Ces petits riens qui parlent fort

J’avais écris ceci sur mon premier blog à Thanksgiving 2008. Le jour où on remercie. Lovely Brunette était partie depuis plus de deux ans, Papounet était encore là pour 5 ans.

***

Mon papounet a fait faire ces timbres il y a quelques années pour ceux de ses enfants et petits-enfants qui vivaient loin de lui et à qui il écrivait. C’est anodin et pourtant… que de mots affectueux s’y trouvent ! Il a choisi les photos qui lui plaisaient et qui, pensait-il, seraient un jour un heureux souvenir. Et puis il s’est réjoui de l’élément de surprise. Car ils nous sont arrivés, ces timbres, sur des lettres ou des colis (ah les tablettes de chocolat Côte d’Or que nous aimons tous, les blagues du Chat ou de Kroll, les Soir-Illustré…), comptant sur un peu d’attention de notre part, tiens quel drôle de timbre, mais… c’est moi ? C’est nous ? Ça alors !

Lors du coup de fil hebdomadaire on lui a dit un joyeux merci et le fait de nous avoir ainsi réjouis a mis du soleil dans sa voix et dans sa journée, heureux d’avoir eu une bonne idée. A l’âge de la pension, celui où on « met de l’ordre dans ses affaires », classe les souvenirs, assiste à tous les cours et conférences imaginables pour continuer de découvrir l’immensité du savoir humain, va à la gymnastique, aux expositions, s’occupe des comptes bancaires des « enfants » qui vivent à l’étranger etc…, il a trouvé le temps de nous faire un gentil clin d’œil. Et non, ça ne va pas de soi. Ce n’est pas bien normal. C’est de l’amour, et l’amour est un bonus aux attentions normales que les parents doivent avoir pour leurs enfants.

Je t’aime, Papounet joli, merci !

Lorsque petite fille je me suis cassé le poignet, ma mère a réagi en femme angoissée qu’elle était. Elle s’est fâchée parce que j’avais été imprudente, a crié, s’est plainte de ce que ma sottise allait lui coûter de l’argent qu’elle n’avait pas. Pas un mot pour mon poignet déjà bleu et gonflé, m’abrutissant de mal. Il faut dire qu’il y avait un os cassé et trois pliés… J’avais d’ailleurs traîné et continué à jouer aussi longtemps que je le pouvais avant de rentrer, sachant ce qui m’attendait. Elle, elle avait mal à sa vie en permanence et s’abandonnait à son émotion majeure : la panique. Une fois épuisée par sa litanie et sa colère, elle a appelé mon oncle Jean, chirurgien, qui lui a promis de rendre sa forme à mon bras sans aucun frais, ce qui a eu le mérite de la calmer. Il ne restait alors que son souci pour moi, qu’elle n’exprima pas.

A mon réveil à l’hôpital elle était au chevet du lit, tendue et sans doute pleine de remords pour son incapacité à agir comme elle l’aurait dû. Et encore aujourd’hui je me souviens du soulagement que j’ai éprouvé à la voir quand j’ai émergé du sommeil ouateux où on m’avait plongée, inhabituellement patiente et empressée. Car je m’étais endormie encore agitée d’une hostile confusion après notre dispute. Jamais elle ne s’est excusée ou expliquée, et sans doute n’aurais-je pas compris. Que savent les enfants de la douloureuse difficulté d’être adultes ? Cependant, le jour où on m’a enlevé le plâtre elle m’a apporté, avec une joie timide qui voulait dire pardon ma petite Puce, un bracelet d’argent décoré d’un bas-relief égyptien, et l’a mis à mon poignet blafard mais remis à neuf. C’était un mot d’amour, un baiser qu’elle n’osait donner.

Je t’aime, Mammy chérie, merci !

Thanksgiving se fête le dernier jeudi du mois, et est l’occasion de « compter nos bienfaits » : Count your blessings, Name them one by one, See what God hath done dit un chant composé par un pasteur du New Jersey en 1856, le révérend Johnson Oatman Junior. Alors … un, deux, trois !

Mes parents n’ont pas tourné le dos à leurs responsabilités et m’ont, chacun à sa façon, montré comment sourire aux beautés du monde ;

mes amis et amies  ont pris la route avec moi les bons et mauvais jours, et sont toujours intéressé(e)s au voyage ;

j’ai, depuis toute petite, l’affection sans prix d’animaux au cœurs simples mais clairvoyants ;

j’ai aussi la chance d’avoir vécu dans une époque bercée par la voix de Charles Trénet, illuminée par le reflet de ces femmes pâles aux gestes médiévaux des tableaux de Delvaux ;

j’apprécie le bonheur de faire partie de cette petite nation querelleuse qui a vu naître Jacques Brel, Toets Tielemans, Jean Ray, et tant, mais tant d’autres Belges illustres ;

Que de bienfaits à célébrer… Célébrez les vôtres, et je vous souhaite que la liste soit longue!

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32 réflexions sur “Ces petits riens qui parlent fort

  1. Armelle B. dit :

    Encore une jolie évocation des joies et peines familiales, des pudeurs et tendresses des parents, des heures ensoleillées de l’enfance et de la jeunesse. Des pages que nous ne tournerons jamais.

  2. Célestine dit :

    Il est vrai que les sentiments sont souvent difficiles à exprimer pour certaines personnes, et puis il y a l’époque, où dire je t’aime se faisait plutôt avec des actes qu’avec des mots.
    Emouvant ton réveil à l’hôpital.
    Baci sorella
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Edmée dit :

      Oui, je me souviens encore – volontiers – de ce réveil à l’hôpital. La voir là, assise et anxieuse, son amour apparent… Quel cadeau!

      Baci baci sorellita!

  3. Tania dit :

    Ces petits riens, c’est quelque chose, ce n’est pas rien ! (comme dirait Raymond Devos). Et c’est même mieux que les grands riens. Bon dimanche, Edmée.

  4. blogadrienne dit :

    querelleurs, nous? meuh non 🙂 on discute gentiment et jusqu’à présent sans faire le moindre mal ni matériel ni humain, c’est pas beau, ça?

  5. Adèle Girard dit :

    Surtout, ne pas oublier ces petits rien. Ils sont le sel de notre vie.

  6. colo dit :

    Ces timbres…incroyable. Du moins j’ignorais que cela pouvait se faire. J’imagine l’amour qu’il y a mis et votre étonnement affectueux en recevant des lettres ou colis ainsi oblitérés!
    C’est pas du tout un petit rien ça!
    Bon dimanche Edmée.

    • Edmée dit :

      Oui c’était une initiative sympa de la poste. Nous avions tous eu la surprise car il s’est délecté à la faire à chacun des enfants et nous en recevions tous un exemplaire un jour ou l’autre 🙂

  7. gazou dit :

    Savoir se réjouir et remercier pour tout ce qui nous arrive de bon, c’est vraiment essentiel…

  8. charef dit :

    J’ai toujours réagi aux geste de mes parents. On été pauvres mais on ne manquait de rien. Leur amour a suppléé à tous nos besoins. Merci pour ces belles évocations de jeunesse.

  9. angedra dit :

    Tout cet amour que j’ai en moi et que je transmet… vient de l’amour de mes parents qui ont su faire beaucoup de petits riens pour qu’ils deviennent un grand tout.
    Merci pour cette belle évocation.

    • Edmée dit :

      C’est bien ça… on donne ce qu’on a reçu, et en donnant on reçoit à nouveau, c’est une source sans fin. Tout dépend d’à quelle source on veut s’abreuver : fiel ou miel? 🙂

  10. sandrinelag dit :

    Très joli texte qui va bien au-delà des beaux souvenirs. Il est chargé et vibrant d’amour, ouvrant derrière les mots des espaces illimités. L’éternité peut-être, avec l’étincelle de vie qui ne s’éteint jamais.
    (Et quelle bonne idée, ces timbres!) 🙂

  11. K dit :

    Merci Edmée. Ceci m’évoque deux choses.
    -Une année pour les voeux je crois j’avais utilisé -en ligne- le site de la poste pour fabriquer et imprimer mes timbres personnalisés et j’avais trouvé amusant que sur le timbre figure une enveloppe !!!
    -Et puis ton texte doux, c’est l’esprit Julos Beaucarne, non ? Un extrait ?

    Croyez en l’extase des nuages qui traversent les grands horizons
    Au petit vent du soir au cœur de l’été chaud
    Croyez à la douceur d’une amitié, d’un amour
    À la main qui serre votre main
    Car demain… mais n’y pensez pas
    Demain éclateront peut-être les nuages
    Et l’orage emportera vos amours
    Tenez-les serrés
    Ne vous endormez pas sur un reproche non formulé
    Endormez-vous réconciliés
    Vivez le peu que vous vivez dans la clarté

  12. laurehadrien dit :

    Quel cadeau que la gratitude !

  13. Françoise dit :

    Que de bienfaits à célébrer, oui, et la liste risque d’être longue ! Ne retenir que les bons moments, oublier les déceptions, car tout être humain est imparfait. Savoir dire merci pour ces bons moments, je le fais souvent notamment lorsque j’ai tout mon petit monde autour de moi à la maison. En fait, et je sais que certaines personnes que je connais le font, il faudrait noter tous les soirs au moins trois choses positives qui se sont déroulées dans la journée, il paraît que c’est très bon pour le moral et aussi pour la santé ! 🙂
    Grosses bises, Edmée.

    • Edmée dit :

      « Count your blessings »… C’est tellement juste! Au lieu de recenser les turpitudes comme si elles nous visaient principalement. Que de grâces qui nous visent et nous touchent ! 🙂

  14. Dédés dit :

    Coucou. Mes parents n’ont jamais su me dire avec des mots qu’ils m’aimaient. Sans doute cela est dû à leur éducation, très stricte, dans laquelle les émotions étaient reléguées au second plan. Mais à chaque moment clé de mon existence, ils ont été présents, parfois maladroitement, mais là, près ou loin. Je leur en suis reconnaissante. Encore la semaine passée, j’ai appelé mes parents pour leur annoncer une mauvaise nouvelle me concernant. Après la surprise et l’angoisse, ma mère a réussi à me calmer mais c’est mon père qui a su dire les mots justes, ceux que j’avais besoin d’entendre. Ils resteront à jamais mes parents, avec leurs qualités et leurs défauts. Comme moi, leur fille, avec mes défauts et mes qualités. Merci pour ce beau texte qui m’a fait versé quelques larmes d’émotion. Belle journée et bises alpines un peu fatiguées.

    • Edmée dit :

      Désolée que tu sois en train d’absorber une mauvaise nouvelle… et contente pour toi que tu aies pu sentir l’amour réel et discret de tes parents, rendus silencieux par une éducation qui le leur avait dicté. Mais l’amour est bien réel, et c’est une telle grâce de sentir qu’on fait partie… de leur clan!

      Tous mes voeux pour affronter ce que tu dois, et repos. Ici Liège est sous la pluie…

  15. Florence dit :

    Chère Edmée,
    Voici, je commence mes visite chez toi. Ce sera assez long à tout lire, car mon malade ne me laisse pas grand temps, ainsi que toutes les tâches qui m’incombent désormais.
    Oui, les petits rien ont souvent beaucoup d’importance et font chaud au cœur.
    Les timbres de ton papounet… Quelle merveilleuse idée !
    Je m’excuse que mon com soit si court…
    4 bises bretonnes chère Edmée et bonne journée !
    Florence

    • Edmée dit :

      Tu ne dois ni t’excuser ni te sentir tenue de faire le tour de tous les blogs. Ta santé et celle de Paul d’abord, et tu reviens quand c’est un bon moment. Mille bisous à tous les deux!

  16. Alain dit :

    Cette page est touchante, émouvante par bien des côtés.
    « Tous ces petits rien » mis bout à bout restent bien ancrés au fond de nous. Je les compare à des remparts quand le présent vacille. Au finish, je savoure la chance de pouvoir en additionner un certain nombre.
    Je retiens, entre autres, cette belle évocation des timbres de ton « papounet ».

    • Edmée dit :

      Il suffit de penser un tout petit peu et de comprendre tout ce que nous avons reçu… Des millions de sourires nous sont venus grâce à ces petits riens, et un sourire génère du bien-être que l’on partage aussitôt…

      Bon dimanche Alain 🙂

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