Les colons et les Indiens

Bon, les colons n’ont pas encore l’armée derrière eux pour zigouiller les sauvages, mais peut-être est-on déjà en train d’astiquer les mousquets quand même.

Je pense à ces citadins qui quittent le stress de la ville pour s’installer dans l’ambiance bucolique de la campagne qu’ils ne connaissaient qu’à travers le filtre des colonies de vacances ou week-ends chez des amis qui ont retapé une exquise petite fermette. Ce qu’ils ont d’ailleurs fait avec la touche de Walt Disney, on s’attend à voir les trois petits cochons arrosant les géraniums et maman ours trempant son doigt dans un pot de miel bio…

Désormais, monsieur pouvant travailler depuis chez lui trois jours par semaine et madame perdant la tête à l’idée de son potager bio dessiné et conçu par elle sur un modèle de jardin japonais si possible – pour sa zénitude -, ils s’y transfèrent, ou en tout cas y passeront désormais toutes leurs vacances. Monsieur d’ailleurs fera rapidement perdre le sourire de l’employée communale en la priant de transmettre ses plaintes au niveau de la wifi à monsieur le maire, et lançant sans doute une pétition que seuls lui et ses proches signeront car nul besoin d’un débit plus rapide à la commune pour le peu qu’il y a à faire et qui est parfaitement gérable dans les temps, puisqu’on le prend, le temps.

Bref, voici nos colons-citadins non pas à la découverte mais à la conquête d’un territoire dont ils trouvent les autochtones un peu nases, rustiques, mais si contents de voir qu’on s’intéresse à eux quand même. On leur parle, imaginez donc ! On leur parle comme à de vraies personnes et on offre à leurs enfants des t-shirts du musée d’Orsay ou de la tour Eiffel (ou l’Atomium…). Il faut voir comme ils sont ravis…

C’est cool.

Et puis peu à peu on trouve qu’on a des droits. Oui, des droits. Ces vaches que l’on orne de cloches dérangent leur délicat sommeil. Ils sont venus pour le calme. Ils ont payé pour le calme. Ils ont acheté du calme. Et de l’air pur, pas l’odeur des bouses, urines, porcheries. Ils ont acheté de l’air et du silence. Pas de fumier encastré dans le dessin de leurs pneus dernier cris, et encore moins dans les jantes ! Parce que là il faut aller frotter avec la main, dites-donc !

Et on oublie toutes ces pétitions de bobos que l’on a signées pour dire « j’ai signé » et qui défendent tout dans le monde, on est contre l’oppression sous toutes ses formes, on est pour le partage, le y en a pour tous, le not in my name.

Mais on reste des moi d’abord, avant tout….

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40 réflexions sur “Les colons et les Indiens

  1. colo dit :

    Oh comme c’est vrai tout ça! Nous habitons en pleine campagne et avons vu défiler des voisins et des voisins, tous repartis en ville car l’endroit est tranquille, oui, mais « il y a les coqs le matin, trop peu d’activités dans le village, l’électricité se coupe à chaque coup de tonnerre ou pluies fortes, l’école du village manque de..et de standing »…bref, tu les as parfaitement croqués!
    Bon week-end Edmée.

  2. Bien vrai tout ça, et le coq qui chante trop fort et trop tôt, et le ding-dong du clocher, non mais ça va pas, c’est qu’on connaît l’heure hein nous! Et puis patatra on dévie le trafic de la chaussée machin car il y a des travaux et aux heures de pointe, on vous raconte pas, les enfants ne peuvent sortir et il faut fermer les fenêtres, au secours les poussières! Vive la campagne!

  3. Griseldis dit :

    Chère Edmée, j’ai passé 50 et quelques années de ma vie dans mon village natal et vu l’arrivée – d’abord discrète car diluée – des néo-ruraux. Puis ce fut massif. Ils ont pris leurs aises et se sont plaints des odeurs, demandé que l’on cesse d’épandre le fumier dont l’odeur imprégnait leur linge, grogné sur les routes salies de terre par les tracteurs et pollué le calme des soirs d’été par leurs barbecues. Je suis partie pour la ville, votre ville d’origine, pour diverses raisons. Récemment je suis passée devant la sortie de l’école dudit village : les mères déguisées comme pour faire du shopping avenue Louise et les enfants à vélo casqués/protégés comme des épileptiques. Si c’est c’est ce qu’est devenue ma campagne, je préfère la ville.

    • Edmée dit :

      Ha ha, oui les enfants vêtus en samouraï pour faire du à l’heure en vélo… Je connais aussi. Une chute et c’est le scan du cerveau tout de suite… Plus de plaisir, finalement, d’y vivre dans cette campagne! « Ils » ont colonisé jusque ce qui était encore libre…

  4. claudecolson dit :

    Eh oui, l’Humain a bien des travers !

  5. Dédé dit :

    Ahah. J’ai bien ri. Pour faire court alors que c’est très compliqué, je suis la responsable du clocher de mon village d’enfance. Et figure-toi qu’il y a quelques années en arrière, il y avait un grand colloque avec des grandes gueules qui se sont réunies dans la station. Pour discuter de sujets graves touchant l’économie. Sans qu’on me demande mon avis, la commune a décidé de supprimer purement et simplement la sonnerie des heures pendant le colloque. Cela gênait effectivement ces monsieurs-dames.
    Et puis maintenant ce sont les clients de l’hôtel à côté du clocher qui se plaignent des sonneries pendant la nuit. Alors je crois tout simplement que je vais leur sonner les cloches, une bonne fois pour toutes. Quand je suis allée à Istanbul, il y avait des types qui étaient au sommet des minarets et qui chantaient les louages d’Allah. Et ils n’étaient pas tous synchronisés. Et bien, j’ai écouté « religieusement » et me suis dit que c’était leur patrimoine culturel et religieux et que je n’avais pas à interférer là-dedans.
    J’aimerais bien que ces touristes et citadins aient le même avis quand ils viennent dans mon village.
    L’espoir fait vivre.
    Bises alpines et fraîches.

    • Edmée dit :

      Et ceci dit, ils ont des insomnies partout, leur femme ronfle, le camion poubelle passe, les avions sillonnent le ciel, ils sont « stressés »… mais dans leur pays de « conquête » ils prétendent jusqu’à l’interdiction de vol des moustiques à moins de 300 mètres de chez eux…

  6. Armelle B. dit :

    Très juste ce texte qui pointe du doigt les travers des urbains. Les ruraux ont été souvent contraints de venir vivre chez les urbains pour assurer leurs fins de mois, sans mettre les mairies sans dessus dessous pour cause de doléances. Pot de terre contre pot de fer …

  7. La gentrification des centres urbains a commencé aussi comme ça. A Paris, à partir des années 80, quasiment tous les artisans et ouvriers ont dû migrer en périphérie pour laisser la place aux bobos qui rachetaient pour des queues de cerise ateliers, échoppes, fabriques familiales pour en faire des lofts dernier cri. Ces mêmes bobos quittent maintenant les villes pour s’installer dans les campagnes. Et le même cirque continue.

  8. angedra dit :

    Ton texte si exact peut faire sourire mais malheureusement cela me fait plus grimacer !! Pourquoi l’être humain veut toujours tout changer… ce qui lui plaît aujourd’hui n’est plus qu’à jeter demain…
    Je suis une citadine et je ne pourrais vivre à la campagne, mais si j’y vais quelques jours c’est justement pour ce qui représente pour moi « la campagne ». La nature et ses avantages comme ses inconvénients… Cela ne me convient que pour un temps puis je repars vers la ville.
    Mais ces citadins qui rêvent de recommencer leur vie à la campagne ne sont que dans le rêve et lorsqu’ils sont dans la réalité ils déchantent. Alors, qu’ils repartent et laissent vivre ceux qui aiment cette vie.
    Très agréable fin de semaine avec toujours un temps magnifique que je te souhaite également.

  9. AlainX dit :

    Alphonse Allais avait raison, il est plus que temps de construire les villes à la campagne, d’interdire les tracteurs sur les chemins, et de couper le cou des coqs à la hache.
    Mais Macron entend faire mieux, il va d’ailleurs bientôt nous l’annoncer : nous allons permettre aux citoyens de vivre à la campagne ET EN MÊME TEMPS à la ville.

  10. emma dit :

    excellent ! et lucide. si l’individu ne se fond pas dans l’environnement, il fera toujours tache…

  11. severinebaaziz dit :

    Quand on pense que l’Homme est le plus nuisible des êtres vivants et le seul à se plaindre tout le temps. Est-ce que les oiseaux cessent de chanter sous prétexte qu’on leur pollue l’air ambiant. Non…
    Bon week-end, Edmée 😉

    • Edmée dit :

      Et si tu ajoutes à ça qu’il n’a pas de période de « rut » ou de reproduction, pouvant s’y mettre quand ça lui chante, c’est une horrible erreur de la nature. J’imagine les combats de cons pour une belle, ça ferait de la place 😀

  12. Célestine dit :

    Ton billet me fait penser à la chanson de Barbara Deschamps (un nom qui lui va bien)
    Baci sorellita

  13. laurehadrien dit :

    eh oui, la campagne a ses réalités que le citadin n’imaginait pas. Zut alors les veaux meuglent à 4h du matin sous leurs fenêtres pour réclamer du lait !

  14. Florence dit :

    Coucou chère Edmée !
    Je suis presque née à la campagne, mais dans une campagne sans grande activité agricole : quelques petites fermes de 6/7 vaches et les reste à l’avenant, beaucoup de vignes et des tenues maraîchères… Le plus gênant pour moi qui aime les chevaux étaient les « hue, dia » plus ou moins lancés avec gentillesse. Mais l’un dans l’autre, nous passions nos nuits dans un calme relatif : les grenouilles et les criquets en fond sonore, le train au loin quand le vent était à l’ouest et nous présageait la pluie, le plus gênant étaient les oiseaux de nuit car leurs cris étaient stridents et assez lugubres.
    Début des années 2000, je suis retournée vivre à la campagne, mais là, une campagne très active avec beaucoup d’activités agricoles de toutes sortes. Alors là, plus de tranquillité du tout. Il y avait plus de bruit que dans mon quartier actuel au cœur de Nantes. Et fi de l’air pur ! comme les tracteurs peuvent polluer !!!
    Le seul plaisir était la vue dégagée avec ses couchant magnifiques…. Je n’aime pourtant pas la ville, aussi j’espère vraiment pouvoir finir mes jours au bord de la ria d’Etel, où, pour le moment, il n’y a pas encore trop de nuisances…
    4 bises bretonnes chère Edmée et bonne semaine !
    Florence

    • Edmée dit :

      Je suis citadine dans le coeur, mais ai vécu à la campagne en l’aimant profondément, et en cherchant à m’y adapter au lieu de la plier à moi. Je ne comprends pas cette rage de conquête…

      Bises liégeoises à toi et Paul!

  15. Visiteuse dit :

    Et oui il y a des « technocrétins » verts pastèque qui veulent « construire des villes à la campagne » !

    « Moi avant je vivais en pleine ville et depuis que je suis partie vivre à la campagne ça va vachement moins bien. Je comprends pas ce truc avec les oiseaux qui font autant de bruit au petit matin et les coqs qui chantent comme s’ils étaient heureux de vivre, c’est quoi leur problème ? !
    Heureusement y’a quelques chasseurs qui régulent un peu tout ce bordel ; en plus le bruit de la pétarade ça m’évoque de bons souvenirs urbains comme le démarrage d’un 2 roues enroué. Eh oui, moi j’étais habituée à un bruit de fond continu de voitures et autres véhicules alors que mes fenêtres étaient toujours fermées. De devoir les ouvrir pour tomber sur le brouhaha de la nature sauvage ou agricole, je dois avouer que ça a été un choc négatif pour ma santé mentale… »

    En fait je rigole là car je suis définitivement un rat des champs.

    • Edmée dit :

      😀 Et les vaches et chevaux qui crottent et attirent les taons!!! On peut pas leur mettre un sac à crottes que le fermier viderait le soir, et il n’existe donc aucun bon spray pour que les taons ne trouvent pas la carte du village sur leur GPS?

  16. gazou dit :

    Lorsque nous avons pris notre retraite, nous sommes allés vivre à la campagne et nous en sommes heureux…Parfois, nous entendons un tracteur à plus de 10 heures du soir…Ce n’est pas grave….Je ne comprends pas ceux qui se plaignent des clochettes des vaches et vont jusqu’à faire un procès comme cela s’est passé dans le Cantal…La ferme et les vaches étaient là depuis très longtemps, pourquoi sont-ils venus s’installer à côté s’ils ne supportent pas les vaches?

    • Edmée dit :

      Mais ce qui me rend folle de stupeur (et fureur) c’est quand on leur donne raison! Cette manie de « tout le monde a le droit de… » et celui qui affirme en avoir le plus prend celui d’em…er tous les autres!!!

  17. La Baladine dit :

    Hé hé, Edmée a aussi la plume acérée! Et toujours brillante!
    Je comprends, ici dans ma campagne de bord de mer où je vois passer tant de Parisiens, pas toujours (pas souvent) bien embouchés.
    Je vis avec autant de plaisir en ville qu’à la campagne, et ma fille, à qui il est arrivé plus d’une fois de se trouver nez à nez avec des vaches sur la route de l’école, devenue étudiante s’est adaptée sans souci à la vie parisienne.
    C’est juste une question de respect, me semble-t-il. C’est une chose à laquelle je reviens souvent, et qui me semble essentielle: le respect de l’autre, le respect du lieu, le respect du mode de vie. C’est tout simple au fond…
    🙂

    • Edmée dit :

      C’est bien ça : le respect. Accepter l’idée que l’on est celui qui doit se faire à ce qui est. Et s’y faire avec grâce, entrain, sens de la découverte… C’est tout simple mais quand on voit déjà le nombre d’abrutis qui n’ont pas compris si on laissait d’abord sortir les gens d’une rame de métro avant de s’y engouffrer, ça allait bien mieux… 😀

  18. J’habite depuis toujours à la campagne, et ai même la chance (car pour moi, c’est une chance) de travailler dans une école construite au milieu des champs il y a une trentaine d’années. Il arrive donc parfois que je passe toute la semaine sans quitter ma commune rurale (où on trouve cependant tout ce dont on a besoin pour l’alimentation et les principaux services). Je ne suis pourtant pas un fan de jardinage et suis plutôt un homme d’intérieur, mais j’aime le calme et la tranquilité de la campagne, sans le bruit et les embouteillages de la ville. Ce que tu décris dans ton article est très juste, et je le remarque aussi dans ma commune.

    Bon week-end Edmée.

    • Edmée dit :

      Ca reste ancré chez les rustres des villes, l’idée qu’à la campagne on est « arriéré » et ne sait pas ce qui est bon pour la campagne. Que pour leur bien il faut les civiliser pour que la campagne devienne le chaos de la ville… 🙂

      Bon week end aussi Petit Belge!

  19. Ton texte et certains commentaires sont vraiment drôles et reflètent parfaitement la réalité. Cependant, étant née dans un petit village et y ayant passé toute mon enfance et mon adolescence, j’ai aussi constaté que certains ruraux n’étaient pas tendres avec les citadins qui s’installaient à la campagne. Ils faisaient même parfois montre d’un rejet total, même sI ces arrivants étaient irréprochables. Il peut donc y avoir des cons des deux côtés ! Très bon week end Edmée.

    • Edmée dit :

      Bien vu… J’ai vécu dans un petit patelin de l’Aveyron pendant un moment, absolument irréprochable, et pourtant sous la mire de la gendarmerie qui faisait des descentes chez moi au moindre visiteur (prétexte : vous comprenez, avec la « bande à Bader », on doit se méfier…) et les lorgnaient à la jumelle (surtout les filles qui faisaient bronzette. Du coup les femmes des gendarmes nous haïssaient, et franchement… j’en ai eu marre. Or je n’ai pas du tout essayé de les coloniser 🙂

  20. K dit :

    Bien vu, pas de gants avec les arrogants 😉

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