Grand défi d’amour…

Les reproches aux parents, ils pleuvent, ils s’abattent comme des hallebardes, striant leur image à tel point qu’on ne voit parfois plus ces milliers et plus d’actes d’amour qu’ils nous ont fait partager.

En ont-ils fait, des choses qu’ils n’auraient pas dû, et en ont-ils négligées, d’autres que nous trouvons qu’ils auraient bien pu faire…

Et puis… aurions-nous fait mieux ?

Pendant que nous étions là, à leur bouffer les ¾ de leur temps, avec le ¼ qui restaient ils essayaient de garder la tête hors de l’eau lors de cette longue et houleuse traversée. Ils étaient amoureux, ou ne l’étaient plus, ou ils l’étaient, oh horreur, d’une tierce personne. Ils avaient leurs challenges quotidiens au bureau, où on les aimait ou pas, avec les choses à faire pour que le ménage remporte le prix de l’excellence. Ils étaient malades, anxieux, buvaient trop, mangeaient mal, se souciaient de leurs parents et fratrie, l’argent et la santé volaient au-dessus d’eux comme de vilains oiseaux impatients, ils se trouvaient moches ou vieux avant l’âge, faisaient face à des choix et décisions, des disputes ou des gourmandises éperdues d’amour rien qu’eux deux pour une fois.

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Comme nous.

Ils ont fait de leur mieux. Qui ne nous satisfait jamais parce que nous tenons pour normal ce qu’ils font d’agréable, et très injuste ce qui nous manque. Par leur faute.

Un jour pourtant nous admettons que même les parents ont leurs limites, n’ont pas toutes les réponses, toutes les solutions, la sagesse et la clairvoyance inépuisables. Ils ne sont que des gens, comme nous. Qui font de leur mieux, parfois avec des pointes d’ingratitude, des marées d’impatience, des éruptions d’exaspération et reproches. Le jour où nous les voyons comme ces « gens » courant avec les autres sur les chemins de la vie, nous les accueillons en nous comme des « parents », fièrement. Ces êtres imparfaits nous ont mis au monde et puis nous y ont guidés avec leurs outils, avec leurs moyens, aussi bien qu’ils l’ont pu.

Et nous pouvons être fiers, heureux, que ces deux-là aient été choisis pour cette tâche, nous en réjouir. Ça ne les absout de rien, mais au moins… nous savons que c’était difficile, et que ce fut un travail de longue, longue durée, une tâche qu’ils étaient bien loin de mesurer quand, amoureux, ils ont ri dans le creux d’un lit en aimant leur odeur et les bruits de la chambre…

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44 réflexions sur “Grand défi d’amour…

  1. sandrinelag dit :

    Très joli texte d’hommage aux parents qui a le mérite de mettre les points sur les i. On ne le fait jamais assez.
    Merci. 🙂

    • Edmée dit :

      J’ai été bien ingrate moi aussi mais heureusement j’ai compris assez tôt et ai pu les apprécier avec amour avant qu’il ne soit trop tard… Mais ils méritent une stèle et la médaille du mérite 🙂

  2. Armelle B. dit :

    Oui, une fois à leur place, c’est-à-dire père ou mère à notre tour, nous comprenons mieux que la tâche est difficile et complexe et que chacun y met plus d’amour que de compétence. Et c’est cela qui importe.

  3. laurehadrien dit :

    Oui on fait avec les moyens du bord, dur dur d’être parents surtout quand les modèles sont défaillants.

  4. Angedra dit :

    J’ai eu un beau modèle de couple/parents. Jamais défaillants. Je n’ai pas eu de jugement contre leur façon de nous élever. Qu’aurais-je pu dire contre cet amour qu’ils nous dispensaient, contre cette idée de la famille « tous pour un ». Nous n’avons jamais connu les « corrections » mais plutôt un rappel à chaque erreur, bêtise de notre part (et il y en a eu avec 5 enfants !!) par une discussion sur le respect de soi et d’autrui, la force du travail qui élève…
    Maman criait pour tenter d’imposer un peu de calme au milieu de nos chamailleries, nos jeux sonores et désordonnés. Mais papa nous calmait mieux avec ses explications et ses demandes.
    Toute mon enfance et jusqu’à leurs départs, je leur ai dit que je les aimais, par des paroles, des gestes, des cadeaux et surtout des attentions …jusqu’aux jours où je les ai accompagnés jusqu’à leur dernier souffle. J’ai voulu être là et leur tenir la main pour leur dire encore que je les aimais.
    Ont-ils eu des difficultés pour arriver à nous élever ainsi ? Je ne peux répondre à leur place, mais une chose est sûre aujourd’hui, c’est que ce qu’ils nous ont enseigné perdure dans notre fratrie.
    Merci d’avoir évoqué ce rapport parents/enfants qui semble si déconnecté de nos jours. Cela me donne l’occasion grâce à ton texte de parler encore une fois de l’amour de mes parents.

    • Edmée dit :

      Ce que tu peux dire de tes parents est beau, et les honore. Je pense que ma mère m’a bien élevée, mais nous avons eu des conflits parce que je n’étais pas une adolescente soumise et qu’elle avait une vie ingrate. Mais je me rends compte qu’elle a fait un travail de lionne. Et mon père aussi, autrement. J’ai eu de bons parents et je les aime de tout mon coeur…

  5. Florence dit :

    Oui, Edmée ce doit être vrai dans bien des cas et heureusement pour les enfants. J’en ai connus qui étaient même presque parfaits et chéris de leurs enfants.
    Tu vois, je ne ressemble pas à ma mère et j’en suis bien contente, car j’aurais trop honte de moi ! Ma mère était une peste ! et plus les années passent et moins je lui trouve de qualités. Je ressemble plus à mon père : l’amour des animaux, le côté artiste… Il avait de bons côtés. S’il n’avait pas eu sa terrible jalousie maladive, je pense que j’aurais été heureuse avec lui, c’est dommage que cette jalousie gâchait toujours tout et qu’elle nous pourrissait la vie.
    Mais bon, effectivement, il y a des parents qui font pour le mieux pour rendre heureux leurs enfants.
    Bises bretonnes et bonne journée !
    Florence

    • Edmée dit :

      Je sais que tout le monde ne peut pas le dire, en effet… Et on a beau savoir que le comportement excessif de quelqu’un vient « de ceci ou cela »… ça ne rend rien plus agréable ni supportable…

      Bises liégeoises!

  6. Alain dit :

    Je retiens ta dernière phrase tout en étant la preuve vivante que tous les parents n’agissent pas de même. Pour ma part, je place les liens du cœur bien au-dessus des liens de sang. Quand le libre choix s’impose très tôt, l’apprentissage de la vie est différent. Plus facile, si aucun exemple, ou leçons diverses et variées, ne sont à retenir. Plus difficile dans la voie à choisir. L’envie profonde d’être moi-même, m’a donné des élans insoupçonnés. L’obligation de partir pour acquérir, ma liberté et diriger ma vie. J’ai eu de la chance, je le dis et le répète. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. C’est vrai. Inversement proportionnel à ce que tu écris, le temps passe. Aujourd’hui c’est ma seule mère qui bouffe plus des ¾ de mon temps. Et c’est moi qui essaie de garder la tête hors de l’eau. Sois rassurée … je sais nager. Bonne semaine Edmée

    • Edmée dit :

      Il y a aussi les parents qui veulent être les enfants de leurs enfants, oui. Et les parents qui n’ont de talent pour rien; ni pour l’amour ni pour la vie… et en effet, famille est une chose, liens en est une autre bien souvent. J’ai eu de la chance, je le sais!

  7. Lauriza dit :

    Etre parent est un défi que chacun relève avec les moyens dont il dispose et essaie de faire pour le mieux. Chaque jour il faut naviguer à vue et s’adapter. Ce que je sais c’est que naviguer avec le cœur est préférable à l’argent et au matériel. Belle semaine Edmée.

    • Edmée dit :

      Je n’ai pas d’enfants et donc c’est un fardeau et une joie que je ne connais pas. Mais je vois mes amies, leurs soucis, leurs plaisirs et je vois ce que ma mère a enduré parfois, que ce soit par ma « faute » (mais on n’a pas de faute à être jeune et pleine de vie 🙂 ) ou celle du scenario de sa vie, pas toujours très amusant…

  8. celestine dit :

    Comme ton texte résonne en moi aujourd’hui…
    baci sorellita
    ¸¸.•*¨*• ☆

  9. kakushiken dit :

    Je suis l’exception qui ne confirme pas la règle de la filiation.
    Des milliers de hallebardes ne suffiraient pas à « mes deux »… Ils étaient, comme certains le sont en catimini, de parfaits salopards (désolé du terme)… Le seul amour qu’ils ont eu, ce fut l’amour d’eux-mêmes : sombres petites existences égocentriques… Vivant en autarcie, ils ne se sont pas gênés pour « sacrifier » leurs progénitures sur l’autel de leurs survies mercantiles…
    Au sens propre comme au sens figuré, ces parents là se sont essayés à l’infanticide sans trop y réussir… L’un détournant le regard, l’autre agissant sans intelligence…
    En ce qui me concerne j’ai fait mieux qu’eux : je n’ai fait aucun enfant !
    Je peux me congratuler au moins de cela…
    Sourire.

    • Edmée dit :

      Je ne sais pas comment tu arrives à sourire, mais tant mieux, car je sais que « ces gens-là » existent aussi, j’en connais, ils ne sont pas que dans les romans de Dickens ou Zola… Oui ces gens-là existent,, et parfois on y survit.

      Bien entendu… je ne parlais pas d’eux, tu le comprends. Je parlais des autres 🙂

  10. kakushiken dit :

    Bien sûr que tu parlais des autres… Je voulais juste rappeler qu’il existe des cas « hors du commun » dont peu veulent voir… Une façon à moi de dire « ne faites pas cela »… Cela n’est pas une remontrance ni une jalousie. Le passé est le passé…
    Je souris parfois parce que je cherche à prendre ma revanche en leur faisant un pied de nez…
    Et puis je suis arrivé en partie à briser la malédiction, même si j’en paie le prix encore et encore…
    Bon week-end en plat-pays…

    • Edmée dit :

      Je n’avais pas perçu de jalousie ou remontrance, et je suis bien alignée sur ta manière de sourire (un peu défiante) parce que… tu as survécu malgré tout. J’ai dans ma famille proche des personnes absolument tordues, et ça me fait « sourire » aussi.. Comme tu dis, ces monstres nous coûtent cher et nous payons à jamais la malchance de les avoir eus sur notre propre chemin, mais… on survit !

      • kakushiken dit :

        Je sais que tu sais… Cela un bail que nous nous lisons et que nous commençons à percevoir « l’autre », si loin, si différent et pourtant parfois « proche »… L’homme est un animal empathique…
        En tout cas, merci de ton texte qui repousse les murs de ma compréhension sur ce qui est commun…
        Tiens, je me lâche pour une fois : bise dur ton front…

      • Edmée dit :

        Bien reçu. Ouf, tu avais enlevé ton casque 🙂

  11. claudecolson dit :

    L’âge venant nous donne la clairvoyance, Edmée, et un peu plus de justice. J’adore le longtemps inimaginable de la fin du texte : nos géniteurs, emportés par le désir, au creux du lit ! Très beau texte, profondément humain, ce qui – de toi – ne surprend pas..

    • Edmée dit :

      Oui, on a du mal à imaginer nos parents comme des êtres que le désir a pu toucher… et pourtant pour beaucoup d’entre eux ce fut une réalité. On le leur souhaite, tout au moins.

  12. Françoise dit :

    Un très bel hommage à nos chers parents qui, comme tu le dis si bien, ont fait ce qu’ils ont pu. Un jour que les soeurs de mon mari faisaient des reproches à leur mère, des reproches sur des faits remontant à leur enfance, celle-ci, peinée, leur a répondu qu’elle et son mari avaient fait ce qu’ils avaient pu, ce qu’ils semblaient être bon pour leurs enfants. Cela a clos la discussion…
    Beau dimanche à toi, Edmée. 🙂

    • Edmée dit :

      Ma mère m’a dit exactement la même chose et ça m’a semblé si logique… si humble.

      Beau dimanche à toi aussi 🙂 (sous la pluie mais on a eu du soleil et les jardins ont soif 🙂 )

    • epalobe dit :

      c’est vrai qu’ils font beaucoup ; parfois plus , parfois moins , mais il y a parfois des dérapages impossibles à digérer , ou et à « pardonner’ si pas à eux , à la vie, d’autant moins digérables qu ‘elles furent et seront cachées , niées, oubliées, et le foyer considéré comme exemplaire , parfait , et l’enfant tout noir à la moindre défaillance , créant en lui , en plus de la souffrance immédiate , une distorsion interne importante;
      ç’a été mon ( notre ) vécu , et j’en traîne encore les casseroles , j’eus’ ô combien ‘ , préféré qu’ils soient au courant et nous aussi de leurs incertitudes et imperfections ,et leurs qualités; humains quoi

      • Edmée dit :

        Il est vrai que parfois les choses sont si bien cachées que les victimes ont l’air des coupables et que par la suite on dirait que tous ceux qui ont détourné le regard s’accrochent farouchement à la légende et nient une vérité, parce qu’ils ont protégé le mensonge pour… avoir la paix. C’est très lourd à supporter, en effet!

  13. Colo dit :

    Et oui on est jeunes, on prend le temps de s’aimer, on partage cet amour du mieux qu’on peut avec ses enfants.
    Pas d’école de parents, on apprend au fur et à mesure…et oui, oui, on se trompe parfois, mais bon…
    Bonne soirée Edmée.

    • Edmée dit :

      Comme tu dis… Ils se sont améliorés, comme personnes, avec le temps qui passait, comme le vin. D’ici là nous les avions jugés… Et heureusement nous aussi nous prenons de la bouteille et les comprenons. Alors la tendresse déferle, et on rit de tout ce qui nous a tant agacés autrefois : après tout, dans la plupart des cas… on a eu de bons parents!

  14. Pâques dit :

    J’ai eu de bons parents, je suis arrivée dans leurs vies à un moment qui devait être – l’été indien – après la guerre, et les drames …
    Je garde en mémoire la faculté qu’ils avaient de s’émerveiller des choses les plus simples et de goûter simplement le plaisir d’être ensemble.

    • Edmée dit :

      Je suis née au même moment, certainement attendue avec joie puisque ma mère a perdu un enfant avant moi, et juste après. Ils se sont aimés mais n’étaient vraiment pas prêts à vivre ensemble, surtout mon père je pense. Mais ce furent de bons parents. De très bonnes personnes aussi…

      • Pâques dit :

        Tes parents étaient plus jeunes, moi j’écris  » l’été indien » parce que j’étais l’enfant qu’on attendait plus 😉

  15. Nadine dit :

    Avec le recul, les années qui passent, on comprend mieux certaines choses que l’on a pu trouver injustes étant jeune. Bon dimanche Edmee.

  16. Mior dit :

    Très joli texte , Edmée …

  17. quevivelavie dit :

    C’est un beau texte.

  18. Margaret de Brouwer dit :

    Beau texte

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