Quetzalcoatl, mon ange-gardien

Parce que de plus en plus je me dis que c’est une métamorphose singulière mais pas unique – plusieurs personnes l’ont vécue -, j’ai décidé de partager deux épisodes Edmée Jekyll et Edmonde Hyde.

Je ne dirai pas les circonstances exactes de ces expériences « hors de mon corps », parce que c’est personnel et pas intéressant en soi.

Je suppose que j’ai un ange gardien très guerrier mis de faction en surveillance de sa petite protégée en danger, moi. Le serpent à plumes. Le genre qui fait ses exercices de musculation chaque matin, avale des chapelets de vitamines, connaît les secrets du Kung Fu, du Tae Kwon do et de tactiques de lutte secrètes connues uniquement des anges.

Je me suis un beau jour trouvée en situation de danger, et donc de colère. Quelqu’un m’avait insultée – très gravement – et menacée de quelque chose de très peu engageant. J’ai tenté de tout simplement m’en aller, comptant sur le fait que la personne qui m’avait amenée chez ce malotru immonde me suivrait, que nous n’y retournerions jamais plus, et que tout en resterait là. Mais voilà, j’étais très mal accompagnée, faut-il le dire, vraiment plus que mal, et me suis retrouvée hors de la maison, seule, la nuit tombant, loin de tout (la voiture étant la possession du valeureux mollusque qui m’avait conduite là).

J’ai alors commencé à appeler, appeler, appeler, sans aucun succès. J’ai monté d’un ton – rien ne vaut d’être polie avec des malfrats. Et d’un autre. Quand les décibels sont devenus inquiétants pour l’hôte sulfureux, il est sorti de chez lui, indigné, m’accusant d’ameuter les voisins (qui existaient bien sûr… mais plutôt loin, car en pleine campagne), et me sommant de m’en aller (à pied, sans le mollusque, dans le noir, guidée par le son du clocher de l’église au loin… mais c’est bien sûr…).

Et là, mon ange gardien s’est manifesté. Hérissé comme Quetzalcoatl, les plumes crissant de colère. Il est descendu en moi et véritablement, j’ai senti une force surhumaine se répandre dans muscles et pensées, j’ai saisi l’ennemi par le cou, oui par le cou, et l’ai … soulevé du sol. Je suis incapable de soulever ne serait-ce que 10 kgs à bras tendus et maintenir la prise, et l’ennemi, même s’il n’était pas André le géant, devait en peser 80 ! Hop, je l’ai hissé sans effort et lui ai dit calmement : « maintenant vous allez me rendre le mollusque et nous laisser partir sinon je vous tue ». Et puis je l’ai déposé, pantelant et livide. Je n’y ai pas été par quatre chemins. Ce n’était pas : sinon je vous casse la figure, je vous coupe le nez, je vous dénonce, non. Je vous tue.

Avec un couac il nous a libérés.

Et la seconde  fois, suite à un épisode dont Stephen King m’achèterait volontiers les droits, j’ai eu à nouveau conscience d’être en danger immédiat, et suis allée à la police pour demander de l’aide à m’enfuir d’où j’habitais avec au moins mes papiers et des vêtements, en toute sécurité. Le policier de service, compatissant comme un boulet de prisonnier, me dit sur un ton le règlement c’est le règlement « madame, vous choisissez, c’est ou votre vie ou vos affaires ! ».

Sans un bruit, mon serpent à plumes est à nouveau descendu en moi de mille coups d’ailes furieuses, m’armant d’indignation et de colère très bien canalisées : j’ai saisi le loustic lui aussi par le cou – il était plus frêle que le précédent ennemi mais bon…  En tout cas je suppose que mon ange-gardien trouve que je m’en sors bien dans cet exercice d’étranglement et pourquoi innover sans cesse ? – et lui ai soufflé au visage qu’il était payé pour défendre et nos vies et nos biens, et… qu’il allait le faire ! D’un ton qu’on ne discute pas.

Deux policiers étaient au fond de la pièce, cherchant à se fondre dans la tapisserie et déterminer le sexe de la mouche qui volait contre le globe du luminaire, et on les comprend. Le loustic, quelque peu chancelant, leur a dit, sans se tourner vers eux : allez avec elle.

Je n’ai eu l’assistance de ce serpent à plumes que deux fois. Je fais peu de colères, mais elles sont redoutables car ne surgissent qu’en cas de grand danger, et j’ai pu vérifier dans le regard des adversaires qu’elles ont fière allure.

Mais ces deux-là sont les plus belles, elles ont le plumage de Quetzalcoatl !

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34 réflexions sur “Quetzalcoatl, mon ange-gardien

  1. Armelle B. dit :

    Voilà deux histoires à vous hérisser les poils sur le corps et la tête. Je suis en admiration devant les prouesses de votre ange gardien qui ne manque ni de sang-froid, ni d’audace. Je me suis trouvée moi aussi à plusieurs reprises en danger et sans avoir votre vigueur, j’en suis sortie indemne et n’ai pas manqué de remercier mon ange protecteur dont j’ai vraiment senti la présence et l’inspiration.

    • Edmée dit :

      Oui, ces épisodes sont musclés, mais c’est exactement ça : on sent la présence et l’inspiration. Dans des circonstances où il aurait fallu de la diplomatie et pas de la force, je pense qu’il m’aurait « mis les mots en bouche »… Ici il a armé mes bras. J’y pense encore souvent, car au-delà du côté « film d’action » de la chose, il y a surtout la conscience de cette présence dont désormais je ne peux plus douter!

  2. Anonyme dit :

    Je t’ai lue avec passion

    Je me demande si toi et moi, en fin de compte, nous ne serions pas de fausses douces.

    En tout cas il ne faut jamais pousser les anges à bout.

    Non mais.

    Je te colle ci-dessus en italique le commentaire que je n’arrive pas à coller sur ton article, si tu y arrives vas-y (la toile n’est pas mon amie, quand elle veut pas elle veut pas)

    Bizzzzzzzzz

    ________________________________

  3. laurehadrien dit :

    C’est un phénomène assez connu : lorsque nous sommes en danger, nos forces tant physiques qu’intellectuelles se décuplent. On devient des héros. J’ai vécu cela plusieurs fois dans ma vie. J’avais conscience du danger mais j’étais aussi froide et rationnelle qu’un robot !

  4. Dédé dit :

    Je vais venir sur la pointe des pieds dorénavant ici… 😉
    Mon expérience m’a aussi montré que lorsqu’on se trouve en danger, on trouve des forces en soi insoupçonnables. L’être humain est capable de tellement de choses. Merci Edmée pour ces histoires qui montrent qu’on n’est jamais sans ressources. Je vais partir quelques temps alors je te dis à bientôt. Bises alpines.

  5. blogadrienne dit :

    hé bien dis donc, vaut mieux pas te fâcher 😉
    comme dit Laurehadrien, c’est exactement ce qui se passe en nous à ce moment crucial, j’ai ainsi asséné un bon coup de genou ‘là où je pense’ à un homme qui (etc etc chacun aura deviné)
    j’en ai été étonnée moi-même LOL

  6. colo dit :

    Mais dis donc, derrière une femme drôle et spitante il y a …un serpent à plumes! Bravo.
    Un jour, j’étais jeune mais ceinture brume de judo, – ce que le mec trop entreprenant ignorait, bien sûr, – je l’ai pris par la taille, fait voler dans les airs et retomber, plaf, au milieu d’une place remplie de terrasses où les gens ont applaudi!!! Je me demande s’il s’est remis de l’humiliation…mais c’est son affaire!

    Des faibles femmes, nous???;-))

  7. Tania dit :

    Bravo, mesdames, très impressionnant !

  8. Adèle Girard dit :

    Les anges gardiens des femmes sont très efficaces. Surtout ceux qui se sont entraînés sur les petites élèves virées des Saints Anges!

  9. bizak dit :

    Oui, je crois je crois qu’on dispose tous d’un ange gardien,du genre: Quetzalcoatl, moi en tout cas. Ces anges gardiens ne viennent à la rescousse que quand à l’intérieur de nous, ça brûle comme du feu, on sent humiliation et l’agression. Mais penser que la douce Edmée,pouvait sortir de ses gants comme tu l’avais fait devant des malotrus, ça me fait plaisir doublement: 1) Qu’une femme sache se battre et advienne que pourra. 2) Que j’apprenne que je n’étais pas seul à avoir ses forces qui quintuplent devant le danger.
    Je te kiss

    • Edmée dit :

      Je dois dire que j’étais la première surprise mais depuis en effet je me sens quelque peu protégée! Une autre fois il m’a aidée mais les circonstances étaient très différentes : une jeune fille écossaise habitait chez moi, au premier, et un jour je l’ai vue arriver à ma chambre du second, blême et au bord de la syncope, pleurant. Elle souffrait atrocement et défaillait.

      Je suis incapable de dire comment je l’ai reconduite à sa chambre car elle s’était effondrée et donc n’a pu marcher. Je l’ai donc sans doute portée dans les deux volées d’escalier mais n’en ai aucun souvenir, et plus encore, après ça, sans aucune expérience – j’étais assez jeune, peut-être 18 ans -, j’ai trouvé paisiblement tout ce qu’il fallait faire pour la secourir médicalement – ce dont je n’avais aucune idée!

      J’y ai souvent repensé et encore aujourd’hui je ne sais pas comment j’ai fait…

      Alors toi aussi tu peux rugir, hein? 😉

      • Célestine dit :

        Sortir de ses gants, j’adore l’expression de Bizak…
        Et j’adore aussi le ton de ton billet. Et son sujet. Et ta narration…
        Faible femme, tu parles ! tout ça c’est culturel. On nous bourre le crâne à nous dire depuis que nous sommes nées que nous sommes de pauvres petites choses fragiles…
        Mais non, nous ne le sommes pas.
        Et ton serpent à Plumes n’est que la parabole de l’énergie formidable qui t’habite. J’adore, ne change rien, sorellita.
        ¸¸.•*¨*• ☆

  10. Edmée dit :

    Oui je suis sortie de mes gants blancs et ai mis ceux de boxe, ha ha ha!

    Nous sommes bien loin d’être fragiles, sauf celles qui s’y plaisent, à pleurnicher et se plaindre pour vivre une vie entière sur les épaules des autres dans hamac suspendu…

    Nous avons toutes notre serpent à plumes, il suffit de ne pas le museler!

    Baci sorellita!

  11. claudecolson dit :

    Hé bé… Et comme on dit jamais deux sans trois, tu sais ce qui t’attend ou plutôt quelque quidam…

    • Edmée dit :

      Faut déjà y aller fort 🙂 Je suis très rarement en colère, et à ce point là, c’est rarissime. Mais voilà… on est moins démunis qu’on pourrait le croire. You are not aloooooooone disait Michael Jackson 🙂

  12. Florence dit :

    Chère Edmée,
    Tu as quand-même une bonne constitution et même sans en arriver là, tu n’es pas une femmelette et tu sais te défendre. Je pense qu’effectivement, sous une grosse colère, quelqu’un de normalement constitué, sans problèmes de santé, peut voir ses forces décuplées dans des circonstances extrêmes.
    Tes relations amérindiennes t’ont apportée beaucoup !!! et pas que les plumes du brave !!!
    Bises bretonnes et bonne semaine mon amie !
    Florence

    • Edmée dit :

      Oui j’ai su me défendre. Mais je suis convaincue que même moins forte physiquement, j’aurais alors trouvé les mots qu’il faut. Il y eut une fois où, menacée (pas dangereusement au niveau physique, cette fois!) de quelque chose que je ne pouvais pas affronter dans l’immédiat, et qu’il me fallait un délai, des mots effrayants sont sortis de ma bouche, adressés au malheureux « menaceur » qui a acquiescé dans la seconde et m’a accordé le délai sans la moindre discussion. Les mots que j’ai employés me stupéfient encore, car en plus c’était une expression que je ne connaissais pas. Mais ça a marché 🙂

  13. sandrinelag dit :

    Voilà deux histoires passionnantes! Nous pouvons tous nous identifier à ces expériences. Nous n’avons pas idée à quel point notre bon ange nous accompagne en toute circonstance et nous souffle les mots… à moins que ce ne soit nos réflexes, extraordinaire ingénierie physiologique qui réagit dans la seconde. Pour les anges, si nous étions plus attentifs, la tête moins encombrée de bruits, nous aurions tout à gagner à écouter plus souvent cette petite voix interne, les sonnettes d’alarme, etc. Ce sont souvent les meilleurs conseils qui soient.

    • Edmée dit :

      Tu as raison. Il m’est arrivé d’avoir une injonction du genre « pas cette personne-ci », ou « vite vite il faut partir de ce lieu » et d’obéir même sans pouvoir donner d’explication concrète. Je reçois peu de ces messages, ne suis pas une « dingo » qui entend des révélations tout le temps, donc quand j’entends… j’écoute!

      D’excellents conseils!

  14. gazou dit :

    Mes colères ne s’adressent qu’à des proches, avec les autres je n’ose pas alors qu’elles seraient justifiées…mais les colères vraiment efficaces sont celles que l’on maîtrise un tant soit peu et que l’on arrête à son gré, quand l’effet désiré ait obtenu…Je l’ai parfois expérimenté et je riais intérieurement de l’effet obtenu

    • Edmée dit :

      Oui, disons que ça dépend de la raison de la colère je suppose. Ici c’était mêlé de terreur – dans le premier cas ma vie était en danger réel, dans le second je ne voulais pas affronter le départ seule, sachant que là aussi je risquais ma vie – et donc voilà… la colère a été instantanément remplacée par une sorte de « colère de Dieu », très efficace 🙂

  15. Pâques dit :

    Super ! Moi aussi dans certaines circonstances, je suis étonnée de ma réaction et de mon sang-froid…
    Quand j’étais petite et que ma maman me racontait la guerre, l’évacuation, etc… je me disais que moi je ne pourrai pas affronter de pareilles épreuves !

    Pourtant je me rends compte aujourd’hui que je me suis pas mal débrouillée 😉

  16. Françoise dit :

    Je ne me mets que rarement en colère, mais il ne faudrait pas s’en prendre à mes enfants, tout adultes qu’ils sont, parce qu’alors là, je suis capable de sauter sur l’autre et de lui foutre une bonne raclée !!! (sourire)

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