Tchoupy, comediante-tragediante

Tchoupy était notre chien. Il s’appelait Bari quand il est arrivé chez nous, turbulent trublion qui sentait encore le petit chien de lait. Lovely Brunette était allée à la SPA avec mon frère (pourquoi était-il dispensé d’école, hein ??? Tout ceci est bien louche mais je ne saurai désormais jamais la vérité…) et avait fondu devant ce « zinneke » (bâtard en dialecte de Bruxelles) de quatre mois, noir, fauve et sable, qui était fou de joie d’avoir séduit la-madame-qui-ne-saurait-jamais-rien-lui-refuser, il le sentait dans ses os et son coeur. Il avait brièvement appartenu à un jeune homme qui avait réalisé qu’il ne pourrait s’en occuper.

Je suis rentrée de l’école et je ne sais pourquoi mon frère était là avec ma mère, dans le vestibule, tentant de cacher « Bari » derrière eux pour me faire une surprise, ce qui était difficile car le coquin bougeait comme un plumeau fou. Bari n’attendait que l’occasion de faire une nouvelle conquête et je fus presque renversée, et baptisée d’amour et salive sur le paillasson.

Un petit chien inoubliable. Beau, vif, intelligent(issime) car il est clair que pour qu’il puisse décemment jouer avec nous, mon frère et moi lui avons appris à sauter dans mon cerceau de hoolah-hup, à tenir un sucre sur son museau sans bouger, assis-couché, hop, coucouche-panier etc. Nous l’avons gavé de tout ce qu’on ne peut pas donner à un chien qu’on veut en bonne santé pour une longue vie : sucre, chocolat, os de poulet, tout. Et il a vécu jusqu’à 13 ans, aveugle depuis 3 ou 4 ans déjà et ne s’en étant pas rendu compte car il continuait de s’enfuir, à faire le tour du quartier et traverser les rues comme Super-dog sans la moindre inquiétude. Et il avait sa tournée des maisons où on le gavait de biscuits car il avait su se rendre populaire, la fripouille !

Un jour il est rentré – après une nuit d’angoisse et de veille de notre part – avec une patte cassée. Il avait un don particulier pour s’enfuir du jardin, pourtant grillagé et entouré d’autres jardins grillagés. Il devait faire un bon tour pour arriver sur la rue… et y arrivait. Mais cette fois-là il avait dû rencontrer une voiture. Lovely Brunette lui a mis une attelle, et nous le plaignions tous tendrement, car il fallait le porter pour aller faire ses besoins au jardin, ou manger et boire, et en compensation il dormait sur le lit de Lovely Brunette. On lui disait tout le temps « oooooh il est malâââde » et il remuait la queue, enchanté de ce statut de grand malade noyé dans les privilèges soudains et abondants.

Et il a vite compris.

D’autant que désormais, quand il allait « faire ses besoins au jardin », on le suivait. Il louchait sournoisement derrière lui pour voir s’il avait mis assez de distance pour tenter une évasion, mais nous étions vigilants. Alors il a mis une technique au point : il boitait lamentablement et alors qu’on compatissait, désolés et craignant une rechute en geignant « oooooh, tu es malâââde ! », il prenait un peu d’avance en boitillant et puis zou ! d’un bond il avait filé, comme un impala en pleine forme… Il a fait le coup jusqu’à sa mort, et même aveugle il nous trompait encore.

Que dire du sort qu’il a fait à la boite d’œufs en chocolat que Lovely Brunette avait reçue et déposée sur sa table de nuit, oubliant que le joyeux goinfre était là, sagement endormi sur son couvre-lit ? Elle n’a pas eu un seul œuf, par contre tous les petits papiers d’emballage avaient été épargnés pour que, si elle y tenait vraiment, elle les suce ou les hume. Il n’était pas si vache que ça, allez…

Il avait aussi compris que nous n’aimions pas outre mesure lorsque, en promenade à la laisse, il reniflait avec délectation les traces odorantes et parfois encore fumantes du passage d’un autre chien, mais que par contre nous nous arrêtions avec bienveillance s’il laissait sa propre trace pour les autres. Ce qui fait que le filou faisait semblant soit de s’accroupir soit de lever la patte et s’enivrait sans hâte d’effluves succulentes.

De Bari il est passé à plusieurs noms auxquels il a répondu avec bonne humeur, même quand il s’est agi de « Jolie Madame », qui était une publicité pour le shampoing Dop Tonic. Tchoupy a été son nom le plus longtemps porté. Celui de la fin. Nous avons dû le faire piquer dans son panier – et son sommeil – … et il nous a toujours manqué depuis.

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34 réflexions sur “Tchoupy, comediante-tragediante

  1. Nadine dit :

    On les aime tellement nos animaux ! Les chiens et les chats ont été les compagnons de mon enfance, les chiens surtout, parce que les chats à la campagne vivent leur vie de chat et ne reviennent à la maison que pour se nourrir. Les chiens, quant à eux, sont toujours à nos côtés. Je me souviens de Laïka, Quita, Lady et Perle, des amours de toutous, très câlins et très joueurs. Il y a eu Ploum aussi, un petit bâtard que nous avions dû recueillir (car les autres étaient tous des chiens de chasse). Mais, lors d’une promenade, le drame : Ploum se fait renverser par une voiture et part au paradis des chiens le lendemain. Les autres ont eu plus de chance, ils sont tous morts de vieillesse, choyés jusqu’au bout.

    • Edmée dit :

      C’est vrai qu’on se souvient de tous, bien que certains laissent un autre type d’empreinte. Nous avons eu Kiddy, Flay-Flay, Tchoupy, Monsieur Poupet, Twist, Wendy, Coquette, Titus, Tara comme chiens et Plusieurs Ticheliche (des chats), Minette, Pompon-l’amour, Pepsy-chou, Bijou, Poussi-poussinette, Donald… si je n’oublie personne sans compter les chiens et chats que j’ai eus quand j’ai quitté la maison… Comme pour ton Ploum, les chats ont souvent fait une triste fin!

  2. laurehadrien dit :

    J’adore les histoires de chiens !

  3. Dédé dit :

    Olala. Moi des histoires comme celle-là, j’en redemande. Les animaux de compagnie font le bonheur des familles et en particulier des enfants. Je me souviendrai toujours de mon Barbidou, un très gentil chat européen qui mangeait des petits morceaux de Gruyère qu’on lui déposait sur une petite serviette. Il avait sa chaise à table et y était assis le temps du repas. Il adorait qu’on l’aspire à vitesse réduite avec l’aspirateur et s’amusait comme un fou avec le faisceau de la lampe de poche. Il dort tranquillement au paradis des chats. Bises alpines émues.

    • Edmée dit :

      Oh c’est délicieux, comme souvenirs… Et quel plaisir on a à les évoquer, à comprendre combien chacun d’eux a une place unique dans nos vies parce qu’ils ont leur personnalité. Ils sont inoubliables!

      Bises ensoleillées de Liège

  4. colo dit :

    Merci pour ce récit canin si vivant! On l’imagine parfaitement ce filou-chapardeur et fugueur.
    Nous en sommes au 3º chien, tous meurent ici en Méditerranée de la piqûre d’un moustique qui provoque la leishmaniose.
    La jeune chienne que nous avons en ce moment est une merveille d’intelligence et de vivacité. Espérons que les vaccins et plein de trucs donnés par le vétérinaire fassent leur effet car on s’amuse tant avec elle.
    Bon week-end Edmée-la-conteuse hors-pair.

    • Edmée dit :

      Merci pour ton compliment, il m’amuse, je constate que tout le monde est heureux de pouvoir repenser à ses propres animaux en lisant les aventures de Tchoupy, et ça nous fait du bien…

      Quelle triste chose que cette piquûre de moustique! Je ne savais pas du tout…

  5. Visiteuse dit :

    Lire vos billets est un régal. Comme le dit si bien Colo , vous êtes une conteuse hors pair. Merci.

  6. SPL dit :

    J’ai toujours un pincement au coeur quand il s’agit des souvenirs de nos animaux- compagnons, membres à part entière de nos familles. Nous avons perdu notre golden retriever de 15 ans il y 8 mois, et tous les jours nous pensons à lui. Leur présence est si forte dans nos vies.

    • Edmée dit :

      Oui, on porte de véritables deuils et on réalise qu’on a avec eux des relations spécifiques, intimes, un échange sans paroles et tellement plus simple…

      • Visiteuse dit :

        Certains animaux portent aussi le deuil de leur maître disparu.

        Mes grands-parents avaient un petit chien noir, un corniaud borgne qui avait perdu son œil dans un combat contre un rat. (pour info : aucune fable de La Fontaine avec ce duo).
        Quand mon grand père est mort, ce chien au nom de Micky traversait le village pour aller sur sa tombe tous les jours…
        Il a fait cela jusqu’au bout de sa propre vie. Dommage qu’on n’ait pas le droit de les enterrer avec les humains. Quelle loi idiote !

        Au fond, le chien nous connait mieux que personne, peut-être mieux que nous-mêmes… allez savoir ?

      • Edmée dit :

        C’est très émouvant! Remarquable loyauté du petit chien… Tara, la dernière chienne de ma mère, a presque perdu l’esprit d’affolement pendant que ma mère agonisait. Au point qu’on a dû la faire sortir de la pièce. Elle hurlait et pleurait. Mais au moment où ma mère est morte, elle est redevenue elle-même, sereine, et s’est mise à suivre mon frère pas à pas. Ma mère avait en effet obtenu de mon frère la promesse qu’il la reprendrait chez lui à Bruxelles, et c’était comme si Tara l’avait compris. Désormais… il était celui qu’elle devait suivre, sa vieille amie était ailleurs, « saine et sauve » désormais…

  7. angedra dit :

    Nos histoires d’amour avec les animaux sont belles mais aussi de véritables blessures lorsque nous les perdons.
    Cela fait de longues années que je ne veux plus d’animaux car leur départ est trop douloureux.
    Mais magnifique rencontre aujourd’hui avec ton amour de Tchoupy.
    Je te souhaite un week-end aussi ensoleillé que chez moi.

    • Edmée dit :

      Vrai que comme je disais, c’est à chaque fois un deuil. Mais ce n’est pas ça qui me dissuade à présent mais plutôt le fait que je ne veux pas qu’un animal … me survive et ait à être placé. Et aussi, pour l’instant, le besoin d’être libre pour partir en vacances…

      Le soleil est bien là – pour l’instant!

  8. Visiteuse dit :

    Dans la famille nous avons 1 chien et demi. Et demi car le second est celui des voisins.
    Ce chien Youppy pratique la parentalité partagée.
    Il y a 4 ans environ notre chienne Tara encore toute jeune était la vedette du quartier. Tous les chiens se faufilaient à travers la clôture pour la voir.
    J’en ai eu un peu marre alors nous avons fait monter une clôture en briques. Le Youppy en question fut fort mécontent et aboyait contre les maçons. Une fois le mur terminé, il restait derrière notre portail et hurlait non stop.
    On l’a fait rentrer et ensuite et bien, erreur du débutant ! : je lui ai offert, le gîte et le couvert. Depuis, il va voir sa « vraie » famille quand cela lui plait.

    Une fois, il n’est revenu que 3 jours après son départ en gémissant et avec l’oreille en sang. Je l’ai emmené en catimini chez le véto et l’ai soigné contre son otite sans rien dire à ses maîtres qui ont en fait d’autres chats à fouetter.

    Une fois en plein hiver neigeux, j’avais laissé le portail ouvert sans me méfier : je vais donc le voir dans l’atelier où je lui ai aménagé un tipi niche et que vois-je dormant à ses côtés ? Une magnifique dalmatienne. Ah non là ce n’était pas possible ! La Niche d’hôte affiche complet….

    • Edmée dit :

      Oh c’est trop drôle, pire que des ados 😀 C’est vrai qu’on a toujours des péripéties et surprises à raconter quand on a des animaux. Ma cousine a été adoptée par une petite chatte qui n’aimait pas trop sa maison, et donc elle pratiquait elle aussi la parenté partagée et puis a carrément emménagé chez ma cousine.

  9. Armelle B. dit :

    Encore une bien jolie histoire d’animal attachant en diable. Mais ne le sont-ils pas tous ou presque ? Je me dis souvent qu’ils nous consolent souvent des hommes qui n’ont ni a même fidélité, ni la même patience. Chers animaux !

    • Edmée dit :

      Ah les chers petits n’ont pas l’amour de l’argent. Celui du pouvoir, ils l’ont parfois, mais finalement le manque de la parole les rend aussi bien moins menteurs 🙂

  10. Adrienne dit :

    ah comme je te comprends, et quel régal cette histoire 🙂
    après mon super chien, je n’en a pas voulu d’autre, aucun n’aurait été à la hauteur 😉

    • Edmée dit :

      Ca se comprend aussi. Mais un chien ne remplace jamais un autre (ça vaut pour les hommes aussi 😀 ) et chaque histoire est différente….

  11. epalobe dit :

    Clara , Kinette , Bijou , Philibert , Gina, Flifli, Belle, Oscar furent nos chats ; Chien je suis en plein dedans , plus prenant et encore plus « donnant » que les chats , sacré Tchoupy il a décroché le pompon chez vous , si délicat avec les emballages de chocolat

    • Edmée dit :

      Donc j’ai aussi eu un Bijou, une Fifi (pas Flifli, c’est très gracieux ça!)…

      Oui, un chien délicat, il faut le dire (j’ai peu aimé le baiser passionné qu’il m’a donné sur la bouche après avoir mangé un sucre… beurk!)

  12. bizak dit :

    Si tu n’avais pas précisé qu’il s’agissait d’un chien, on aurait pu pensé à quelque membre de la famille qui était gâté, choyé, aimé, pleuré. Belle et émouvante histoire de Bari qui était devenu Tchoupy.
    Bien à toi, Edmée

    • Edmée dit :

      Je sais que pour certains un chien ou un chat est un animal « utile » sans plus, et que pour d’autres qui établissent une relation avec lui… ça peut aller jusqu’au membre de la famille en effet. C’est le cas pour moi. Il y a toute une organisation autour d’eux : s’assurer qu’on s’en occupe quand on n’est pas là, visites vétérinaires, compagnie, promenades, bien être, inquiétude s’ils vont mal… et le regret quand ils meurent. Tchoupy est mort dans ma jeunesse, mais est toujours un membre de notre vie de famille d’alors 🙂

      Bises, Bizak

  13. Florence dit :

    Vraiment pas le temps d’aller voir les blogs. J’ai plein de problèmes… Je viens juste pour te dire Merci !!! Tu étrennes mon nouveau blog.
    A bientôt en juin ou juillet !!!
    4 bises bretonnes et Kenavo chère Edmée !
    Florence

  14. Je pense aussi en particulier aux personnes âgées qui ne sortent plus beaucoup de chez elles, qui vivent parfois seules et pour lequel les chiens et chats sont de vraies compagnies. Bonne semaine Edmée.

    • Edmée dit :

      C’est tout à fait vrai. En même temps, si on vieillit avec son chien ou chat, ça va, mais ma mère a eu très peur de reprendre un chien avec la préoccupation de se demander qui s’en occuperait à sa mort.. Elle ne l’a pris qu’avec la promesse de mon frère qu’il le reprendrait, ce qui fut le cas…
      Bonne semaine à toi aussi Petit Belge

  15. Tania dit :

    Lu il y a peu chez Assouline : « Citer, c’est ressusciter. » Ca vaut aussi pour les animaux de compagnie, on dit leur nom et tout est là, de leur arrivée à leur départ, leur façon d’être, l’attachement.
    Joliment raconté comme toujours, tu as ressuscité Tchoupy.

  16. claudecolson dit :

    Oui, à notre âge, Edmée, on se demande s’ils nous survivront et c’est une source d’angoisse. J’ai toujours mon adorable Ticha de 9 ans et quelque; j’espère vivre encore pas mal de temps, mais après cette douce compagne….(?)

    • Edmée dit :

      Un Ticha pour toi et un Teeshah pour moi, qui est mort à 11 ans… Mais voilà, maintenant c’est un peu comme vouloir des enfants qu’on n’accompagnera pas bien loin et qui seront seuls!

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