avec un petit h, HEIN !

  5. celestine dit :

    C’est très vrai. Un amour arrêté en plein vol, c’est comme la mort d’un enfant. Quelque chose d’anti-naturel qui n’est pas dans l’ordre des choses.
    Et quand cet arrêt est dû à une lettre non reçue ou tout autre manigance incroyable du hasard, c’est vraiment ce qu’il y a de pire…
    A moins que ce hasard n’en soit pas tout à fait un, et que l’on finisse par se dire que cela nous a évité bien des souffrances, et qu’il a mieux valu que cela s’arrête.
    Je n’ai pas vu le film, mais il me rappelle l’histoire vraie d’un ami à moi qui a mis fin à un amour à cause d’un mot mal écrit dans une lettre.
    Et qui s’en est aperçu cinquante ans plus tard…
    C’était évidemment trop tard, mais cela leur a laissé à chacun un goût amer dans la bouche…
    Baci sorellita
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Edmée dit :

      Oui peut-être parfois y-a-t-il là-dedans la patte du destin qui sait ce qu’il fait… mais on n’en guérit pas… Constater de soi-même qu’il valait mieux que ça s’arrête est mieux que ne jamais le savoir… 🙂

  6. Florence dit :

    Oui Edmée, si nous n’avons pas de grosses souffrances, nous n’avons pas de grands bonheurs. Nous avons une vie tiède. Mais est-ce ça la vie ? Pour moi non !
    Oui aussi : nous sommes bien frustrés et parfois inconsolables lorsque nous n’avons pas organisé nous même la rupture. C’est toujours dur de perdre un être cher et même si la vie continue et cautérise la blessure, elle fait toujours mal lorsqu’on y pense, comme les vieilles cassures lorsqu’il va pleuvoir.
    Je suis seule, attendant Paul qui est en visite médicale, le ciel est plein de nuages grachouilleurs, la température s’est refroidie, les actualités sont cauchemardesques et Edmée me met la larme à l’œil ! Vilaine matinée !
    Gros bisous quand même bien-sûr, mais pas bien gais !
    Florence

    • Edmée dit :

      Je ne suis pas non plus en faveur d’une vie tiède qui nous apprend la résignation, l’égocentrisme, le repli. Il faut oser vivre, et ça fait souvent mal, mais au moins on n’est pas ballottés dans des évènements qui ont le dessus sur nous. On exerce un (certain) contrôle malgré tout… et on fait ses propres « bêtises » et pas celles que la « sagesse » nous impose!

      J’espère que Paul aura de bonnes nouvelles à te donner, et que ton humeur remontera en flèche vers un beau ciel bleu!

      Gros bisous!

  7. Cette lettre envoyée et perdue, c’est aussi le thème de « Manon des sources » de Pagnol. A la fin du livre, le « Papet » apprend un peu tard que la fiancée qu’il avait dû laisser pour partir au service militaire était enceinte de lui. Ne l’ayant jamais su, il ne s’est pas manifesté et elle en a épousé un autre. Il n’apprend les faits que 50 ans plus tard.

  8. Un sujet très vaste qui va générer surement plein de « mots » et de « maux »…….A une époque pas si lointaine ce sujet m’avait inspiré la phrase suivante…. » Aimer n’est pas une profession. Pourtant beaucoup changent souvent d’employeurs. » ……J’ai la net impression que ce simple sujet vous en feriez un livre entier.Je vous avoue que moi j’en ferai ……deux livres.

    • Edmée dit :

      On n’a pas toujours la chance d’aimer celui où celle qui semble crée(e) pour nous. Alors on fait ce qu’on peut… ou ce qu’on veut. Aimer est un incroyable bien-être et bien-vivre, même si la douleur fait partie des ingrédients…

  9. bizak dit :

    Ce sont les choses de la vie, et les sentiments humains peuvent être certes versatiles, mais nous savons aussi, que le destin, surtout dans le passé avec nos traditions obsolètes, est souvent actionné volontairement par les mauvaises langues. Maintenant si on change d’employeur comme l’a dit Lagane, il faut plutôt en vouloir aux hommes beaucoup plus qu’aux femmes, qui ont cette manie de considérer l’autre comme une propriété ou une employée.

    • Edmée dit :

      Oui… les mauvaises langues font bien du dégât. Et oui aussi, certains hommes voient leur femme comme une gouvernante de luxe qui, si elle est belle et douée, fait leur fierté à eux. Mais des femmes voient l’homme parfois comme un géniteur, et quelqu’un qui « prendra soin de sa progéniture » et donc d’elles quoi qu’il arrive. Ce sont des mariages, et pas des couples 🙂

  10. Pâques dit :

    Se retrouver ! C’est toute la magie de la vie et j’en connais qui ont cette chance !!! 😉

  11. sandrinelag dit :

    Aaah! l’amour, l’amour… Biologie et culture, peut-être une touche de surnaturel aussi. On en sait peu finalement.

    • Edmée dit :

      Il y a des siècles qu’on en parle et en effet, on sait bien peu. Chacun sa propre histoire… chacun son propre mystère. Surnaturel oui, sans doute aussi! 🙂

  12. J’ai deux exemples de couples à qui c’est arrivé! Ah, l’amour, un sujet qu’on n’est pas prêt d’avoir épuisé… Bon week-end Edmée.

  13. gazou dit :

    Oui, je crois que si l’on se protège trop de la souffrance, on ne peut pas non plus éprouver de grandes joies, on attiédit tout ce que l’on vit

  14. Hécate dit :

    Terrible une lettre perdue !

    • Edmée dit :

      Oui… mais dans ce feuilleton très British ils ont la chance de se retrouver, lui divorcé et elle veuve (la morale est sauve 🙂 )… Le destin a très bien sauvé la mise pour ces deux-là 😀

  15. Alain dit :

    Pendant toute la lecture de cette page, j’ai pensé à un film. « An Affair To Remember ». Avec cette happy end qui guérit « la coupure venue de la main du destin ».
    Pour ma part, les chemins obscurs que l’on traverse après un amour qui se termine, de quelque façon que ce soit, sont autant de voies possibles pour retourner vers la lumière. Ils sont douloureux, certes, mais indispensables pour mieux se reconstruire. Chaque histoire est différente. Chacun fait son deuil à sa manière. La destinée de chacun varie, mais nous sommes sur terre pour vivre. J’ai toujours eu la chance d’entrevoir la lumière, y compris aux moments les plus sombres de ma vie.
    Un grain de folie peut-être !

    • Edmée dit :

      Je vois très bien le film, avec Deborah Kerr… que de larmes délicieusement versées 🙂 Ca finissait bien!

      Oui, toute fin est un chemin, tu as raison. Mais quand l’amour reste suspendu là, quelque part, sans qu’on sache pourquoi, on va de l’avant naturellement, mais quelque chose reste comme un fantôme.

      Il faut être un peu fous, c à d très vivants, pour rester à bord 🙂

  16. kakushiken dit :

    Il semble que mon commentaire se soit perdu dans les limbes du net… Tant pis. je ne le reproduirai pas, considérant cette perte comme un signe à ne pas réagir…
    sourire

    • Edmée dit :

      En effet il a dû être avalé par un génie protecteur 🙂 … car il n’est pas dans les indésirables! Il s’est indésiré par magie…

  17. Colo dit :

    J’arrive bien tard!
    J’ai connu moi aussi des gens qui se sont retrouvés et re-aimés follement 30 ans plus tard.
    Y a-t-il un nombre maximum de fois pour être amoureux? Que nenni:-))
    Tout est possible, et toujours, je crois, si l’on ne met pas de barrières…Bonne soirée Edmée.

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