Me too

Oui moi aussi, et je ne connais pas une femme qui ne puisse dire « me too, I’ve been sexually harassed ». C’est une réalité consternante dans notre civilisation pleine de vices privés et vertus publiques.

La première fois, j’avais 13 ou 14 ans, et étais loin d’avoir le sex-appeal d’une Lolita. Je connaissais de vue un certain Jean-Marie C., adulte de 25 ans environ qui venait rendre visite à un Anglais de Bradford louant une chambre chez nous, car il faisait un stage dans une des usines lainières de la ville. Je pense que Jean-Marie C. travaillait dans un garage. Pas du tout l’idée que je me faisais d’un amoureux en puissance : râblé, blondasse avec une moustache comme une brosse à dents entartrée, des petits yeux de verrat myope. Toujours en costume mal coupé et mal tombant sur sa silhouette mal dessinée. (La vengeance est un plat qui se mange froid, et donc voilà. S’il me lit – qui sait – autant qu’il sache). Un jour il passa en voiture alors que je rentrais de l’école, le trajet était plutôt long mais j’y étais habituée. Il m’offre donc de me reconduire, et j’ai accepté – par politesse. Mais il a passé ma maison comme un bolide en me jetant un sale coup d’œil, et j’ai tout de suite compris le danger. A l’époque on nous mettait en garde contre les vieux messieurs qui nous offraient des bonbons dans les parcs en bavant, mais je dois dire qu’on n’envisageait pas d’autres scenarii. On n’était d’ailleurs pas sûrs qu’on aurait compris… Cependant j’ai eu peur, très peur de son air qui avait changé et quand il a glissé une main sous ma jupe en essayant de séparer mes genoux, j’ai désespérément tenté d’ouvrir la portière pour sauter sur la route. Là c’est lui qui a eu peur, il m’a vue aussi affolée que si j’étais à l’abattoir et m’a dit de me calmer, qu’il ne voulait pas me dévergonder. J’ai dû demander à ma mère ce que voulait dire dévergonder. Quand on en a parlé à ma tante Liliane, elle a éclaté de rire en disant qu’avec lui, personne n’était à l’abri, qu’il faisait le coup à tout le monde… Et finalement, en ces temps bénis pour les sauvages comme lui, la devise était le satyre est lâché, tenez les nymphes à l’intérieur sinon ce sera leur faute… Une époque d’impunité assurée, donc…

Peu après, j’étais en pension à Bruxelles et reprenais le train tous les vendredi soirs pour rentrer chez moi. Ce train aillait en Allemagne et était truffé de militaires, souvent très désagréables mais en général sans danger. J’avais alors 16 ou 17 ans, et me suis retrouvée seule dans un compartiment avec un de ces militaires, assis en face de moi. Je lisais, quand tout d’un coup il a avancé ses jambes en glissant sur la banquette, et a introduit un genou entre les miens, bloquant ma jambe avec son autre genou. Je me souviens m’être sentie comme un animal au collet, ne sachant que faire, n’osant bouger, faisant semblant de ne rien remarquer, tremblante de frayeur. Je ne sais plus ce qui a mis fin au calvaire, mais je sais que ce n’est pas moi car j’étais tétanisée. Peut-être le passage de quelqu’un dans le couloir, ou du contrôleur… Mais en sortant du train, mes jambes flageolaient…

Fragonard - Le verrou

Fragonard – Le verrou

Un an ou deux plus tard, j’ai rencontré un certain JM.G., frère d’une célébrité de la région. C’était dans une boite de nuit à Spa, où j’étais arrivée avec un copain – Bubu – dans la voiture d’un autre qui nous avait conduits à condition qu’on se débrouille pour rentrer. Et alors que j’entrais dans la boîte de nuit, JM. G. m’a tout de suite repérée (de la chair fraiche, car c’était la  première fois que j’entrais là). Il m’a interpellée, j’ai répondu par une boutade et suis partie retrouver notre petit groupe à peine sorti de l’adolescence. Là aussi, lui par contre était nettement entré dans l’âge adulte, approchait de la trentaine. Il a fini par s’imposer à notre table, faisait adroitement du charme au copain qui m’accompagnait, tout fier d’intéresser un tel personnage qui trouvait ses problèmes de 18 ans … captivants. Et il offre de nous reconduire en voiture. Le copain tente sa chance un peu plus loin, et demande s’il pourrait conduire… Oui oui bien entendu répond JM.G., mais alors je m’assieds à l’arrière avec ta copine. Marché conclu (merci Bubu!), sauf qu’au moment de monter dans la voiture je refuse d’aller à l’arrière avec la bête (inhumaine). Bubu, ravi et inconscient, conduit, et sur suggestion de la bête, annonce qu’il descendra le premier, que la bête me laissera sur mon seuil. Bon, là j’avais quand même compris ce que voulait la bête, mais comme il avait accepté sans cracher de flammes que je ne m’asseye pas à l’arrière avec lui, je n’avais pas vraiment peur. Sauf que quand lui aussi a passé ma maison à une vitesse très décidée, se dirigeant vers les bois, je n’ai pas apprécié. Une fois dans les bois, il a voulu m’embrasser (oh en plus… la vilaine bouche batracienne qu’il avait… pauvre de moi !) et j’ai résisté, mais soudain il a fait basculer le dossier de mon siège, vlam, on avait une couchette, la voiture de la bête était équipée d’un rapist bed. La lutte fut âpre, j’ai combattu vaillamment, lui ai tordu les doigts et ai mordu tout ce qui était à portée. Finalement il a dû décider que c’était même pas gai, c’t’histoire-là, et il m’a dit que j’étais décidément trop bête, qu’il y avait plein de filles prêtes à cette heure-même à enlever leur petite culotte pour lui. Authentique. Il a dit ça ! Il a continué de loin en loin à me pourchasser, sans succès. Mais alors que le frère – la vedette – n’en pouvait rien, je l’ai inclus dans ma haine, je suis aussi mal à l’aise encore aujourd’hui de parler de l’un ou de l’autre.

Je pense aussi à L.T. Je le trouvais sympa, il avait une bonne bouille (quoi que son haleine aurait tenu à distance même un chien à cadavres…). Il venait de se marier avec une « femme de mon âge ». J’avais 37 ans, lui sans doute 25. Il faisait partie de l’équipe informatique à mon travail, et naturellement était souvent appelé à l’aide. Le matin, je me trouvais seule au bureau, préparant le travail de la journée qui commençait vers midi. Il venait et nous parlions, de tout, de rien, on riait. Vraiment je l’aimais bien. Un jour tandis qu’il était là, le téléphone a sonné et j’ai décroché. Il en a profité pour me sauter dessus, m’enserrant et me palpant d’au moins huit bras tentaculaires (et son haleine tout près, je ne vous dis pas….), et moi, pro comme toujours, empoignant une latte de plastique et lui distribuant des coups comme je le pouvais, ne quittant ni-le-téléphone-ni-mon-calme-ni-ma-voix en ce qui concernait le client que je ne voulais pas soumettre à un interlude intriguant. L.T. transpirait, perdait contenance et frôlait la crise de furie. Quand enfin j’ai pu lui faire face une fois le téléphone raccroché, j’ai vu un autre homme que le jovial et débonnaire collègue qui venait plaisanter. Il haletait et j’étais, de mon côté, absolument horrifiée. Brandissant la latte comme Zorro son épée ! Je lui ai demandé ce qui lui avait pris, et la réponse a été qu’il savait que quand une femme dit non, elle veut dire oui. Inutile de dire que nos petites conversations matinales ont pris fin et… qu’il s’est vanté partout de « m’avoir eue », il me l’a dit lui-même des mois plus tard (je m’étais demandé la raison de mon succès soudain…).

Il y eut aussi ceux qui ne harcelaient pas mais attendaient ouvertement un donnant-donnant : un boulot contre un peu – et plus si affinités – de disponibilité. En Italie je dois dire que je les ai collectionnés, et que je ne m’étonnais même plus. Ils le disaient sans ambages à l’entretien d’embauche. Pour ne pas verser un mois de salaire pour rien, ça va sans dire! Je vois encore ce gros rouquin de Bari dont la toison crevait les interstices de la chemise et qui, à mon indignation, m’a dit « mais enfin madame… je ne peux quand même pas écrire dans le journal que je cherche une maîtresse… ».

Et les médecins au toucher vicieux, s’il y en eut. On n’osait rien dire, ne sachant trop si c’était « médicalement normal » ou pas de nous toucher là. Je me souviens d’une copine de classe, lorsqu’on avait 16 ou 17 ans, qui avait été violée par son dentiste : il l’avait mise sur une chaise qu’on pouvait surélever, et une fois placée trop haut pour en redescendre sans se casser la figure, hop. Et en ces temps-là… ça passait dans les pertes des unes  et profits des uns, car personne n’aurait songé à porter plainte et parler de ces hontes.

Une autre amie a été violée à Rome à 14 ans par le chauffeur de confiance de l’hôtel qui la ramenait à l’aéroport… Elle n’a rien osé dire à ses parents qui l’attendaient à l’arrivée à Bruxelles … avec la police. Quelqu’un avait eu vent de quelque chose mais le sale type avait bien pris soin de lui dire qu’elle ne devait pas en parler sinon il perdrait son emploi, irait en prison et sa femme et ses enfants mourraient de faim et de honte… à cause d’elle.

Et bien que ça ne soit pas sexuel, mais bien du harcèlement, il y a le vilain jeu de domination au travail. Hommes et femmes y excellent, et presque partout j’ai eu le tyran et les tyrannosaures de service.

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44 réflexions sur “Me too

  1. Armelle B. dit :

    Oui, la vie d’une jeune fille ou d’une femme est rarement un long fleuve tranquille, surtout lorsqu’elle est jolie … La beauté n’est pas reposante à gérer … et vous étiez très jolie Edmée. Je pense que nos jeunes actrices sont des proies de rêve dans leur domaine professionnel et que leurs employeurs sont rarement des prix de vertu. Que les bouches se délient est une bonne chose. Mais autrefois, c’était le scandale assuré si une jeune personne parlait. Petite fille, en allant à l’école, je faisais des rencontres terrifiantes sur notre boulevard assez désert. Des hommes, cachés derrière des arbres, qui ouvraient leur imperméable en brandissant leur sexe à mon passage, ont contribué à me rendre effrayant ces parcours du matin et du soir. Heureusement cela n’allait pas plus loin que de l’exhibition. Mais j’en conserve tout de même un pénible souvenir. Plus tard, il y eut le chantage des copains qui allaient se suicider de désespoir ou, lors d’une réception, le monsieur d’âge mur qui voulait absolument vous faire découvrir en voiture, seul à seul, le ravissant paysage ou la belle chapelle d’alentour. … Oui, la jeunesse n’est pas un long fleuve tranquille.

    • Edmée dit :

      Les exhibitionnistes, ça aussi, ça pullulait! Le premier m’a fait très peur, j’avais 16 ans. Après, heureusement la jeunesse moqueuse trouve ses armes et souvent; comme on était à plusieurs, on avait des fous-rires qui devaient être une vraie surprise pour notre one-man-showiste!

      Mais c’était une zone dangereuse que celle de la prime jeunesse et de la fin de l’enfance. Après on s’en sort mieux – c’est en forgeant qu’on devient forgeron…

      • Franchement, « le pullulement » des exhibitionnistes, je découvre ! Je savais notre société un peu malade, mais là…

      • Edmée dit :

        Je ne sais pas comment ça se fait mais ils semblent s’être volatilisés, concurrencés peut-être par la TV et le cinéma. Ils ne nous font plus vraiment peur. Mais moi je me souviens personnellement de 5, lors de mon adolescence. Et toutes mes amies et certaines tantes (celles qui parlaient de ça… 🙂 ) en avaient vu aussi!

  2. angedra dit :

    Et bien il y a des femmes Edmée qui n’ont jamais connu ces « petits hommes » !! Une amie lors de cette discussion m’a dit « moi, je n’ai jamais été harcelée » mais « moi je n’ai jamais été aguicheuse » !!! Oui, c’est vrai cela existe encore ces femmes qui prennent le parti de ces petits messieurs.
    Toute ma vie j’ai eu à me défendre seule de ces prédateurs justement à cause des femmes qui automatiquement voyaient celles qui se faisaient ainsi poursuivre, comme des fautives. Fautives d’être jolie et de plaire, fautives de « s’habiller de façon à attirer les hommes (!!!) » etc, etc.
    Je n’ai jamais voulu aller contre ma personnalité pour éviter à ces messieurs de baver et de réfréner leurs pulsions maladives.
    Il y a eu des gifles, des téléphones (pas le portable à l’époque !!) qui volent, des menaces d’appeler madame… et des départs.
    Mais je sais que toutes les femmes n’ont pas ce caractère et surtout l’aisance financière pour se permettre de risquer leur travail.
    J’espère que les hommes et les femmes vont enfin prendre conscience de ce grave préjudice fait aux femmes et que les mentalités vont changer.

    • Edmée dit :

      Tu as raison et je le dis souvent aussi : les femmes sont les pires ennemies des femmes. Elles se liguent avec les hommes et jettent les pierres. Si tu savais les épouvantables rires que j’ai entendus quand je travaillais dans un atelier en Provence, et qu’on racontait le viol d’une jeune fille du quartier. Les laides et difformes trouvaient ça jubilatoire et ne se lassaient pas de le raconter. Bon fils qu’elles auront élevé avec cette mentalité….

  3. Adèle Girard dit :

    Je n’ai jamais été violée, heureusement, mais touchée et harcelée et obligée de me défendre, je ne compte pas les fois. Ce qui m’étonne aussi, ce sont les airs faussement surpris des hommes qui découvrent le scandale qui est dans tout les esprits aujourd’hui. Ils ont bien du mal a s’indigner, même nos proches ne nous défendent que faiblement, auraient-ils tous un petit quelque chose a se reprocher?. Pour beaucoup, ils pensent faire honneur aux femmes en « s’intéressant » à leur « capital féminin » ,pour paraphraser quelqu’un que j’ai bien connu et qui me reprochait de ne pas partager avec lui ce fameux capital, ou, on s’est mise en situation, ou, on est provocantes, cela est vrai parfois, mais pas toujours, et les très jeunes filles sont souvent des proies bien faciles. Pour autant, qu’il ait fallu trente ans pour qu’une actrice dénonce le procédé dans le milieu du cinéma , et que du coup une flopées d’actrices de tout âges viennent avec des airs de Mater Dolorosa raconter leur calvaire,je me dis que ces femmes sont quand même un peu veulent, car enfin, toutes n’étaient pas de fragiles créatures, elles ont préféré se taire pour ne pas risquer leur carrière. Elles sont complices .Elles ont manqué de probité. On peut dire non.

    • Edmée dit :

      Bien sûr c’est un peu tard pour se joindre à la curée… après avoir payé de sa livre de chair. Je comprends mieux dans des milieux et boulots sordides où les choix sont moindres, les détresses plus grandes. Mais là… pas vraiment convaincue non plus surtout quand Jane Fonda, grande opportuniste notoire s’en mêle. On sait la sincérité profonde de cette femme que la liposuccion avait lestée, mais elle a fait de l’argent en masse en expliquant que c’était sa fichue aérobique!

      Mais la vie d’une femme est vraiment un jeu d’adresse….

  4. Dédé dit :

    Ton texte fait froid dans le dos. Je ne vais pas donner les détails de mes affaires. Mais comme nombre d’entre nous, j’ai eu à faire à ces types qui se croient invincibles et tout permis. Dans la vie privée et dans la vie professionnelle. Et le pire,c ‘est quand la police, lorsqu’on fait une déposition, nous regarde de travers. On ne ressort jamais indemne de ces histoires. Alors tout ce que les médias sortent ces jours-ci ne m’étonnent pas et j’espère que ces s… paieront pour tout le mal qu’ils ont fait. Je t’embrasse et fondons la ligue des femmes libres.

    • Edmée dit :

      La police fait toujours bloc avec les hommes, tu as raison. Maintenant aux USA c’est très différent en général (je doute que ça le soit dans les Etats du centre…), la police se montre très chevaleresque, parfois trop : l’homme est presque toujours reconnu coupable même s’il a juste tapé du pied 😀

  5. Edmée, je prends la liberté de m’immiscer un instant dans une discussion entre femmes en espérant que l’on ne m’en tiendra pas trop rigueur…

    En tant qu’homme, séduisant dans sa jeunesse à ce que l’on disait mais plutôt timide avec les filles (ben oui, ça existe), j’ai pour ma part toujours soigneusement évité de succomber à cette culture « machiste » de façon à n’être surtout pas confondu avec ceux qui sont ici dénoncés, au point de me le voir parfois reproché par certaines femmes ! (si, si…)

    Et avec le recul, je suis bien certain que cette « inhibition » en a déçu quelques-unes qui attendaient sans doute de ma part un peu plus de hardiesse ! Au fond, le machisme fait parfois des victimes inattendues…

    En y réfléchissant, et en éliminant les cas relevant de la simple pathologie mentale, j’ai été amené à penser que les rapports hommes-femmes demeureront encore très longtemps entachés d’ambiguïté. Et à mon humble avis, aussi longtemps que nous ne nous serons pas débarrassés de cette vieille culture qui impose aux hommes et aux femmes des conduites différentes dans leurs approches amoureuses (l’homme courtise, la femme se laisse courtiser, pourquoi une femme ne pourrait-elle pas faire le premier pas sans être prise pour une.. ?).

    Bonne fin de journée !

  6. Edmée dit :

    Eh bien ton apport est le bienvenu. C’est vrai qu’on considérait que l’homme devait savoir ce qu’il voulait et le faire comprendre, et que la femme devait jouer « hard to get » et puis céder si affinités 🙂

    Mais ici, tu admettras qu’à part LT, qui croyait vraiment que ma sympathie pour lui était des appels de phares, les autres étaient juste des prédateurs. Des hommes dangereux. Qui ont dû, avec le temps, affiner leur tactique. Et ne plus fonctionner autrement.

    Le marchandage donnant-donnant est moins dangereux, et ma foi tant qu’il n’y a pas violence, le choix reste libre. C’est humiliant (autant pour l’homme qui ne peut pas se vanter d’une conquête mais d’un achat que pour la femme… qui se voit comme une marchandise).

    Il se peut que les choses soient moins répandues parce que dénoncées comme incompatibles avec une société qui pense et respecte… Mais ça prendra encore du temps !

    Merci pour ta visite et ton commentaire!

  7. charef dit :

    Les choses commencent à bouger maintenant que les langues se délient. C’est encore plus dramatique quand ces agressions sont incestueuses.

  8. blogadrienne dit :

    je me demande s’il existe une femme qui n’ait pas eu à subir des attouchements indésirables (malheureusement)

  9. Et bien, oui, nous y passons toutes! Des goujats, des pervers, des abrutis, des imbus, etc.
    J’ai riposté, souvent avec humour (en général, ça « la leur coupe »), une fois avec violence: ils étaient quatre et sont partis à reculons en jetant quelques vannes mais ne sont pas revenus. Une fois, le classique, à quelques pas du lycée, un vieux cochon en voiture me demandant son chemin (moi, bonne fille, qui le lui explique par le menu jusqu’au moment où je découvre le tableau – il était tout nu avec une chemisette en train de faire son affaire!!!!) et je pousse un beuurrrkkkk de dégoût et « aaah mais c’est dégueu!!! tellement expressifs qu’il en est devenu rouge de honte et s’est enfui sans demander son reste.
    Je ne parle même pas du frotti-frotta dans le métro, presque banal…
    En fait, tous ces pauvres types me font plus pitié qu’autre chose.

    • Edmée dit :

      Le frotti-frotta dans les trams bruxellois, oh oui, ça arrivait souvent quand j’étais ado. Tu as bien fait de réagir ainsi, mais parfois on a peur ou ne sait pas. Mon premier exhibitionniste nous a fait peur, à mon amie et moi. Pour commencer il était équipé d’un « machin » hors norme, et nous étions horrifiées, pensant que donc c’était toujours ainsi. Maintenant ça faire rire mais sur le coup, « les garçons » nous ont moins inspirées pendant longtemps 🙂

  10. Sujet d’actualité… Et combien de femmes n’osent jamais en parler… Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      Oui il y a des choses dont on ne parle pas. Moi je n’osais pas me plaindre du docteur aux mains inquisitrices par exemple; je me disais qu’on ne me croirait pas. Il aurait de toute façon menti. Je ne suis tout simplement pas retournée chez lui. Mais parfois il n’y avait plus rien à dire : le soldat dans le train, il devait être en Allemagne déjà quand je suis arrivée chez moi, et à l’époque, on m’aurait tout simplement dit « la prochaine fois ne t’assieds pas toute seule avec un soldat »…

  11. bizak dit :

    N’étant trop inspiré ces jours-ci, Je repasserai Edmée. Le sujet est fortement sensible.

  12. gazou dit :

    J’ai peu connu le harcélement ayant vécu une grande partie de ma jeunesse dans une bulle qui me rendait invisible, ce qui n’a pas que des avantages…mais que les femmes osent dire sans honte qu’elles ne sont pas des objets et, sans vouloir passer pour des victimes, refusent de se laisser faire…comment ne pas être d’accord? Hommes et femmes y gagneront,les relations ne sont riches que lorsqu’on se respecte
    Merci pour ton billet !

    • Edmée dit :

      Nous ne sommes pas des objets et on n’a pas le droit de nous « toucher » ou de nous approcher sexuellement si nous ne le voulons pas. Pas plus que nous ne sommes une marchandise ou une monnaie d’échange.

      J’adore les relations avec les hommes dont l’ambigüité est absente. Bien entendu, avec l’âge ça devient plus facile, ha ha ha!

  13. Florence dit :

    Coucou chère Edmée !
    Moi, je ne puis dire  » me too, I’ve been sexually harassed  » l’anglais et moi sommes fâchés depuis longtemps !
    Il y a toujours eu des « enquiquineurs » et des « enquiquineuses » . Sur le coup c’est choquant, surtout lorsqu’on est jeune, mais avec le recul… Parfois même on en rigole, car ce peut être cocasse !!!
    Bonne semaine chère Edmée avec mes 4 bises bretonnes pour l’accompagner !
    Florence

    • Edmée dit :

      Le « me too » est une référence à une sorte de campagne contre le harcèlement sexuel en ligne, débutée je présume aux USA. D’où l’utilisation de l’anglais.

      Emmerdeurs et emmerdeuses ne manquent pas et sont très toxiques, mais le harcèlement sexuel contient mépris et danger, et si certaines s’en sortent d’une pirouette, d’autres hélas y perdent beaucoup!

  14. bizak dit :

    Décidément, il y’a beaucoup à dire sur ces tristes événements et plus grave surtout quand les enfants ne sont pas épargnés; J’imagine Edmée, si rien qu’avec toi, il y’avait autant de tentatives heureusement échouées, combien d’autres cas dont on n’ose jamais parler. Je crois qu’il faut bénir ce jour, où c’est un véritable déferlement, pour débusquer ces lascars,afin qu’ils rendre compte de leurs méfaits et décourager ainsi les éventuels « autres » pour qu’il n’ y’ait plus ces infamies qui restent encore impunies.
    Bien à toi Edmée

    • Edmée dit :

      Fidèle Bizak qui es revenu comme promis ! :-*

      Je suppose que déjà en parler et manifester l’horreur devant ces comportements est bénéfique dans le sens où les agresseurs ont ainsi une occasion de comprendre la trace que ça peut laisser dans toute une vie. Certains ont grandi dans des milieux où « ce n’est pas si grave que ça », et je me souviens qu’alors que le premier méfait m’est tombé dessus, autour de 1960, les filles comme moi qui en parlaient parce qu’il ne s’était rien passé s’entendaient dire de faire attention, les autres qui ne s’en étaient pas sorties ne disaient rien, et le satire continuait sa route paisiblement. Sa mauvaise conscience – s’il en avait – s’apaisait alors qu’il se disait que tout compte fait elle y serait bien passée un jour ou l’autre et qu’elle n’en mourrait pas. Que peut-être, même, ça lui avait plu.

      Une mauvaise conscience lavée en un clin d’oeil…

  15. Pâques dit :

    Parfois on ne s’y attend pas du tout et là on tombe de haut !
    Il y avait un certain monsieur N… père de famille et sa femme enceinte, pour moi, 18 ans à l’époque, aucun danger !!!
    Ma chef de service m’envoie dans la réserve pour lui proposer mon aide et j’y vais confiante. Il m’entraîne dans une autre réserve derrière une cour et là devant son regard de poisson rouge qui suffoque, je suis mal à l’aise pour faire diversion, je lui parle de ses enfants, mais il continue de s’approcher… là je m’enfuis, il est derrière moi, il me rattrape et quand je recule accolée au mur il m’encercle de ses bras et approche sa bouche de poisson hors de l’eau 😉 J’ai eu un réflexe du tonnerre, j’ai levé mon genoux et hop… j’entends encore ses cris hi hi hi
    Je suis retournée au bureau et j’ai éclaté en pleurs, ma chef lui a passé un savon mais en tant que père de famille, il n’a pas été viré.
    J’ai perdu un peu de ma naïveté et ma confiance dans les pères de familles…

    • Edmée dit :

      Quel bon réflexe sportif tu as eu 😀 … Une de mes collègues quand je travaillais à Aix en Provence a eu la même mésaventure avec « Monsieur M », le grand patron, qui l’a coincée dans la réserve en lui disant qu’elle était trop mignonne et tentant de l’embrasser. Elle l’a repoussé (elle avait 17 ans!) et est arrivée en pleurs dans le magasin où on travaillait, et notre patron lui a dit de ne pas en parler à ses parents, que ça ne servait à rien de perdre sa place, et que ça n’arriverait plus car il allait tirer les oreilles de Monsieur M…

      • severinebaaziz dit :

        Je n’ai jamais subi de harcèlement quelconque, mais dès la « petite » adolescence, les regards, les sifflets et les mots gras ont aussi été de mise pour moi… Cela a nourri une méfiance qui ne m’a jamais quitté. Encore aujourd’hui, à trente-neuf ans, j’évite d’étre seule dans une rue sombre ou alors, je presse le pas comme une folle alliée pour rejoindre mon véhicule…
        Des cours obligatoires de self-défense pour toutes les femmes seraient peut-être une bonne idée…
        Bises Edmée !

  16. Edmée dit :

    Je suppose que dans certains cas ça pourrait être utile en effet, mais rien que dans « mes » cas, j’ai pu m’éloigner. Je pense que le gros problème est – à moins de tomber sur un violeur très déterminé et violent… – d’apprendre à se défendre psychologiquement, car c’est souvent là qu’est la pression. Intimidation, peur, domination par l’âge ou le statut… C’est ça qui est, je pense, the weakest link 🙂

  17. colo dit :

    Si le viols blessent à vie, les attouchements et baisers forcés bien moins, mais on ne les oublie pas, la preuve!
    Bien sûr la question n’est pas de savoir si les victimes souffrent après ces gestes déplacés dont, comme toutes les femmes ou presque j’ai été la cible, mais d’arriver à faire comprendre aux hommes que rien, absolument rien ne justifie cet abus de nos corps.
    Bonne journée Edmée.

    • Edmée dit :

      Oui, il y a une éducation à faire de la part des mères et des soeurs, cousines, et puis les institutrices etc… sans battage de crâne mais avec douceur, et persistance.
      Bonne journée à toi aussi!

  18. La Baladine dit :

    Bonjour, j’ai souvent lu vos commentaires chez Célestine, mais n’ai jamais pris le temps d’aller plus loin… Jusqu’à ce Me Too qui m’a interpellée, évidemment interpellée.
    Votre témoignage est éloquent.
    Oui, nous les femmes, avons grandi avec ça. Nos filles grandissent avec ça. Celles qui ont un cercle familial solide, lucide, à l’écoute sont mieux armées pour se défendre. Mais est-il bien normal d’avoir à se défendre?
    Ce que certains (et malheureusement certaines, je l’ai vu à certaines réponses à mon propre billet sur la question) oublient, ou refusent d’admettre, c’est qu’au-delà des anecdotes ou drames individuels, il s’agit d’un système qui structure la société. Je reste intimement persuadée qu’il y a un arc continu qui va du comportement sexiste banal au viol, qui repose sur la question du pouvoir.
    Les hommes qui coupent systématiquement la parole des femmes dans les réunions exercent leur pouvoir sur ce qui se dit, et sur qui peut le dire. Les remarques ou sifflets dans la rue marquent l’espace public comme territoire masculin, où la femme est autorisée à déambuler pour le plaisir des yeux. On en revient toujours à cette fameuse culture du viol qui fait que depuis des siècles on considère que le corps des femmes est à disposition.

    Les femmes se lèvent, parlent, des hommes se lèvent avec elles, c’est bien, ça bouge.
    Pensées solidaires 🙂

    • Edmée dit :

      En effet, on se « rencontre » dans le salon de Célestine 🙂

      Je me souviens de ma mère qui disait ce qu’on disait avec fatalisme autrefois, dès qu’une fille devenait … on va dire attirante : « Gardez-vos poules, je lâche mes coqs ». Horrible, non? Comme si les coqs étaient excusables, on les avait lâchés les pauvres, et ils ne pouvaient que faire la vie d’un vigoureux coq. Les poules devaient rester terrées sur leur perchoir, tremblantes et silencieuses pour ne pas se faire avoir…

      Oui, ça bouge quand même, et des hommes n’ont pas envie d’être vus comme des prédateurs, enfin!

  19. PHILIPPE D dit :

    Eh bien dis donc ! Tu en as rencontré, des drôles de types, toi !

  20. Alain dit :

    Sacrée description de ces salauds sur ton chemin. Une envie de changer de trottoir ou de vomir.
    Que la parole se libère est une excellente chose. Je souhaite que ce déferlement d’horreurs ne devienne pas un fait divers de plus. Il faut que ces prédateurs passent devant la justice et, plus que tout, que les femmes n’aient plus honte d’avoir subi de telles épreuves.
    Comment un tel manque de conscience n’étouffe pas ce genre d’individus ?

    • Edmée dit :

      J’ai dans l’idée que ça change simplement parce qu’on en parle et que l’idée de « mal agir » enfin se fait son chemin. Avant c’était une vantardise de plus, ils ne se cachaient sans doute même pas trop, en parlaient entre eux comme d’un exploit marrant… avoir fait peur à une petite pensionnaire, avoir « eu la fleur » d’une gamine, c’était affaire de garçons bien virils, quoi. C’était immonde, et sans doute passait de père en fils ou d’oncle en neveu, se répandait au milieu des femmes muettes de peur…

  21. emma dit :

    la mère d’une amie, alors sexagénaire, était en transit à Los Angeles ; elle a été emmenée par le chauffeur de son taxi dans un terrain vague où il l’a violée. Mais pas tuée, la veinarde ! Quand l’histoire a été connue, il y a eu des ricanements : quelle chance, vu son âge !!!!
    Sans doute faut il « les » plaindre, le sexe faible, c’est bien eux, incapables de maitriser leurs pulsions, que ce soit sexe ou violence.
    et entre nous, je crois que Dieu, ce grand macho, quand il s’est aperçu de ce défaut de fabrication, a réellement créé la femme pour lui servir d’esclave et de paillasson.

    • Edmée dit :

      Oh ciel quelle horrible histoire, mais si commune aussi. Sauf pour l’âge peut-être. Mais les « ricanements » oui, je sais. Même les femmes ricanent, j’en ai entendues s’esclaffer en racontant le viol en groupe d’une jeune fille à Marseille. Je me croyais dans un tableau de Jérome Bosch avec le son!

  22. Le commentaire de Philippe m’a bien fait rire. Eh oui Philippe, on doit affronter pas mal de tordus au cours notre vie, nous les femmes.

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