Une petite fille dans son château

lovely-brunette-petiteLovely Brunette est née « riche ».

Mais sans aucune idée du faste. Ça ne se faisait pas d’être ostentatoire, « d’en jeter ». Seuls les nouveaux riches s’y risquaient (et les anciens riches étaient assez contents d’en connaître un ou deux pour se croire, le temps d’un grand dîner ou d’un bal, à Schonbrunn en train de descendre du champagne au cliquetis des rivières de diamants… il faut les comprendre !). Lovely Brunette ignorait d’ailleurs qu’elle était riche. Quatrième enfant d’une famille qui en avait perdu un – le petit Serge, mort en quelques jours et dont, bien qu’elle ne l’ait jamais connu, elle m’a toujours parlé avec un peu de deuil dans la voix – elle n’avait pour ainsi dire que des contacts avec la famille.

En ces temps-là on avait beaucoup d’enfants et donc ça faisait une multitude de cousins et cousines (et merci Lovely Brunette car j’ai appris la généalogie sans y penser, je peux réciter les grands-oncles, grands-tantes, cousins, conjoints sans réfléchir car bien des conversations situaient automatiquement cette large cousinade dans les branches de l’arbre, sur la bonne feuille…). Beaucoup de goûters d’anniversaire donc, de Noëls en famille, d’après-midi passés à jouer dehors.

Dehors, c’était immense, en tout cas à mes yeux. Car tous ces gens habitaient au minimum de grosses villas entourées d’une « propriété » ou des « châteaux ». Même si je ne trouve pas que le « château » de Lovely Brunette ait été plus qu’une grosse-grosse villa. Mais bon… Tout le monde en parlait comme d’un château, et c’est là qu’elle est née. Car non, on ne naissait pas à l’hôpital ni à la maternité, on naissait dans le lit de maman. On respirait les murs de la maison dès son premier souffle.

Et elle avait reçu pour un de ses anniversaires une carriole qu’elle pouvait atteler à un âne ou une biquette pour parcourir les allées… ce qui forçait mon envie… moi qui n’avait qu’une voiturette à pédales qui martyrisait mes mollets dans la montée !

Il y avait des bois, des fermages, des prairies un étang avec une grotte artificielle devant. Hors des grilles, c’était un autre type de vaste monde qu’elle ne connaissait pas trop, bien qu’elle m’ait souvent dit avoir eu grande envie de s’amuser comme les gamins qui passaient sur des boîtes à savon en criant, ou courant au-delà du portail et qu’elle enviait, se sentant comme un singe dans un zoo tandis qu’eux étaient libres. A chacun sa réalité…

A l’âge de six ans, de sombres conversations ont hanté le salon des parents et certains couloirs, peut-être même les cuisines où ça devait inquiéter malgré les poulets à plumer et le bouillon à surveiller : le crash boursier de 1929 avait avalé leur fortune. La famille avait, avec une autre, fondé une banque, et patatras. Ils ont remboursé pas mal de gens sur leur argent personnel, et ma foi, je ne sais pas s’ils ont eu une réelle idée de l’ampleur du désastre. Car ne vivant pas comme Gatsby le Magnifique ou les stars de Hollywood, en apparence peu de choses ont changé pendant longtemps. Sans doute se sont-elles lentement dégradées, tout simplement. On ne chauffait pas, depuis toujours, les chambres à coucher, on ne connaissait pas le luxe même si on pouvait se permettre de jolis vêtements et des vacances « thermales » ou « de soins » dans des endroits huppés. Ma grand-mère était tout sauf coquette, et de l’instant qu’elle avait son cheval bien-aimé, elle avait tout ce qu’elle pouvait désirer. D’ailleurs, ce château, elle l’avait reçu en cadeau de noces de la part de son beau-père qui lui avait aussi promis un cheval, et je ne sais pourquoi elle n’a jamais eu ce cheval, et elle en voulait beaucoup à son beau-père pour cette ignoble trahison. Ce qui nous faisait bien rire, Lovely Brunette et moi… Ah, c’est bien Bonne-Mammy tout craché !

mariage-papa-et-mammy-st-hubertQuand Lovely Brunette s’est mariée, ce fut simplement. J’en sais peu de choses et n’ai qu’une seule photo (merci aux chacals de la famille qui ont détruit les autres ou même les ont vendues en brocante, au passage…). Mais ce n’était pas un grand mariage. Elle est partie habiter la maison de son époux mon Papounet.

Et un jour, jour dont je me souviens très bien, Bonne-Mammy est arrivée la mine sombre, sachant à l’avance que sa fille allait pousser des trilles et des tremoli sonores. « Je suis ruinée » lui a-t-elle dit en assurant sa canne d’un air batailleur sur le carrelage de la cuisine, « et je vends le château ». Je pense que la perte des écuries l’affectait plus que celle du château… Mais en effet Lovely Brunette a été bouleversée. Elle a demandé à mon père d’acheter le château de sa jeunesse. Un fameux caprice car je pense qu’il n’était plus trop vaillant, le château, ça faisait belle lurette qu’on n’entretenait plus que l’indispensable ! Mais Papounet en a offert à l’époque tout ce qu’il pouvait libérer. Et ce fut non. Bonne-Mammy a fait morceler les terres, et abattre le château.

Et moi je n’en ai aucun souvenir même si j’avais cinq ans quand on l’a détruit… juste très vaguement la grotte… Et je sais qu’il existait. Et qu’il en reste un petit morceau assez ancien. Mais jamais je n’ai vu « La samaritaine », la fontaine couverte, dont Lovely Brunette parlait si souvent, et où elle allait jouer…

Et c’est ainsi que j’ai toujours su que les choses ne font que passer, que les pages se tournent, et… au fond, ce n’est pas aussi grave « que ça »…

Car Bonne-Mammy n’a plus jamais évoqué le château, et a vécu dans du plus petit et plus petit encore, sans aucune nostalgie parasite…

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32 réflexions sur “Une petite fille dans son château

  1. Armelle B. dit :

    Une page se tournait, en effet, en ce début de XXe siècle. Cela allait modifier la société de fond en comble. Proust en parle dans sa Recherche. Les nobles ruinés épousaient des filles d’industriels, et chacun changeait de place sur l’échiquier sociétal. Ce qui est sympathique, c’est que la plupart se sont vus ruinés avec beaucoup de panache et de résignation. Les usages ne disparaissaient pas aussi vitre que les fortunes.

    • Edmée dit :

      Vous avez mis le doigt dessus, Armelle. Ils étaient ruinés mais pas vaincus, pas effacés de leur monde. On gardait de belles manières, on chérissait des objets de famille venus de temps fastueux, on ne devenait pas un autre parce que l’argent n’y était plus… Ils ont, pour la plupart, eu une vraie grâce dans leur disgrâce…

  2. celestine dit :

    Lovely Brunette…
    J’ai toujours adoré ce pseudo, enfin je veux dire ce surnom affectueux que tu lui donnes.
    Elle était vraiment très belle (les chiens ne font pas des chats)
    et je retrouve le même sourire mutin et la grande classe naturelle (impossible à imiter quand on ne l’a pas) que tu nous laisses admirer à chaque photo de toi.
    Et tu sais que je suis sincère et que je déteste la flagornerie.
    ce billet hommage, sans complaisance ni affectation, rend un superbe hommage à cette mère qui reste éternellement une petite brune piquante dans notre imaginaire.
    Baci bella ragazza
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Edmée dit :

      Elle a eu du mal avec ce changement de statut social, vécu trop tôt pour elle. Mais elle est toujours restée une « dame », appauvrie mais digne, heureuse de faire encore la tournée des propriétés familiales devenues des homes, des restaurants, des hôtels, ou rien… entouré d’un parc dont elle reconnaissait des arbres… avant qu’eux aussi ne disparaissent.

      Elle n’a pas connu cette appellation de son vivant, mais je sais qu’elle l’adore, je la connais, va, ma petite Dede, comme on la nommait petite…

      Baci sorellita

  3. Damien dit :

    C’est un monde que j’ai indirectement connu. Maintenant, j’ai remisé au placard des immenses nappes en lin brodé, des serviettes grandes comme des nappes et de deux services complets qui ne passent pas à la machine. Je les garde par souci de « transmission », bien que ce terme me paraît bien abstrait. Ou par souci de la beauté des choses. Evidemment les domestiques sont totalement absents, et la poussière profite des instants où le plumeau se fait rare. L’histoire rime avec souvenirs, nostalgie et poussière.

    • Edmée dit :

      Oui je me souviens de ce manoir, si charmant, dont tu as dû te séparer. Moi aussi je vis avec mes serviettes gigantesques – que j’utilise, d’ailleurs, les trouvant belles et très pratiques! – et des objets autrefois utilisés que chéris aussi avant des les « passer » aux suivants. Mais quelque part je me rends compte aussi que c’est un privilège: j’ai une broche qui a traversé 6 générations pour m’arriver. Quelque part… c’est presque serrer la pince de mon aïeule 🙂

  4. sandrinelag dit :

    A chaque fois, sur ces histoires, je repense toujours au Guépard, au prince Salina et à sa famille devant passer le relais, malgré eux, à des arrivés de fraîche date. Le passage d’un monde à un autre, d’une époque à une autre, avec toute la dignité possible et les amertumes rentrées. C’est toujours un peu triste, avec l’impression que ceux qui reprennent le flambeau opèrent un nivellement « descendant » et douloureux.
    Sur le Guépard (film), une petite incise concernant Salina: un des plus beaux rôles de Burt Lancaster, joué magistralement, et dont j’étais, jeune fille, secrètement amoureuse…

    • Edmée dit :

      Il me semble, maintenant que tu le soulignes, que Visconti était fasciné par ce thème: Le crépuscule des dieux, Le guépard, Violence et passion… Ayant vécu dans un tel scenario, je m’y sens à l’aise, et suis toujours étonnée de la haine que les nouveaux venus (les « nouveaux riches ») éprouvent contre ceux qu’ils remplacent et jugent arbitrairement. Edith Wharton n’a rien fait d’autre non plus; finalement. L’effondrement d’un monde et son remplacement par un autre…

      Comme on dit… « c’est la vie » et personnellement je n’ai aucune amertume ni sentiment d’injustice… Il est logique que la roue tourne. Et sain.

  5. laurehadrien dit :

    Un ami « nouveau riche », en fait un homme à succès puisque parti de rien, les appelle avec envie : « Les nobles fin de règne ». C’est certain qu’ils ont une classe que lui n’aura jamais.

    • Edmée dit :

      C’est une patine qui vient au fil des générations, qui leur donne aussi une certaine générosité douce, que ce soit envers les plus démunis ou entre eux. L’affection qui tissait les liens entre mes oncles et tantes était belle, même s’il y avait ici et là ceux que l’on évitait pour de bonnes ou mauvaises raisons. Une cousine de ma mère, restée très riche, a durant toute sa vie aidé financièrement deux autres de ses cousines (dont Lovely Brunette) qui avaient eu moins de chance. On ignore trop souvent ces attentions – qu’ils avaient aussi pour la domesticité, quoi qu’on en dise: ma mère a envoyé un faire-part de mon mariage à sa vieille nourrice, qui était dans un home à l’époque… Les liens comptaient!

  6. gazou dit :

    ruinés mais toujours dignes, leur vraie richesse était en eux-mêmes

    • Edmée dit :

      Et pour la plupart… ils s’en fichaient! Mon grand-père économisait toute l’année pour nous offrir « une enveloppe », du champagne et des marrons glacés à Noël car on avait toujours fait ça dans sa famille. Et il avait sa bouteille de Fine Napoléon. Mais il faisait presque tout son ménage lui-même, ainsi que sa cuisine (je me souviens de ses oeufs brouillés avec du concentré de tomates, et de sa soupe au riz…), et chauffait peu pour ne pas gaspiller. Il n’a jamais soupiré pour les beaux jours passés…

  7. Angedra dit :

    Pas de château, ni de fortune, mais une certaine aisance et position dans la société, donnent une vision de la vie qui ne s’effacera pas. L’aisance financière, la position, changent mais l’esprit reste formé et continue au travers des aléas de la vie grâce aux liens qui restent les mêmes.
    J’aime tes souvenirs, ta famille, la grâce avec laquelle elle a su traverser ces changements.
    Moi aussi j’ai gardé quelques serviettes d’un blanc immaculé, avec monogramme brodé qui me servent de nappes à thé. Elles chantent un petit air de nostalgie et j’y vois le reflet des couverts d’argent qui ornaient les tables familiales.
    J’apprécie suivre tes souvenirs qui sentent si bon le bonheur même quand la ruine frappe à la porte.

    • Edmée dit :

      Merci Angedra! Ces leçons sont en fait de vraies leçons de « savoir vivre » même dans les changements drastiques. Ça m’a donné une assurance dès le début : je suis moi, et rien ne changera ça, ni monter ni descendre les marches sociales, ni l’argent. Je suis moi et je me dois de bien me conduire, comme ils l’ont fait avant moi.

      Et vive les grandes serviettes, si belles et pratiques! Avec des monogrammes qui parlent de mariages dont on a brodé la joie sur des trousseaux!

  8. Je ne suis pas né dans ce milieu, étant plutôt dans ce qu’on appelle « la classe moyenne ». Mais par contre, moi, j’habite dans la maison de mes arrières-grands-parents construite sur base de la maison basse de trois pièces de la grand-mère de mon arrière-grand-mère! Mon grand-père (86 ans) y est né en 1930. Donc, elle est depuis plus d’un siècle dans ma famille. Et après trois ans de travaux, je m’y sens bien, sans y vivre dans la nostalgie.

    Ton article me rappelle la lecture de « Journal d’une Verviétoise des Boulevards » qui est ton livre que je préfère.

    Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      En fait tu éprouves exactement la même fierté, celle de vivre dans un lieu qui abrite ta famille depuis des générations, un lieu qui est aussi bien « vous » que vous n’êtes « lui ». Il n’y a aucune différence… Ce château appartenait à la famille depuis plus de 100 ans et par loi et contre monnaie sonnante et trébuchante ils auraient eu le droit d’en rattacher le nom au leur, avec un « petit de »… ce que mon grand-père a refusé, trouvant que c’était de l’argent mal investi… 🙂

  9. Ca me fait penser (même si ça n’a rien à voir et même si c’est en fait le contraire) à un livre de d’Ormesson où il parle du château familial. Là, il fallait montrer qu’on habitait le château et qu’on n’était pas n’importe qui. Mais comme il n’y avait plus d’argent, les commodités comme l’eau courante n’existaient pas. On était noble, mais on allait puiser son eau au puits en plein hiver.

    • Edmée dit :

      J’ai connu pas mal de nobles qui vivaient en effet dans leur château, plus inconfortablement que les « gens normaux » qui jouissaient des commodités dans leur appartement ou maisonnette. Parfois ça semble n’avoir aucun sens, parfois ce sont les murs familiaux qu’ils sauvent pour les générations futures au prix de grands sacrifices. J’ai été dans le château d’une famille très ancienne en France, ils avaient beaucoup de mal à entretenir (château renaissance) et les fils se dévouaient à y habiter, chacun une aile, les parents une aile, et la soeur je me souviens avait la ferme… où elle était fermière!

  10. M-Noëlle Fargier dit :

    Il est touchant ton billet, Edmée. Ce que je ressens est la perte, non du bien matériel, mais ce qui se rattache à lui comme la fontaine et on peut imaginer ce qu’elle évoque pour Lovely Brunette, les écuries pour Bonne-Mammy… Tu n’as jamais vu « la Samaritaine » mais je pense que tu en as compris l’essentiel. Et ton écriture la fait devenir indestructible, immortelle. On peut ne plus être propriétaire, mais on peut continuer à appartenir à un lieu. Aucun acte notarial n’a le pouvoir d’arracher cet héritage 🙂

    • Edmée dit :

      J’aime beaucoup ce que tu dis pour terminer ton commentaire car je dis souvent la même chose: ce que nous avons eu est à nous pour toujours. Avoir vécu dans ce château par exemple, a accompagné Lovely Brunette tout au long de sa vie. Elle a toujours été la dame qui est née au château, et il a toujours été la référence pour elle de tout le début de sa vie. Elle l’a regretté car elle a aussi, à peu près comme il disparaissait de son horizon, perdu son mari (divorce) et elle a eu du mal à retrouver qui elle était pendant plusieurs années, c’était perdre beaucoup tout d’un coup…

      Et puis un jour tout lui a appartenu de nouveau. Elle parlait de la Samaritaine, des servantes avec lesquelles elle jouait dans les couloirs, du parc, de voyages avec mon père, et même de… « ses beaux-parents » qu’elle n’a jamais connus puisqu’elle a épousé un orphelin. Mon beau-père et ma belle-mère surgissaient dans ses conversations comme s’ils étaient dans la pièce à côté… 🙂

  11. Pâques dit :

    Ta grand-mère me plaît beaucoup, l’importance accordée à son cheval dénote un caractère libre et indépendant !!!

    • Edmée dit :

      🙂 Mon grand-père son époux avait une malformation des dents (qui ne se voyait que de très près!), c à d que l’arête en était elliptique comme celle des chevaux. Lovely Brunette disait que sans ça, Bonne-Mammy ne l’aurait pas épousé 😀

  12. Florence dit :

    Oui, pour X,Y raisons, on doit vendre la propriété familiale, c’est un crève cœur et j’y repense avec nostalgie une larme au coin de l’œil. Et pourtant mon arrière grand-mère l’a très bien vécu et même si la vente fut une belle arnaque, elle allait retrouver le pays de ses ancêtres et ses petits enfants. Bien-sûr la nouvelle maison n’avait pas la classe de la sienne, mais elle était entourée d’un très grand et beau terrain très joliment paysagé, et comble de bonheur, elle avait vue sur un beau vieux château. Donc parfois de tout perdre n’apporte pas que du malheur. Sa fille par contre l’a très mal vécu.
    J’aime toujours lorsque tu nous racontes tes histoires de famille !
    Bisous mouillés Edmée !
    Florence

    • Edmée dit :

      C’est un peu la situation que je décris que tu expliques: Bonne Mammy n’a absolument pas sourcillé à la vente de son château – et sa destruction! Elle a acheté une « petite villa » (de belles proportions mais venant d’un château c’était petit, en effet…) sur ses anciennes terres, et a continué de claquer les sous qui restaient, pour aller dans du plus petit et du plus petit. Pratiquement… elle est morte dans un dé à coudre sans se plaindre de rien, mais Lovely Brunette a été bien plus affectée…

      Bisous brumeux 🙂

  13. blogadrienne dit :

    c’est vrai qu’on apprend tout enfant « la vanité des choses d’ici-bas » par le biais des événements familiaux. Dans mon cas, c’étaient les grands cadres avec les portraits des petites sœurs de mon père, mortes à 4 et à 8 ans: aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours su que même les petits enfants mouraient.
    Beau texte, Edmée, belle évocation de tout un passé qui me semble avoir à peu près disparu…

    • Edmée dit :

      Mon père a aussi été très marqué, à trois ou quatre ans, par la mort d’une petite voisine, à la suite d’une chute de cheval, elle avait eu le tétanos. Comme c’était en Uruguay, il avait dû aller la voir morte, et ça l’avait terriblement impressionné…

  14. Alain dit :

    Belle évocation, et quelle richesse que ces souvenirs ! J’ai également pensé à certains films de Luchino Visconti. Dans ma prime enfance j’ai connu une Dame dont le nom à particules n’était plus qu’un pâle reflet de ce qu’avait dû être la splendeur de ses ancêtres. Mais quelle femme ! Dans le petit village elle avait son fauteuil à l’église. Quand mon grand-père se rendait aux offices elle lui laissait la place par égard à son handicap physique dû à la première guerre mondiale. Elle portait toujours le même style de vêtement, avec classe et simplicité. Une vraie reine même si son château, tombait en ruines. Dans les années 60, elle ne vivait que dans trois pièces du rez-chaussée. Je ne l’ai jamais entendu se plaindre. Sa voix était douce et grave à la fois. Complètement démunie, elle faisait de la broderie. Elle avait coutume de dire que la vraie misère aurait été d’être seule. Avec les habitants du village elle avait retrouvé une famille. Chez mon grand-père les nappes, serviettes, taies d’oreillers en lin passaient entre ses mains. Elle y brodait magnifiquement les initiales de la famille « PM-PL » et était de toutes les fêtes, un plaisir toujours sincère et affectueux de la recevoir. J’ai gardé deux taies d’oreillers, qui datent, mais que j’affectionne particulièrement. Ma mère a gardé plusieurs chemisiers entièrement confectionnés par cette Dame que l’on nommait « Nanon ». Comme tu l’écris si justement : « les pages se tournent, et… au fond, ce n’est pas aussi grave « que ça « …

    • Edmée dit :

      Merci pour ce très beau souvenir également, dont je connais bien certains aspects, la classe, la discrétion, l’absence de plaintes, la dignité dans « les revers de fortune ». Jamais je n’ai entendu aucune plainte de tous ces gens que j’ai connu, juste parfois un plaisir enfantin à se souvenir, sans mélancolie, un passé aux accents féériques. Ils se sentaient privilégiés d’avoir pu le vivre et d’en avoir le souvenir.

  15. Lauriza dit :

    Oui nous ne sommes que de passage et les souvenirs même si on a tout perdu restent en mémoire et c’est ce qu’il y a de plus précieux. Dans ma famille du côté de maman, pas d’héritage de maison. Du côté de mon grand-père paternel, son entreprise de déménagement, c’est à dire ses camions et sa maison ont été brûlés par les Allemands en 1944. A 58 ans il a tout remonté et reconstruit, mais ses enfants (6) ont tout vendu en 1978. Peu importe pour moi les biens matériels, seuls les forces de caractères et la joie de vivre comptent. On m’a tellement raconté que mes ancêtres d’un côté comme de l’autre étaient capables de soulever des montagnes, sans jamais se plaindre et de tout tourner en dérision quoiqu’il advienne, que je ne peux pas faire autrement que de leur ressembler puisque je suis leur prolongement. J’aime beaucoup me replonger dans leur histoire. Rien n’est grave à part la maladie incurable qui nous annonce une drôle d’histoire ……..

    • Edmée dit :

      Je crois que la « fortune héréditaire » réelle est bien celle-là: la légendaire résilience de notre branche, la manière de faire face. C’est ça qui peut nous rendre fiers d’appartenir à cette lignée.

  16. Tania dit :

    Sans château, mais quel héritage de faits et de gestes, d’attitudes, quelle allure !

    • Edmée dit :

      Je dois dire que je suis reconnaissante (fière serait le mot qui me vient mais en quoi puis-je être fière de quelque chose qui n’a pas dépendu de moi? 🙂 ) du sort qui m’a donné ces parents-là. Une belle leçon de maintien dans la vie.

      Merci Tania!

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