Saveurs perdues

Des USA me remontent enfin des nostalgies, après une sorte d’irritation tenace anti Trump-Bush-Puritanisme etc…

Les bonnes choses secouent gentiment ma mémoire, me disent « souviens-toi » … Les plants de navets que j’achètais presque chaque semaine pour faire ma pasta alle cime di rape e tonno rosso. J’en adorais la saveur un peu amère et sauvage. Ça goûtait l’Italie, et me rappellait le marché de la via Cernaia à Turin, dont je revenais avec une provende des parfums de la terre…

Fiddleheads

Fiddleheads

Et les fiddleheads  que l’on n’avait que pendant quelques semaines, mets exquis et éphémère et donc d’autant plus apprécié, un peu comme notre ail des ours, et encore fallait-il être attentive et prête à un rude combat avec une autre cliente plus matinale. Ce sont de jeunes pousses de fougères. Et encore une fois, un goût de forêt, d’une renaissance après l’hiver, renaissance qui multiplie les arômes par son explosion de vie.

Les goyaves, les papayes, les bananes plantain bien mûres que je cuisais lentement dans l’huile avec sel, poivre et piments d’oiseaux, jusqu’à obtenir ces morceaux qui fondaient en bouche, la tapissant de l’étrange mariage des épices caramba avec le caramel apaisant. On en vend ici, mais elles sont fades et loin de procurer ce délire des papilles gustatives…

Les cubes de bouillon pour la clientèle hispanique, avec du coriandre ou du chipotle, qui ajoutaient aussi un peu de caramba dans le quotidien.

Hominy

Hominy

Le hominy, une préparation de maïs que j’ai découverte lors d’un repas cherokee, et qui était la seule chose en boite que j’achètais là. De nouveau ce goût amer que j’aime, un goût venu de la cuisine authentique de ce continent, et qui me ramenait en Oklahoma avec tous ces indiens tranquilles et sages qui me laissaient entrevoir un peu de leur vie.

Et les burritos, le chicken quesadilla, les tamales, le homard de Mystic – dégusté il y a … 20 ans et puis voilà, seule ma mémoire tenace me permet d’en retrouver le parfum et la texture de la chair dans mon souvenir. Et les airelles sèches, j’avais peur de ne pas en trouver ici, mais si, je suis sauvée, car ciel… si je dois faire mon dessert qui laisse le monde pantois et comblé sans mes airelles, j’en suis quitte pour doubler la dose de bourbon … !

Et … qui n’a pas eu l’expérience sensuelle d’une purée de pommes de terres du Yukon ne connaît pas le somptueux secret de ce ce continent …

Et puis… mon voisin Ed ne coupe plus solenellement la dinde de Thanksgiving pour le repas où j’étais conviée, cette dinde juteuse et rondelette que préparait son épouse Kay, avec tous ses plats d’accompagnement écossais-italiens, parce que que Kay avait grandi dans Little Italy avec des incursions dans les souvenirs d’une mère-grand écossaise… Kay n’est plus, elle si gaie, emportée très rapidement par le crabe qu’elle était pourtant certaine de plier à sa volonté en deux coups de poing – on ne grandit pas à Little Italy sans savoir cogner. Elle n’a pas suffit, sa volonté.

Mais j’ai encore la nappe qu’elle a brodée pour moi, au point de croix, et le souvenir de sa purée écossaise et de ses grandes dents faites pour le sourire…

 

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28 réflexions sur “Saveurs perdues

  1. charef dit :

    J’ai adoré ta nostalgie culinaire et gustative de ce matin. Les choses simples de la vie, la vraie dont les souvenirs s’accrochent à ton esprit. Bon Vendredi Edmée.

  2. SPL dit :

    Tout cela fait grandement saliver!! Les pousses de jeunes fougères donnent très envie, les burritos, la purée du Yukon… Connais-tu aussi la cuisine cajun? Il paraît qu’elle vaut le détour…

  3. Armelle B. dit :

    Oui la mémoire gustative, comme l’olfactive, a la vie longue. Quelle chance ! Proust le savait et a longuement parlé de la cuisine de Françoise qui restait tenace dans ses papilles. Les vôtres ont cette chance de s’être enrichies de cuisines diverses qui, à l’évidence, étaient savoureuses et tout aussi inoubliables que celle de Françoise.

    • Edmée dit :

      Je me rends compte de la place que le goût et la cuisine prennent en effet. Mon père qui n’avait pas de mémoire, évoquait souvent les « biscuits au fromage de maman », et finalement on a trouvé une marque dont le goût y ressemblait, il adorait! On lui achetait « les biscuits de ta maman »….

  4. angedra dit :

    Encore de beaux souvenirs que tu nous contes là. Ils sont tous liés entre des souvenirs gustatifs qui t’emportent vers des contrées, des êtres, des cultures si variés et différents…
    Cela confirme ce que je pense, la cuisine est une façon de nourrir et de se nourrir le coeur.
    Le parfum, le goût de la cuisine de notre grand-mère, de notre mère, restent à jamais dans notre souvenir comme autant d’amour qui nous a été offert.
    Tu as cette chance d’associer ainsi dans tes souvenirs de si belles rencontres.
    Passe une belle fin de semaine.

  5. emma dit :

    nostalgiques madeleines… quelle puissance ont les souvenirs gustatifs et olfactifs ! as-tu vu que le bourbon et le (redoutable) beurre de cacahuète vont être surtaxés ?

    • Edmée dit :

      Le beurre de cacahuète, je déteste, j’aimais le hollandais qui était salé mais l’américain sucré je n’y touche pas. Par contre le bourbon…. Grrrrrrrr 🙂

  6. Célestine dit :

    Et voilà, j’ai pris deux kilos rien qu’en lisant ton délicieux billet. 😉
    Ce qui m’a plu, ce sont les fougères. Je ne savais pas que ça se mangeait…Là tu m’as vraiment appris quelque chose !
    Jolie balade dans tes souvenirs olfactifs et gustatifs, sorellita
    Baci
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Edmée dit :

      J’ai pris 10 kgs en vivant là-bas, heureusement perdus depuis…. (pas tous, j’en ai gardé trois en souvenir…). Les crosses de fougères, c’est divin, je t’assure….

      Baci!

  7. anne7500 dit :

    Mmmm que de saveurs « exotiques » 😉

    • Edmée dit :

      Comme quoi… on arrive à bien manger même là-bas! Je me souviens aussi de Pupusas, qu’un ami du Salvador m’apportait en bicyclette, encore chaudes : une sorte de crêpe très farineuse avec une sauce tomate…

  8. Dédé dit :

    Coucou ma chère. Découvrir le monde passe aussi par l’estomac. J’aime te lire et je pourrai presque sentir les goûts des aliments que tu décris. Il n’y a rien de tel qu’un bon moment à partager entre amis autour d’un repas découverte.
    Je me rappelle du livre « la petite maison dans la prairie ». (pas la série que je n’aime pas!!). Laura Ingalls décrivait avec moult détails les repas qu’elle faisait avec ses parents dans la petite maison. Je me rappelle de la dinde qu’il n’y avait pas toujours, des sucreries très rares. Elle décrivait également dans un tome consacré à l’enfance de son mari Almanzo la profusion des aliment sur la table d’une riche famille de paysan. La terre était généreuse et cela me mettait l’eau à la bouche. Merci pour ton partage gustatif du jour! Bises alpines.

    • Edmée dit :

      Je me dis souvent que j’ai eu de la chance de goûter à toutes ces choses et qu’elles aient laissé leur empreinte sur mon palais de la mémoire 🙂

      Bises liégeoises!!!

  9. Florence dit :

    C’est bien lorsque l’on peut garder le souvenir gustatif, car parfois, il ne nous reste plus que lui. tellement de denrées n’ont plus le goût d’autre fois. Ou alors comme pour toi, lorsqu’on a « émigré », ou comme pour moi qui ne peux plus manger grand chose de ce que j’aimais !!! Vive la mémoire, même si parfois elle est envahissante… !!!
    Bonne fin de semaine avec mes 4 bises bretonnes chère Edmée.
    Florence

    • Edmée dit :

      Ah chère Florence, la mémoire n’est rien d’autre que le souvenir de la vie d’avant, et on sait que la vie est faite de bonnes et mauvaises choses, et que bien qu’on puisse un peu choisir de quoi on décide de se souvenir, il a des souvenirs plus forts que nous qui remontent… Mais il faut donc s’accrocher gaiement aux bons…. revivre tout ça une, deux , trois fois… et plus!

      Bises liégeoises ma gentille Florence!

  10. bizak dit :

    Comme quoi, un pays , un peuple, une nation, c’est aussi de la culture, la musique, l’art culinaire, ces petites choses qui donnent un aperçu de leur richesse et non ces hurluberlus déguisés en politique et qui ne cessent d’aboyer une fois arrivés au pouvoir. Je pense que c’est à l’image de tous les pays du monde, on ne retiens que ce que veut bien retenir notre coeur.

    • Edmée dit :

      Il y a plusieurs niveaux, comme pour tout. La politique et la pensée unique enseignée à l’école leur donne une mentalité difficile à supporter dans les banlieues ou trous perdus où l’individualisme est intoléré. Mais il y a tout ce qui reste d’ingénu aussi, ou des choses imposées mais qui sont charmantes comme le repas de Thanksgiving (le massacre des dindons, souvent insipides et de la taille d’un éléphanteau…), et pour que la fête soit pour tous, beaucoup de supermarchés l’offfrent gratuitement si on a acheté pour une certaine somme durant le mois… Bien entendu, le dindon gratuit est pratiquement immonde, dur, sec, sans aucun goût que l’on veuille évoquer, mais… ça donne l’illusion de la fête à ceux qui n’ont pas les moyens!

  11. blogadrienne dit :

    quel joli billet nostalgique…
    et oui, c’est par sa cuisine aussi qu’un pays nous retient… et que nous le retenons! j’ai rapporté des recettes de chaque voyage 🙂

    • Edmée dit :

      Moi aussi. Ceci dit, au début de mon séjour américain, j’avais acheté un livre sur les recettes américaines en casserole. Il a fini à la poubelle : jamais il n’y avait un ingrédient réel, les recettes consitaient à mélanger une boite de ceci avec un cube de cela et une portion surgelée de ça… Epouvantable!!! 😀

  12. gazou dit :

    Que de délicieux souvenirs parfumés !
    Cela donne envie de se mettre à table

  13. On pense souvent que c’est pas terrible la cuisine des States et voilà que je découvre que les papilles gustatives s’affolent aussi de ce côté-là de l’océan.

    • Edmée dit :

      En général en effet « c’est pas terrible ». On a appris aux gens à avoir des goûts épouvantables et déformés, trop de tout, trop d’ail, de piment, de fromage, de graisse et de sucre. Mais il reste des choses qui se sont protégées, qui cependant sont rarement répandues. J’étais horrifiée de nombre de caissières au supermarché qui ne savaient pas ce qu’était un céleri rave ni à quoi ça servait, ou d’une copine qui ignorait qu’on pouvait faire sa crème fraiche battue soi-même : elle ne l’avait jamais connue qu’en bombe!!!

  14. Alain dit :

    Au moment de se mettre à table ton article ouvre l’appétit.
    J’aime bien le fait que tu soulignes qu’il n’y a d’autres endroits que des fast food au U.S.A. Même si j’ai souvent eu l’impression que cette mal bouffe était, pour un grand nombre, devenue quasi obligatoire. Un passage obligé.
    Certains endroits offrent, pour les nantis, une cuisine beaucoup plus raffinée.
    Le grand écart en tout.

    • Edmée dit :

      La mal bouffe est en effet le passage imposé par la publicité. La maîtresse de maison idéale a le freezer plein de délicieux plats surgelés et ainsi, oh chance, chacun choisit son repas à dévorer devant la TV sur un divan raide de crasse sans doute. L’homme viril que toute femme désire ardemment se goinfre de portions gigantesques de « Hungry Jack ». La viande se vend par barquettes de 15 côtelettes au moins, 100gr d »hormones par tranche garanti (ça fait du bouillon dans la poêle!!!). Mais on trouve des choses délicieuses, oui!

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