La crinière de Poupée

Poupée, c’était mon surnom quand je suis née, et il l’est resté pendant quelques années. Lovely Brunette a consigné dans l’album « Notre enfant » les premières choses épatantes de ma vie, comme mes premières dents, mon premier sourire, l’art noble d’aller sur le petit pot à un mois et mes premières culottes de laine une fois libérée des langes – à l’époque on langeait encore comme si on était un petit rôti bien ficelé prêt pour le four, car on pensait que sans cette mesure de précaution nous aurions les jambes arquées de Lucky Luke.

 

Au grand désespoir de Lovely Brunette pourtant, j’ai perdu tous mes cheveux – fournis et noirs – à 7 semaines. Eh pardi, c’était l’automne, je suivais la nature avec précision. Toujours est-il que, craignant de me voir grandir avec un crâne pelé comme le mont chauve, elle m’a dit avoir longtemps rasé le duvet qui restait pour le fortifier.

Et puis, alors que je grandissais, elle voulait les couper et couper et couper pour continuer de les fortifier. Moi je voulais des longs cheveux jaunes comme Alice au pays des merveilles, aussi le compromis fut-il de me mettre parfois un ruban de velours comme celui d’Alice, mais pour la taille et la couleur, je devais me contenter de ce que j’avais. Elle me frictionnait les cheveux tous les soirs au Birkin Wasser, me promettant une toison à la Vénus de Botticelli pour mes 18 ans au plus tard.

On n’a jamais reparlé de cette promesse non-tenue.

Mais il faut dire que le matériau de base n’était pas des meilleurs : ma quantité de cheveux est tout à fait normale mais ils sont très fins, et surtout intraitables. Pour tout arranger, j’ai trois épis, ce qui ne permettait même pas de me faire une belle « chienne » (le mot pour « frange », on pouvait aussi se risquer à dire « de belles capoules »… mais comme c’était du wallon je ne devais pas montrer que je connaissais ce vocable) puisque hop, elle rebondissait juste à côté de la raie médiane, limitant les options à « une demi-frange ». Et si elle tirait mes cheveux en arrière pour me faire une stricte queue de cheval, il y avait un hop à 5 cm du front. Qui m’agaçait beaucoup. Alors une nuit j’ai trouvé la solution parfaite : j’ai coupé à ras. Et le matin, Lovely Brunette a poussé un long cri et on a dû finir le travail de tonte puisque la queue de cheval n’était plus possible…

J’aimais beaucoup les tresses pour jouer aux Indiennes, mais le volume de mes cheveux en faisait, d’après Lovely Brunette, des queues de rats ou des cowettes, des cordelettes en wallon (tant que ça ne sortait pas de la maison, le wallon s’utilisait pour souligner le désastreux de la situation).

J’ai aussi eu droit aux bigoudis. Ils étaient en fer, j’en émergeais comme un caniche le matin, les yeux battus par la nuit blanche, et je revenais de l’école avec les cheveux obstinément plats, angoissée à l’idée que si mammy avait le temps, j’étais de nouveau de la revue pour les instruments de torture nocturnes. Mademoiselle me les a aussi frisés au fer, ce que j’aimais bien parce que ça sentait le cheveu cramé, mais j’en sortais avec des brûlures sur le cou ou les oreilles parce que j’avais bougé. Mais pire, j’ai aussi eu la permanente, oui, la permanente pour mon troisième anniversaire, car Lovely Brunette adorait Shirley Temple. Elle m’a donc fait la permanente maison avec des petits bigoudis qui ressemblaient à osselets de plastique rose. Et je ne ressemblais pas à Shirley Temple mais à Angela Davis.

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28 réflexions sur “La crinière de Poupée

  1. Dédé dit :

    Coucou Edmée. J’ai ri en te lisant. Ah, la crinière des femmes, petites ou grandes, elles ne sont jamais contentes de ce qu’elles ont. Si elles sont blondes, elles aimeraient avoir des cheveux noirs. Et vice-versa. Si elles ont des cheveux fins, elles souhaiteraient des cheveux épais. Et les mamans ont parfois de drôles d’idées pour leurs petites filles. La mienne a toujours voulu que je porte les cheveux très longs. Un jour, alors que nous étions de sortie et que je devais avoir 6 ou 7 ans et que je portais une belle tresse, un vieux monsieur m’a dit: « il ne faudra jamais couper tes cheveux fillette! ». Alors quand je suis allée chez le coiffeur, bien des années plus tard, ma mère m’a rappelée les paroles du vieux bonhomme, doux reproche à peine masqué. Merci pour ce texte joyeux et nostalgique à la fois. Bises alpines.

    • Edmée dit :

      🙂 Il reste cette impression que c’est « la parure de la femme », il y a toute un secret traditionnel dans ces longs cheveux que seul le mari pouvait admirer sur leur longueur etc…

      Je me souviens du feuilleton Juliette de mon coeur, qui passait dans notre journal (sans doute l’édition du dimanche), et où Juliette avait un affreux chignon de vieille bique que parfois, dans une scène à l’érotisme codifié, elle dénouait. Ou elle se laissait surprendre avec les cheveux dénoués Ma mère et moi riions beaucoup de ça…

      Bises encore un peu pluvieuses

  2. Célestine dit :

    Quel délicieux billet…et si drôle.
    Les cheveux des filles sont une éternelle source d’inspiration et tu vois, ça continue longtemps puisque j’en ai fait un billet moi aussi il n’y a pas si longtemps…
    J’ai beaucoup aimé tes évocations capillaires
    Baci sorellita
    ¸¸.•*¨*• ☆

  3. Armelle B. dit :

    Très drôle et plein de cet humour à vos dépens qui est irrésistible. Oui, j’ai eu aussi des bigoudis mais par chance, je ne frisais pas mais ondulais, alors maman s’est vite aperçue que les bigoudis ne servaient pas à grand chose. J’ai tondu mes enfants aux 6 ème mois pour fortifier leur future crinière et le résultat a été satisfaisant. Je conseille donc à ma belle- fille de faire de même prochainement pour Owen.

    • Edmée dit :

      Oui ça doit marcher, si le matériau de départ est bon. J’ai hérité des cheveux « de fée » de mon papounet. Je suis déjà contente de ne pas avoir hérité de sa calvitie aussi…

  4. Adèle Girard dit :

    Très drôle l’idée de te faire une permanente pour ressembler à Shirley Temple.Et beaux souvenirs.
    Je me souviens que j’étais béate d’admiration devant les anglaises des petites filles à l’école. Nous étions cinq filles à la maison et ma mère, ne s’embarrassait pas, la coupe au carré pour toutes!….Cependant à force de demandes, nous avions obtenu une de mes sœurs et moi, de pouvoir laisser pousser nos cheveux pendant quelques mois.Tous les matins je passais au supplice, car afin que mes tresses tiennent toute la journée, ma sœur aînée qui était chargée de cette mission, me tirait tellement sur les cheveux, que j’en avais les yeux bridés et que le moindre mouvement de tête m’arrachait de ci de là quelques cheveux avec quelques larmes involontaires que j’avalais stoïquement! Je n’ai pas regretté longtemps lorsque je me suis retrouvée à nouveau avec des cheveux courts!

    • Edmée dit :

      Je me souviens de ces cheveux qu’on tirait tellement qu’on avait l’air de petites indochinoises et que ça faisait super mal… Les bigoudis aussi d’ailleurs, ça tirait sur les tempes. Mais je ne pensais pas à tous ces tourments quand je rêvais de longs cheveux jaunes comme Alice, je devais penser qu’ils seraient en même temps opulents et joliment épaissis par des boucles naturelles…

  5. blogadrienne dit :

    adorable, ton billet, drôle et attendrissant!
    ah! les cheveux, cette « parure de la femme », quelle importance ça semblait avoir! moi aussi on m’a soigneusement rasé le crâne – boule à zéro – jusqu’à mes deux ans, dans l’espoir de me procurer l’opulente crinière dont rêvait ma grand-mère…

  6. sandrinelag dit :

    Ah! les femmes et leurs cheveux!
    En tout cas, tu portais bien ton surnom de « poupée », une vraie tête de cobaye pour Lovely Brunette!
    C’est vrai qu’en matière de coiffure, nous sommes obsédées dès notre plus jeune âge. L’autre jour, lors d’une messe en compagnie d’un pensionnat de jeunes filles, nous avons été pris d’un fou rire car tout au long de l’office, ça ne cessait de se tripoter les cheveux, de se faire des tresses ou des boucles au doigt d’un rang à l’autre, de les gigoter en tous sens. Un vrai spectacle à lui tout seul!

    • Edmée dit :

      Oui, cette « parure de la femme » reste une mystérieuse obsession… même dans la bible : on s’en sert pour essuyer des pieds!

  7. anne7500 dit :

    Toutes ces tortures aux cheveux si jeune, mais c’est atroce ! 😉

  8. gazou dit :

    Je n’ai que très peu de souvenirs de ma petite enfance…chez nous, on ne parlait pas ..et comme je le regrette

    • Edmée dit :

      C’est vrai que ça doit laisser beaucoup d’interrogations et des espaces vides qui se seraient appelés souvenirs. Très dommage…

  9. angedra dit :

    Tu m’as fait rire … à tes dépens ! J’apprécie ton humour pour une histoire qui finalement a été assez douloureuse pour toi.
    Heureusement dans notre famille nous n’avons jamais connu cette « mauvaise idée » de raser les cheveux des enfants. Nous avons tous eu peu de cheveux à la naissance car blonds. Cela ressemblait plus à un duvet qui a très vite poussé pour devenir notre chevelure. Tout comme mon dernier petit fils qui contrairement à ses deux frères qui avaient beaucoup de cheveux dès la naissance.
    Pas plus de permanente chez nous, que de coupes mais plutôt des tresses et autres coiffures avec de beaux rubans assortis à nos tenues. Maman passait du temps le matin pour brosser et coiffer mes longs cheveux. Mes soeurs ont choisi ensuite de les couper, alors que moi j’ai toujours voulu garder mes cheveux très longs et mi-longs aujourd’hui encore.
    Cela ne m’empêchait pas de crier chaque matin pour le démêlage de mes longs cheveux que je dénouais la nuit… d’où le résultat le matin !!
    Grâce à ta maman et son idée fixe concernant tes cheveux, tu nous as offert un très beau billet qui oscille entre le rire et la découverte (pour moi) de cette torture qui existait dans certaines régions !!!!!
    Très belle fin de semaine… ici elle est très chaude, avec des températures qui vont encore monter.

    • Edmée dit :

      Les mamans voulaient que leur petite fille soit bien coiffée ha ha ha. Mais les bigoudis ont été une crainte telle pour moi pendant longtemps qu’il m’arrivait de rêver que j’allais à l’école et découvrais que j’avais oublié d’enlever mes bigoudis!!! 😀

  10. Et nous les hommes, la crinière s’éclaircit au fil des ans…. Bon week-end Edmée.

  11. Alain dit :

    Ton billet est drôle et non dénué d’une belle ironie.
    Sûr que les femmes attachent beaucoup d’importance à leur chevelure. J’en ai connu avec des épaisseurs magnifiques qui faisaient l’admiration de tous.
    Quantités d’hommes attachent aussi beaucoup d’importance à leur « crinière ». Pour ma part je n’ai pas eu à me plaindre. J’ai hérité des cheveux de ma mère. Épais et souples d’après ce que l’on en disait. Aujourd’hui encore, malgré les années, je garde une certaine épaisseur qui de brun a viré à un poivre et sel très tôt.
    À quarante aux j’avais déjà beaucoup de cheveux blancs. Une amie avait réussi par me convaincre de faire une teinture. Pari tenu pour un résultat catastrophique. J’avais l’impression d’avoir le crâne en feu. Pour calmer cette gêne, je les ai fait raser. Depuis cette expérience, plus d’artifice, je les garde très courts.
    Quand je vois des hommes avec des implants capillaires, rarement réussis, je ne peux m’empêcher de sourire. Pourquoi ne pas se contenter de ce que la nature nous a offert ? Et faire avec quand l’âge limite la pousse et la vigueur !
    Bon week-end chère Edmée.

    • Edmée dit :

      Ma mère avait les cheveux blancs à 32 ans, et elle m’a donné cet héritage génétique. J’ai commencé à avoir une mèche blanche (bien entendu à l’emplacement d’un des trois épis 🙂 ) à 25 ans. Je les ai donc teints longtemps, j’étais trop jeune pour avoir des cheveux blancs, mais j’en ai eu assez des teintures moi aussi à l’âge de 55 ans environ… et je les porte tels que dame nature le veut…

      Bon week-end à toi aussi Alain!

  12. Pâques dit :

    J’ai eu mon premier cheveu blanc à 25 ans aussi et comme toi je me suis lassée des teintures !!!
    Au début cela fait drôle quand même, un an auparavant on demandait à mon grand frère ( 12 ans d’écart) si j’étais sa fille.
    Et là, je vais le voir en clinique avec mes cheveux blancs et l’infirmière demande qui est le plus âgé des deux…
    L’histoire du petit pot à 1 mois… c’est pas possible, tu serais dans le livre des records hi hi hi – à mon avis cela doit être 1 an…

    • Edmée dit :

      Je trouve aussi que le petit pot à 1 mois c’est phénoménal… mais c’est une énorme erreur 🙂 Ou alors Lovely Brunette a reçu ou acheté l’album pour mon premier anniversaire et elle a noté ce dont elle se souvenait ou avait écrit ici et là. Nous ne saurons jamais ce mystère, mais pourquoi ne pas admettre que j’étais peut-être un génie? Qui sait si je ne savais pas faire des racines carrées à 2 ans?

  13. Philippe D dit :

    Moi, je n’ai pas fait de tresses, je n’ai pas mis de bigoudis, on ne m’a pas rasé le crâne, mais j’aurais aimé avoir une belle chevelure. Snif !

  14. Françoise dit :

    Et moi, à 9 ans, je me suis retrouvée avec les cheveux courts et tout bouclés. J’étais allée chez la coiffeuse avec ma mère, et pendant que ma mère se faisait coiffer, une jeune femme est venue me chercher en me demandant : « permanente » ? Je ne savais pas ce qu’était une permanente, alors j’ai dit : oui, alors qu’en fait ma mère voulait juste que l’on m’épointe un tout petit peu mes longs cheveux ! Elle a été furieuse, et des cheveux coupés et frisés, et du prix, qui n’était pas le même ! Quant à moi, j’ai bien un peu regretté mes cheveux longs, mais j’aimais bien aussi cette toison bouclée sur la tête. 🙂
    Merci Edmée, grâce à ton billet, de m’avoir remémoré cet épisode de ma vie. 🙂
    Bonne soirée. Bises.

    • Edmée dit :

      Eh ben ton histoire est singulière aussi, la jeune femme qui assume que tu veux une permanente… C’est donc bien qu’à l’époque ce n’était pas aussi choquant qu’aujourd’hui… Moi en Angela Davis et toi avec de jolies boucles… Ta mère furieuse et la mienne juste un peu surprise, car non, je ne ressemblais pas du tout à Shirley Temple 😀

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