Que sont ces amis devenus?

Petits trésors d’une ère extraordinaire pour ceux qui l’ont connue (et ce, pour des raisons variées), la guerre. Celle de ma Lovely Brunette, ou tout au moins un aspect de la guerre qu’elle a traversée.

Septembre 1944, les Américains sont là ! Ils se sont installés, entre autre, chez ses parents avec toute la bonhommie de ces jeunes gens nés dans le nouveau monde – un monde soi-disant libéré de la plaie des castes et classes -, avec des manières gentilles et étonnées devant ces habitudes européennes dont certains avaient entendu parler en les croyant excentriques et impossibles à croire.

Et ma grand-mère, l’autre Edmée, la première, adorait faire des photos.

Et clic ! Le lieutenant Kaminsky assis devant l’étang, un foulard à la Humphrey Bogart au cou et la cigarette au bec. Et clic ! Le colonel et le major Grey. Clic ! Ce bon Kaminsky près de ma mère, jeune fille de 21 ans – such a lovely brunette – qui a l’air d’envoyer un sms mais comme ce n’est pas possible, on peut assumer qu’elle a reçu un miroir de sac ou un poudrier, ou encore regarde une icône qu’il transporte pieusement et qui lui vient de sa grand-mère…

Et clic ! Earl, un beau beau beau garçon aux yeux ourlés qui ressemble à Gary Sinise. Le lieutenant Vestal (qu’elle reverra bien des années plus tard) et « mister Law ». Angie, au sourire et teint italiens. Le lieutenant Bill Stravarsky, le lieutenant Lye Leeson, Peter, Timmy.

Et des photos charmantes et insouciantes, où ma grand-mère et ma mère regardent coquettement ces beaux soldats bruyants qui devaient les appeler Deneeeeeeeese et Edmaye. Earl qui embrasse Bonne en mai 1945 (l’autrefois la jolie Justine à l’hermine qui n’avait pas sa langue en poche), Jo qui caresse le chien Yanny. On fait des photos, on est heureux, on s’échange des adresses, on promet de ne pas oublier, on pleure certainement au départ. De joie de s’être connus, de joie de retrouver sa vie, de peine que ce chapitre soit fini et s’appelle  à présent « souvenirs de guerre ».

On reste en contact, comme le témoigne cette photo du Lieutenant Kaminsky redevenu, dans le civil, Milt Kaminsky en 1947, bien anodin dans son costume de ville et d’homme libre. Il s’est marié, Milt, et la photo de son mariage trône dans l’album à la maison, ainsi que le gâteau ployant sous les anges de sucre et surmonté de mariés de … peut-être déjà du plastique !

Suivent des photos d’enfants dans les années ’50… et puis Bill Vestal et son épouse Marybeth sont non seulement revenus sur les lieux de ce bref bonheur de soldat, notre bonne ville de Verviers et… ont rencontré Edmée par hasard dans la rue, et puis sonné à la porte de Lovely Brunette, mais ont aussi invité the lovely brunette chez eux, au Texas.

Que sont ces amis devenus ?

 

 

 

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31 réflexions sur “Que sont ces amis devenus?

  1. SPL dit :

    C’est poignant. Vraiment. A chaque fois que je regarde ces vieilles photos ou ces vieux films documentaires en noir et blanc, j’ai toujours un pincement au coeur. Ils étaient comme nous : ils respiraient, ils avaient mal au dos, mal aux dents, ils avaient des joies, des chagrins, des fous rires. Ils vivaient. Que sont ces gens devenus? Leur vie est passée. Et des milliards d’autres avant. Et des milliards d’autres après. Il n’en reste que des vestiges, prouvant qu’ils ont bel et bien existé. C’est poignant.

    • Edmée dit :

      Vrai… et heureux ceux qui rentrèrent chez eux, avec des souvenirs qui allaient les différencier de ceux qui n’ont jamais bougé, car tant sont restés…

      Ces moments de joie gentille sont sans prix… et surtout les témoignages de ces instants qu’aucun d’entre eux n’a jamais oublié…

    • emma dit :

      de précieux souvenirs, du repos des guerriers, de la vie malgré tout, des tranches de vie romanesques qui marchent dans les pas de la grande histoire ; et comme il est terrible et si vrai, le com de SPL, les albums photo sont les crève coeur du jamais plus..

  2. Armelle B. dit :

    Oui, de charmantes bluettes ont fait rêver les jeunes filles d’alors avec des sous-officiers ou officiers américains qui, pour la plupart, avaient beaucoup de charme et de gentillesse. Et puis, ils leur ont fait connaître le chewing-gum et autres douceurs sucrées dont elles étaient tellement privées. Vos photos conservent, de façon touchante, le souvenir de ce début d’après-guerre si précieux pour nos pays qui venaient de traverser des mois et années éprouvants.

    • Edmée dit :

      Elle avait reçu son premier rouge à lèvres et du vernis à ongles, aussi mon frère et moi nous moquions abondamment d’elle en lui disant qu’elle se regardait dans le miroir, barbouillée de rouge, en faisant passer ses doigts comme des papillons devant son visage. Ca nous faisait beaucoup rire 🙂

  3. Il y a de la joie dans ton récit, malgré le contexte.
    Fils de militaire en Allemagne (où je suis né), j’ai fréquenté l’établissement belge, là-bas outre-Rhin.
    Cet athénée sis dans un parc, où le bureau du préfet se trouvait dans un château, a été successivement un « lebensborn » (une pouponnière, sorte de fabrique de bons aryens), ensuite un havre de repos pour les libérateurs US, avant de devenir « mon école ».
    Vers 2001, 4 gaillards presque centenaires ont déboulé là-bas, certains avec leurs épouses.
    Ils faisaient un pèlerinage de leurs aventures en Europe.
    Si la guerre est moche, elle a aussi – parfois – engendré de belles histoires humaines.

    • Edmée dit :

      Justement… le tri des bons et des mauvais se fait tout seul, il y a tous ces gens qui ont trimbalé leurs souvenirs la vie durant, comme des trésors d’humanité!

  4. bizak dit :

    Que de souvenirs qui nous ont fait, ce que nous sommes devenus. La vie est un magma de choses faites de rencontres, d’amour, de blessures, de retrouvailles. Et les clics nous ont aidés à rajeunir nos souvenirs et nous rappeler les êtres chers qu’un jour, le destin a mis sur notre chemin.
    Bises Edmée

  5. La guerre n’a pas eu que de mauvais côtés. Bon week end Edmée.

  6. D’un côté ces horribles guerres qui nous amputent de tellement de choses et d’un autre côté, on voit bien que ces moments d’intenses souffrances permettent aussi des ressentis non moins intenses mais des ressentis enveloppés d’un sentiment très positif. De l’inversement proportionnel, en somme.

  7. Florence dit :

    Beaucoup de nom en « sky » pour ces Américains d’Europe de l’Est ! Si les survivants de la 1ère parlaient peu de leur grande guerre, ceux de la 2ème n’arrêtaient pas d’en parler. Comme me disaient mes parents, « on avait 20 ans, c’était notre jeunesse ». Ils étaient en Bretagne. Mon père avait gardé des relations avec les gars qu’il avait connu là-bas. Je les ai connus aussi… vieux messieurs qui retrouvaient leur jeunesse en me racontant « leurs exploits » réels ou enjolivés…
    Ta mère a su forcer la chance (dans le sens qu’elle est partie) C’est bien, elle a eu raison !
    Bonne soirée chère Edmée avec mes 4 bises bretonnes !
    Florence
    Attention au froid !!!

    • Edmée dit :

      Ma mère est bien partie au Texas… mais en voyage! Elle est revenue et est restée en correspondance avec la veuve de Bill Vestal quand il est mort…
      Beau week-end,Florence! Il sera froid, ainsi que la semaine qui vient… Brrrr

  8. Grâce à toi, ton blog et tes livres, beaucoup de personnes de ton entourage continuent à vivre. A noter que parmi nos connaissances communes, je rendrai la semaine prochaine hommage à Luc Beyer de Ryke sur le Journal d’un petit Belge. Bon week-end Edmée.

  9. colo dit :

    Oui, que sont-ils devenus? De beaux souvenirs, chaleureux, dans une époque si pénible.
    Mes grands-parents accueillaient eux aussi des officiers américains. Ma mère était une de leurs trois (jeunes) filles. Quand ces beaux gaillards repartaient ils embrassaient, pour la remercier, ma grand-mère….sur la bouche, comme ils le font. À la grande joie des 3 filles qui ne voyaient que la tête furibarde de mon grand-père (qui était, parait-il, jaloux comme un tigre mais n’osait rien dire!)

  10. Edmée dit :

    😀 Trop drôle!!!

  11. angedra dit :

    De beaux souvenirs malgré le contexte de guerre…
    Parfois la vie nous offre ainsi de belles pauses au milieu de la tempête et plus tard ce sont eux qui nous tiennent chaud au coeur.
    Que sont-ils devenus ? Mais … ils sont là, ils revivent sous ta plume (!!). Tu viens de nous les présenter toujours aussi jeunes, beaux et pleins d’espérances…
    Heureuse d’avoir fait leur connaissance !
    Bon dimanche

    • Edmée dit :

      Oui… moi qui n’en ai pas connu un seul, je ne sais leur existence que par ces photos de jeunes gens affectueux et rieurs…

      Bon dimanche à toi aussi!

  12. PHILIPPE D dit :

    Ah ! nostalgie, quand tu nous tiens ! J’en ai aussi des photos aux bords dentelés qui me rappellent pas mal de souvenirs (que j’aurais sans doute oubliés sans elles !).
    Bon dimanche.

  13. Alain dit :

    C’est beau. Tes photos augmentent l’émotion ressentie à la lecture de ton texte.
    Je n’ai pas ces souvenirs là, mais une ancienne voisine, à l’époque où je vivais à Montmartre, m’a souvent raconté toutes les émotions que cette libération avaient procurées. Elle disait aussi que pour beaucoup il s’agissait d’une renaissance.
    L’explosion de joies et de libertés recouvrées étaient restées chez elle comme un deuxième souffle.
    Bel hommage chère Edmée pour tous « ces amis ».
    Bon Dimanche.

    • Edmée dit :

      … et que sont-ils devenus, une fois rendu à l’anonyme existence de civils, très balysée que sans doute ils avaient été contents de quitter pour une bouffée d’aventure et de patriotisme…

  14. Célestine dit :

    ouh la la ! quelle nostalgie, allez je m’autorise à m’épancher un peu sur ce passé enfui, ces ombres qui ont traversé la vie de nos parents, ou la nôtre, oui, que sont-ils devenus ?
    Je n’aurais pas dû écouter Léo chanter Rutebeuf…
    Les photos que tu publies sont toujours extra, sorellita.
    Ta Lovely Brunette porte bien son nom.Et tu lui ressembles, c’est fou.
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Edmée dit :

      Pour elle c’était une époque un peu bénie, cette fin de guerre… elle avait sans doute une bonne partie du régiment à ses pieds, mais ils se partageaient équitablement entre elle, sa mère et sa grand-mère… Tout le monde souriait dès que c’était possible… et avec quelle joie!

      Baci sorellita…

  15. Dédé dit :

    Coucou. J’ai oublié de te rendre visite vendredi passé! J’étais en vadrouille. Mais me voilà. Je dois dire que ton billet est beau. Ces photos, témoignages d’un passé, sont l’illustration que l’homme est capable aussi de beaux élans d’amitié et d’affection. Malgré la guerre et tout ce qu’elle a amené comme souffrance. J’espère que tous ces amis sont réunis à quelque part, dans une grande douceur. Bises alpines et belle journée.

    • Edmée dit :

      Oh surtout il n’y a pas de punition pour avoir négligé un passage, ha ha! Vivent les vacances et les « pas aujourd’hui, je verrai demain ».
      La guerre, oui, c’était une souffrance pour beaucoup mais surtout un temps de transition qui a laissé des souvenirs impérissables, et souvent bons. N’avons-nous pas tous ri de ceux qui nous racontaient leurs souvenirs de guerre à l’infini, avec ravissement, comme si ça avait été le plus beau moment de leur vie? Et ce fut, par certains côtés, un bon moment pour beaucoup.

  16. Pâques dit :

    Non, pas de beaux souvenirs de guerre dans ma famille, rien que des drames.
    Juste à la libération une belle histoire d’amour entre une cousine de ma mère et un officier anglais, ils se sont mariés et elle est partie vivre là-bas 😉

    • Edmée dit :

      Il y a eu aussi des drames, et pas un peu : mon grand-père paternel est mort à la libération d’une crise cardiaque de 1944, après qu’il ait dû porter sa batterie sur les épaules pendant plusieurs kilomètres et puis ait été interné au camp de Soest, malade. Le frère de Lovely Brunette a été en camp de travail. L’oncle et parrain de Lovely Brunette a été arrêté et fusillé par les Allemands pour avoir aidé des Juifs (il était Autrichien). La tante de mon papa a été interrogée brutalement par la Gestapo qui recherchait son fils… Les drames n’ont pas manqué, ni les aventures, les parachutistes anglais que ma grand-mère Edmée cachait dans les soupentes du château, les chiens qu’elle avait dressés pour passer les lignes avec des messages…

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