Tchoup-lala

J’ai écrit ce billet en mai 2011. Je revenais des USA, redécouvrais une autre vie, la marche à pied, la saveur, et la complicité avec mon Papounet qui m’avait accueillie chez lui, dans sa seigneurie sur les hauteurs de Beaufays. J’étais un peu chez lui et un peu dans mon nouvel appartement dans lequel il n’y avait rien encore que des cartons…

***

Et me revoici… Pas encore complètement ici, mais plus du tout là-bas ! Le casse-tête de la réinsertion aurait eu raison de ma bonne humeur si je n’étais aussi heureuse !

Un bonheur qui me rappelle combien manger du vrai pain – celui qui s’émiette, dont la croûte se loge entre les dents – et des choses qui goûtent les choses à quoi elles ressemblent est une grâce quotidienne trop souvent ignorée. Un bonheur qui fait que le jovialité des Liégeois, légendaire,  me surprend et m’enchante. De ma fenêtre, ma nouvelle fenêtre, plus de biches ou dindes sauvages, mais le fleuve et les péniches. Le soleil – car il y en a – joue sur l’eau comme un frémissement de rubans.

Pas d’internet pendant si longtemps que ça ne serait pas pensable aux USA. Personne ne tiendrait tout ce temps sans grimper sur un toit avec un fusil mitrailleur. Preuve que l’on s’adapte finalement au pays d’accueil, j’y ai presque songé. J’admets que les cyber-cafés aux claviers regorgeant de tous les exemplaires de germes répertoriés ne m’ont pas séduite, même si au fond l‘expérience ne fut pas tout à fait sans aspects cocasses. C’est que la privacy n’y est pas présente et que malgré moi j’ai été le témoin involontaire de « romances » par téléphone ou skype dont je devinais déjà la fin rien qu’aux indices du présent…

Au risque de vous faire croire que j’habitais dans la jungle – Tarzanne chevauchant sa biche comme Arduina, poussant des glouglouglou de dinde pour ameuter ma troupe – j’avais oublié aussi ce que c’était que de regarder les magasins sans devoir m’enterrer dans un centre commercial nauséabond de trop de fast foods aux orientations contrastantes. L’odeur du Tex-Mex me stimule, mais mariée à celle de la tarte aux pommes … elle est plutôt infâme.

Et puis… les vieilles pierres, les vieilles rues aux noms de contes de fées, les immeubles aux façades travaillées avec la fierté de l’artisan… ça n’a pas de prix.

Je n’ai eu aucun regret envers ce que je laissais derrière moi. Ils viendront plus tard, mais ne seront pas ceux du quotidien. Ils seront les moments d’exception. La vue des animaux sauvages, même ce bison solitaire vu en pays comanche. L’orchestre de red necks de Madrid au Nouveau-Mexique. Les pivoines d’un voisin. L’horreur inoubliable de la toilette de Cochiti Lake. Un jeune cerf qui nous menaçait en promenade.

Ici, chez mon père, c’est le domaine des corneilles et pies. Une corneille a une patte cassée mais s’est ainsi méritée le surnom de Tchoup-lala. Nous parlons d’elle chaque jour et observons ses progrès. Mais oui, elle vole de nouveau après une semaine au sol. Et les autres acceptent de lui reparler, malgré sa démarche chaloupée et son nom étrange…

 

Et je vous remercie tous et toutes,  pour vos visites dont je me rendais compte au gré de mes visites dans un des idylliques cyber-cafés locaux, mais je n’avais pas le temps de répondre à vos commentaires. J’espère arriver à rattraper le temps perdu au plus vite, même si je ne suis pas encore au bout de mes tribulations. Le retour au pays est une occupation à temps-plein, et un test d’endurance et parfois même d’intelligence. Je passe, pas toujours haut la main, et je ne trouve pas d’excuses donc je n’en donnerai pas.

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41 réflexions sur “Tchoup-lala

  1. blogadrienne dit :

    on aimerait avoir le billet intitulé: « Six ans plus tard » 🙂

    • Edmée dit :

      Je suis tout aussi contente d’être revenue. Malheureusement depuis mon Papounet est décédé, je suppose que Tchoup-lala a oublié la dame qui en prenait soin et qui l’aimait tant, et mon appartement est meublé 🙂

  2. claudecolson dit :

    Et si c’était simplement la joie de renouer avec ses racines, dans tous les sens du terme…

  3. Angedra dit :

    Un bien joli retour à ses racines . J’imagine combien il doit être doux de remettre ses pas sur les traces de ses souvenirs. Les parfums, les saveurs, tout doit avoir le goût des jours heureux.
    L’importance de nos racines ne peut être contestée avec ton beau récit…

    • Edmée dit :

      C’est vrai qu’on ne cesse jamais d’être ce qu’on était au départ. Même les bruits du dehors lors de nos premières tétées sont imprimés en nous 🙂

  4. Armelle B. dit :

    Le retour au bercail, chaque exilé en rêve de cette terre qui l’a vu naître, a connu ses premiers émerveillements, ses premiers émois, ses premiers engagements et dont la lumière et les parfums sont ce qui lui manque le plus lorsqu’il en est privées.

    • Edmée dit :

      C’était une vraie joie et ça l’est resté… Je n’ai aucun regret même si je me dis « ceci était bien », « quelle chance j’avais d’avoir cette vue, cette vie, ces amis, cette maison… » 🙂

  5. charef dit :

    Le bonheur à portée de main. Il suffit de le saisir dans le partage avec ses proches et la nature. Profitez au maximum de ces opportunités que vous décrivez si bien.

  6. Que le temps passe vite… six ans déjà…. Et le principal est dans ta réponse à Adrienne : tu ne regrettes pas ta décision d’être rentrée en Belgique. Tu aurais pu aussi ajouter que tu as écrit entretemps d’autres livres. Bon week-end du 1er mai, Edmée.

  7. Célestine dit :

    C’est drôle de revenir en arrière…
    On mesure le chemin parcouru, sans nostalgie, avec juste cet étonnement de gosse comme lorsque l’on retrouve dans une armoire un vêtement que l’on ne met plus depuis dix ans…
    Chouette billet, sorella
    ¸¸.•*¨*• ☆

  8. bizak dit :

    C’est toujours un bonheur de revenir sur ses pas, sur les lieux d’enfance, sur les lieux qui nous avaient enchantés et qui nous manquaient tellement. Bisous

  9. Alain dit :

    « Pas encore complètement ici, mais plus du tout là-bas ! ». Tu le sais à quel point cette simple phrase résonne au plus profond de moi.

    Un vrai régal de lire ta page avant que Morphée me prenne dans ses bras. Faute de mieux ….

    Pour ma part, les vieilles pierres, les anciennes rues n’ont pas la même importance. Mais ce retour obligé, que je redoutais tant, m’a donné le plus beau des cadeaux. Toi seule sur le web en connait le nom et la chance qui est la mienne. Pas de regrets, aucun remord. La vie est partout, le bonheur aussi. La chance, je reconnais..

    Je t’embrasse très amicalement pour le bonheur que j’ai de te lire.

    • Edmée dit :

      Tu sais… je ne réalisais pas que ces vieilles pierres ou lieux connus avaient de l’importance. Je l’ai compris en les revoyant… ils me l’ont dit eux-mêmes! 🙂

      Oui le bonheur est dans la vie, partout, au détour d’un sourire, d’un changement de vie, d’un évènement… La chance, oui! J’aime ta chance, qui est chaude et limpide…

      T’écrirai bientôt… Je t’embrasse

  10. sandrinelag dit :

    Retrouver ses racines et se rendre compte que ce sont elles qui nous nourrissent en profondeur et nous régénèrent…

    • Edmée dit :

      Eh oui… mais je pense que dans mon cas j’avais besoin aussi de mes souvenirs de voyages 🙂 Et tout est plus beau ici, même les souvenirs!

  11. Damien dit :

    l’administration, elle, n’aime pas les romanichels qui changent d’adresse. Les papiers à se coltiner au retour au pays laissent un goût amer. Mais le retour aux sources, avec ou sans internet, est toujours stimulant, comme une bonne saveur chocolatée qui retourne aux papilles.

    • Edmée dit :

      Oui… j’ai frôlé la folie avec la paperasserie et, dois-je vraiment l’ajouter?, mon vagabondage me coûte très cher (ou c’est selon… me rapporte très peu en pension, on est bien punis quand on ne marche pas au pas 🙂 ) mais bon… maintenant je suppose que la grosse paperasserie sera pour ceux qui me survivront ha ha ha!

  12. gazou dit :

    J’imagine…Moi, j’habite à 30 km du lieu où je suis née et que je n’ai jamais quitté, sauf pour de brefs voyages…j’imagine quand même ta joie de revenir

  13. Florence dit :

    Chère Edmée,
    as-tu vraiment et définitivement posé tes valises ? L’attrait d’un inconnu, d’un ailleurs, ne reviendrait-il plus; vraiment plus, dans ton âme aventureuse ? La romanichelle a-t-elle vraiment dételé son cheval et rangé pour toujours sa roulotte ?
    Bonne fin de semaine chère amie avec mes meilleures bises bretonnes !
    Florence

    • Edmée dit :

      On ne peut jurer de rien mais figure-toi qu’ayant vécu ailleurs pendant si longtemps, l’aventure est ici… je dois encore décoder tous les comportements, m’insérer dans les amitiés anciennes, renouer des contacts et en créer. C’est en soi une véritable entreprise 🙂

      Bon week-end à Paul et toi!

      • Florence dit :

        Oui, vu comme ça, c’est un autre voyage et un lieu sur lequel tu dois marquer ton territoire ! Prendre ou reprendre ta place, et ce ne doit pas être aussi évident que tu te l’étais imaginé lorsque tu l’envisageais alors que tu étais au bout du monde.
        Bon 1er mai chère amie avec mes meilleures bises bretonnes.
        (Pour Paul, je donnerais des nouvelles plus tard, car pour le moment, il y a encore trop d’incertitude et j’ai peur de nous porter la poisse en disant qu’il va mieux, il faut attendre encore !)
        Florence

  14. Philippe D dit :

    J’allais te demander si tu n’avais pas de regrets, mais j’ai lu la réponse dans les commentaires.
    Bon weekend.

    • Edmée dit :

      Bon week-end aussi Philippe.
      Ceci dit j’ai toujours été de l’avis qu’il ne faut jamais regretter. Tout nous fait avancer, même ce qui est plus dur ou amer que prévu. Et tout peut se transformer en capital positif. Expérience, ouverture d’esprit, sentiment de liberté, curiosité assouvie…

  15. Binh An dit :

    Deux mondes si différents dont tu gardes des souvenirs précis et attachant. Magnifiques photos, Edmée. Elles me font penser à mes parents. Merci pour ce doux billet.

  16. Déjà six ans, c’est fou ça ce que le temps passe vite. Tu es certaine? Tu as bien regardé les dates?

  17. colo dit :

    Je te lis avec attention et plaisir, comme toujours! Tu es positive, essaies de voir tout le bon de ce retour, mais je sais que c’est compliqué de se sentir comme étrangère dans son propre pays.
    Quand je rentre en Belgique, bon, ça fait 40 ans que je vis en Espagne, je me sens touriste…c’est fort gai pour 15 jours. Mais…
    Bonne journée Edmée.

    • Edmée dit :

      Ca a été difficile, car je n’avais plus de vrais contacts avec grand monde. Tout le monde était ravi de me revoir… une fois 🙂 Ensuite il a fallu que je me crée mes habitudes, mes distractions, mes relations moi-même. Après l’euphorie du début (et le travail car j’avais tout l’appartement à remettre en état, seule) il y eut une période que je dirais « d’égarement » mais qui s’est équilibrée peu à peu…

      Bonne journée à toi aussi, Colo!

  18. Pâques dit :

    Tu es un peu Tchoup-lala, la corneille qui vole de nouveau !!!
    Tu n’es pas du genre à rester longtemps au sol 😉
    C’était chouette de retrouver ton papa et de passer de bons moments ensemble.
    Bises

  19. Antonio dit :

    heureux de lire ce blog!
    bonne soirèe

  20. Françoise dit :

    Combien d’années étais-tu restée aux USA, Edmée, avant de rentrer en France ?
    Très jolies ces deux photos. ♥

    • Edmée dit :

      J’étais partie 15 ans 🙂

      Photos avec mon Papounet… J’ai eu la chance de l’avoir encore deux ans et demi et d’être souvent avec lui!

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